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Full text of "Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 1"

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DICTIONNAIRE 



DE 



THÉOLOGIE. 



TOME PREMIER 



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BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 

GENEVIEVE 




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PARIS. — IMPRIMERIE V» P. LA ROUS SB HT 0* 

49, RtlK NOTRB-DAMB-DSS-CBA1CPI, 40 



BERGIER 



DICTIONNAIRE 

DE THÉOLOGIE 

APPROPRIÉ AU MOUVEMENT INTELLECTUEL 

DE LA SECONDE MOITIÉ DU XIX e SIÈCLE 



L'ABBE LE NOIR 



TOME PREMIER 



A 




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PARIS 

LIBRAIRIE DE LOUIS VIVES, ÉDITEUR 

13, RUE DELAMBRE, 13 

187S 



AVIS 



Il y avait environ dix-huit mois que ce dictionnaire avait commencé 
de paraître, et l'impression en était au septième volume, lorsqu'il fut 
l'objet d'attaques violentes de la part d'une Revue française et de dé- 
nonciations à la S. Congrégation de l'Index. J'écrivis alors, dans une 
lettre au journal l'Univers religieux du 17 janvier 4875, ce qui suit : 

« J'ai demandé et obtenu que mon livre soit envoyé à Rome, et je 
me suis spontanément engagé à retirer, moi-même, sur les indications 
de la S. Congrégation, tout ce qui serait jugé par elle répréhen- 
sible. Cet engagement, que j'avais déjà pris d'ailleurs explicitement 
en maints passages de mon livre, n'a été que la conséquence logique 
des principes sur lesquels j'ai fait reposer tout mon édifice. Je déve- 
loppe, dans mon Bergier, en toute sincérité, franchise et bonne foi, 
un système de défense de l'Église catholique romaine et de la Papauté, 
en me basant sur les définitions du Concile du Vatican ; je crois ce 
système à la fois orthodoxe et convenable au sein du mouvement ac- 
tuel des esprits ; mais Dieu me garde de prétendre l'imposer ; et si la 
îause qu'il a pour but de soutenir se juge elle-même mal soutenue 
ainsi, je le retire. » 

Je tiens aujourd'hui ma parole, et même bien au delà, ainsi qu'on 
va le comprendre : 

J'ai reçu, venant de Rome, après six mois d'attente,, par l'entremise 
de mon éditeur et par communication officieuse à son adresse, mes 
I. I 






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II AVIS. 

six premiers volumes annotés par des membres de la S. Congréga- 
tion de l'Index ; or voici le résumé de ces annotations et la manière 
dont je vais y donner pleine et minutieuse satisfaction. 

I. Un grand nombre des observations portent sur des articles qui ne 
sont pas de moi : ces articles sont presque tous des citations du Kirchen 
Lexicon, traduit par l'abbé I. Goschler ; ils sont guillemetés et accom- 
pagnés du nom de leur auteur ; n'ayant pas le droit de modifier ces 
citations, je mettrai, à la fin de mon dernier volume, des notes addi- 
tionnelles et correctives qui les concerneront. 

IL Quelques-unes portent sur des articles qui sont de moi et dans 
lesquels je vise directement la question de la liberté civile de conscience 
et de culte. Je vais les supprimer complètement. 

III. Quelques autres tombent sur des phrases qui pourraient être 
comprises dans un sens erroné et qui ont besoin d'être rendues plus 
claires. Je vais corriger ces passages. 

IV. Un petit nombre appellent des explications importantes que je 
ne peux pas introduire dans les clichés. Je donnerai ces explications 
dans les notes additionnelles et correctives du dernier volume dont 
j'ai déjà parlé. 

V. Un assez grand noiribre de fautes signalées ne sont que de sim- 
ples inadvertances qu'on peut appeler "typographiques. Je vais les cor- 
riger toutes sur les clichés. 

VI. Quelques notes ne sont que des appréciations personnelles de celui 
qui a lu et ne demandent pas de corrections ; cependant, afin de ne 
passer sous silence aucune observation, j'en tiendrai compte aussi 
dans les notes additionnelles. 

VIL Reste la dissertation préliminaire sur le Concile du Vatican. Ce 
morceau, qui est en tète du premier volume, n'est l'objet d'aucune obser- 
vation écrite et fait, sous ce rapport, exception ; mais il porte en marge 
des traits de crayon dont il faut deviner la portée, ce qui n'est pas tou- 
jours facile, attendu que ces traits accompagnent quelquefois des pas- 
sagers qui ne paraissent avoir, assez clairement, rien de répréhensihlfi. 
Par exemple, on souligne de la sorte une phrase où je ne fais qu'ex- 
poser un plan de distribution matérielle; on souligne de même 
plusieurs passages qui ne sont que des citations de "M« r Manning. 
Pour plus de sûreté, je Tais Tcduire la dissertation à des citations 



avis. ni 

pures et simples du Concile du Vatican, retrancher tout C6 qui- est 
marqué comme je viens de le dire, retrancher aussi tout ce qui, 
sans être marqué , me paraît avec évidence tellement dépendant 
des choses marquées, qu'il doit nécessairement les suivre, soit parmi 
les réprouvées, soit parmi les élues. La dissertation ainsi réduite , 
pourra perdre en clarté, mais ne pourra plus du moins être dangereuse 
au point de vue doctrinal, si les soulignages veulent dire qu'elle a été 
jugée telle. 

Je ferai plus encore. Mon éditeur a reçu des lettres d'ecclésiastiques 
français dont les critiques tombent sur certaines biographies de célé- 
brités vivantes que ces ecclésiastiques regrettent de voir figurer dans 
un dictionnaire de théologie. Mes correcteurs romains n'ont fait sur 
ces biographies aucune observation, bien qu'ils en aient présenté quel- 
ques-unes sur des biographies composées d'extraits du Kirchen Lexi- 
con. Mais, voulant donner satisfaction, autant que possible, au goût de 
mes lecteurs français, je vais supprimer toutes celles qui ont été signa- 
lées, à ma connaissance, et toutes celles aussi qui me paraissent porter 
un caractère semblable. 

Je supprimerai, modifierai et expliquerai, dans les cinq volumes qui 
s'impriment en ce moment, tout ce qui me paraîtra devoir être sup- 
primé, ou modifié, ou expliqué, pour répondre aux indications don- 
nées dans les volumes lus à Rome. 

Espérons que, dans la multitude des matières délicates que j'ai en- 
core à traiter, rien ne donnera prise à une critique sérieuse. Mais, 
quoi qu'il arrive, pour mes douze volumes, je serai disposé à faire les 
suppressions qu'on me demandera, tant que la mort n'aura pas fixé 
ma vie et mon livre dans un irrévocable passé. 



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Le Noir. 



Septembre 1875. 



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PRÉFACE 



Chaque siècle a son genre de vie intellectuelle; et la Providence 
tient toujours en réserve un genre d'aliments propres à celle vie. 

Le Dictionnaire théologique de Bergier, contemporain et même con- 
génère de la grande Encyclopédie méthodique de Diderot, est un 
exemple frappant de ces deux vérités, aussi bien par ce qui ne lui 
manqua pas relativement à l'époque où il fut composé, que par ce qui 
lui manque relativement à notre époque. La polémique protestante, 
qui avait tant passionné et qui passionnait encore, dut être et fut la 
première préoccupation de l'auteur. Mais aujourd'hui l'invasion crois- 
sante de la société lettrée par les philosophics positives, dont presque 
toutes les publications contemporaines les plus populaires sont des 
manifestations plus ou moins explicites, et qui s'attaquent aux vérités 
les plus fondamentales, bases de tout culte, doit êlre la préoccupation 
première d'un polémiste intelligent et serait celle de Bergier s'il reve- 
nait à la vie. 

C'est avec cette pensée principale que nous avons entrepris d'ap- 
proprier le travail du théologien français du xvin siècle au mouve- 
ment intellectuel de la seconde moitié du xix e . Et l'on va comprendre, 
à l'exposé de notre plan, de quelle manière nous avons espéré réussir. 

Nous avons divisé notre travail en trois parties, que nous avons 
nommées : 

Théologie mixte, 
Théologie historique, 
Théologie pure. 

La théologie mixte qui, d'après ce que nous venons de dire, répond 
surtout aux besoins de notre temps, consiste, presque tout entière, 



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VI PRÉFACE. 

dans des articles nouveaux, dont le caractère est philosophique scien- 

coTemnoraiis r T' ? d0nt 1C bUt 6St d ° P ° USSer nos advCTSaire * 
contemporains, a 1 aide des ressources démonstratives qu'offrent la 

phbsophie les sciences, les arts, les lettres humaines, l'économie 

politique et 1 industrie, a l'admission nécessaire et logique des grandes 

ventes qui sont sans cesse l'objet de leurs attaques. 

Cette partie s'adresse à tous les genres de lecteurs; elle représente, 
en quelque sorte, ce parvis de l'ancien temple, le plus éloigné du 
sanctuaire, qu'on appelait le parvis de Salomon, que tous fréquen- 
taient, les Gentils comme les Juifs, et que Jésus honora si souvent de 
ses prédications. C'est par elle que nous ouvrons la marche toutes les 
fois qu'un mot peut donner lieu à des articles de diverse nature- et 
en agissant de la sorte, nous ne faisons que mettre en pratique cette 
proposition déclarée par le saint Père, il y a quelques années avant 
d'être reprise et appuyée par le concile du Vatican : « L'usage de la 
raison précède la Met y conduit l'homme à l'aide de la révélation et 
de la grâce; » Ralionis mus fidem prœcedit, et ad eam hominem ope 
revelattom's et gratix conducit. 

Les deux tiers environ de nos additions au Bergier primitif c'est-à- 
dire quatre volumes sur les six à deux colonnes dont ces additions se 
composent, appartiennent à cette théologie mixte. 

La théologie historique, qui est comme la seconde enceinte de l'an- 
cien temple, alors réservée aux prêtres, a pour but principal, dans ce 
qu elle présente de nouveau, de compléter Bergier sous le rapport de 
l'histoire. La plus importante des innovations qu'elle apporte consiste 
dans des biographies et des bibliographies très-sommaires dos auteurs 
et des ouvrages les plus remarquables soit de la tradition, soit de la 
théologie scolastiquc, soit de la littérature, de la science et de l'art 
considères dans leurs rapports avec la religion; nous nous attachons 
surtout, a ces derniers points de vue, aux célébrités contemporaines 
qu on ne trouve pas dans les dictionnaires biographiques 

La somme de ces additions s'élève à environ deux volumes. 

Enfin la théologie pure, qui est le sanctuaire lui-même consiste 
pour ce qu'elle ajoute à Bergier, dans quelques articles complémen- 
taires et surtout dans des notes correctives ou explicatives dont le' 
gallicanisme de cet auteur a besoin. 

^Ces notes ne dépassent guère, en somme totale, avec celles de 
M gr Gousset, que nous conservons, un quart de volume. 
^ Fidèle d'ailleurs à notre respect pour les auteurs morts et appliquant 
a Bergier lui-même la recommandation de Clément XI relative aux 



PBEFACE. 



VII 



anciens auteurs catholiques, nous rééditons dans sa pureté et dans sa 
plénitude le Bergier primitif. 



Nous appelons l'attention du lecteur sur les paroles que nous allons 
citer des deux constitutions du Concile du Vatican dans la dissertation 
préliminaire; ces paroles lui diront dans quelle mesure la liberté de 
la recherche est laissée au catholique, notamment sur les matières 
scientifiques, qui ne touchent ni la foi, ni les mœurs, ni le gouverne- 
ment de l'Eglise, matières sur lesquelles nous soutenons que, d'après 
IQ concile, cette liberté reste entière, n'ayant d'autres limites que celle 
de la bonne foi devant la démonstration ou devant l'évidence. 

L'article de philologie sur la voyelle A, que l'ordre alphabétique pré- 
sente le premier, suffira pour lui donner, de prime abord, quelque 
idée de tous ceux de théologie mixte, dont les objets, quoique parais- 
sant quelquefois complètement étrangers à ceux d'un dictionnaire de 
théologie, ne sont pas cependant sans offrir des ressources précieuses 
à un défenseur, jusqu'à la mort, des grandes vérités supérieures sur 
tout champ de bataille. 

Enfin nous le prions de jeter un coup d'oeil sur la table méthodico- 
alphabétique que nous donnons à la fin du volume, et dans laquelle 
nous assujettissons l'ordre alphabétique, qui n'est en lui-môme qu'un 
grand désordre, à nos trois chefs, théologie mixte, théologie histori- 
que, théologie pure, et à leurs subdivisions. Il en appréciera soudain 
la nouveauté aussi bien que l'utilité pour les recherches. Chacun de 
nos volumes sera terminé par un tableau semblable des matières qui 
y seront contenues, et le dernier aura, après le sien propre, celui du 
dictionnaire tout entier, qui récapitulera toutes les tables particulières 
d'après la même méthode. 

Qu'il nous soit permis seulement d'indiquer ici les subdivisions de 
ces tables ; ce sera une manière de présenter notre cadre. 

Théologie mixte : quatre sections ; 1™ sect. : théologico-philosophi- 
que ; — 2 e sect, : théologico-scientifique ; — 3° sect. : théologico-ar- 
tislique et littéraire: —4° sect. : théologico-politique, économique et 
industrielle. 

Théologie historique : dix sections ; l r0 sect. : généralités et variétés 
théologico-historiques et exégétiques ; — 2 e sect. : papes ; 3° sect. : 
conciles; — 4 e sect. : églises particulières; — b° sect. : ordres reli- 
gieux et confréries ; — 6° sect. : écoles célèbres ; — 7° sect. : biogra- 
phies et bibliographies; — 8 e sect. : sectes religieuses; — 9 e sect. : 
dignités ecclésiastiques; — 10° sect. : fêtes, cérémonies, pèlerinages, 
insignes, etc. 

Théologie pure : sept sections ; l r ° sect. : généralités et variétés 









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PRÉFACE. 



théologiques et exégétiques; — 2" sect. : Dieu et la création; — 
3 e sect. : le Christ et tout ce qui se rattache directement au Christ'; — 
4° sect. : l'Eglise et la hiérarchie ecclésiastique; — 5 e sect. : la grâce 
et les sacrements ; — 6 8 sect, : la morale ecclésiastique et les pré- 
ceptes ; — 7 e sect. : les fins dernières. 

. 

Plus tard on nous jugera ; pour aujourd'hui nous n'avons qu'une 
ambition, celle d'être apprécié, dans le simple exposé que nous ve- 
nons de faire, par les hommes sérieux, qui savent voir dans la solidité 
des plans le premier mérite des œuvres de l'esprit; et nous n'avons 
qu'une espérance pour nous donner le courage de l'entreprise, celle 
de trouver encore dans notre patrie, plus malheureuse par la déca- 
dence chez elle de la philosophie, de la religion et de l'art que par 
celle de la gloire, assez de lecteurs qui n'aiment à rencontrer dans un 
écrivain qu'un amour, celui de la vérité. 



L'abbé Le Nom. 



Janvier 1873, revu en 1875. 



DISSERTATION PRÉLIMINAIRE 



LE CONCILE DU VATICAN 



On ne peut nier, ce nous semble, que la définition du Concile du 
Vatican ne soit le plus grand pas qu'ait fait l'Eglise catholique, depuis 
dix-huit siècles, dans ses destinées, relativement, en particulier, à la 
précision et au développement explicites de sa dogmatique. Elle a, 
par cette définition, singulièrement rétréci le champ de la discussion 
théologique. En fixant l'infaillibilité et la souveraineté du pon- 
tife romain d'une manière aussi claire, elle a retiré de ce domaine 
libre : 1° la question générale qui séparait deux grandes écoles, celle 
qui faisait résider cette souveraine autorité du dernier mot dans 
l'Eglise universelle, et celle qui la faisait résider dans le chef unique 
lorsqu'il parle de sa chaire, qu'il ait d'ailleurs ou qu'il n'ait pas en- 
core, dans ce qu'il décide, l'adhésion du corps de l'Eglise ; et 2° non 
pas seulement cette question générale, mais aussi toutes les questions 
particulières, doctrinales et autres, qui, n'ayant pas été décidées par 
les conciles œcuméniques, et moins encore par l'Eglise dispersée, 
l'avaient été par les pontifes romains. Or, ces questions doivent être 
et sont extrêmement nombreuses, attendu que les pontifes romains 
sont l'autorité ordinaire qui siège, définit, légifère et gouverne sans 
interruption, tandis que les conciles œcuméniques ne sont que de 
grandes assises de l'Eglise universelle, qui ne se sont tenues qu'à des 
époques très-rares, durant des périodes plus ou moins courtes et pour 
des solutions de difficultés générales qui faisaient l'objet des agitations 
intellectuelles de leur temps. 

Prenant donc cette définition capitale de la constitution Pastor seter- 
nus du 18 juillet 1870, telle qu'elle nous est présentée par le concile 
du Vatican, mettons en relief les règles qu'elle nous impose, règles 
dans lesquelles nous entendons nous renfermer et même renfermer, 
à l'aide de notes, le théologien lui-même qui nous fournira, pour cette 
édition de son dictionnaire complété, presque une moitié du travail 
déjà faite. 

Commençons par recueillir tous les passages qui sont relatifs aux 
bases de la certitude catholique. 



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X DISSERTATION PRÉLIMINAIRE. 

La définition proprement dite est ainsi conçue : 

Sacbo approbante concilio, docemus et divinitus revelatum dogma esse 

iJL"Tl il l lit XIS * 

Romanumpontificem, cum ex cathedra loquitur, id est, cum omnium 

CHRISTIANORUM PASTORIS ET DOCTORIS MUNERE FUNGENS, pro Suprema SUU 

apostolica auctontate, doctrinam de fide vel moribus, ab universa ec- 
clesia tenendam, définit, per assistentiam divinam, ipsi in beato Petro 
pronmsam ca mfaillibilitate pollere, qua divinus redemptor Ecclesiam 
suam in definienda doctrina de fide vel moribus instructam esse voluit ; 
tdeoque ejusmodi romani pontificis definitiones ex sese, non autem ex 

CONSENSU ECCLESLE, IRREFORMABILES ESSE. 

Si guis autem huic nostrœ definitioni contradicere, quodDeus avertat 
prœsumpserit : anathema sit. ' 

«^ Le sacré concile approuvant, nous enseignons et définissons que 
« c est un dogme divinement révélé, savoir : 

« Que le pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire 
« lorsque, s acquittant de la charge de pasteur et docteur de tous les 
« chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit 
« une doctrine, sur la foi ou les moeurs, qui doit être tenue p\r 
« l Eglise universelle, jouit, par l'assistance divine à lui promise 
« dans le bienheureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Ré- 
« dompteur a voulu que son Eglise lût pourvue en définissmnt une 
« doctrine touchant la foi ou les MOBens ; et, par conséquent, que les 
« définitions de cette sorte du pontife romain sont indéformables 

« D ELLES-MEMES, ET NON EN VERTU DU CONSENTEMENT DE L'EGLISE 

« Si quelqu'un avait la présomption, ce qu'à Dieu ne plaise, de con- 
« tredire cette définition nùtre; qu'il soit anathème. » (Constit. doq. 
prim. de Ecoles. Christ. , cap. iv.) 

Voilà pour l'infaillibilité dans la définition dogmatique. 

Voici pour la souveraineté dans le gouvernement de l'Eslise en fait 
de législation et de discipline. 

Si guis itaque dixerit romanum pontificem habere tantummodo offi- 
cium inspeetmms vel direclionis, non autem plénum et supremam notes- 
talemjurisdœtioms in universam Ecclesiam, non solum in rfbus que vd 

FIDEM ET MOREM, SED ETIAM IN IIS QUE AD DISCIPLINAM ET REGIMEN ECCIE«Ï E 

per totum orbem diffus* pertinent; aut eum habere tantum potiores par- 
tes non vero totam plemtudinem hujus supremœ po testai is ; authancejus 
potestatem non esse ordinariam et immëdiatam, sive in omnes ac singulvs 

ECCLESIAS, SIVE IN OMNES ET SINGULOS PASTORES ET FIDELES : ANATHEMA 
SIT. 

« Si donc quelqu'un dit que le pontife romain a seulement une 
« charge d inspection ou direction, et non un plein et suprême pou- 
« voir de juridiction sur l'Eglise universelle, non-seulement dmns les 
« choses qui concernent la foi et les moeurs, MAIS AUSSI DANS celles 

« QUI APPARTIENNENT A LA DISCIPLINE ET AU GOUVERNEMENT DE L'EGLISE 



LE CONCILE DU VATICAN. 



XI 



« répandue dans tout l'univers ; ou qu'il a seulement la principale 
« portion et non la plénitude totale de ce suprême pouvoir ; ou que 
« ce suprême pouvoir, qui lui appartient, n'est pas ordinaire et immé- 

« MAT, SOIT SUR TOUTES ET CHACUNE DES ÉGLISES, SOIT SUR TOUS ET CHACUN 

« des pasteurs et des fidèles ; qu'il soit anathème. » (Constit. dogm. 
« prim. de Ecoles. Christ,, cap. m.) 

Les passages de la constitution Pastor seternus, qui peuvent ajouter 
quelque lumière sur le sens, déjà si clair, de cette double définition, 
sont, à notre avis, les suivants : 



Celui-ci du chapitre i or sur la primauté apostolique de Pierre : 

Huic tam manifestée sacrarum Scripturarum doctrinœ, ut ab Ecclesia 
catholica semper intellecta est, aperte opponuntur pravie eorum senten- 
tias qui, constitutam a Christo Domino in sua Ecclesia regiminis formant 
pervertenles, negant solum Petrum prx cœteris apostolis, sive seorsum 
singulis, sive omnibus simul, vero proprioque jurisdictionis primatu 
fuisse a Christo instructum. 

« À cette doctrine si manifeste des saintes Ecritures, telle qu'elle a 
« toujours été comprise par l'Eglise catholique, sont ouvertement con- 
« traires les maximes perverses de ceux qui, renversant la forme de 
« gouvernement établie dans son Eglise par le Christ Notre Seigueur, 
« nient que Pierre seul ait été investi par le Christ d'une véritable et 
« propre primauté de juridiction au-dessus des autres apôtres soir 
« pris séparément un a un (sive seorsum singulis), soit tous réunis en- 
« semble (sive omnibus simul). » 



Celui-ci du chapitre m sur la nature et le caractère de la primauté 
du pontife romain : 

Docemus proinde et declaramus Ecclesiam romanam, disponente Do- 
mino, super omnes alias ordinarix potestatis obtinere principatum, et 
hanc romani ponti/icis jurisdictionis potestatem qux vere episcopalis est, 
immediatam esse; erga quam cujmcumque ritus et dignilatis pastores 
atque fidèles, tam seorsum singuli quam simul omîmes, officio hiérarchies 
subordiyiationis verxque obedientise obstringuntur, non solum in rébus, 

QUiE AD FIDEM ET MORES, SED ETIAM IN IIS QUE AD DISCIPLINAM ET REGIMEN 

Ecclesle per totum orbem diffusée pertinent. 

« Nous enseignons donc et déclarons que l'Eglise romaine, par dis- 
position du Seigneur, a la principauté de pouvoir ordinaire sur 
toutes les autres, et que ce pouvoir de juridiction du pontife romain, 
qui est vraiment épiscopal, est immédiat; et qu'à ce pouvoir sont as- 
sujettis par le devoir de la subordination hiérarchique et de la vraie 
obéissance, non-seulement dans les choses qui concernent la foi 

ET LES MOEURS, MAIS AUSSI DANS CELLES QUI APPARTIENNENT A LA DISCI- 
« PLINE ET AU GOUVERNEMENT DE L'EGLISE RÉPANDUE DANS TOUT L'UNIVERS, 

« les pasteurs et les fidèles de tout rite et de toute dignité, tant pris 

« SÉPARÉMENT UN A UN, QUE TOUS ENSEMBLE. » 



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DISSERTATION PRÉLIMINAIRE. 



Celui-ci du même chapitre : 

Et quoniam divino apostolici primatus jure romanus pontifex universx 
hcclesix prseest, docemus etinm et declaramus, eum esse judicem supre- 
MUM fideuum (Pu PP. VI brève, « super solidilate » d. 28 nov. 1786) • 

et IN OMNIBUS CAUSIS AD EXAMEN ECCLESIASTICUM SPECTANTIBUS AD IPSIUS 

posse judicium recurri (conc. œcum. Lugdun. Il); Sedis vero opostolicx 

CUJUS AUCTORITATE MAJOR NON EST, JUD1C1UM A NEMINE FORE RETRVCTANDUM 
NEQUE CUIQUAM DE EJUS LICERE JUDICARE JUDICIO (Ep. Nicolai I ad Michaè- 

lem imperatnrem). Quare a recto verilatis tramite aberrant qui affirmant 
licere abjudicus romanorum pontifïcum ad œcumenicum concilium tan- 
guant ad auctonlatem romano pontifwi superiorem, appellare 

« Et comme le Pontife romain, par le droit divin de la primauté 
« apostolique, préside à l'Eglise universelle, nous enseignons aussi et 
« déclarons qu'il est le juge suprême des fidèles (bref du pape Pie VI 
« super sohditate »); et qu'on peut recourir a son jugement dans toutes 

« LES CAUSES QUI SONT DE LA COMPÉTENCE ECCLÉSIASTIQUE (IPConcile sén 

« de Lyon) ; mais que le jugement du Siège apostolique, au-dessus de 

« L AUTORITE DUQUEL IL n'y EN A POINT DE PLUS GRANDE, NE PEUT ETRE RÉ- 
« FORME PAR PERSONNE, ET QU'IL N'EST PERMIS A PERSONNE DE JUGER SON 

« jugement (Loti, de Nicolas I" à l'emp. Michel). C'est pourquoi de- 
« vient du droit chemin de la vérité ceux qui affirment qu'il est permis 
« d appeler des jugements des Pontifes romains au concile œcumé- 
« nique comme a une autorité supérieure au Pontife romain. » 

r^^-lM 6 - outes ces citations rapprochées les unes des autres que 
1 infaillibilité du pontife romain dans l'ordre doctrinal et sa souverai- 
neté dans 1 ordre disciplinaire, législatif ou judiciaire, constituent une 
autorité qui jouit de bien grandes prérogatives : 

Cette autorité lui vient directement de Jésus-Christ, non point mé- 
diatement par l'Eglise. 

Les définitions qu'elle émet sont irréformablcs par elles-mêmes 
non pas en vertu du consentement de l'Eglise. 

L'Eglise universelle doit former sa foi sur ces définitions en sorte 
que ces définitions ne sont point, essentiellement et dans leur nature 
originelle, l'expression d'une croyance explicite de l'Eglise antérieu- 
rement existante, mais bien la cause déterminante de cette croyance 
pouvant ne pas exister encore, du moins à l'état formel; cet état for- 
mel sera détermine par la définition sur la doctrine, laquelle doctrine 
sera tenue et devra l'être : tenendam. 

Pour les choses qui appartiennent à la discipline et au gouverne- 
ment ecclésiastique, cette autorité apostolique est suprême complète 
absolue dans sa plénitude. ' 

Elle porte directement et sans intermédiaire sur toutes les Eglises 
prises dans leur ensemble et sur chacune d'elles prise en particulier 
sur tous les pasteurs pris dans leur ensemble et sur chacun d'eux pris 
en particulier, sur tous les fidèles pris dans leur ensemble et sur cha- 
cun d eux pris en particulier. 

Cette autorité, tant par rapport aux choses doctrinales de foi et de 
morale que par rapport aux choses de gouvernement, est celle-là 



LE CONCILE DU VATICAN. 



XIII 



même que Pierre reçut du divin Maître sur les autres apôtres et sur 
les premiers fidèles, soit pris séparément et un à un, soit pris tous 
ensemble. 

Elle s'est transmise et se transmettra perpétuellement dans tous les 
Pontifes de la ville de Piome. 

Elle est vraiment épiscopale, en sorte que le Pontife de cette ville 
est vraiment l'évêque de tout l'univers. 

Elle est immédiate. 

Elle est ordinaire. 

À elle sont assujettis, dans l'ordre de la foi et dans l'ordre des lois, 
et dans celui de l'application des lois, par le vrai devoir de l'obéis- 
sance et de la subordination hiérarchique, tous les pasteurs et tous 
les fidèles de tout rite et de toute dignité, soit considérés collective- 
ment, soit considérés partitivement et un à un. 

Cette autorité est judiciaire, et à ce titre, comme à tous les autres, 
suprême, irréformable, ne pouvant être jugée par aucune autre, même 
par celle du concile œcuménique. 

Tout pasteur de tout degré et tout fidèle isolément pris peut s'adres- 
ser à elle en toute cause de compétence ecclésiastique, et il en recevra 
une décision qui ne pourra être réformée par personne et de laquelle 
il n'y aura plus d'appel possible sur la terre. 

Tout cela est défini sans retour. 



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Mais il y a deux conditions apportées par le concile à l'exercice de 
cette autorité apostolique pour qu'elle jouisse de toutes ces préroga- 
tives. 

La première consiste en ce qu'elle s'exerce ex cathedra, c'est-à-dire 
que le souverain Pontife, soit en donnant une définition, soit en por- 
tant une loi pour toute l'Eglise, soit en émettant un jugement suprême, 
soit en accordant une exemption, une dispense, un induit, soit en dé- 
crétant une mesure quelconque qui ne puisse être jugée par personne 
et qui soit absolument irréformable, excepté par lui s'il est dans la 
nature de cette mesure de pouvoir être réformée, remplisse la charge 
de pasteur et de docteur de tous les chrétiens ; en d'autres termes, 
prononce comme Pape, comme chef de toute l'Eglise, successeur de 
l'apôtre Pierre. 

Cette condition concerne à la fois les deux ordres, celui de l'infail- 
libilité dogmatique et celui de la souveraineté législative, disciplinaire 
et judiciaire. Pour l'infaillibilité dogmatique, le concile la pose expres- 
sément : cum ex cathedra loquitur. Pour la souveraineté de gouverne- 
ment, elle découle de soi avec tant d'évidence qu'il semble inutile de 
la signaler. 

Il est évident, en effet, que si le souverain Pontife ne parle pas comms 
chef religieux et universel de tous et de chacun, mais seulement ou 
comme simple particulier, ou comme revêtu d'une autorité religieuse 
particulière, telle que celle d'évêque d'une localité déterminée, ou de 
juge quelconque dont la juridiction est limitée à tel pays ou à telles 
personnes, ou bien encore comme revêtu d'une autorité civile, fût-elle 
universelle, il ne pourra sortir de sa bouche qu'une loi, une mesure 



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XIV 



DISSERTATION PRÉLIMINAIRE. 



disciplinaire ou un jugement qui seront de môme caractère, c'est-à- 
dire également limités en autorité, soit quant au pays, soit quant aux 
personnes, soit quant à l'objet lui-même. 

C'est ainsi, par exemple, que si l'évoque du diocèse de Rome rend 
un jugement à ce litre, ce ne sera pas plus le Pape qui rendra ce ju- 
gement que si le Pape et cet évêque étaient deux personnes distinctes. 
C'est ainsi que si le souverain politique des Etats de l'Eglise porte une 
ordonnance à ce titre, cette ordonnance n'aura que la valeur d'une 
mesure politique, ordre auquel n'est attachée ni souveraineté, ni in- 
faillibilité surnaturelles, pas plus qu'il n'est attaché d'infaillibilité ca- 
tholique au docteur Prosper Lamberlini, quand il compose un traité de 
théologie, tout Benoît XIV qu'il soit, s'il ne donne pas ensuite, à titre 
de Pape, à ce traité la valeur de Vex cathedra comme il le fait pour 
une encyclique. 

Il va donc de soi que, pour le jugement suprême, absolu, universel 
ou particulier, dans l'ordre disciplinaire comme dans l'ordre dogma- 
tique, il faut que le Pape parle comme Pape, comme représentant l'a- 
pôtre Pierre, comme son successeur, comme chef de l'Eglise univer- 
selle, en un mot, ex cathedra, c'est-à-dire en tant qu'assis sur la 
chaire de Pierre, comme, au temps de Jésus-Christ, les chefs de la 
Synagogue lorsqu'ils ordonnaient et parlaient, selon l'expression évan- 
gélique, en tant qu'assis sur la chaire de Moïse. 

La plus grande idée qu'on puisse donner de l'étendue de Vex cathe- 
dra apostolique, à titre de juge, est celle qu'en ont donnée plusieurs 
souverains Pontifes, parmi lesquels Boniface YIII peut être mis aux 
premiers rangs, à savoir qu'il est le juge universel des cas de con- 
science. Il n'y a pas de matière, en effet, qui ne puisse présenter, par 
quelque côté, un cas de conscience. 



La seconde condition consiste en ce que l'objet de la définition soit 
une doctrine touchant la foi ou les mœurs, de fidc vel moribut. 

Celle-là, ainsi que le disent les expressions qui la formulent, n'a 
son application qu'aux définitions dogmatiques, aux questions doctri- 
nales. Quand il s'agit, en effet, de lois disciplinaires, canoniques, li- 
turgiques, ou autres, en un mot, de gouvernement ecclésiastique, 
l'objet de la loi, quoiqu'ayant toujours pour but dernier de servir à la 
conservation de la foi et au maintien de la morale pratique, peut être 
indifférent par lui-même, n'intéresser en rien par lui-même cette foi 
ni cette morale, et cependant, pour un motif quelconque de simple 
convenance ou autre, dont le législateur et l'interprète des lois seront 
les juges, être l'objet d'une loi, d'un usage accepté et consacré, d'une 
cérémonie, d'une mesure disciplinaire positive, de compétence ecclé- 
siastique, pour ce seul motif que l'autorité, sans être obligée de dire 
pourquoi, juge bon de décréter cette mesure. 

Mais il importe de rappeler ici la condition de Vex cathedra et celle 
du ad examen ecclesiasticum spectantibus, qui concernent aussi bien les 
lois et lescauses de discipline que les définitions dogmatiques, et qui, 
l'une et l'autre, en circonscrivent l'extension à l'ordre religieux de gou- 
vernement ecclésiastique, termes plus étendus, par la raison que nous 



LE CONCILE DU VATICAN. 



XV 



venons d'exposer, que ceux du de fide vel moribus, mais qui exigent, 
pour le moins, que les lois soient portées comme lois religieuses, et 
les causes jugées comme causes religieuses dans leurs relations avec 
les lois ecclésiastiques, et non point, les premières, portées comme 
lois humaines politiques ou autres, et les secondes, jugées comme 
causes humaines politiques ou autres. La condition de Vex cathedra 
suppose essentiellement que le Pape agit comme chef religieux, assis 
sur la chaire de Pierre; or, il ne peut sortir de cette chaire, avec l'au- 
torité cathédrarchique, que des lois à caractère religieux, portées à 
titre de lois religieuses, ou des jugements de causes ayant le même 
caractère et rendus au même titre. La condition du ad examen eccle- 
siasticum spectantibus a le même sens et dit explicitement la même 
chose, en supposant qu'il y a des ordres de matières qui sont en de- 
hors de la compétence de cet examen. Quant à la foi et à la morale, 
ainsi que nous l'avons dit, elles doivent toujours être le hut dernier 
de ces lois et de ces jugements, mais la relation peut être tellement 
éloignée et tellement obscure que le souverain Pontife soit le seul à la 
saisir, en sorte qu'elles ne forment pas condition comme pour les dé- 
finitions dogmatiques. 

Nous prions ici le lecteur de bien peser la différence entre les 
expressions dont se sert le concile pour signifier la condition des défi- 
nitions dogmatiques infaillibles, de fide vel moribus, répétées toutes 
les fois qu'il s'agit de ces définitions, et les expressions dont se sert 
le même concile pour signifier la condition des lois et jugements dis- 
ciplinaires, ad examen ecclesiasticum spectantibus, expressions beau- 
coup moins précises, qui peuvent embrasser des choses indifférentes 
en elles-mêmes, mais qui spécifient pourtant un caractère religieux 
et ecclésiastique différent du caractère humain, politique ou tout autre. 

Résumons : 

Cum ex cathedra loquitur — qui suppose le ad examen ecclesiasticum 
spectantibus. 

Doctrina de fide vel moribus. 

Voilà les deux conditions uniques qui limitent l'autorité apostolique. 

La première, Vex cathedra, pour l'infaillibilité dogmatique et pour 
la souveraineté disciplinaire ; 

La seconde, le doctrina de fide vel moribus, pour l'infaillibilité doc- 
trinale seulement. 

Cela posé, quelles sont les conditions et l'étendue de Vex cathedra ? 
Quelles sont les conditions et l'étendue du de fide vel moribus ? 

Pie IX disait, à la fin de 1874, dans une allocution à V Académie de 
la religion catholique de Florence : « Il y en a qui voudraient que j'ex- 
pliquasse et éclaircisse davantage la définition conciliaire. Je ne le 
ferai point. Elle est assez claire par elle-même et n'a pas besoin d'au- 
tres explications et commentaires. Le sens vrai du décret devient 
facile et clair pour quiconque le lit avec un esprit dégagé de pas- 
sion (1). » * 



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(1) Voici l'allocution tout entière dans la traduction qu'en a donnée « dWès 
conseil reçu de haut, » le Journal de Florence : 

« J'agrée les beaux sentiments que vous m'ayez Exprimés, vos .actes leur sont cou- 



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DISSERTATION PRELIMINAIRE. 



Rien, en effet, ne saurait être plus clair, il suffit de prendre les pa- 
roles da concile sans y rien changer, ni par addition ni par soustrac- 
tion, pour avoir les réponses à ces deux questions. 



Vcx cathedra. 



Il n'est pas nécessaire, selon nous, pour Vex cathedra, que le Pape 
s'adresse à toute l'Eglise; il suffit qu'il déclare, décrète ou juge comme 
pasteur et docteur de tous les chrétiens. 

Est-il dit, dans la constitution Pastor seternus, que le souverain Pon- 
tife doive s'adresser à toute l'Eglise, doive enseigner ou vouloir ensei- 
gner toute l'Eglise, doive faire à toute l'Eglise une obligation expresse 
de croire la doctrine qu'il enseigne, doive promulguer son décret de 



formes, je le sais. Les membres de l'Académie de la Religion catholique s'emploien 
avec zèle et avec science à défendre les vérités de cette religion et à combattre les 
erreurs qui surgissent contre elle de tout côté, je le sais aussi. 

« Or, parmi les différents sujets que vous aurez à traiter, il y en a un surtout qui 
me semble d'une importance principale : c'est de mettre à néant les efforts à l'aide 
desquels on tend à fausser l'idée de l'Infaillibilité pontificale. 

« De tous ces efforts, celui le plus rempli de malice consiste a attribuer a l'Infail- 
libilité du Pape le droit de déposer les souverains et de délier les peuples de leur 
obligation de fidélité. 

« Sans doute ce droit a été parfois, dans des rencontres suprêmes, exercé par les 
Papes, mais il n'a rien de commun avec V Infaillibilité, et sa source, au lieu d'être 
dans VInfaillibiliti-, est dans Y Autorité pontificale. 

« D'ailleurs, l'exercice de ce droit dans dfs siècles de foi qui respectaient chez le 
Pape ce qu'il est réellement, c'est-à-dire le juge suprême de la chrétienté, et recon- 
naissaient les avantages de son tribunal pour résoudre les grandes questions entre 
les peuples et les souverains, l'exercice de ce droit, dis-je, s'étendait librement — 
(secondé comme il devait l'être par le droit public et par le consentement commun 
des peuples — aux plus graves intérêts des Etats et de leurs chefs. 

« Les conditions du temps actuel sont bien changées, et la malice seule peut con- 
fondre deux choses si différentes : le jugement infaillible relativement aux principes 
révélés, et le droit que les Papes exercèrent, en vertu de leur autorité, lorsque le 
bien de la société l'exigeait. Nos ennemis le savent, du reste, mieux que nous, et il 
est facile de voir pourquoi ils soulèvent aujourd'hui une confusion si absurde d'idées, 
et mettent en avant des hypothèses auxquelles personne ne pense: c'est-à-dire qu'on 
invente tous les prétextes possibles, même les plus frivoles et les plus opposés à la 
vérité, pourvu qu'ils soient capables de nous affliger et d'exciter les princes contre 
l'Eglise. . . 

« Il y en a qui voudraient que j'expliquasse et éclaircisse davantage la définition 
conciliaire. 

« Je ne le ferai point. Elle est assez claire par elle-même et n'a pas besoin d'autres 
explications et commentaires. Le sens vrai du décret devient facile et clair pour 
quiconque le lit avec un esprit dégagé de passion. 

« Ce n'est pas une raison cependant de vous abstenir vous-mêmes de combattre 
par votre science et votre talent des erreurs qui peuvent tromper les illusionnés et 
égarer les ignorants. 

« Que Dieu bénisse vos travaux et vous fasse atteindre le but auquel vous devez 
s urtout viser : répandre la vérité à la plu» grande gloire de Dieu et de son Eglise. » 



LE CONCILE DU VATICAN. 



XV11 



définition, de législation, de discipline ou de jugement de telle ou telle 
cause, dans toutes les parties de l'Eglise, doive dire enfin que la déci- 
sion qu'il émet, quelle qu'elle soit, dogmatique ou disciplinaire, pourvu 
qu'elle soit de l'ordre ecclésiastique et religieux, doit être tenue par 
l'Eglise entière? 

Nullement. Il est seulement dit dans le décret de l'infaillibilité dog- 
matique que le souverain Pontife parle ex cathedra lorsque, « rem- 
.« plissant la charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, — 
« c'est-à-dire de souverain Pontife, successeur de Pierre et agissant 
« en vertu de son autorité apostolique ; » — c'est-à-dire encore comme 
« souverain Pontife, — « il définit une doctrine, » laquelle, par là 
« même, une fois définie, « devra être tenue par l'Eglise universelle, » 
doctrinam de fi.de vel moribus, ab Ecclesia universa tenendam, définit, et 
non : tenendam esse. II définit directement « la doctrine, » et non pas 
nécessairement pour Y ex cathedra, « que ta doctrine doit être tenue. » 

Mais s'il n'est pas dit que le souverain Pontife, dans ou par sa défi- 
nition, ou par tout ce qui l'entoure, doive s'adresser à toute l'Eglise, 
et le reste, il est dit, d'autre part, plusieurs choses qui nous semblent 
nier suffisamment cette condition ou plutôt cet ensemble de conditions 
qu'on prétendrait imposer à Yex cathedra. 

Il est dit que les définitions, sur la foi et les mœurs, ex cathedra, 
du Pontife romain sont irréformables « par elles-mêmes, ex sese et non 
« par suite du consentement de l'Eglise, non autem ex consensu Eccle- 
« six; » or, puisque le consentement de l'Eglise n'ajoute rien à leur 
valeur intrinsèque, à leur irréformabilité; puisqu'elles ont cette va- 
leur, cette irréformabilité, dans sa plénitude, au sortir de leur source ; 
puisque, par conséquent, la publicité universelle n'y ajoute rien, c'est 
que cette valeur leur vient de la charge de successeur de Pierre, pas- 
teur du troupeau tout entier et aussi de chacune des brebis et de cha- 
cun des agneaux séparés dont se compose le troupeau, qualité origi- 
nelle qui exclut avec évidence la nécessité de ces autres conditions. 
■ II y a plus : il est dit, dans le décret visant spécialement les actes 
législatifs et disciplinaires, mais y mêlant aussi les choses de foi, que 
le souverain Pontife a « la pleine et suprême puissance de juridiction 
« sur toute l'Eglise, non-seulement dans les choses de foi et de mo- 
« raie, mais aussi dans les choses qui se rapportent à la discipline et 
« au gouvernement de l'Eglise répandue sur toute la terre: que, cette 
« même puissance, il l'a non-seulement pour une majeure partie, 
« mais dans sa plénitude de puissance suprême ; que celle même 
« puissance » — toujours celle de juridiction dans les choses de foi 
et de morale et dans les choses de discipline et de gouvernement — 
« est en soi ordinaire et immédiate soit sur tous ensemble, soit sur 
« chacun en particulier des pasteurs et des fidèles. » 

Or, qu'est-ce que cette puissance qui s'étend aussi bien sur chaque 
pasteur et sur chaque fidèle isolément pris, que sur tous collective- 
ment pris, si ce n'est la puissance même ex cathedra, c'est-à-dire 
expressément qualifiée ex cathedra sur les choses de foi et de morale 
et implicitement, mais évidemment, entendue ex cathedra sur les choses 
de gouvernement et de discipline? Mais puisqu'elle s'étend à chacun 
en particulier comme à tous ensemble, s'il plaît au souverain Pontife 

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DISSERTATION PRÉLIMINAIRE. 



de l'exercer à l'égard d'un seul en particulier, sans qu'il y ait pour le 
moment ou pour toujours, d'autre publicité, et même avec la réserve 
explicite du secret provisoire ou absolu, en sera-t-elle moins la puis- 
sance ex cathedra, et sa décision, une décision par soi irréformable, 
ex sese non autem ex consensu Ecclesix? 

Il est dit dans le ebap. i or , en parlant de cette puissance de juridic- 
tion toujours la même, par conséquent tout à la fois dogmatique et 
gouvernementale, considérée à son origine dans l'apôtre Pierre, que 
« cette primauté exista, par institution de Jésus-Christ, dans Pierre 
« seul sur les autres apôtres, soit pris séparément un à un, sive seor- 
« sum singulis, soit pris tous ensemble, sive omnibus sirnul. » 

Or, n'est-ce pas là toujours Yex cathedra lui-même, lequel pèse sur 
chacun comme sur tous, peut s'adresser à chacun en particulier aussi 
bien qu'à tous, peut, par conséquent, définir, légiférer, discipliner, juger, 
soit pour un en particulier, soit pour plusieurs, soit pour tous ensem- 
ble, selon qu'il le jugera à propos et que les besoins l'exigeront? Et 
cette puissance perd-elle quelque chose de sa vertu intrinsèque, ex 
sese, si elle s'exerce dans le particulier, disons mieux, si elle s'exerce 
même dans le secret le plus absolu ? 

Il est dit dans le chap. m, à propos du caractère et de la nature de 
cette puissance de Pierre, considérée dans les Pontifes romains ses 
successeurs, que cette puissance de juridiction, toujours la même, 
tant sur les choses de foi que sur celles de gouvernement, est vraiment 
« épiscopale et immédiate » et « qu'à elle sont assujettis, en toutes 
« choses, dans celles de foi comme dans celles èe discipline, les pas- 
« teurs et les fidèles de tout rite et de toute dignité, tant pris sépa- 
« rément, un à un, que tous ensemble. » 

Toujours même conclusion ; c'est Y ex cathedra du dernier anathème, 
qui n'a pas besoin, pour avoir sa valeur intrinsèque, ex sese, de s'a- 
dresser à tous ensemble et de s'étendre sur tous à la fois, mais qui 
peut ne s'adresser qu'à un seul à part, à une brebis isolée ou même 
égarée du reste du troupeau, ne s'abaisser que sur ce membre seul, 
en gardant toutes ses prérogatives d'infaillibilité et de souveraineté 
de Yex cathedra, par cela même qu'elle est la puissance du succes- 
seur de Pierre parlant, décidant, jugeant, absolvant, condamnant, et 
le reste, comme chef de l'Eglise, comme chef, à la fois, de tout le 
troupeau, de chacune des familles du troupeau, — soit une congréga- 
tion religieuse — de chacun des pasteurs du second rang, — soit un 
évoque seul — de chacun des pasteurs du troisième ordre, — soit un 
curé, — et de chacun des membres les plus inlérieurs du troupeau, 
isolé des autres — soit un simple fidèle, qu'il soit, d'ailleurs, un pâtre 
ou un César. 

Il est dit enfin, dans le même chap. m, que cette puissance, toujours 
la même, « ne préside pas seulement à l'Eglise, mais aussi qu'elle 
« juge, en juge suprême, les fidèles ; que chacun d'eux peut recourir 
« à son jugement sur toutes les causes qui sont de la compétence ec- 
« clésiastique, in omnibus causis ad examen ecclesiastècwn spectantibm, 
« ad ipsius posse judicium recurri, que ce jugement du siège wposto- 
« Iique est tel qu'il n'en existe point qui lui soit supérieur, qu'il ne 
« peut être réformé par qui que ce soit, et qu'il n'est permis à aucune 



LE CONCILE DU VATICAN. 



XIX 



« autorité, même à celle du concile général, de s'en porter le juge. » 
Or, n'est-ce pas encore Yex cathedra du dernier anathème, qui, peur 
n'être pas universel dans son adresse et dans son objet, étant appliqué 
à telle ou telle cause en particulier, n'en est pas moins indéformable 
et hors des atteintes de tout tribunal d'appel sur la terre? 

Nous ne voyons pas ce qu'on pourrait répondre à cette série de rai- 
sonnements sur le Concile du Vatican après qu'on l'a pris pour base 
de la discussion sur le sens et les conditions vraies de Yex cathedra (1). 
Passons à l'autre limitation. 

(1) On pourrait demander ici jusqu'où va l'autorité des Congrégations romaines 
qui fonctionnent en vertu d'une sorte de délégation ou commission à demeure, limi- 
tée à telles ou telles matières, comme les tribunaux et les cours fonctionnent au nom 
d'un gouvernement, chacun dans sa compétence. 

Assurément on ne saurait assimiler à un dogme expressément défini, soit par un 
concile œcuménique, soit par un pontife romain, et proposé directement par ce con- 
cile ou par le Siège apostolique à l'Eglise universelle comme devant être professé par 
tous sous peine d'hérésie, une émission dogmatique donnée par une Congrégation 
pontificale. Il y a selon nous entre une déclaration de Congrégation romaine, munie 
des conditions les plus favorables à son autorité, au point de vue de la foi, — car au 
point de vue de la discipline, dans le cercle de sa compétence, toute différence nous 
semble disparaître — et une déclaration dogmatique universelle du concile œcumé- 
nique ou du pontife romain sous peine d'anathème, la même différence à peu près 
qu'entre une doctrine catholique reconnue et professée par l'Église universelle et dis- 
persée à laquelle il ne manque rien, par conséquent, de la certitude théologico-ca- 
tholique, mais à laquelle il manque pourtant le dernier mot, généralement et expli- 
citement formulé, qui constitue l'hérésie formelle. 11 en serait de même encore d'uu 
ex cathedra du souverain Pontife qui ne serait adressé qu'à un individu ou à une 
église particulière; cet ex cathedra donnerait bien la certitude catholique qui naît de 
l'infaillibilité; mais, n'étant pas adressé à toute l'Église, ni promulgué officiellement 
dans toute l'Eglise, il ne constituerait pas contre ceux qui ne s'y soumettraieut point 
1 hérésie formelle et déclarée. 

C'est, au reste, ce qu'il faut conclure d'un bref de Pie IX commençant par ces 
mots: Tuas libenter,cn date du 26 décembre 1863, dont nous citerons ici le passage 
suivant qui exprime, ce nous semble, aussi clairement que possible ce que nous ve- 
nons de dire (*). 

Pie IX, après avoir donné des éloges au congrès catholique de Munich, dit, en 
parlant des membres de ce congrès, a l'archevêque de Munich et Freissingen : « En 
« leur donnant les éloges qui leur sont dus pour avoir confessé une venté qui dé- 
« coule nécessairement de l'obligation de professer la foi catholique, nous aimons à 
« nous persuader qu'ils n'ont pas entendu restreindre ce devoir de soumission qui 
« lie strictement les professeurs et les écrivains catholiques, aux seuls poinls définis 
« par le jugement infaillible de l'Église, comme dogmes de foi que tous doivent 
« croire. Nous nous persuadons encore qu'ils n'ont pas voulu déclarer que cette par- 
te faite adhésion aux vérités révélées, qu'ils ont reconnue être tout à fait nécessaire 
« au véritable progrès des sciences et à la réfutation des erreurs, pourrait être 
« obtenue si la foi et, l'obéissance étaient seulement accordées aux dogmes expressé- 
« ment définis par l'Eglise. Quand même il ne s'agirait que de la soumission due à 
« la foi divine, on ne pourrait pas la restreindre aux seuls articles définis par des 
« décrets exprès des conciles œcuméniques ou des Pontifes romains et de ce Siège 
« apostolique; il faudrait encore l'étendre atout ce qui est transmis, comme divine- 
« ment révélé, par le corps enseignant ordinaire de toute l'Église dispersée dans 
o 1 univers, et que, pour cette raison, les théologiens catholiques, d'un consentement 
<( universel et constant, regardent comme appartenant a la foi. Mais comme il s'agit 
« de la soumission à laquelle sont obligés en conscience tous ces catholiques qui s'a- 
« donnent à l'étude des sciences spéculatives, afin de procurer à l'Église de nouveaux 
« avantages par leurs écrits, les membres du congrès doivent reconnaître qu'il ne 
« suffit pas aux savants catholiques d'accepter et de respecter les dogmes de l'Église 

(*) On peut lire le texte même de ee passage aux mots proi'ësskuks et écrivains (devoirs 
des) de notre Dictionnaire des décisions romaines. 






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XX 



DISSERTATION PRÉLIMINAIRE. 



II 



Le De fide vel moribus. 



Si nous nous en tenons, bien rigoureusement, aux termes du concile 
sur cette seconde condition, concernant la nature de la doctrine qui 
sera matière de la définition ex cathedra, nous n'éprouverons aucun 
embarras et n'aurons besoin, comme nous l'a dit Pie IX, d'aucune ex- 
plication ni commentaire. 

En parlant de l'infaillibilité ecclésiastique en général, Veron disait, 
dans sa Régula fidei, « qu'il faut que l'objet soit définissable comme 
de foi; opportet objectum esse definibile de fide ; » et Melchior Cano di- 
sait, dans ses Loci theologki, « qu'il faut examiner avec soin la nature 
des choses dont est jugement, guœ natura rerum sit de quibus judicium 
est. » Quelle est cette nature des choses qui les rend définissables ? 

Le Concile du Vatican nous répond lui-même cinq fois, de la ma- 
nière la plus formelle, une fois dans la constitution Dei filius, quatre 
fois dans la constitution Pastur seternus. Reprenons ces réponses. 

1° Dans la constitution Dei filius on lit, au chap. h, ce qui suit, à 
propos de l'interprétation de l'Ecriture sainte sur laquelle le Concile 
de Trente avait déjà donné un décret (1) : 

« dont nous avons parlé, mais qu'il est nécessaire encore qu'ils se soumettent tant 
« aux décisions doctrinales qui émanent des Congrégations pontificales, qu'aux points 
« de doctrine, qui, d'un consentement commun et constant, sont tenus dans l'Église 
« comme des vérités théologiques et des conclusions tellement certaines, que lesopi- 
« nions opposées il ces mêmes chefs de doctrine, bien qu'elles ne puissent être qua- 
« lifiées d'hérétiques, méritent cependant une autre censure théologique. » 

On voit que Pie IX, dès avant la déclaration du concile du Vatican, qui a donné 
la suprême importance à tout ce qui sort de la chaire apostolique, met sur la même 
ligne les vérités enseignées par l'Eglise universelle dispersée, les déclarations des 
Congrégations romaines et les conclusions théologiques certaines dont les contradic- 
toires n'ont pas encore été officiellement déclarées hérétiques, mais qui n'en sont pas 
moins des certitudes catholiques faisant partie de la foi. 

Les Congrégations romaines, en effet, tout en étant Vex cathedra lui-même en 
exercice constant, ne le sont que dans leurs limites; elles n'ont pas reçu la mission 
de déclarer les anathèmes unvoersek, définitifs, sans retour; mais elles n'en ont pas 
moins, dans leur cercle, l'autorité qui distingue catholiquement les vérités des erreurs 
et délimite les dogmes, aussi bien qu'elle interprète les lois et les applique. 

En résumé, sans dire qu'une résolution attenante à la foi soit la déclaration su- 
prême officielle de l'hérésie contre celui qui refusera de l'admettre; en disant, au 
contraire, avec Pie IX, que cela ne s'y trouve point, nous disons que c'est une des 
formes de Vex cathedra les moins contestables, que l'infaillibilité catholique y est en 
réalité, que l'erreur catholique, si l'on nous permet d'associer ces deux mots, ne peut 
s'y trouver, et qu'il ne reste plus après elle, comme summum de l'autorité catholique, 
que la déclaration officielle de l'anathème et de l'hérésie, qui se fera encore par Vex 
cathedra, mais par Vex cathedra prenant la forme et l'organe ad hoc, et lequel, n'a- 
joutant rien au premier, en certitude catholique, n'y ajoutera, en réalité, que la dé- 
claration de la peine canonique. Nous ne pouvons apercevoir, en effet, dans ce su- 
prême ex cathedra, en sus de ce qui est dans le premier, que le lata senlentia public 
et universel de cette ;<:ine. 

(1) Voici le décret du Concile de Trente dans son texte latin : 

Ad coercendu petulanlia ingénia, decrevit (sancta Synodus), utnemo sua prudentia 
innixus, in rébus fidei et momjm ad œdificationem doctrinœ christianœ pertinen- 



LE CONCILE DU VATICAN. 



XXI 



« Mais puisque ce que le Concile de Trente a salutairemenl décrété 
touchant l'interprétation de la divine Ecriture pour maîtriser les esprits 
pétulants, est mal exposé par quelques hommes, Nous, renouvelant 
le même décret, déclarons que son esprit est : que, dans les choses de 

FOI ET DE MOEURS APPARTENANT A L EDIFICATION DE LA DOCTRINE CHRÉ- 
TIENNE, il faut tenir pour le vrai sens de la sainte Ecriture celui qu'a 
tenu et tient la sainte mère Eglise à qui il appartient de juger du vrai 
sens et de l'interprétation des saintes Ecritures, et que, pour cela, il 
n'est permis à personne d'interpréter l'Ecriture contre ce sens ou 
même contre le sentiment unanime des Pères (1). » 

Le concile déclare, sous la forme indicative absolue, que « dans les 
choses de foi et de morale appartenant à l'édification de la doctrine 
chrétienne, il faut tenir, etc. » Dit-il : « dans les choses qui sont décla- 
rées être de foi ou de morale, appartenant, etc. ? » — Non. — Avons- 
nous le droit d'ajouter ces mots ? — Non. 

2° Dans la constitution Pastor setemus, chap. m, le concile dit, sur 
la nature et le caractère de la primauté du Pontife romain, « qu'à celte 
primauté sont assujettis, par devoir de subordination hiérarchique 
et de véritable obéissance, les pasteurs et les fidèles, non-seulement 
dans les choses qui appartiennent à la foi et aux mœurs, mais aussi dans 
celles qui appartiennent à la discipline et au gouvernement de l'E- 
glise. » Est-il dit : « Non-seulement dans les choses qui sont déclarées 
appartenir à la foi et aux mœurs? » — Non. — Il est dit : « Dans les 
choses qui appartiennent. » 

_ 3° Dans le même chapitre ni, décret de la fin, principalement des- 
tiné à déclarer la souveraineté gouvernementale, il est encore dit du 
pouvoir de juridiction : que ce pouvoir est « plein et suprême sur l'E- 
glise non-seulement dans les choses qui concernent la foi et les mœurs, 
mais dans celles de discipline et de gouvernement. » Toujours la môme 
formule dans laquelle nous n'avons pas le droit de substituer aux pa- 
roles : qux ad fidem et morem pertinent, ces autres paroles : quœ ad 
fidem et morem declarantur pertinere. 

4° Dans la grande définition de la constitution Pastor setemus con- 

tium, sacram Scripturam ad suos sensus contorquet, aut contra eum sensum, quem 
temut et ienet sancta mater Ecclesia, cujus est judicare de vero sensu et interpre- 
tatione sunctarum Scripturarnm, aut etiam contra unanimem consensum Patrum, ip- 
sam Scnpturam sacram interpretari audeal, etiamsi hujusmodi interprétations 
nullo unauam tempore in lucem edendœ forent. 

II est évident que, dans cette longue phrase, tout est assujetti à la restriction oui 
est en tête, m rébus fidei et morum. 

(1) "Voici le texte latin de ce décret : 

Quoniam vero quœ sancta Tridentina Synodus de interpretatione divinœ Scriptural ad 
coercendapetulanhaingentasrtlubriterdecrevit,aquibusdamhnminibus,praveexponun- 
nur, Nos, idem decretum rénovantes, hanc illius mentem esse declaramus : ut, in rébus 
fidei et morum ad œdificationcm doctrinœ christianœ pertinentium, is pro vero sensu 
sacrœ beripturce habendus sit quem tenuit ac tenet sancta mater Ecclesia, cujus est 
litaicure de vero sensu et interpretatione Scripturarum sanctarum, atque ideo nemini 
ticere contra hune sensum, aut etiam contra unanimem consensum Patrum ipsam 
beripturam sacram interpretari. 

Même observation que dans la note précédente sur le in rébus fidei et morum, 
auquel tout le reste est subordonné. 



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XXII 



DISSERTATION PRÉLIMINAIRE. 



cernant Yex cathedra (cliap. îv) le concile répète deux fois la même 
formule, une fois pour l'infaillibilité du Pontife romain, et une fois 
pour l'infaillibilité de l'Eglise en général, qui est la même que celle du 
Pontife romain. Il dit que « le Pontife romain, quand il parle de sa 
chaire, c'est-à-dire lorsque, s'acquitlant de la charge de pasteur et 
de docteur, il définit, en vertu de son autorité suprême apostolique, 
une doctrine de foi ou de morale, devant être crue par l'Eglise univer- 
selle, jouit, par l'assistance divine qui lui a été promise dans le bien- 
heureux Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu 
que son Eglise fût pourvue en définissant une doctrine de foi ou de mo- 
rale. » 

Le concile aurait encore pu, dans ce passage, aussi bien que dans 
les autres, ou quelqu'un des autres, ajouter un simple mot qui aurait 
suffi pour déterminer un sens plus étendu ; il aurait pu dire par exem- 
ple : doctrinam tanquam de fide vel moribus.... définit; « définit une 
doctrine comme étant de foi ou de morale : in défini >v/a doctrina tan- 
quam de fide vel moribus; en définissant une doctrine comme étant de 
foi ou de morale. Il ne l'a pas lait. Avons-nous le droit de faire ou de 
sous-entendre ces additions, ou autres semblables, à tihv de commen- 
taires ? Nous ne le croyons pas ; et comment le pourrions-nous, lorsque 
Pie IX, qui est, à tous pointe de vue, l'interprète de ces définitions qui 
sont siennes en même temps que conciliaires, l'a formellement refusé'? 

5° Il est enfin, dans le cliap. m de la même constitution Pastor xter- 
nus, une parole qui a trait au même sujet. Le concile dit, en parlant du 
jugement suprême, « qu'on peut recourir à ce jugement dam toutes ks 
« causes gui font de la compétence ecclésiastique, in omn 'bus cnusis ad exa- 
« men ecclesiastkwn spectantibus. » Il y a donc des ehûSefi qui relèvent 
de l'examen ou de la compétence ecclésiastique, et il y a des choses, 
par conséquent, qui n'eu relèvent pas. Quelles sont ces choses ou 
causes qui y ressort issent? Ce sont, d'une part, celles qui inté- 
ressent la foi ou les mœurs, ainsi que nous venons de le voir répété 
cinq fois parle concile, et, d'autre pari, celles qui appartiennent à la 
discipline et au gouvernement de l'Eglise, lesquelles ont plus d'éten- 
due,, ainsi que nous L'avoua fait remarquer, parce qu'elles peuvent em- 
brasser des matières de soi indifférentes qui cessent de l'être par le 
commandement, et qui constituent l'ordre ecclésiastique disciplinaire. 

Or, en suivant ainsi le concile pas à pas sans l'outrepasser d'un seul 
point, nous obtenons une règle conciliaire qui est de la plus grande 
simpliciléei. clarté, ainsi que l'a déclaré Pie IX eu refusant d'y ajouter 
la moindre explication, le moindre commentaire. 

Toute condition de compétence est réduite par cette règle à la foi 
et à la morale chrétiennes : rébus fidei et motion ad xdificatùmeru doc- 
trinx ebristianx pertinentium. Uù pourrait-on trouver uni' règle plus 
simple et plus facile d'usage pour celui qui voudra l'appliquer «. sans 
passion » Y 

La foi, c'est le symbole catholique; or, ce symbole n'es! pas très- 
compliqué, et, de plus, tranche, autant que possible, par ses matières 
i caractère surnaturel, avec toutes les sciences humaines. Il se ré*- 
sume en une série logique, qui est à la portée de tous les esprits, 
quant à l'exposition, par ses articles fondamentaux, et qui n'est poiut 



LE CONCILE DU VATICAN. 



XXIII 



au-dessus du grand nombre par ses attaches à des questions de tout 
ordre. La morale consiste presque en totalité dans un ensemble de 
vérités naturelles qui sont directement aperçues par toute raison et 
senlies par l.oulc conscience. Comment trouverait-on, dans les choses 
intellectuelles, morales et religieuses, un critère aussi simple, un terme 
de comparaison aussi visible, une mesure d'application plus facile 
pour l'humanité dans son état présent? 

Si, d'une pari, nous devons reconnaître qu'il est une multitude de 
conséquences éloignées, en matière de foi et de morale, dont il est dif- 
ficile d'apprécier la valeur exacte, au point de vue de l'orthodoxie, de 
déterminer la vraie réalité ou la fausse apparence, et de fixer la for- 
mule, difficultés qui constituent la raison justificative elle-même de 
l'existence d'un tribunal compétent, nous devons avouer, d'autre part, 
que la perception par l'esprit de l'absence de tout lien d'une multitude 
de choses avec la foi et la morale est de la plus grande simplicité : est- 
il besoin d'être théologien à un degré quelconque, pour comprendre 
que les théorèmes de. la géométrie, les opérations de l'arithmétique, 
les résolutions de l'algèbre, les compositions et les décompositions de 
la chimie, les expériences et les explications de la physique, les obser- 
vations de la zoologie, les constructions de l'architecture, etc., etc., 
n'y ont aucun rapport? Il se forme, clairement et de soi, devant toute, 
raison, un cercle immense, à limites négatives parfaitement évidentes, 
de questions étrangères, qui n'a besoins, pour être fixé, d'aucun autre 
critère que le critère radical du simple bon sens. 

Pourquoi donc se battre les lianes comme certains catholiques de nos 
jours, parmi lesquels il faut classer M. Théodore-Henri Martin (1) dont 
la bonne foi, les bonnes inienlions, et même le talent sont incontesta- 
bles, pour découvrir des ruses de guerre au sujet de la condamnation 
de Galilée et de sou système du monde, lorsqu'on a près de soi cette 
réponse toute simple qui se présente d'elle-même: il ne s'agissait, pas 
d'une question de foi ou de. morale chrétiennes (2). Pourquoi répondre 
mal, par un déni d'autorité à l'adresse des SS. Congrégations de l'Index 

(1) Galilée, les droits de la science, ou la méthode des sciences physiques, par 
Th.-Henri Martin. Paris, Didier, 35, quai des Augiislins, 1868. 

(2) Le fait de la condamnation de Galilée ayant une grande importance relative- 
ment a la thèse qui suit, selon uous, des expressions mêmes du Concile du Vatican, 
on nous pardonnera d'en donner dans cette note le sommaire historique {*). 

Les lettres de Galilée sur les taches solaires, ouvrage dans lequel il n'est question 
ni de théologie ni de L'Ecriture sainte, mais uniquement d'astronomie, Eurent défé- 
rées, sur l'ordre du Pape Paul V, à la S. Congrégation do l'inquisition romaine, et, 
sur son ordre également, deux propositions en furent extraites, l'une, sur l'immobi- 
lité du soleil, l'autre sur le mouvement de la terra, lesquelles fuient qualifiées par 
onze théologiens cousutleurs du saint oITice, le 21 fSvriei 1616, comme il suit : 

La première : absurde et fausse en, théologie et formeUement léréttque, parce 
qu'elle est expressément contraire à l'Ecriture sainte. 

(') Voyez tous les textes latins, dont nous citerons quelques puisages traduits, dans un 
opuscule de M. Henri de l'Epinois, intitulé: Galilée, son procès, sa condamna ion, d après des 
documents inédits. Ce travail fut publié dans la Iieuuc des sciences Historicités, et on en lit ua 
tirage à part de 250 exemplaires, Paris, 1807, gr. in-8°. — II. de l'Epinois donnai is numéros 
des feuillets des manuscrits contenant les pièces des deux procès, n d-- la condamnation de 
Galilée, manuscrits aujourd'hui réunis an un volume, auquel il a emprunté se 4 documents et 
qui se trouve aux archives du Vatican. Ce volume lui l'ut communiqué en 1SÙ7 pur lo P. iiiei- 
ner, bibliothécaire des archives. 



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DISSERTATION PRÉLIMINAIRE. 



et du Saint-Office, fondé sur une absence prétendue de ratification pa- 
pale qui aurait été la conséquence de l'absence de la signature ponti- 
ficale au bas du décret, lorsqu'on sait bien que cette absence de signa- 
ture du Pape a toujours lieu quand le Pape ne fait pas lui-même une 
constitution ? Une pareille réponse n'irait pas à moins qu'à infirmer tou- 
tes les décisions des Congrégations romaines : pour les mises à l'index, 

/» Ï£ seconde : , ab f'<rde et fausse en philosophie, et, au point de vue théologique, pour 
le moins erronée dans la foi. H ' ? 

Deux jours après cette décision prise en secret, le 26 février de la même année 
Ualilee tut mande, en vertu d'un ordre du Pape lui-même décrété sur le rapport des 
consulteurs, au palais du saint office; et là, en présence du célèbre cardinal Bellar- 
min, alors inquisiteur, assisté du père commissaire, d'un notaire et de deux témoins 
il reçut au nom du Pape et du saint office, l'injonction « d'abandonner entièrement 
la susdite opinion, que le soleil est le centre du monde et immobile, et que la terre 
se meut, et de s abstenir de soutenir, enseigner ou défendre cette opinion d'une ma- 
nière quelconque, par parole ou par écrits. » 
Tout cela était encore secret. 

Mais neuf jours après, le 5 mars de la même année 1616, fut rendu par la S. Con 
gregation de 1 Index, sur l'ordre de Paul V, et promulgué dans tous les pays catho- 
liques, par 1 ordre et sous les yeux du même pape, comme le sont tous les actes de 
même nature, et, s il est possible, mieux encore, un décret que le public nomma le 
décret de Rome, par lequel l'opinion du double mouvement de la terre et de l'im- 
mobili te du soleil était déclarée « fausse et tout à fait contraire à l'Écriture sainte ■ » 
et par lequel il était décidé que «cette opinion ne pouvait être ni professée ni défen- 
aue. » bile était d ailleurs condamnée dans les ouvrages de Copernic, de l'Espagnol 
Diego de Zoniga et du P. Foscarini, de Naples : pourtant l'ouvrage de Copernic, De 
Kevolutwnibus orbium cœtestium, n'était prohibé, ainsi que le commentaire de Job de 
Uiego de Zoniga, qu avec la clause donec corrigatur, restriction qui signifiait que le 
système ne devait être donné que comme une pure hypothèse mathématique, une 
ingénieuse fiction explicative, sans prétention à la réalité; quant à l'ouvrage du 
K- f oscarini, » était prohibé sans restriction, ainsi que « tous écrits où la même 
doctrine était enseignée » C). 

En ce qui est de Bcllarmin, nous devons à notre impartialité historique de faire 
connaître une pièce importante de ce grand cardinal, qui fut publiée pour la pre- 
mière fois en 1811 par la Biographie universelle, t. IV, p. 92, en citant le principal 
passage de cette pièce, ainsi conçu : « Nous, Robert, cardinal Bellarmin, ayant ap- 
pris que le sieur Galilée a été calomnié, qu'on lui a imputé d'avoir fait une abjura- 
tion entre nos mains, et d'avoir été condamné à une pénitence salutaire; sur la ré- 
quisition qui nous en a été faite, nous affirmons, conformément à la vérité, que le 
susdit sieur Galilée n'a fait abjuration ni entre nos mains ni entre celles d'autres 
personnes que nous sachions, soit à Rome, soit ailleurs, d'aucune de ses opinions et 
doctrines; qu'il n'a été soumis à aucune pénitence salutaire de quelque sorte que ce 
puisse être. » Ce certificat est daté du 26 mai 1616. 11 contient, en outre, la déclara- 
tion de la Congrégation de l'Index, qui donne le sens du donec corrigatur, à savoir 
que la doctrine attribuée à Copernic ne doit être publiquement soutenue et exposée 
que comme une. hypothèse. 

Lors du second procès de Galilée qui aura lieu en 1633, Bellarmin sera mort de- 
puis dix ans. Mais la pièce que nous venons de citer sera de nature à exercer une 
grande influence sur le tribunal pour l'empêcher de condamner Galilée comme relaps 
puisquelle nie de sa part toute abjuration antécédente. ' 

Le système de Copernic fut encore condamné en 1619 (10 mars), par la même 
Congrégation romaine, dans un Abrégé de l'astronomie de Copernic dont Kepler était 
1 auteur; et en 1620 parut une note de la S. Congrégation, destinée à indiquer les 
corrections qu'il fallait apporter à la rédaction de l'ouvrage de Copernic pour qu'il 
put paraître en Italie, note dans laquelle on persistait à déclarer que le double mou- 
vement de la terre est contraire à la sainte Écriture et à son interprétation vraie 
et catholique (**) . 

(*) Le texte latin do ce décret occupe le feuillet 380 du volume des pièces manuscrites aui 
est aux archives du Vatican. 4 

('*) Aucun éditeur ne voulut se charger d'uue pareille correction. 



LE CONCILE DU YATICAN. 



XXV 



il y en a, mais en petit nombre, qui ont été décrétées en vertu de con- 
stitutions pontificales ; presque toutes l'ont été soit en vertu de décrets 
de la S. Congrégation de l'inquisition, soit en vertu de décrets de la 
S. Congrégation de l'index : est-ce que ces dernières n'ont pas la même 
autorité? 
On ne peut donc pas arguer d'une pareille raison. Mais, par contre, 

_ Enfin, en 1633, époque de la seconde condamnation de Galilée et de sa séquestra- 
tion, par un décret du 16 juin, le pape Urbain VIII, tout ami et protecteur qu'il eût 
été et fût encore, au fond, de Galilée, ordonna à la S. Congrégation de l'inquisition 
romaine « de lui faire prononcer, en pleine Congrégation du saint office, une abju- 
ration pour suspicion véhémente d'hérésie, de le condamner à un emprisonnement 
suivant le bon plaisir de la S. Congrégation, en lui enjoignant de ne plus aucune- 
ment à l'avenir, par écrits ou par paroles, traiter, soit du mouvement de la terre et 
de la stabilité du soleil, soit de l'opinion contraire (*), sous la peine des relaps (**) • 
de prohiber son livre intitulé : Diutogo di Ga/ileo Galilei linceo, d'envoyer des exem- 
plaires de la sentence à rédiger dans les formes énoncées ci-dessus à tous les nonces 
apostoliques et à tous les inquisiteurs de la perversité hérétique, et surtout à l'inqui- 
siteur de Florence, afin que ceux-ci l'intimassent en pleine Congrégation, et la lussent 
publiquement en présence de la plupart des professeurs de mathématiques mandés à 
cet effet. » 

Le tribunal de l'inquisition fit ce que le pape ordonnait, et Galilée fut condamné 
par sept des membres sur dix; trois ne signèrent pas. La condamnation consista dans 
une réclusion illimitée qu'on se réservait le droit d'abréger, et dans des prières à 
réciter pendant trois années. Il n'y eut, paraît-il, que menace de la torture et non 
point exécution. On sait que Galilée céda tout et abjura des lèvres. Il est consigné 
aux pièces du procès par le secrétaire inquisiteur qu' « il a répondu catholiquemmt , » 
et voici, d'ailleurs, les phrases les plus significatives de la formule d'abjuration qu'il 
fut obligé de lire et de signer. 

« J'affirme et jure, la main sur les saints évangiles, que, d'un cœur sincère et d'une 
« foi non feinte, j'abjure, maudis et déteste les susdites erreurs et hérésies (de l'im- 
« mobilité du soleil et du mouvement de la terre) pour lesquelles j'ai été condamné 
« comme véhémentement suspect d'hérésie... je promets de m'abstenir désormais 
« de toute doctrine hérétique, et je jure, que si je venais à connaître quelque hé- 
« retique ou quelque homme suspect d'hérésie, je le dénoncerais au saint office ou 
« bien a l'inquisiteur et à l'ordinaire du lieu. » 

i Comme Galilée avait violé sa promesse faite en 1616 a l'inquisition, de ne plus 
s occuper de ces systèmes, la condamnation suivante n'en fut pas moins prononcée : 

« Nous disons et prononçons, jugeons et déclarons que toi, Galilée susdit, pour 
« les choses déduites au procès et par toi confessées comme ci-dessus, tu t'es rendu 
« véhémentement suspect d'hérésie en ce que tu as cru et soutenu la doctrine lausse 
« et contraire aux saintes Ecritures, que le soleil est le centre de l'orbite de la 
« terre, qu'il ne se meut pas d'orient en occident, que la terre se meut et n'est pas 
" Ï /j ntre du mo,Hie > et 1 a ' on ne P e . nt temr et défendre une opinion après qu'elle a 
« été déclarée contraire à la sainte Ecriture; en conséquence, que tu as encouru les 
« censures et peines des sacrés canons et autres constitutions générales et particu- 
« lières portées et promulguées contre de semblables délinquants. » 

Vient ensuite la remise de ces peines les plus graves sous la condition d'abjurer 
lesdites erreurs et hérésies, ce qui vientd'ètre fait; puis, à titre de grâce, l'emprison- 
nement illimité et la récitation pendant trois ans des sept psaumes de la pénitence 
une fois par semaine. 

Par le fait, Galilée fut, eu égard au temps, traité avec douceur. Il ne resta empri- 
sonne au Saint-Office que trois jours; de là il fut remis a l'ambassadeur de Toscane 




O GaUlee montrait tant d'hubileté dans ses dialogues, qu'il trouvait moyen de prouver la 
nouveau système, tout en ayant l'air de soutenir le système opposé. 

( ) Il avait promis, disait-on, en 1616, au tribunal du Saint-OIrice de ne plus s'occuper de la 
question. La pièce de Be!larmin, que nous citons plus haut, nie bien qu'il ait fait une abjura- 
tion et qu il ait encouru une pénitence, mais ne dit point qu'il u'eût pas fait une telle pro- 
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XXVI 



DISSERTATION PllEUMlNAiaE. 



nous trouvons solide, intelligente, et vrament bonne comme défense 
de la cause de L'Eglise, la réponse de M= r le cardinal Gousset, lorsqu'il 
nous dit, non pas seulement au sujet de ces décisions, mais, ce qui est 
plus radical et plus fort, en même temps que parfaitement logique, au 
sujet de l'interprétation de l'Ecriture sainte elle-même, dans sa Théo- 
logie dogmatique, traité de l'Ecriture sainte (l ro part., chap. vni, § 282, 
t. II, p. 157, cdit. in-8°. Paris, 1852), sur la session IV, citée plus haut,' 



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ment imploré bien des fois sa grâce complète, le 8 janvier 1642, c'est-à-dire neuf ans 
après, à l'âge de 78 ans, devenu complètement aveugle. 

Dans le préambule delà sentence, on avait mis la citation d'une lettre du cardinal 
Bellarmin à Galilée, laquelle lettre lui avait été remise officiellement le S mars 1616 
et dont copie avait été enregistrée au procès. Dans cette lettre, qui, malheureusement 
pour lui, l'assimilait à un relaps, le cardinal disait que « Galilée avait reçu notifica- 
tion _dc la déclaration fttitti p ir te pape (Paul V) et publiée par la S. Congrégation, 
de l'Index, contre le système attribue à Copernic », et il certifiait l'engagement que 
Galilée avait pris de se taire désormais (*). 

Urbain Vlll, en 1021, avait attribué, par maintes déclarations faites, en faveur de 
Galilée, au cardinal Hohenzoller, à ta sainte Eglise la condamnation du 7 mars 1616 
et n'avait accueilli Galilée qu'à la condition qu'il n'enseignerait pas le système de 
Copernic. Ce pape était, tellement couvaincu de la valeur catholique, infaillible et 
irreformable de celte condamnation et regardait si bien Galilée comme ayant, par 
son ayslèmo du monde, professé une hérésie, qu'après sa mort, bien qu'il n'eût ja- 
mais cessé d'aimer ce grand homme, dont la piété était exemplaire, la science d'ob- 
servation si perspicace et l'esprit si fin, mais le caractère faible et peureux par suite 
d un amour Irop grand de sa propre Iranquiliilé. il répondit à l'ambassadeur Nicco- 
lim, lorsqu'il s'agit de lui élever un monument funèbre, « qu'il serait d'un mauvais 
exemple pour le monde que de tels honneurs fusseul rendus à un homme qui avait 
été traduit devant 1 inquisition romaine pour une opinion si fausse et si erronée, qui 
lavait communiquée à beaucoup d'autres, et qui avait donné un si grand scandale 
ala chrétienté. » 

Tout le monde, à cetie époque, ainsi qu'on peut le constater par beaucoup de 
monuments, par exemple, les lettres de Ms» Guerenghi, celles de l'ambassadeur 
Ouicciardim, celles du P. Le Cazre. la supplique du P. Caslelli, la biographie de 
tralilee de Viniam, etc.. etc., considérait le décret de l'index de l(il« comme un dé- 
cret de 1 hglisc. Il est bien vrai que certains esprits très-supérieurs, tels que Des- 
caries, Gassendi, le p. Riccioh. faisaient une distinction entre ! telle condamna- 
tion par une S. Congrégation de cardinaux,. e4 une véritable condamnation de valeur 
œcumcn.que. Il est bien vrai que ceux-là mêmes, en confirmation de leur distinction 
arguaient aussi de 1 absence de ratification explicite du pape comme chef de l'Église' 
au bas de la condamnation, — ratification qui n'est jamais dans aucun décret de 
Congrégation,— pour eu atténuer la portée. Mais, à celle époque, la définition du 
Concile du Vatican n existait pis encore, et l'on était dans la période des dix-huit 
premiers siècles daiEglise, pendant laquelle avaient les mêmes droits an giron ca- 
tholique les deux grandes écoles de Vecclévardwme et du caii.àlrnrchhme, qui 
étaient si éloignées 1 une de l'autre sur la question de l'importance à attribuer aux 
décisions dogmatiques de la cour de Rome. De Cyprien à Bossuel, la première de 
ces écoles, qui dans les temps de la déclaration du clergé gai h'-an de 1U82, prit le 
nom impropre de ■.galhcantsme, avait des soutiens dans toutes les Églises de la catho- 
licité, et, depuis 1 établissement des Congrégations romaines, elle ne leur attribuait 
pas 1 importance quelles devaient prendre auxix» s jùde. Elle contestait, d'une part, 
a valeur absolue de lex cathedra le plus formel, et sur les conditions de cet ex ca- 
medra elle était beaucoup plus difficile que nous ne devons l'être aujourd'hui, ainsi 
KduCcK "u V^ lcan diSCUSSi0n * k 1 l,elle nDUS nous s "* "vré sur les 






SSmi'lï ^ ~Z&Z ' a e n ,ntradicti ™ apparente entre la lettre de Bellarmin du 
alSJdu v v, "• ''T\ ; q " e lB J"'"™ 1; v f ' f™ teta-grande bienveillance du cardinal 
mi* r ri ba V' nt > •tÇBtta lettre du 5 mars, également signée de lu' 
que dahlee avait pr.s l'engagement de se taire. 



qui servit à prouver 



LE CONCILE DU VATICAN. 



XXVII 



du Concile de Trente, De editione et vsu sacrorum hbrorum, que d'après 
le sens de cette session, « la fidélité à la tradition des interprètes des 
textes sacrés (qui sont l'Eglise et le consentement unanime des saints 
Pères) n'est obligatoire qu'en ce qui intéresse la foi et les mœurs, et 
non en ce qui concerne l'astronomie ou la géologie. » 

En généralisant cette règle, qui est identique à celle que nous avons 
vu sortir de la lettre même du Concile du Vatican, nous aurons, d'une 
part, beaucoup de choses qui pourraient être soutenues par tel ou tel 
auteur comme étant en dehors de la foi et de la morale chrétiennes, 
mais que nous n'entreprendrons pas de spécifier ici parce que ce serait 
entrer dans le vaste domaine des discussions théologiques, et d'autre 
part, une grande liberté et une grande latitude laissées au savant dans 
ses investigations, selon que l'a prévu et défini le Concile du Vatican 
dans sa constitution Dei filius, laquelle est ainsi conçue sur ce point 
important : 



« Et non-seulement la foi et la raison ne peuvent jamais être discor- 
dantes, mais elles se prêtent aussi un mutuel secours ; puisque la droite 
raison démontre les fondements de la foi, et, éclairée par salumière, 
développe la science des choses divines ; la foi délivre et prémunit la 
raison des erreurs et l'enrichit d'amples connaissances. C'est pourquoi 
tant s'en faut que l'Eglise s'oppose à la culture des arts et des sciences 
humaines, qu'au contraire elle la favorise et la propage de mille ma- 
nières ; car elle n'ignore ni ne méprise les avantages qui en découlent 
pour la vie des hommes; bien plus, elle reconnaît que, de même que 
ces choses sont venues de Dieu, le maître des sciences, ainsi elles con- 
duisent à Dieu avec l'aide de la grâce, si elles sont bien traitées. Et 
assurément elle n'empêche pas que ces arts et ces sciences, chacune 
dans sa sphère, se servent de leurs propres principes et de leur propre 
méthode; mais, reconnaissant cette juste liberté, elle veille avec 
soin à ce que, en s'opposant à la doctrine divine, elles n'admettent 
chez elles des erreurs, ou que, dépassant leurs limites propres, elles 
n'envahissent et perturbent les choses qui sont de la toi. » (Chap. iv, 
traduction littérale.) 

De cette manière, nous aurons même un moyen facile d'expliquer 
les retraits de certains ouvrages de la liste de l'index, après que ces 
ouvrages y avaient figuré. Pic de la Mirandole, par exemple, fut con- 
damné par Innocent VIII, en 1487, dans treize des neuf cents thèses 
philosophico-théologiques qu'il s'était proposé de soutenir, et fut in- 
nocenté, pour les mêmes thèses, en 1493, par Alexandre VI. Mais pour- 
quoi chercher si loin, quand nous avons devant nous les retraits de 
l'Index de Copernic, de Kepler et de Galilée? Ces grands noms, après 
avoir tenu leur place, comme nous l'avons dit dans la note, pendant 
plus de deux cents ans, sur le catalogue des auteurs prohibés, à savoir 
depuis l'année 1616 jusqu'à l'année 1835, en furent retirés, à cette 
dernière date, lors d'une classification plus soignée et d'une réim- 
pression du catalogue qui fut faite à Rome, sur mandat de Grégoire XVI, 



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XXVIII 



DISSERTATION PRELIMINAIRE. 



par Fr. Thomas-Antoine Dogola, secrétaire de la S. Congrégation de 
l'Index, avec ordre de faire disparaître tous les exemplaires qui res- 
taient encore de l'édition de 1819 qui avait été la dernière. En effaçant 
les noms et les ouvrages de Copernic, de Kepler et de Galilée, on effaça 
ceux de Diego de Zoniga et de Forcarini qui les y accompagnaient 
depuis deux siècles pour le même motif. 

Nous avons écrit la dissertation qui précède l'esprit flottant dans 
une indifférence parfaite à l'égard de tout système préconçu sur la 
question qui y est traitée. Cette question porte sur l'infaillibilité ec- 
clésiastique ; nous avons tiré toute la réponse de la lettre même de la 
définition vaticane. En cxiste-t-il d'autres? Nousn'en connaissons 
point; et aussi longtemps qu'on ne pourra nous présenter que celle- 
là, nous gardant bien d'y ajouter comme d'y retrancher la plus faible 
nuance, nous nous bornerons à répéter la parole de Pie IX déjà citée : 
« qu'elle est assez claire par elle-même, qu'elle n'a besoin ni d'expli- 
cation ni de commentaire, et qu'il suffît, à quiconque la lit, d'un esprit 
dégagé de passion pour en saisir facilement le véritable sens » 






L'abbé Le Nom 



Septembre 1875, 









AVERTISSEMENT 



DE BERGIER , 



QUI SE TROUVE DANS i/ÉDITION DE PARIS DE 1788, 



Si la partie théologique de l'Encyclopédie a tardé à paraître, 
nous espérons que le public nous pardonnera ce retard, lorsqu'il 
sera instruit des difficultés que nous avons eues à vaincre, et de 
l'immensité du travail dont nous nous sommes trouvé chargé. 

D'environ deux mille cent articles dont cet ouvrage est com- 
posé, il y en a au moins un quart qui manquaient dans l'ancienne 
Encyclopédie, ou qui n'avaient été traités que comme des articles 
de grammaire ; il a fallu les faire. Un nombre presque égal con- 
tenaient une doctrine fausse ou suspecte ; ils avaient été copiés 
dans des écrivains hétérodoxes, ou faits par des littérateurs qui, 
par leurs principes, favorisaient l'incrédulité ; il a fallu les corri- 
ger. Plusieurs renfermaient des discussions inutiles ; nous les 
avons abrégés. D'autres étaient incomplets; nous y avons ajouté 
ce qui nous a paru nécessaire. Quelques-uns ont été retran- 
chés comme superflus. Nous n'avons par vu, par exemple, où 
était la nécessité de faire vingt articles de l'arianisme, parce que 
les partisans de cette hérésie ont porté autant de noms différents ; 
de distinguer homoousios et consubstantiel, dont l'un est la tra- 
duction de l'autre ; de parler du dimanche des Palmes et de ce- 
lui des Rameaux ; de changer une lettre pour placer cor ban et 
korban; chirotonie et keirolonie, au lieu de Y imposition des mains ; 
purim etphtirim, qui signifient les sorts; de mettre des mots 
grecs ou hébreux au lieu des mots français qui y répondent. Ainsi, 
à presque tous les égards, notre travail doit paraître absolument 
neuf. 



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XXX 



AVERTISSEMENT DE BERGIER. 



Des trois parties qu'il embrasse, savoir, la théologie dogma- 
tique, la critique sacrée, et l'histoire ecclésiastique, la première 
est celle qui demande le plus d'attention, et qui renferme le plus 
de difficultés. Comme toute autre science, elle a son langage 
particulier, certaines expressions consacrées à exprimer les mys- 
tères, desquelles on ne peut se départir sans s'exposer à tomber 
dans l'erreur. On ne doit pas exiger d'un théologien qu'il emploie 
d'autres termes plus clairs tirés du langage ordinaire, ni qu'il 
fasse comprendre évidemment des vérités que Dieu a révélées 
pour être crues sur sa parole, quoique nous ne puissions pas 
les concevoir. 

Depuis près de dix-huit cents ans que la théologie chrétienne 
est formée, il ne s'est pas écoulé un seul siècle dans lequel elle 
n'ait été combattue par quelque secte de mécréants ; cette science 
est donc devenue très-contentieuse. Comme elle consiste à savoir 
non-selement ce que Dieu a révélé, mais comment cette doctrine 
a été attaquée, et comment elle a été défendue, il n'est presque 
pas un seul article qui ne soit uu sujet de dispute ; un théologien 
écrit donc toujours au milieu d'une foule d'ennemis, et jamais 
ils ne furent en plus grand nombre que dans notre siècle. On ne 
doit donc pas être étonné de nous voir continuellement aux pri- 
ses avec les sociniens, avec les protestants, qui ont renouvelé 
presque toutes les anciennes erreurs ; avec les déistes et les autres 
incrédules qui les ont copiés tous. Nos maîtres en théologie sont 
les Pères de l'Eglise; nous nous croyons obligé de suivre leur 
exemple. Or, ces auteurs respectables ont écrit, chacun dans leur 
temps, contre les erreurs qui taisaient du bruit pour lors, et non 
contre celles dont le souvenir était à peu près effacé, il est de no- 
tre devoir de les imiter. 

Nous ne sommes pas assez injustes pour accuser les protes- 
tants d'avoir voulu, de propos délibéré, favoriser les ennemis 
du christianisme ; mais il n'est pas moins vrai que, sans le vou- 
loir, ils leur ont fourni presque toutes leurs armes ; c'est un évé- 
nement que nous n'avons pas pu nous dispenser de faire remar- 
quer une infinité de fois, parce que la chose est évidente. Si les 
protestants se fâchent de se trouver continuellement dans notre 
ouvrage associés aux. incrédules, ce n'est pas à nous qu'ils doi- 
vent s'en prendre, mais à leurs docteurs. Chez les luthériens, 
Mosheim et Brueker; chez les calvinistes, Bcausobre, Basnagc, 
Le Clerc, Barbeyrac; chez les anglicans, Chillingworth et Bing- 
ham, sont ceux dont nous avons principalement consulté les livres, 
parce que ce sop* les derniers qui ont écrit, et qui paraissent 



AVERTISSEMENT DE BERGIEU. 



XXXI 



avoir le plus de réputation. Ils ont cherché à donner une nouvelle 
tournure aux anciennes objections ; ils ont eu l'art de défigurer la 
plupart des faits de l'histoire ecclésiastique ; il n'est presque pas 
in seul des Pères de l'Eglise, contre lequel ils n'aient formé des 
accusations; ils ont donc imposé une nouvelle tâche aux théolo- 
giens catholiques, à laquelle nos meilleurs controversistes n'ont 
pas pu satisfaire : nous avons donc été obligé de nous en charger ; 
et si nous n'avons pas répondu à tout, nous croyons du moins 
avoir fait le plus essentiel. En donnant une courte notice des 
ouvrages des Pères, nous avons tâché de faire leur apologie. 

Il en est de môme des personnages de l'ancien Testamen dont 
l'histoire sainte a loué les vertus, et que les incrédules, enmar- 
chan t sur les traces des manichéens, se sont appliqués à noircir .Mais 
loin de chercher à multiplier les articles de critique sacrée, nous 
en avons supprimé un grand nombre. Il nous a semblé inutile 
de disserter sur des expressions que tout le monde entend, ou sur 
des termes qui n'ont rien d'extraordinaire, et de copier le Dic- 
tionnaire de la Bible. Il est plus nécessaire, sans doute, d'éclaircir 
les passages dont les hérétiques ou les incrédules ont abusé, ou 
qui font un objet de dispute entre les théologiens. 

On doit comprendre qu'un Dictionnaire théologique, quelque 
exact qu'il puisse être, ne pourra jamais tenir lieu d'un cours 
de théologie complet, dans lequel on rassemble sur chaque ques- 
tion toutes les preuves et les réponses aux objections ; où l'on 
fait voir la liaison que nos dogmes ont entre eux, de manière que 
l'un éclaircit et confirme l'autre (1). Ce serait une erreur de croire 
qu'avec le secours d'un Dictionnaire aussi abrégé, l'on peut devenir 
grand théologien. Si celui-ci a^ait été destiné à paraître seul, il 
aurait nécessairement fallu le rendre -plus étendu, y faire entrer 
plusieurs articles de métaphysique, de morale, d'histoire, de dis- 
cipline, de jurisprudence canonique, que nous avons dû laisser à 
ceux auxquels ils appartiennent. 

11 n'aurait pas été difficile non plus de le charger de citations ; 
mais il suffit d'avertir, en général, que, pour la Critique sacrée, 
les Prolégo)nènes de la Polyglotte d'Angleterre, la Philosophie 
sacrée de Glassius, les Dissertations et les Préfaces de la Bible d'A- 
vignon, en 17 volumes in-4°, sont les principales sources où 



(I) Un Dictionnaire théologique a d'antres avantages que n'offre point un 
traité complet : il est d'un usage plus général; on le consulte plus commo- 
dément, plus agréablement ; il renferme d'ailleurs un grand nombre d'arti- 
cles, dont n'est point susceptible un cours de théologie. 



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XXXII 



ÀVEr.TISSEMEXT DE BERGIER. 



l'on a puisé. Pour Y Histoire ecclésiastique, Fleury, Cave, Dupin, 
Tillcmont, dom Cellier, sont les auteurs qu'il aurait fallu citer 
continuellement. Nous n'avons pas hésité de copier plusieurs 
observations dans les protestants desquels nous venons de parler, 
surtout de Mosheim, lorsqu'elles nous ont paru vraies et di gnes de 
l'attention du lecteur. Pour la théologie dogmatique, quand nous 
aurions mis à chaque article les noms de Petau, de Tournély, 
de Wittasse, de Lherminier, de Juénin, ou de quelques auteurs 
plus modernes, le lecteur n'en aurait pas été plus instruit; ces 
ouvrages sont connus de tous les théologiens, et les autres 
personnes ne sont pas tentées de les lire. 

Nous n'avons pas la vanité de croire que ce Dictionnaire est 
tel qu'il devrait être ; un seul homme, quelque laborieux qu'il 
soit, ne peut suffire à cette entreprise. Ceux qui viendront après 
nous, pourront faire mieux; il est plus aisé de voir les défauts 
d'un ouvrage déjà fait, que de les éviter en le composant. 



BERGIER. 



1788, 



INTRODUCTION 



DE BERGIER. 



DESSEIN DE LA PROVIDENCE DANS L'ÉTABLISSEMENT DE LA RELIGION, 
ORIGINE ET PROGRÈS DE L'INCRÉDULITÉ. 



§1- 

Dieu, disent les Pères de l'Eglise, donne au genre humain des le- 
çons convenables à ses différents âges (1) ; comme un père tendre, 
il a égard au degré de capacité de son élève ; il fait marcher 
l'ouvrage de la grâce du même pas que celui de la nature, pour 
démontrer qu'il est l'auteur de l'un et de l'autre. Tel est le prin- 
cipe duquel il faut partir, pour concevoir le plan que la sagesse 
éternelle a suivi, en prescrivant aux hommes la religion. 

Ce plan renferme trois grandes époques relatives aux divers 
états de l'humanité. Dans les siècles voisins de la création, le 
genre humain, dans une espèce d'enfance, n'avait encore d'autre 
société que celle des familles, d'autres lois que ceUes de la na- 
ture, d'autre gouvernement que celui des pères et des vieillards. 
Dieu révéla aux patriarche s une religion domestique, peu de dog- 
mes, un culte simple, une morale dont il avait gravé les principes 
au fond des cœurs. Le chef defamiUe était le pontife-né de cette 
religion primitive. Emanée de la bouche du Créateur, elle devait 
passer des pères aux enfants, par les leçons de l'éducation. La 
tradition domestique, les pratiques du culte journalier, la marche 
régulière de l'univers et la voix de la conscience se réunissaient 
pour apprendre aux hommes à n'adorer qu'un seul Dieu. Ce pre- 
mier lien de société, ajouté à ceux du sang, était assez puissant 



(1) Tertull. 1. de Virgin, velandis, c. 1 ; S. Aug., 1. de veraRelig., c. 26 et 
27, etc. ; Teodoret. Hœret. Fab., 1. 5, c. 17 ; De Provid. , orat, 10, etc. 
I. III 



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XXXIV 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



pour unir les diverses branches d'une même famille, et pour 
former insensiblement des associations plus étendues. 
_ Cette idée de la religion primitive n'est pas do nous, elle est 
tirée des livres saints. L'Ecclésiastique, après avoir parlé de la 
création de nos premiers parents, ajoute : « Dieu les a remplis 
» de la lumière de l'intelligence, leur adonné la science de l'esprit, 
» a doué leur cœur de sentiment, leur a montré le bien et le 
» mal; il a fait luire son œil sur leurs cœurs, afin qu'ils vissent la 
» magnificence de ses ouvrages ; qu'ils bénissent son saint nom, 
» qu'ils le glorifiassent de ses merveilles et de la grandeur de ses 
» œuvres. Il leur a prescrit des règles de conduite, et les a rendus 
» dépositaires de la loi de vie. Il a fait avec eux une alliance éter- 
» nelle, leur a enseigné les préceptes de sa justice. Ils ont vu 
» l'éclat de sa gloire, ont été honorés des leçons de sa voix ; il 
» leur a dit : fuyez toute iniquité ; il a ordonné a chacun d'eux de 
« veiller sur son prochain » (1). 

Mais la religion révélée de Dieu est un joug que l'homme con- 
sent difficilement à porter ; s'il n'ose le secouer absolument, il 
cherche à le rendre moins incommode. La négligence des pères 
l'indocilité des enfants, la jalousie, l'intérêt, la crainte, passions 
inquiètes et ombrageuses, firent interrompre peu à peu les pra- 
tiques du culte commun, et oublier la tradition domestique. L'hom- 
me se fit autant de divinités qu'il y a d'êtres dans la nature ;il 
ne suivit que son caprice dans le culte qu'il leur rendit. Bientôt il 
y eut autant de religions que de peuplades ; chacune voulut avoir 
ses dieux tutélaires. Cette division fatale est une des causes 
qui ont le plus retardé les progrès de la civilisation. 






§11. 

Après plusieurs siècles, un grand nombre d'hommes se réuni- 
rent, commencèrent à suivre des lois et des usages communs à 
former un peuple, une république, un royaume. Mais ces nations 
naissantes, toujours en défiance les unes à l'égard des autres, 
demeurèrent dans un état de guerre ; elles ne s'approchaient 
que pour se dépouiller et s'eutre-détruire ; tout étranger était 
censé un ennemi. Déjà plongées dans l'erreur, comment pou- 
vaient-elles être corrigées? comment faire revivre la révélation don- 
née à nos premiers pères? Dieu donna aux Hébreux une religion 
nationale, incorporée aux lois et à la constitution de leur répu- 
blique, ou plutôt destinée à la fonder. Relative au climat, au génie 
de cette nation, aux dangers dont clic était environnée,' elle était 
faite non pour un peuple déjà policé, mais qui allait le deve- 
nir. C'est donc relativement à l'intérêt politique, à l'utilité natio- 

(1) Eccl.,c. 17, f Set suiv. 






INTRODUCTION DE BERGIER. 



XXXV 



nale qu'il faut l'envisager, pour en voir la sagesse, et pour 
estimer le temps de sa durée. 

Telle est encore l'idée que nous en donne le même auteur 
sacré: « Dieu, dit-il, a préposé un chef à chaque nation; mais 
« il a réservé pour sa part les Israélites. Il a éclairé toutes leurs 
» démarches, comme le soleil répand sa lumière sur toute la na- 
» ture ; ses yeux n'ont cessé de veiller sur leurs actions ; leurs ini- 
» quités n'ont point effacé l'alliance qu'il avait faite avec eux » (1). 

L'homme s'était égaré en prenant pour des dieux les différentes 
parties de la nature ; Dieu frappa de grands coups sur la nature, 
pour faire sentir aux hommes qu'il en était le maître. Il effraya 
les Egyptiens, les Chananéens, les Assyriens, les Hébreux, par 
des prodiges de terreur. J'exercerai, dit-il, mes jugements sur les 
dieux de l'Egypte; il déclare qu'il fait des miracles, non pour les 
Hébreux seuls, mais pour apprendre à tous les peuples qu'ilest le 
Seigneur. Il les fit en effet sous les yeux des nations qui jouent 
le plus grand rôle dans le monde connu. Dieu no révéla point 
de nouveaux dogmes, mais il annonça de nouveaux desseins. La 
croyance de Moïse et des Hébreux était la même que celle d'Adam 
et de Noé ; le décalogue est le code de morale de la nature ; le 
culte ancien fut conservé ; mais Dieu le rendit plus étendu et 
plus pompeux: dans une société policée, il fallait un sacerdoce; 
la tribu de Lévi en fut chargée à l'exclusion des autres. La tradi- 
tion nationale était l'oracle que les Hébreux devaient consulter ; 
toutes les fois qu'ils s'en écartèrent, ils tombèrent dans l'idolâtrie; 
dès qu'ils voulurent fraterniser avec leurs voisins, ils en contrac- 
tèrent les vices et les erreurs. 

Mais Dieu ne laissa point ignorer ce qu'il avait résolu de faire 
dans les siècles suivants. Par la bouche de ses prophètes, il an- 
nonça la vocation future de toutes les nations à sa connaissance 
et à son culte. La religion juive n'était qu'un préparatif à larévé- 
lation plus ample et plus générale, que Dieu voulait donner, 
lorsque le genre humain serait devenu capable de la recevoir. 

§111. 

Ce temps était arrivé, quand le Fils de Dieu vint annoncer, sous 
le nom à Evangile on de bonne nouvelle, une religion imiverselle. 
La révélation précédente avait eu pour but de former un royaume 
ou une république sur la terre; Jésus-Christ prêcha le royaume 
des deux. Une grande monarchie avait englouti toutes les autres; 
tous les peuples policés étaient devenus sujets du même souve- 
rain. Les arts, les sciences, le commerce, les conquêtes, les com- 
munications établies, avaient enfin disposé les peuples à fraterniser 












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(1) Eccli., c. 17, y 14 et suiv. 



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XXXVI 



INTRODUCTION DE BERGIEU. 



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et à se réunir dans une seule Eglise. Le Fils de Dieu envoie ses 
apôtres prêcher l'Evangile à toutes les nations. J'en ferai, dit-il, 
un seul troupeau sous un même pasteur (1). Si ce dessein n'avait 
pas été conçu dans le ciel, il serait le plus beau qui eût pu se for- 
mer sur la terre ; et si Jésus-Christ n'était pas Dieu, il serait en- 
corde meilleur et le plus grand des hommes. 

Ceux-ci étaient moins grossiers et moins stupides que dans 
les siècles précédents ; aussi les signes de la mission du Sau- 
veur n'ont point été des prodiges de terreur, mais des traits de 
bonté. Les mœurs étaient plus douces, mais'plus voluptueuses; 
il fallait une morale austère pour les corriger. Une philosophie 
curieuse et téméraire n'avait laissé subsister aucune vérité ; il 
fallait des mystères pour la confondre et pour réprimer ses at- 
tentats. Les usages de la vie civile avaient acquis plus de décence 
et de dignité; il fallait un culte noble et majestueux. Les connais- 
sances circulaient d'une nation à une autre ; la tradition univer- 
selle ou la catholicité était donc la base sur laquelle l'enseigne- 
ment devait être fondé. Telle est en effet la constitution du 
christianisme. 

Ce n'est pas le connaître que de l'envisager comme une reli- 
gion nouvelle, isolée, qui ne tient à rien, qui n'a ni titres, ni 
ancêtres. Ce caractère est l'ignominie de ses rivales ; ainsi elles 
portent sur leur front le signe de leur réprobation. Le christia- 
nisme est le dernier trait d'un dessein formé de toute éternité 
par la Providence, le couronnement d'un édifice commencé à la 
création; il s'est avancé avec les siècles, il n'a paru ce qu'il est 
qu'au moment où l'ouvrier y a mis la dernière main. Aussi les 
apôtres nous font remarquer que le verbe éternel qui est venu 
instruire et sanctifier les hommes, est celui-là même qui les a 
créés (2). Saint Augustin, dans ses livres de la Cité de Dieu, en- 
visage la vraie religion comme une ville sainte, dont la cons- 
truction a commencé à la création, et ne doit être finie que quand 
ses habitants seront tous réunis dans le ciel. 

Ce plan sublime n'a pu éclore dans l'esprit d'un homme ; il 
timbrasse toute la durée des siècles; ceux mêmes qui, dans les 
premiers âges, ont concouru à son exécution, ne le connaissaient 
pas. C'est Jésus-Christ qui nous l'a révélé. Saint Jean, au com- 
mencement de son évangile ; saint Paul, dans sa lettre aux Ca- 
lâtes, et dans le premier chapitre do l'épître aux Hébreux, l'ont 
clairement développé. Le christianisme est la religion du sage, 
de l'homme parvenu à l'âge viril et à la maturité parfaite (8). 

L'auteur de l'Ecclésiastique, qui a si bien présenté les deux 



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(1) Fiet uuum ovile et unus pastor. Joan., c. 10, j> 16, 

(2) Joan., c. 1, Heb., c. 1, 
(3 Ephes.,c. 4,^ i3. 






INTRODUCTION DE BERGIER. 



XXXVII 



premières époques de la révélation, ne pouvait peindre la troi- 
sième ; il l'a précédée de plus de deux cents ans ; mais il prie 
Dieu d'accomplir ses promesses et les prédictions des anciens 
prophètes; « afin, dit-il, que l'on reconnaisse la fidélité de ceux 
» qui ont parlé en votre nom, et pour apprendre à toutes les 
» nations que tous les siècles sont présents à vos yeux » (1). 



§IV. 

Un signe non équivoque de l'opération divine est la constance 
et l'uniformité; ce caractère brille dans la nature, il n'éclate pas 
moins dans la religion. Dieu n'a point enseigné aux hommes 
dans un temps le contraire de ce qu'il leur avait dit dans un 
autre; mais à certaines époques il leur a révélé des vérités, 
dont il ne les avait pas encore instruits auparavant. La croyance 
des patriarches n'a point été changée par les leçons de Moïse ; 
le symbole des chrétiens, quoique plus étendu, n'est point op- 
posé à celui des Hébreux. Le code de morale donné à Adam se 
retrouve dans le décalogue ; celui-ci a été renouvelé , expliqué 
et confirmé par Jésus-Christ; mais la religion parfaite, qui est 
immuable dès sa naissance parce qu'elle est l'ouvrage de la sa- 
gesse divine, a souvent été défigurée par l'aveuglement et par 
les passions de l'homme. Dieu ne change point; l'homme varie 
continuellement. Plus il oublie et méconnaît les leçons de son 
Créateur, plus il est nécessaire que ce père sage et bon les re- 
nouvelle, les rende plus étendues et plus frappantes. 

Dans les égarements de l'homme, rien d'uniforme ; la vérité 
est une, les erreurs changent à l'infini (2) ; un peuple nie ce que 
l'autre affirme, les opinions d'un siècle sont effacées par celles 
du siècle suivant. Tantôt les philosophes ont enseigné qu'il y a 
autant de dieux que d'êtres dans la nature ; tantôt, qu'il n'y en 
a point du tout. Dans un temps, ils ont confondu la Divinité avec 
l'âme du monde; dans un autre, ils ont cru que Dieu était l'arti- 
san du monde., mais qu'il ne se mêlait point de le gouverner. 
Les uns nous ont accordé une âme, lesauires nous l'ont refusée ; 
ceux-là combattaient pour la liberté humaine, ceux-ci pour la 
fatalité; telle secte croyait à la vie future, telle autre n'y ajoutait 
point de foi. Les plus anciens enseignèrent une morale assez 
pure ; leurs successeurs la corrompirent, ou la sapèrent par les 
fondements. Dans tous les lieux du monde on raisonnait sur la 
religion ; dans aucun l'on n'osait y toucher, de peur de la rendre 
pire. Le peuple suivait à l'aveugle les leçons de ses conducteurs 



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(4) Eccli., c. 36, ? 16 



(\) Eccli., c. 36, y 16. 

(2) Theod., de Prov., orat. 1, pag. 321. 









XXXVIU 



INTRODUCTION DE BERGIER, 



etla tradition.de ses ancêtres : fables, contradictions, dérèglement 
partout. 

Au milieu de cette nuit profonde, un rayon de vérité brille dans 
un coin de l'univers, une religion pure y subsiste ;elle descend 
en droite ligue du premier homme, par conséquent du Créateur; 
elle s'est perpétuée dans une seule branche de familles succes- 
sives. Lorsqu'elle est prête à s'éteindre, Dieu paraît de nouveau 
et se fait entendre : il parle en maître souverain de la nature ; 
les Hébreux étonnés tremblent, écoutent dans le silence. Il fautles 
séparer de toutes les nations livrées à l'erreur, les assujettir par 
une loi sévère. Vingt fois ils veulent en secouer le joug, autant 
de fois ils sont forcés de le reprendre. Lors même qu'ils y 
paraissent le plus soumis, ils en prennent les dogmes de travers, 
en corrompent la morale, altèrent le sens des promesses divines. 
Dieu cependant est fldùle à les accomplir; au moment qu'il a 
marqué d'avance, son Verbe incarné paraît parmi les hommes, 
revêtu de tous les caractères de la Divinité. Annoncé par les pro- 
phètes, attendu par les justes, précédé par des prodiges, né du 
sang le plus noble qu'il y eût dans l'univers, il reçoit le nom de 
Sauveur ; admirable par sa doctrine, étonnant par ses miracles, 
respectable par ses vertus, aimable par ses bienfaits, il prêche le 
royaume des cieux. Mais cette lumière luit dans les ténèbres : il 
est méconnu, rejeté, condamné par la nation même qu'il venait 
instruire et sauver. Il meurt, ressuscite, monte au ciel, ordonne 
et prédit la conversion du monde : elle s'accomplit ; le christia- 
nisme est établi, il subsiste depuis dix-huit cents ans, malgré 
les efforts renaissants des incrédules de tous les siècles. Voilà 
le tableau de la religion. On ne peut y méconnaître la main de 
l'intelligence toute-puissante et éternelle, qui d'un coup d'oeil 
embrasse tous les siècles (1), voit toutes les révolutions que doi- 
vent subir ses créatures, trace dès le premier instant le plan 
qu'elle suivra dans toute la durée des temps. 



§v. 

Pour en saisir l'ensemble, nous avons trois signes qu'il ne 
, faut pas séparer. Dans l'histoire de la religion que nous présen- 
tent les écrivains sacrés, nous voyons: 

1° Une chaîne de faits qui se succèdent, qui ne laissent aucun 
vide, où l'on ne peut rien déplacer. L'ordre des générations et 
des événements nous conduit d'Adam à Noé, de Noé à Abraham, 
de celui-ci à Moïse, de Moïse à Jésus-Christ. La création et la 
chute de l'homme, le déluge universel et la dispersion des peu- 



(1) Tu es Deus conspector sseculorum. Eccl., c. 30, f 19. 



I 



INTRODUCTION DE EERGIER. 



XXXIX 



pics, la vocation d'Abraham et les prédictions qui regardent sa 
postérité, sont trois grandes époques auxquelles se rapportent 
les faits intermédiaires, et qui préparent de loin la révélation 
donnée par Moïse. Celle-ci nous fait envisager la venue du Mes- 
sie et la conversion des peuples, comme le terme auquel tous 
ces préparatifs doivent aboutir. Voilà un plan général, un des- 
sein suivi, qui démontre que rien n'est arrivé par hasard, et 
que rien n'a été écrit sans raison; ce n'est point ainsi que sont tis- 
sues les annales mensongères des autres peuples, auxquelles les 
philosophes trouvent bon de donner la préférence. 

2° Une chaîne de vérités prouvées par ces faits mêmes, tou- 
jours relatives aux besoins actuels et à la situation dans laqueUe 
se trouve le genre humain. Sous la première époque, tout con- 
court à inculquer ce dogme capital, qu'il y a un seul Dieu créa- 
teur, dont la providence dirige tous les événements, et qu'il 
gouverne en maître absolu le monde qu'il a tiré du néant. Sous 
la seconde, tout se rapporte à démontrer que ce même Dieu est 
le fondateur de la scciété civile, l'arbitre souverain de la desti- 
née des peuples, qu'il les place et les déplace, les élève ou les hu- 
milie, les éclaire ou les laisse dans l'aveuglement, comme il 
lui plaît. Sous la troisième, le but principal de la révélation 
est de nous convaincre que Dieu est encore l'auteur de la sanc- 
tification de l'homme, que le salut n'est point l'ouvrage de la 
volonté seule, mais de la grâce divine et des mérites du 
Médiateur. 

Ainsi, depuis la notion du Créateur, et la première promesse 
faite à l'homme pécheur, l'étendue et la clarté de la révélation va 
toujours en augmentant, à mesure que l'homme devient capa- 
ble de leçons plus amples et plus parfaites, jusqu'à la manifesta- 
tion pleine et entière de la grâce et de la vérité par Jésus-Christ. 
Par la révélation primitive, la loi naturelle ne parait connue 
qu'autant qu'il était nécessaire pour la prospérité des familles, 
et pour engager les hommes à se rapprocher. Dieu tolère, dans 
les patriarches, des abus qui devaient être retranchés dans la 
suite des temps, mais qu'il eût été difficile d'arrêter pour lors, 
et qui ne pouvaient encore produire d'aussi mauvais effets que 
chez les peuples mieux civilisés. La loi do Moïse supprime ou 
diminue une partie de ces abus ; mais le droit des gens, ou le 
droit d'une nation à l'égard d'une autre, est encore très-peu connu. 
Il était nécessaire que les Hébreux demeurassent isolés et dans 
l'état de séparation dans lequel tous les peuples vivaient pour 
lors. C'est seulement par l'Evangile, que les grands principes de 
morale sociale, de charité universelle, d'humanité, ont été enfin 
développés ; les anciens philosophes n'en étaient pas mieux ins- 
truits que les autres hommes. Ici on reconnaît encore la sagesse 
de la Providence, qui ne donne à ses enfants que les leçons dont 






m 
I 



. . ■»■ • I » a 




XL 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



ils sont susceptibles, et n'exige d'eux des vertus que selon le 
\ degré de leurs connaissances. 

3° Une chaîne d'erreurs et d'égarements chez les hommes in- 
| dociles ; erreurs qui viennent toujours de la même source, de 
jleur révolte contre l'autorité divine. Sous la loi dénature, ceux 
\ qui se sont écartés de la tradition domestique, sont tombés dans 
'■ le polythéisme et y ont persévéré ; ils ont adoré les ouvrages 
du Créateur sans l'adorer lui-même ; leur culte n'a été qu'un 
chaos de profanations. Tel est encore l'état des peuples chez 
lesquels le flambeau de la révélation ne s'estpoint rallumé; au- 
cun progrès de la raison humaine, pendant soixante siècles', n'a 
été capable de les en tirer. Sous la loi mosaïque, lorsque les 
Juifs ont méconnu leur tradition nationale, ils se sont plongés 
dans l'idolâtrie, comme toutes les nations voisines ; ils ont adoré 
l'ouvrage de leurs mains, sont devenus aussi aveugles que si 
Dieu n'avait jamais daigné les instruire. Dans le sein du chris- 
tianisme, quiconque abandonne la tradition universelle ou la ca- 
tholicité, tombe dans l'hérésie qui n'est qu'une philosophie er- 
ronée; mais s'il raisonne de suite, il n'y demeure pas longtemps, 
il passe rapidement au déisme, au matérialisme, au pyrrhonismô 
absolu : ou il adore le Dieu de Spinosa, ou il n'adore rien du tout. 
Nous verrons dans un moment le tissu des conséquences qui 
conduisent à cet abîme; l'enchaînement n'en fut jamais aperçu 
par ceux mêmes qui s'y trouvent enlacés. 






§ VI. 

Parmi tous ces grands génies qui attaquent aujourd'hui la 
religion, en est-il quelqu'un qui ait entrepris de renverser le plan 
général de la révélation, ou qui ait fait de fortes objections poul- 
ie détruire ? Pas un seul ne s'en est seulement douté. A les 
entendre, il semble que la religion soit un hors-d'œuvre dans 
la société, et que l'on ne sache pas d'où elle est venue ; que 
Jésus-Christ soit arrivé sur la terre sans être prévu ni attendu • 
que le christianisme soit le résultat des idées d'un homme 
singulier, qui a rêvé qu'il était destiné à changer la face de 
l'univers. 

Ce n'est pointainsi qu'il est représenté dans nos livres saints 
« Jésus-Christ, disent ses apôtres, n'est pas seulement d'au- 
» jourd'hui, il était hier, et le même pour tous les siècles (1) Il 
» était dans les décrets éternels avant la naissance du monde (») 
» C'est l'agneau immolé dès la création (3). L'ouvrage qu'il a con- 



{1) Heb., c. 13, } 8. 
(?) I Pctr., c.i,f 20, 
(3) Apoc, c. 13, ? 8. 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



XLI 



» sommé développe enfin un mystère caché dans le sein de Dieu, 
» dès le commencement des siècles, et fait comprendre la sa- 
» gesse de saconduite etde ses desseins éternels (1). » Jésus-Christ 
a fait de l'Ancien et du Nouveau Testament une seule et même 
alliance (2). Conséquemment saint Augustin soutient que le chris- 
tianisme a existé depuis la création (3) ; et Bossuet, que la re- 
ligion est la même depuis l'origine du monde (4). 

Entreprendre de prouver la vérité et la divinité du christia- 
nisme, sans avoir égard aux deux époques de la révélation qui 
ont précédé, ce serait lui dérober la plus frappante de ses 
preuves, juger du coin d'un tableau sans envisager l'ensemble, 
mettre notre religion de niveau avec celle des Indiens et des 
Chinois. Non, elle tient à l'origine du monde, et doit durer au- 
tant que lui. Les autres ne sont que des excrescences ou des 
taches qui obscurcissent ou défigurent le plan général, ou tout 
au plus des ombres qui ne servent qu'à mieux faire sortir les 
traits de lumière. 

De même que la religion domestique des patriarches n'a du 
persévérer que jusqu'au moment où les peuplades dispersées 
se rassembleraient pour former des corps de nation, ainsi la 
religion nationale des Hébreux n'a dû se maintenir que jusqu'à 
l'époque à laquelle les peuples mieux civilisés seraient capables 
de composer une société religieuse universelle. En suivant le 
fil de l'histoire, on voit que cette constitution même du chris- 
tianisme a empêché les peuples de l'Europe de retomber dans 
la barharie. Une quatrième révélation générale est donc impos- 
sible ; elle ne serait plus analogue à aucun état de la nature hu- 
maine. Tant que l'univers sera policé, il doit être chrétien; il ne 
peut être bien civilisé que par l'Evangile. Jésus-Christ a embrassé 
dans son plan toute la durée du monde, lorsqu'il a promis à 
son Eglise d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles. 
Longtemps avant la mission de Moïse, le Messie avait été annoncé 
comme un législateur qui devait rassembler les peuples ; aucune 
prophétie ne nous parle d'un nouvel envoyé : lorsque Dieu lui- 
même a daigné nous instruire en personne, quel pourrait 
être le maître capable de nous donner de meilleures leçons? 

Jésus-Christ a reçu de son Père le souverain domaine sur 
toutes choses (a), tout a été créé par lui et pour lui, rien ne sub- 
siste qu'en lui (G) ; son règne dans le ciel est éternel (7), et il ne 



% 



m 



M) Eph.. c. 3, f 9 et 10. 

(2) Fecit utraque unum. Eph,, c. 1, f 14. 

(3) Retract., 1. 1, c. 13, n. 3 Ep. 102, q. 2. 

(4) Discours sur l'Hist. univ., 2. part. art. 1. 

(5) Mnllh., c. 11, f 27. 

(6) Coloss.,c. 1, f 1(3 et 17. 

(7) II Pet., c. 1, f H. 



I 



XLII 



INTRODUCTION DE BERGIER 






ZEïwîlF* que quand tous ses ennemis seront abattus 

§ VII 
Origine et progrès de l'incrédulité. 

D'où peut donc venir l'irréligion, qui de nos jours s'est répan- 
due dans 1 Europe entière ? La peste noire, qu au quatorzième 
siècle ravagea une partie de notre hémisplèïe, ne M vas TA 
progrès plus rapides. Les auteurs sacrés ont côn^tan meït attri 
bue a 1 esprit de ténèbres les erreurs des hérétiques Es SU ner S 
lions des idolâtres, les artifices malicieux des Lréd de ïf et 
ûs nous on appris à connaître les moyens dont il se ser Di 
sons- e hardiment, nousn'avons que trop de preuves à produire- 

tres-instruit la religion n'est pas connue. Mais cette ignorance 
S iïl? r? d aUtreS CaUSes ; U eQ est de Sènéc^ efde par 
S^ïéST ^ eSttmCée daûS ^ deS P^Pto-^i 
Ce n'est pas la première fois que cette maladie épidémiuue a 
Et,? mo » d t e -.Les Grecs, parvenus au comble de7aTo S 
ËSï2 e H SUr l6 f ei ' SeS ' Se P ré «Pitèrent da/s Pé- 

rEe fit r P ;T ltreSSe du m ° nde ' Char ^ ée des dépouilles 
aei Asie lit entrer dans ses murs avec le lu^e cette odiP,i«A 

philosophie; les Juifs, délivrés de la persécuSon des ro s de 

fc et enrichis par le commerce d'Alexandrie, virent ™ clore 

le saduceisme qui n'était qu'un épicuréisme grossier Selon les 

Mnn,t q ? , > tUre dans nos P° rts les trôs ors du Nouveau 
Monde, ont du y apporter le germe de l'irréligion avec la ma 
ladie houleuse qui empoisonne les sources de la vie 
f JL , SUlt ^ klxe - ma rche la philosophie qui n'est elle-même 
qu un uxe de connaissances. Une nation qui s'applaudit dîvo^r 
quitte les mœurs agrestes de ses aïeux, s ?fait 21 ,i S 
d honneur de renoncer à leur croyance. Ne seS [pas au s 
indécent de conserver l'antique religion de nos pères Û de 

C^^n^'V?** d ^ VenU -IculaC %u q p U p e ut 
fepoSn T n ° UVelle fa ? on de P° ns «r, comme il eilime 
dustrie ,nVn ■ T U commerce ' ou d'une branche d'in- 
1» rf?™ ' a Pl ll0 , S0 P hes ont porté l'exactitude jusqu'à évaluer 
la dépense du pain bénit et des cierges (3) : bien tôt l'on marchande 

i) ICor.,c. 15, f 23. 

2) Ephes., c. S, f 12. 

3) Encyclop., Pain bénit. 



INTRODUCTION 1>E BEUG1KH. 



XLIH 



combien coûte la vertu, et l'on juge ordinairement qu'elle est 

trop chère. 

Chez un peuple corrompu par l'amour effréné des plaisirs, 
plus la religion est sainte, plus elle doit devenir odieuse; sa mo- 
rale se trouve si éloignée du ton général des mœurs, qu'elle 
ne peut manquer de paraître impraticable: l'esprit, énervé par 
les faiblesses du cœur, n'envisage plus cette morale qu'avec 
effroi. On est descendu de sa hauteur par une pente impercepti- 
ble; on ne se sent plus assez de force pour regagner le sommet. 
On argumente pour prouver qu'il est inaccessible, que la tête y 
tourne, que l'on ne peut y respirer : les philosophes, qui pro- 
mettent de le démontrer, sont sûrs de trouver des auditeurs do- 
ciles. Les uns et les autres s'applaudissent de leur sagacité, 
vantent les progrès des lumières du siècle, donnent l'irréligion 
commele résultat des connaissances qu'ils ont acquises : ce n'est 
que l'effet des vices qu'ils ont contractés. Si nous pouvions nous 
flatter d'avoir plus de vertus que nos pères, il nous serait permis 
de penser que nous sommes aussi beaucoup plus éclairés. 

Les panégyristes même du s'.ècle présent nous font remarquer 
que « l'âge de la philosophie annonce la vieillesse des empires, 
» qu'elle s'efforce en vain de soutenir. C'est elle qui forma le 
» dernier siècle des belles républiques de la Grèce et de Rome. 
» Athènes n'eut de philosophes que la veille de sa ruine, qu'ils 
» semblèrent prédire. Cicéron et Lucrèce n'écrivirent sur la na- 
» ture des dieux et du monde qu'au bruit des guerres civiles qui 
» creusèrent le tombeau de la liberté (1). » Triste réflexion! Si. 
les flambeaux de la philosophie n'étaient que des torches funè- 
bres destinées à éclairer les funérailles du patriotisme et de la 
vertu, il devrait être défendu, sous peine de la vie, de les 
allumer jamais. 

Un autre spéculateur observe que le laboureur est nécessaire- 
ment superstitieux, le matelot impie, le guerrier fataliste, l'ha- 
bitant des villes indifférent (2). Quelle philosophie que celle qui 
dépend de la profession que l'on exerce, ou du séjour que l'on 
habite ! 

Mais il est bon de voir par quels progrès insensibles, par quel 
enchaînement de conséquences elle est parvenue à ce point 
& indifférence, que l'on veut nous faire envisager comme le 
comble de la sagesse. 






m 
I 



§ vin 

Il y a un fait constant, et dont plusieurs philosophes sont 
convenus, c'est que les nations féroces qui ravagèrent l'Europe 

(1) Hist. des Etab. des Europ. dans les Indes, tom. vu, c. 13. 
. (2) Aux Mânes de Louis XV, tom. 1, p. 297. 



xuv 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



K 



au cinquième siècle et dans les âges suivants, auraient étouffé 
jusqu'au dernier germe des connaissances humaines, si la re- 
ligion n'avait opposé des barrières à leur fureur. Les ecclésias- 
tiques, obligés à l'étude par leur état, conservèrent une faible 
teinture des sciences qui avaient été cultivées sous la domina- 
tion des Romains. Jl y eut toujours des écoles établies dans 
l'enceinte des chapitres et des monastères, pour l'instruction de 
la jeunesse ; le nom de clerc devint synonyme avec celai de lettré. 
La langue latine consacrée aux offices de l'Eglise, quoique fort 
déchue de son ancienne pureté, fut dans la suite un secours 
pour reprendre la lecture des anciens auteurs. Dans le loisir du 
cloître, les moines s'occupèrent à rassembler et à copier les écrits 
que le génie destructeur des Barbares avait épargnés : à la re- 
naissance des lettres, les archives des églises et des monastères 
ont été les uniques dépôts où l'on a retrouvé les monuments des 
siècles précédents. 

La pompe extérieure du culte divin contribuait à entretenir 
un reste de goût pour les arts ; les rapports nécessaires avec le 
siège de Rome, et les pèlerinages de dévotion, furent pendant 
longtemps le seul lien de communication entre les différentes 
nations de l'Europe ; la trêve de Dieu, établie par un motif de 
religion, suspendit par intervalles les ravages de la guerre. Un 
des objets de l'institution de plusieurs fêtes fut d'interrompre les 
travaux des serfs, accablés sous la tyrannie féodale. Avant 
l'établissement des foires et des marchés publics, les apports ou 
le concours des peuples aux fêtes et aux tombeaux des saints, 
furent le rendez-vous ordinaire des négociants (1). 

Si doncil s'est trouvé quelques Vestiges d'humanité, de mœurs, 
de police, de lumières, parmi les hommes au quinzième siècle, 
c'est incontestablement au christianisme que l'on en est redeva- 
ble (2). Sans la résistance que le zèle de la religion opposa aux 
tentatives réitérées des mahométans, ils auraient envahi l'Italie 
et les Gaules; tout était perdu. 

Lorsque les premiers littérateurs commencèrent à reprendre 
le fil des connaissances humaines, on n'avait pas lieu de prévoir 
que leurs successeurs se serviraient bientôt, pour attaquer la 
religion, des secours mêmes qu'elle leur avait conservés, et 
tourneraient contre elle les armes qu'ils avaient reçues de sa 
main : la révolution fut aussi prompte qu'elle avait été imprévue. 
Il était impossible qu'au milieu des ténèbres qui avaient cou- 
vert la face de l'Europe pendant plusieurs siècles, il ne se fût glissé 



, (*) La première foire franche en France a commencé à Saint-Denis. Hist. 
aesLtabliss. Europ. dans les Indes, tom. n, p. 2. 

(2) Vues philos, de Prémontval, tom. i. p. 154; Hume, Hist de la maison de 
luaor, tom. n, pag. 9. 



INTRODUCTION DE BERGIER. XLV 

des abus dans la religion, que les mœurs du clergé ne se sen- 
tissent de la licence qui avait régné dans tous les états ; c'est 
de là que l'on est parti pour lancer les premiers traits contre la 
constitution même du christianisme. 

Ceux qui s'annoncèrent au seizième siècle, sous le titre de 
réformateurs, sentirent ces abus; ils crurent y remédier en dé- 
truisant le principe auquel ils les attribuaient, savoir l'autorité 
de l'Eglise. Ils ne virent pas qu'ils faisaient une brèche par la- 
quelle toutes les erreurs allaient bientôt pénétrer; que, pour 
renverser successivement tous les dogmes et les fondements 
mêmes de la foi chrétienne, il n'y avait qu'à suivre la route 
qu'ils venaient de tracer. En effet, bientôt en imitant leur mé- 
thode, les sociniens rejetèrent tous les dogmes qui leur parurent 
incompréhensibles, citèrent au tribunal de la raison les oracles 
de la parole divine. Instruits par cet exemple, les déistes ne 
voulurent plus admettre aucune révélation, révoquèrent en doute 
plusieurs vérités de la religion naturelle. Enfin le matérialisme, 
armé de leurs arguments,, osa lever sa tête altière, et nier l'exis- 
tence de Dieu. Les sceptiques, frappés du choc de ces divers 
systèmes, conclurent qu'il n'y a rien de certain ; qu'en fait de 
religion et de morale, un philosophe doit s'en tenir au doute ab- 
solu. De là est née l'indifférence pour toutes les opinions, à la- 
quelle on donne le nom de tolérance. Dans l'excès du délire, 
l'esprit humain ne peut aller plus loin. 

§ IX 

Cette progression surprenante est clairement marquée par les 
époques des personnages qui ont été à la tète de ces différents 
partis, et par la date de leurs ouvrages. Luther commença de 
dogmatiser en 1317 ; Calvin en 1532 ; Lélio, SocinetGentilis, vers 
1550. Yiret, l'un des réformateurs, a parlé des premiers déistes 
dans son instruction chrétienne, en 15G3. Vanini, athée décidé, 
fut exécuté en 1619. Spinosa n'a paru que quarante ans après ; 
La Motte-lc-Vayer et Bayle, deux sceptiques, ont écrit sur la fin 
de ce même siècle ; Montagne les avait précédés. 

En Angleterre, les progrès de l'incrédulité ont été les mêmes. 
Après les divers combats des différentes sectes protestantes et 
sociniennes, le déisme y eut des prosélytes. Le lord Herbert de 
Cherbury, premier auteur anglais qui l'ait réduit en système, 
publia son livre de Veritate, en 1624. llobbes, Tolland, Blount, 
Schaftsbury, Tindal, Morgan, Chubb, Collins, Woolston, Boling- 
brocke, sont venus à la suite. Ce dernier, de même que Hobbes 
et Tolland, a semé des principes d'athéisme dans ses ouvrages ; 
David Hume, plus récent, a professé le scepticisme dans les siens. 

Nos incrédules Français, qui parlent aujourd'hui si haut, n'ont 



1 



I ' 




XLVI 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



été que les copistes des Anglais ; c'est un fait aisé à vérifier. Ils 
ont commencé par enseigner le déisme ; insensiblement ils en 
en sont venus au matérialisme pur ; pour achever la dégradation, 
le pyrrhonisme absolu se montre à découvert dans la plupart de 
leurs livres. Nous citerons ci-après quelques-unes de leursma- 
ximes (1). 

Ce phénomène, constammant renouvelé, ne peut être un effet 
du hasard ; déjà on l'avait remarqué chez les anciens philoso- 
phes. Trois cents ans avant notre ère, les dogmes de la religion 
naturelle et de la morale avaient été trop faiblement établis par 
Pythagore, par Soerate, Platon et Aristote, qui avaient précédé 
cette époque ; ils avaient mêlé des erreurs à ces vérités essen- 
tielles. Les épicuriens et les cyniques qui parurent alors., atta- 
quèrent, les uns l'existence de la Divinité ou du moins sa provi- 
dence ; les autres, les lois de la morale. Leurs égarements furent 
remplacés par les hypothèses de Pyrrhon et de ses descendants, 
qui ne voulaient admettre aucune vérité. 

Il n'en faut pas davantage pour convaincre un esprit droit, 
non-seulement de la nécessité de la révélation, mais du besoin 
que nous avons d'une autorité visible pour nous guider en matière 
de religion : l'une de ces vérités découle évidemment de l'autre. 
L'auteur de l'article Unitaires, dans l'Encyclopédie, a très-bien 
montré la progression que doit faire un raisonneur, dès qu'il a 
franchi la barrière de l'autorité (2) . Sur ce point important, les prin- 
cipes sont exactement d'accord avec les faits, ils servent d'appui 
les uns aux autres. 









I 






§ X 

Le premier essai des novateurs fut d'attaquer l'autorité de la 
tradition ; ils ne virent pas qu'en renversant la tradition des 
dogmes, ils sapaient du même coup la tradition des faits. Car 
enfin on ne conçoit pas pourquoi il est plus difficile aux hommes 
de rendre témoignage de ce qu'ils ont entendu, que d'attester ce 
qu'ils ont vu : s'ils sont indignes de croyance sur le premier 
chef, nous ne voyons pas quelle confiance on peut leur accorder 
sur le second. Dès que la tradition des faits est aussi caduque 
et aussi incertaine que la tradition des dogmes, le christianisme 
ne peut se soutenir, il est appuyé sur des faits. Tous les argu- 
ments que l'on a rassemblés contre l'infaillibilité de la tradition 

(1) Les sectateurs des divers systèmes d'incrédulité ne sont appuyés sur 
aucune preuve positive, mais sur les difficultés qu'ils voient dans les opinions 
de leurs adversaires. Des diflicullés et des objections peuvent inspirer des 
doutes; mais elles n'opèrent point la conviction. En général les incrédules 
sont flottants, incertains et non persuadés. 

(2) Voyez encore Bayle, Dict. Crit., art. Acosta, Apol. pour lescathol, t. 2, c. 4. 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



XLVII 



dogmatique, ont donc servi à ébranler en général toute certi- 
tude morale ou historique (1). Celle-ci étant intimement liée à la 
certitude physique, commenous le ferons voir, les coups portés 
à l'une ne pouvaient manquer de retomber sur l'autre. Quand 
on est parvenu à douter des vérités physiques, il ne reste qu'un 
pas à faire pour contester les principes métaphysiques sur les- 
quels portent nos raisonnements. A proprement parler, ces trois es- 
pèces de certitude sont appuyées sur le même fondement, sur le sens 
commun (2); l'on ne peut donner atteinte à l'une, sans diminuer 
la force des autres. 

Dans la vue de détruire l'autorité de la tradition dogmatique, 
les novateurs soutinrent que les pasteurs de l'Eglise avaient 



(1) Voyez Daillé, de usuPatrum. 

(2) V. Beaties, an essai on the Nature ad immutability of Truth. 

Bergier 
M. Gousset, devenu depuis archevêque de Reims, quand il donna, en 1826, 
son édition du dictionnaire de Beigier, (Besançon.) était un des ardents dis- 
ciples de Lamennais et de la doctrine du sens commun; aussi se proposa-t-il 
pour but principal, en donnant cette édition, de propager cette doctrine, et 
ce fut dans cette visée qu'il l'enrichit d'un grand nombre de notes. Voici la 
première de ces notes, dans laquelle il compte Bergier, non sans quelque 
raison, parmi les anciens auteurs qui avaient préludé au système de certitude 
de son maître M. de Lamennais : 

« A proprement parler, dit M. Bergier, ces trois espèces de certitude, c'est- 
» à-dire la certitude métaphysique, la certitude physique et la certitude mo- 
» raie, sont appuyées sur le même fondement, sur le sens commun. » Cette 
proposition n'est point une assertion irréfléchie de la part de l'auteur ; elle 
s'accorde parfaitement avec la doctrine qu'il a développée dans plusieurs en- 
droits de ses ouvrages. 

« Dans son Traité de la vraie Religion, t. IV, p. 134-, édit. de Besançon, 1820, 
il dit « qu'en dernière analyse, la certitude métaphysique se réduit, aussi 
» bien que les autres, au diclamen du sens commun. » Nous lisons dans le même 
» ouvrage, t. I, p. 60, que, par la conduite de Dieu envers le genre humain, 
» dès l'origine du monde, par les égarements des peuples qui ont oublié la 
» révélation primitive, par les erreurs des philosophes anciens et modernes, 
•a il est prouvé jusqu'à l'évidence que la raison seule est très-faible, qu'elle 
» n'a jamais su dicter à l'homme ce qu'il devait croire et pratiquer. » — «A 
» parler exactement, l'homme n'a que des lumières d'emprunt ; Dieu l'a créé 
» pour être façonné par l'éducation et la société ; abandonné à lui-même, il 
y serait presque réduit à l'animalité pure : il est de la nature de l'homme 
» que la religion lui soit transmise par l'éducation. » (Tome IV, p. 12.) — 
« A proprement parler, la raison n'est rien autre chose que la faculté d'être 
» instruit et de sentir la vérité, lorsqu'elle nous est proposée. » (Dict. théol., 
art. Raison.) — Si l'on prétend que rien n'est plus conforme ans idées géné- 
ralement reçues que d'admettre une religion, une loi naturelle, M. Bergier 
répond que « la religion prescrite aux premiers hommes était naturelle, dans 
» ce sens qu'elle était conforme aux besoins de l'humanité, à la nature de 
» Dieu et à la nature de l'homme; que, lorsque nous en sommes instruits, 
» nous pouvons, par les lumières de la raison, en sentir et en démontrer la 
» vérité; mais qu'elle n'est point naturelle dans ce sens, qu'aucun homme 
r> soit parvenu, par ses propres recherches, à en découvrir tous les dogmes 
» et tous les préceptes, et à les professer dans leur pureté. Personne ne l'a 



i 

1 







XLvm 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



changé la doctrine des apôtres, que la plupart de nos dogmeg 
sont de nouvelles inventions de la théologie. Aujourd'hui les in- 
crédules nous apprennent que les apôtres mêmes ont changé la 
doctrine de Jésus- Christ ; que le christianisme, tel que nous le 
professons, a été fabriqué par saint Paul et par ses sectateurs. 
Julien avait fait cette rare découverte, il l'a transmise aux docteurs 
modernes (1). 

Pour décréditer les témoins de la tradition, les critiques pro- 
testants se sont déchaînés contre les Pères de l'Eglise ; ils ont 
suspecté leur doctrine, leur morale, leur capacité, leur conduite, 
leur bonne foi (2). Des anciens Pères aux apôtres, la distance 



M 






» connue que ceux qui l'ont reçue par tradition. » (Traité de la vraie Relie/ion. 
tom. IV, pag. 72.) ' 

Plus tard, Mer Gousset, dans sa théologie dogmatique, se rétracta, d'une 
manière générale, de ce qu'il avait écrit en faveur des doctrines Lamennai- 
siennes ; voici les termes mêmes dont il se servit : 

« L'auteur de l'Essai sur l'indifférence en matière de religion, après avoir ad- 
mirablement établi la nécessité de la foi dans le premier volume, entreprit, 
dans le second, de fixer le critérium de la certitude en toutes choses sur le 

sens commun, dont il poussait trop loin l'application Ce système a été 

condamné par l'encyclique singulari, de Grégoire XVI, du 25 juin 1834 

Les évèques de France ont souscrit à l'encyclique de Grégoire XVI ; nous 
avons été nous-même heureux de la publier, comme vicaire capitulaire de 
Besançon, conjointement avec les autres administrateurs du diocèse. Par cet 
acte nous rétractions tout ce que nous aurions pu dire ou écrire dans le sens 
du système philosophique de l'essai. Ce système n'avait point été compris de 
ceux qui l'avaient embrassé ; ils ne se le présentaient pas tel qu'il est : ce 
qui explique la facilité avec laquelle ils l'ont abandonné. » 

Plus tard encore, Mgr Doney, évêque de Montauban, reproduisit l'édition 
de Msr Gousset, en y ajoutant quelques articles que nous conserverons sauf 
à y ajouter quelques notes s'il en est besoin ; et il eut soin de retrancher de 
sa nouvelle édition un certain nombre des notes de M. Gousset, celles qui 
soutenaient trop explicitement les doctrines de Lamennais sur la certitude ; 
mais il conserva beaucoup de ces mêmes notes qui contiennent assez claire- 
ment encore ces doctrines. Nous venons d'en donner une, la première, mais 
nous supprimerons les autres et comme vieilleries et comme choses condam- 
nées et comme choses implicitement rétractées par leur auteur. Quant à 
Bergier, bien qu'on trouve chez lui quelques émissions qui paraissent favo- 
rables à une théorie anticartésienne, nous croyons qu'il n'y a jamais pensé et 
que M. Gousset abusait singulièrement alors de ses paroles; le mot sens com- 
mun, par exemple, dont il se sert ici n'est pas du tout pris par lui dans le sens 
que lui donnait Lamennais; Bergier emploie ce mot comme il aurait employé 
celui de bon sens. Nous trouverons pourtant chez cet auteur des passages qui 
auront besoin d'être corrigés au point de vue dont il s'agit dans cette note. 

Le Noir. 

M) Hist. crit. de J.-C, Table des saints. Examen crit. de saint Paul, etc. 

(2) Daillé, de usu Patrum. Si les apôtres eux-mêmes n'ont pas été exempts 
d'erreurs et de faiblesses, faut-il s'étonner que leurs disciples les plus zélés 
en aient été susceptibles ? Barbeyrac, Traité de la morale des Pérès, c. 8, S 
39, etc. 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



XLIX 



n'est pas longue, les déistes l'ont franchie ; ils ont appliqué 
aux apôtres les mêmes reproches que l'on avait faits à leurs 
successeurs (1). Il n'est pas une seule de leurs objections contre 
les écrits des Pères, qui n'ait été rétorquée contre ceux des apô- 
tres. Les mêmes arguments que les critiques avaient faits contre 
l'authenticité de certains livres de l'Ecriture, ont été tournés par 
les incrédules contre tous les* autres livres ; les objections que 
l'on oppose actuellement aux miracles du christianisme, ont été 
forgées par les protestants contre les miracles opérés dans l'E- 
glise romaine. 

Lorsqu'il fat question d'examiner la mission des prétendus 
réformateurs, les catholiques objectèrent que des hommes, qui 
avaient étésujetsà toutes les passions humaines, età des erreurs 
dont leurs disciples étaient forcés de rougir, ne pouvaient avoir 
été suscités de Dieu pour réformer l'Eglise. Pour se tirer de ce 
mauvais pas, les novateurs répondirent que les apôtres mêmes 
avaient été sujets aux erreurs et aux passions humaines, et s'ef- 
forcèrent de le prouver. De ces accusations, quoique fausses, les 
déistes concluent que les apôtres n'ont point été envoyés de 
Dieu pour éclairer et corriger les hommes : bientôt cette criti- 
que impie s'est jetée sur Jésus-Christ même, a noirci sa doctrine, 
ses mœurs, ses intentions, ses vertus, et a tiré contre lui la même 
conséquence. Les sociniens, devenus déistes, affectèrent de 
faire de pompeux éloges de Jésus-Christ ; mais ils vomirent des 
torrents de bile contre Moïse (2) : leurs successeurs, moins hypo- 
crites, ont également blasphémé contre l'un et l'autre. Les ma- 
nichéens et les marcionites, qui soutenaient que la religion juive 
était trop grossière pour avoir été révélée par un Dieu infiniment 
sage, prétendaient aussi que ce monde est trop imparfait pour 
être l'ouvrage d'un Dieu infiniment bon : ainsi s'enchaînent les 
erreurs. 

Si nous disons aux protestants qu'un fidèle doit user de sa 
raison pour connaître quelle est la véritable Eglise, et pour peser 
les preuves de son infaillibilité, mais, qu'après l'avoir connue, 
il doit se laisser guider par cette autorité : absurdité ! s'écrient-ils ; 
il s'ensuivrait que l'Eglise pourrait enseigner toutes sortes d'er 
reurs, sans que ses membres aient droit de consulter leur raison, 
pour savoir s'ils doivent les admettre ou les rejeter. Est-il plus 
difficile à la raison déjuger quelle est la vraie doctrine, que de 
savoir quelle est la véritable Eglise? Très-bien, ont répliqué les 
déistes ; selon vous, on ne peut juger de la mission de Jésus 
Christ et des apôtres, ni de l'inspiration des livres saints, que 



m 



M) Première lettre écrite de la Montagne, p. 23 et 29; Troisième lettre, p. 97, 
98, 118, 

(2) V. Morgan, Moral, philosopher, etc. 

1. u 













I 

I 

I 



L INTRODUCTION DE BERGIEU. 

par la raison ; donc c'est encore à elle de voir si leur doctrine 
'est vraie ou fausse : autrement Jésus-Christ, les apôtres, l'Ecriture 
pourraient enseigner toutes sortes d'erreurs; sans que nous eus- 
sions droit de consulter la raison, pour savoir si nous devons 
les admettre ou les rejeter. 

En vertu de cette rétorsion, il a fallu convenir que c'est à la 
raison en dernier ressort de juger quelle est, dans l'Ecriture 
même, la doctrine digne ou indigne de Dieu, par conséquent 
révélée ou non révélée. Alors l'Ecriture ne nous impose pas plus 
d'ohligation de croire, que tout autre livre. C'est le déisme pur. 
Dans les ouvrages faits par les protestants contre les déistes, 
nous n'avons vu aucune réponse à cet argument. 

Les différentes sectes, pour s'établir, demandèrent la tolérance, 
bien résolues de ne pas l'observer lorsqu'elles auraient acquis des 
forces. Selon les principes qu'elles posèrent, la tolérance doit 
être illimitée ; les juifs, les mahométans, les païens, les déistes, 
les athées, ont autant de droit d'y prétendre qu'un hérétique 
quelconque. Ce point a été démontré de concert par les catholi- 
ques, par les protestants, par les incrédules (1). En effet toutes 
les raisons, sur lesquelles les calvinistes avaient exigé la tolé- 
rance, ont été rétorquées contre eux-mêmes parles sociniens(2). 
Les déistes,, à leur tour, s'en sont servis pour prouver qu'il leur 
était permis de dogmatiser (3). Enfin, les athées les font valoir au- 
jourd'hui en leur faveur, et s'en autorisent pour enseigner im- 
punément le matérialisme (4). Il est ainsi démontré par le fait, 
aussi bien que par le raisonnement, que la tolérance universelle- 
ment réclamée est l'aliment de toutes les erreurs et la destruc- 
tion de toute religion. 






§ XI 

Si nous suivons la progression des controverses qui se sont 
élevées successivement, nous ne verrons pas moins l'effet que 
devait produire le principe d'où l'on est parti, et la chaîne de con- 
séquences qu'il a fallu parcourir. Dès que les réformateurs se 
furent élevés contre l'autorité de l'Eglise, et qu'ils s'arrogèrent 
le droit de juger du sens de l'Ecriture, ce livre divin, loin de 
concilier les opinions et de réunir les esprits, ne servit qu'à les 
diviser. Les mêmes arguments, par lesquels les calvinistes avaient 
attaqué le mystère de L'Eucharistie, servirent aux sociniens pour 



(1) Papin, sur la tolérance des protestants ; Bayle, Com. phil., II. part., C. 
7, Traité sur la tolérance, c. 22; Hume, Hist.nat. de la Religion, p. 68. 

(2) Bossuet, 6° Avert. aux protestants, III„part.. 

(31 Emile, tom. 3, pag. 172. Lettre à M. de Beaumont, p. 74. 
fil Syst. de lanat., t. 2,c. H, 12, 13. 



INTRODUCTION DE DERGIER. 



LI 



combattre tous les autres mystères. La plus forte objection que 
les premiers aient cru faire contre la transsubstantiation, a été 
tournée par David Hume contre tous les miracles (1). D'autres sont 
allés plus loin. Si Dieu ne nous a point enseigné d'autres vérités 
que celles qui paraissent d'accord avec la lumière naturelle, on 
ne voit pas pourquoi la révélation était nécessaire. Dès que le 
christianisme nous enseigne des mystères, il y a lieu dépenser 
qu'il n'est pas une religion révélée, et qu'il n'est pas appuyé sur 
des preuves sûres. Les ennemis de la révélation commencent 
parles préjuger fausses: il n'est pas besoin, selon eux, des preuves 
surnaturelles pourétablir des vérités conformes aux lumières de 
la nature ; preuve, selon eux , qui ne peut nous obliger à croire 
des dogmes contraires à nos idées surnaturelles. On a donc con- 
testé les prophéties et les miracles ; on a soutenu qu'ils sont non- 
seulement faux, mais impossibles: pour le prouver, on a eu re- 
cours au système de la nécessité ou de la fntalité, qui tient au 
matérialisme. Mais si les preuves du christianisme sont autant 
de fables, si cette religion qui paraît si sainte n'est qu'une im- 
posture, y a-t-il une Providence qui veille sur la religion, un Dieu 
qui exige de l'homme un culte, et qui lui impose des lois? Lors- 
qu'un pareil doute vient à éelore, on n'est pas loin de l'athéisme. 

Les déistes ont encore attaqué la révélation, parce qu'eUe n'a 
pas été donnée à tous les hommes; on leur a montré que leur 
prétendue religion naturelle est dans le même cas, qu'elle a été 
méconnue par les païens, qu'elle est ignorée des peuples barba- 
res : nouvelle objection contre la Providence ; les athées l'ont fait 
valoir. On a démontré aux déistes, que quiconque admet un Dieu, 
admet des mystères ; que plusieurs attributs de Dieu sont incom- 
préhensibles, et semblent inconciliables. Pour ne pas reculer, nos 
déistes révoquent en doute tous les attributs de la Divinité 
crue l'on ne conçoit pas. Il n'est pas difficile aux athées de tour- 
ner en ridicule un Dieu dont les déistes n'osent rien affirmer. 

Ceux-ci fondent leur incrédulité sur l'insuffisance des témoi- 
gnages de la révélation ; les premiers établissent la leur sur l'in- 
suffisance des preuves que fournit la raison. Selon les déistes, la 
Providence n'a pas assez fait de bien aux hommes dans l'ordre 
de la grâce ; selon les athées, elle n'en a pas assez fait dans l'ordre 
de la nature, puisqu'ily a du mal dans le monde. Mais prendrons- 
nous pour mesure de la bonté divine l'entêtement des esprits 
opiniâtres et l'ingratitude des mauvais cœurs? En comparant la 
justice divine àla justice humaine, les déistes et les sociniens ont 
soutenu que Jésus-Christ n'a pas pu satisfaire pour nous ; en 



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(i) L'auteur d'Emile a très-bien prouvé aux protestants, qu'en établissant le 
déisme il n'avait fait que suivre les principes fondamentaux de la réforme. 
Deuxième lettre de la Montagne, p. 47, 69. 



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LU 



INTRODUCTION DE BERGIER 



comparant la bonté divine à la bonté humaine, les athées con- 
cluent que l'existence du mal anéantit le dogme de la Providence. 



§XII 

r L'axiome sacré des uns et des autres est que l'homme ne doit 
écouter que sa raison, ne se rendre qu'à l'évidence, rejeter tout 
ce qui lui paraît faux et absurde. Yoyons les divers usages que 
Ion a faits de cette maxime séduisante. 

Jevois clairement que telle loi, telle discipline, telusage religieux 
est un abus; que la raison, le bon ordre, le bien public en exi- 
gent la réforme; donc je dois travailler à introduire une disci- 
pline contraire, malgré tous les obstacles ; rompre, s'il le faut, 
toute société avec ceux qui s'obstineront à maintenir l'usage ac- 
tuel. Voilà le fondement de la conduite de tous les schismatiques. 

Je conçois avec une évidence invincible, qu'il n'y a qu'un seul 
Dieu ; la divinité de Jésus-Christ est donc une erreur : qu'un corps 
ne peut pas être en différents lieux au même moment ; la pré- 
sence réelle de Jésus-Christ, dans toutes les hosties consacrées, 
est donc un dogme absurde : que Dieu ne peut pas être un et 
trois ; le mystère de la Trinité est donc une contradiction. Les 
passages de l'Ecriture qui semblent prouver la divinité du Verbe, 
la présence réelle, ou la Trinité, doivent être expliqués par d'au- 
tres qui me paraissent dire le contraire. Ainsi ont raisonné les 
ariens, les sociniens, les protestants, et tous les sectaires qui 
ont paru depuis la naissance de l'Eglise. 

Je suis intimement convaincu que Dieu ne peut pas révéler des 
dogmes absurdes, ininteUigibles, contradictoires, indignes de sa 
sagesse et de sa véracité suprême; je vois de pareils dogmes 
dans toutes les religions qui se disent révélées : donc toutes ces 
prétendues révélations sont des chimères ; donc toutes les preu- 
ves sur lesquelles on peut les appuyer, sont fausses ; donc il faut 
s'en tenir à la religion natureUe. Tel est le système des déis- 
tes. 

Il n'est pas possible de douter qu'un Dieu, qui prendrait in- 
térêt au culte des hommes, ne leur en révélât directement, ac- 
tuellement et sans interruption, la forme; il ne souffrirait pas 
qu'ils le lui refusassent par une ignorance invincible. S'il y avait 
un Dieu, s'écriait Toland, et un Dieu qui s'intéressât au bonheur 
des humains, sans doute il prendrait pitié de l'état d'incertitude 
et d'ignorance où je suis (1). C'est le langage de ceux qui sou- 
tiennent l'indifférence des religions, et qui n'en veulent aucune. 

Il est évident qu'un être doué de qualités incompatibles, dont les 
attributs sont inconciliables et contradictoires, n'existe pas : or, 

(i) Dial. sur l'âme, pag. 6i. 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



LUI 



quelle que soit l'idée que l'on veut me donner de Dieu, non-seu- 
lement je n'y conçois rien, mais j'y vois des contradictions for- 
melles : donc Dieu n'existe pas, et ne saurait exister. Les athées 
ne cessent de répéter cette prétendue démonstration (1). 

Un philosophe ne doit admettre que ce qu'il conçoit, et dont 
l'existence lui est démontrée. Or, ce qu'on dit des esprits ou des 
substances distinguées de la matière, est inconcevable ; leurs qua- 
lités, leurs opérations, leur manière d'être, sont autant de mys- 
tères inintelligibles, dont on ne peut avoir aucune idée claire. Je 
ne conçois que des corps, mes sens ne peuvent m'attester l'exis- 
tence d'un être distingué de la matière ; donc tout est matière, 
les esprits sont des chimères. Voilà le grand argument des ma- 
térialistes. 

Puisqu'un philosophe ne doit admettre que ce qu'il conçoit, je 
ne puis affirmer l'existence d'aucun être quelconque. L'essence 
de la matière et la plupart de ses propriétés sont inconcevables. 
Ce que l'on dit du temps ou de la durée, soit finie, soit infinie, 
de l'espace créé ou incréé, du mouvement, de la divisibilité de 
la matière, du principe intérieur des opérations de l'homme, des 
causes physiques, etc., est inintelligible ; il n'est pas un seul de 
ces objets sur lequel on ne puisse faire des questions insolubles ; 
d'ailleurs les sens nous trompent, ils ne nous attestent que des 
apparences ; leur témoignage ne doit jamais prévaloir à celui de 
la raison ; donc il n'y a rien de certain; l'on doit tout au plus 
admettre des probabilités et des vraisemblances. Ainsi ont parlé 
les acataleptiques, les académiciens, les sceptiques, les phyrro- 
niens souvent copiés par les philosophes modernes. 






§ XIII 

Si la maxime sur laquelle se fondent les incrédules est vraie, 
le phyrrhonisme est donc le seul système raisonnable. Après 
avoir supposé que l'évidence de nos idées doit être la seule règle 
de nos jugements, on prouve doctement que cette évidence est 
réduite à rien. Un philosophe ne la voit que dans ses propres 
opinions, quelque absurde qu'elles soient d'ailleurs (2). 

Pour résumer en deux mots, les protestants ont dit : nous ne 
devons croire que ce qui est expressément révélé dans l'Ecriture, 
et c'est la raison qui en détermine le vrai [sens. Les sociniens 
ont répliqué : donc nous ne devons croire révélé que ce qui est 

(1) Syst.de lanatur. tom. II ch. 1. Traité des erreurs populaires, pag. H4, 
etc. 

(2,1 Je n'ose être d'aucun avis; je ne vois qu'incompréhensibilité dans l'un 
et dans l'autre système. Quest. sur l'Encyclop., Idée, sect. 1. Adorez Dieu, 
soyez honnête homme, et croyez que deux et deux font quatre. Dict. philos., 
Nécessaire, 



il 



1 




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L1V 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



conforme à la raison. Les déistes ont conclu : donc la raison 
suffit pour connaître la vérité sans révélation; toute révélation 
est inutile, par conséquent fausse. Les athées ont repris : or, ce 
que l'on dit de Dieu et des esprits est contraire à la raison : donc 
il ne faut admettre que la matière. Les phyrrhoniens viennent 
fermer la marche, en disant : le matérialisme renferme plus d'ab- 
surdités et de contradictions que tous les autres systèmes : donc 
il ne faut en admettre aucun (1). 

Selon un déiste anglais : de même que le calvinisme a pro- 
duit des enthousiastes dans son origine, il a fait éclore enfin des a- 
thées. Un athée n'est qu'une espèce d'enthousiaste, idolâtre de sa 
raison, qui déclame contre Dieu et sa providence (2). 

Ainsi le premier pas dans la carrière de l'erreur a conduit nos 
raisonneurs téméraires au dernier excès d'aveuglement; ainsi la 
raison livrée à elle-même ne trouve plus de borne où elle puisse 
s'arrêter ; elle est entraînée par le fil des conséquences beaucoup 
plus loin qu'elle n'avait prévu. Tout homme, qui a suivi la nais- 
sance et le progrès de différentes opinions, est convaincu, qu'en- 
tre la vérité établie par la main de Dieu et le pyrrhonisme ab- 
solu, il n'y a point de milieu où l'esprit humain puisse de- 
meurer ferme. 

Quiconque se pique de raisonner, doit être chrétien catholique, 
ou entièrement incrédule, et pyrrhonien dans toute la rigueur 
du terme. 

Nos adversaires mêmes ont confirmé par leur aveu la vérité de 
cette théorie : ils disent que le christianisme, une fois détruit, l'ex- 
istence de Dieu et l'immortalité de rame ne tiennent presque 
plus à rien; mais que si l'on admet un Dieu, l'on est forcé de dé- 
vorer toute la suite des conséquences qu'en tirent les supersti- 
tieux, c'est-à-dire, les chrétiens ;que ceux-ci raisonnent plus con- 
séquemment, et sont plus d'accord avec eux-mêmes que les déis- 
tes ; que le déisme est un système où l'esprit humain ne peut 
pas longtemps s'arrêter (3). C'est donc uniquement la crainte des 
conséquences qui conduit les incrédules à l'athéisme ; de peur 
d'être forcés à croire trop, ils prennent le parti de ne rien croire 
du tout. Leur manière de philosopher, dit un encyclopédiste, n'est 
au fond que l'art de décroire (4). De même que les sociniens ont dé- 
fi) En traçant cette généalogie impure, nous n'avons aucune intentionde cha- 
friner les protestants; s'ils méconnaissent leurs descendants, ceux-ci, plus 
onnèles, ne renient point leurs ancêtres ; ce sont les protestants, disent-ils, 
qui ont commencé la révolution; mais ils ne sont pas allés assez loin. Enfin 
l'on est allé si loin, qu'il faudra nécessairement reculer. 

(2) Morgan. Moral. philosopher, tom. I, pag, 219. 

(3) Syst. de la nat., tom. II, c. 7, p. 221 et suiv. Chap. 12, pag. 357. Pre- 
mière lettre à Sophie, pag. 5 ; Deuxième lettre, pag. 41, Dial. sur l'ùme, pag. 
145, 146; Le bon Sem, § 117, 1 18. 

(4) Encijclop., Unitaires, p. 399. 



INTRODUCTION DE BERGIEIl. 



LV 



montré aux protestants qu'ils n'avaient pas suivi leur principe 
jusqu'où il peut aller, et s'étaient arrêtés sans savoir pourquoi, 
un déiste prouve aux sociniens qu'ils sont coupables de la même 
inconséquence. Mais un athée retombe sur les déistes, et leur 
montre qu'ils sont eux-mêmes des raisonneurs pusillanimes, et 
qu'ils se contredisent ; enfin un pyrrhonien, à son tour., fait voir 
aux athées qu'ils déraisonnent, qu'un dogmatique quelconque prête 
le flanc à ses adversaires, et se trouve bientôt percé de ses pro- 
pres traits. Nous demandons si, la dispute étant réduite à ce 
point, le triomphe de la religion peut encore paraître douteux ; 
pour se débarraser de ses ennemis, elle n'a qu'à leur laisser le 
soin de s'entre-détruire. 

§ XIV 

Quand on connaît les vrais motifs qui déterminent la plupart 
des déserteurs de la religion, l'on n'est plus tenté de leur prêter 
l'oreille ; ils ont eu la complaisance de les dévoiler eux-mêmes. 

« Si nous remontons, dit l'un d'entre eux, à la source de la 
n prétendue philosophie de ces mauvais raisonneurs, nous ne 
» les trouverons point animés d'un amour sincère pour la vé- 
» rite; ce n'est point des maux sans nombre que la superstition 
» a faits à l'espèce humaine, dont nous les verrons touchés ; nous 
» verrons qu'ils se trouvent gênés des entraves importunes que 
» la religion, quelquefois d'accord avec la raison, mettait à leurs 
» dérèglements. Ainsi c'est leur perversité naturelle qui les rend 
» ennemis de la religion ; ils n'y renoncent que lorsqu'elle est 
» raisonnable ; c'est la vertu qu'ils haïssent encore plus que l'er- 
» reur et l'absurdité. La superstition leur déplaît, non par sa 
» fausseté, non par ses conséquences fâcheuses, mais parles 
« obstacles qu'elle oppose à leurs passions, par les menaces 
i) dont elle se sert pour les effrayer, par les fantômes qu'elle em- 
» ploie pour les forcer d'être vertueux... » 

« Des mortels emportés par le torrent de leurs passions, de 
» leurs habitudes criminelles, de la dissipation, des plaisirs, 
» sont-ils bien en état de chercher la vérité, de méditer la na- 
» ture humaine, de découvrir le système des mœurs, de creuser 
» les fondements de la vie sociale? La philosophie pourrait-elle 
» se glorifier d'avoir pour adhérents, dans une nation dissolue, 
» une foule de libertins dissipés et sans mœurs, qui méprisent 
» sur parole une religion comme lugubre et fausse, sans con- 
» naître les devoirs qu'on doit lui substituer. Sera-t-elle donc 
» bien flattée des hommages intéressés, ou des applaudisse- 
» ments stupides d'une troupe de débauchés, de voleurs publics, 
» d'intempérants, de voluptueux, qui, de l'oubli de leur Dieu et 
» du mépris qu'ils ont pour son culte, concluent qu'ils ne se 






3SE 






LVI 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



» doivent rien à eux-mêmes ni à la société, et se croient des sa 
» ges, parce que souvent, en tremblant et avec remords, ils fou- 
» lent aux pieds des chimères qui les forçaient à respecter la dé- 
» cence et les mœurs (1)? » 

Nous n'aurions pas osé dire d'aussi terribles vérités, mais il 
nous est permis de les copier ; les incrédules ne peuvent être 
mieux définis que par les maîtres qui les ont formés. 

L'auteur du Système de la nature ne s'est pas exprimé avec 
moins d'énergie, en recherchant les causes qui peuvent porter 
à l'athéisme et à l'irréligion. La première est, selon lui, l'indi- 
gnation qu'inspire à tout homme qui pense la vue des maux 
qu'ont produits dans le monde l'idée de Dieu et la religion. La 
seconde est la crainte importune que doit faire naître dans l'es- 
prit de tout raisonneur conséquent l'idée d'un Dieu tel que ses 
affreux ministres le peignent, c'est-à-dire, d'un Dieu vengeur du 
crime, et rémunérateur de la vertu. La troisième sont les passions 
et les intérêts des hommes qui les poussent à faire des recherches. 

La question est de savoir si un esprit préoccupé par la crainte, 
par les passions, est fort en état de faire des recherches avec 
succès, et de découvrir la vérité. 

« Nous conviendrons, dit-il, que souvent la corruption des 
» mœurs, la débauche, la licence, et même la légèreté d'esprit, 
» peuvent conduire à l'irréligion ou à l'incrédulité ; mais on peut 
» être libertin, irréligieux, et faire parade d'incrédulité, sans 
» être athée pour cela... Bien des gens renoncent aux préju- 
» gés reçus, par vanité et sur parole ; ces prétendus esprits- 
» forts n'ont rien examiné par eux-mêmes, ils s'en rapportent 
» à d'autres qu'ds supposent avoir pesé les choses plus mùre- 

» ment Un voluptueux, un débauché enseveli dans la crapule, 

» un ambitieux, un intrigant, un homme frivole et dissipé, une 
» femme déréglée, un bel esprit à la mode ; sont-ils donc des 
» personnages bien capables de juger d'une religion qu'ils n'ont 
» point approfondie, de sentir la force d'un argument, d'em- 

» brasser l'ensemble d'un système? Les hommes corrom- 

» pus n'attaquent les dieux, que lorsqu'ils les croient ennemis 
» de leurs passions. » 

Cependant, selon le même auteur, « il faut être désintéressé, 
» pour juger sainement des choses ; il faut des lumières et de 
» la suite dans l'esprit, pour saisir un grand système. Il n'ap- 
» partient qu'à l'homme de bien examiner les preuves de l'exis- 

» tence de Dieu et les principes de toute religion L'homme 

» honnête et vertueux est seul juge compétent dans une si 
» grande affaire (2). 



Il) Essai sur les préjugés, c. 8, p. 181 et suiv. 
(2) Syst. delanat., t. II, c. 10, pag. 360 et suiv. 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



LVII 



Si, avant de lire un livre écrit contre la religion, l'on com- 
mençait par demander: L'auteur est-il un homme de bien, ver- 
tueux, honnête, sage, désintéressé? il est fort douteux qu'aucun 
de ces ouvrages fût dans le cas de faire fortune. 

Un troisième dit avec franchise : « J'aime mieux être anéanti 
» une bonne fois, que de briller toujours ; le sort des bêtes me 
» paraît plus désirable que le sort des damnés. L'opinion qui 
» me débarrasse de craintes acccablantes dans ce monde, mepa- 
» raît plus riante que l'incertitude où me laisse l'opinion d'un Dieu 
» sur mon sort éternel. . . On ne vit point heureux, quand on trem- 
» ble toujours. Un Dieu, qui damne éternellement, est évidem- 
» ment le plus odieux des êtres que l'esprit humain puisse in- 
» venter (1). » 

Voilà donc la source dans laquelle nos philosophes ont puisé 
tant de lumières, la crainte de brûler toujours ; mais cette crainte 
n'entre point dans une âme pure, honnête, vertueuse : l'enfer 
n'est destiné qu'aux méchants. Avouer que l'on est tourmenté 
par cette idée, c'est reconnaître que l'on n'a pas la conscience 
nette. Nos adversaires préfèrent, non l'opinion la plus vraie et la 
mieux prouvée, mais la plus riante et la plus commode ; c'est le 
goût et non le raisonnement qui les détermine. 

L'un des derniers qui aient écrit, convient de même qu'entre 
la religion et l'athéisme, c'est le cœur, le tempérament, et 
non la raison qui décide du choix (2). 

L'auteur du livre de l'Esprit n'avait pas trop bonne opinion 
de ses confrères. « Peut-être, dit-il, nos auteurs sont-ils quel- 
» quefois plus soigneux delà correction de leurs ouvrages, que 
» de celle de leurs mœurs, et prennent-ils exemple surAverroës, 
» ce philosophe qui se permettait, dit-on, des friponneries qu'il 
» regardait, non-seulement comme peu nuisibles, mais même 
» comme utiles à sa réputation (3). » 

Un autre avoue qu'aux termes de la caducité, les principes de 
la religion reprennent l'ascendant, parce qu'alors nous n'avons 
plus besoin des raisons qui nous tranquillisaient au sein des plai- 
sirs (4). Ilest donc bien décidé quel'onn'estincrédule qu'autantque 
'on a besoin de raisons pour se tranquilliser au sein des plaisirs. 

§ XV 

Peut-être en est-il plusieurs qui ne méritent point ce reproche, 
et qui ont au moins des mœurs décentes. Mais ce n'est point à 

(1) Le bon Sens, § 108, 182, 188. 
: h) Aux mânes de Louis XV, pag. 291. 

(3) De l'Esprit, 2. Disc, c. 6, p. 142. 

(4) Dialog. sur l'âme, p. 135 et suiv. Tenez votre âme en état de désirer tou- 
jours qu'il y ait un Dieu, et vous n'en douterez jamais. J. J. Rousseau, Esprit 
et Maximes, etc. p. 4. 



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INTRODUCTION DE BURGIER. 



f * 



nous à faire des recherches sur leur conduite; nous ne pouvons 
en juger mieux que sur leur propre témoignage. Or, il est diffi- 
cile d'avoir bonne opinion de maîtres qui, de leur aveu, ont 
formé tant de disciples corrompus, et de nous fier à des prin- 
cipes toujours adoptés par les cœurs vicieux et par les esprits 
pervers. 

Selon eux, nous attribuons mal à propos à l'incrédulité les vi- 
ces qui viennent plutôt du luxe et des passions (1) : soit; donc ils 
ont encore plus de tort de les attribuer à la religion. Mais dans 
quel cas les passions causeront-elles plus de ravage ? Sous le 
joug de la religion qui les condamne, ou sous le règne de l'in- 
crédulité qui leur lâche la bride ? Jamais le luxe ne fut porté à 
l'excès chez une nation, sans traîner à sa suite le libertinage 
d'esprit et de cœur. Que la philosophie incrédule soit fille du luxe, 
comme tous les autres vices, c'est ce que nous n'ignorons pas; 
un tel père ne fera jamais honneur à ses enfants. 

« L'athéisme, disent- ils, n'est point fait pour le vulgaire, ni 

» même pour le plus grand nombre des hommes Des êtres 

» ignorants, malheureux et tremblants, se feront toujours des 
» dieux... Les principes de l'athéisme ne sont point faits pour 
» le peuple, ni pour les esprits frivoles, ni pour les hommes am- 
» bitieux et remuants, ni pour un grand nombre de personnes 
» instruites d'ailleurs, mais qui n'ont point assez de courage (2). » 
Cependant l'on répète sans cesse la maxime, quela vérité est faite 
pour tout le monde ; d'où il s'ensuit clairement que l'athéisme 
n'est pas la vérité. 

« Leucippe, Démocrite, Epicure, Straton, et quelques autres 
» Grecs, osèrent déchirer le voile épais du préjugé, et prêcher 
» l'athéisme ; ils ::e furent pas écoutés. Chezles modernes, Hobbes, 
» Spinosa, Bayle, etc., ont marché sur les traces d'Epicure; mais 
» leur doctrine ne trouva que peu de sectateurs, dans un monde 
» trop enivré de fables pour écouter la raison.,.. Ceux qui ont 
» eu le courage d'annoncer la vérité, ont été communément pu- 
» nis de leur témérité (3). Il est fort dangereux que nos docteurs 
» de la vérité n'aient encore aujourd'hui le même sort. » 

Ils demandent « quel mal on peut faire aux hommes en leur 
» proposant ses idées? Le pis aller est de les laisser dans le 
» doute et dans la dispute ; n'y sont-ils pas déjà (4)? » Mais ils ob- 
servent que, pour bien des gens, leur ôter les idées de Dieu, ce 
serait leur arracher une portion d'eux-mêmes (5) ; que le doute sur 

II) Histoire des Etabliss. des Europ. dans les Indes, tom. 5, liv. 13, p. 176. 

(2) Syst. de la nat., tom. II, c. 10, 12, 13, p. 317, 352, 381. Le bon Sens, 
§ 195. 

(3) Le bon Sens, § 204. 

(i)Syst. de la nat., tom. II, c. 11 et 13, pag. 331, 384. 
(5)16., cl 3, p. 388. 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



LIX 



ce sujet n'est rien moins qu'un oreiller commode (1); que le doute, 
en fait de religion, est un état plus cruel que d'expirer sur la 
roue (2). Rendons grâces à ces maîtres charitables qui veulentnous 
arracher une portion de nous-mêmes, et nous mettre dans un 
état pire que d'expirer sur la roue. Si, après des déclarations aussi 
précises, ils viennent à bout de séduire quelqu'un, il a grande 
envie d'être séduit. Montaigne, parlant d'eux, les appelait hommes 
bien misérables et écervelés, qui tâchent d'être pires qu'ils ne 
peuvent (3). 



§ XYI 

On croit peut-être que les incrédules modernes ont fait des dé- 
couvertes dont les anciens n'avaient aucune connaissance, qu'ils 
ont créé de nouveaux systèmes; erreur. Ils ont puisé leurs ma- 
tériaux dans des sources abondantes, et qui ne sont point in- 
connues. Pour attaquer les vérités de la religion naturelle, ils 
ont ramené sur la scène les objections des épicuriens, des pyr- 
rhoniens, des cyniques, des académiciens rigides et des cyrénaï- 
ques; c'est une doctrine renouvelée des Grecs. Mais ils ont 
passé sous silence les raisons par lesquelles Platon, Socrate, Ci- 
céron, Plutarque, et d'autres, ont refuté toutes ces visions. Contre 
l'Ancien Testament et la religion juive, ils ont rajeuni les diffi- 
cultés et les calomnies des manichéens, des marcionites, de Celse, 
de Julien, de Porphyre, et des autres philosophes ; le plus célè- 
bre de nos adversaires en est convenu (4). On en retrouve la plu- 
part dans Origène, dans Tertullieu, dans saint Cyrille, dans saint 
Augustin, et dans les autres Pères de ces temps-là ; mais les in- 
crédules ont supprimé les réponses de ces auteurs. 

Lorsqu'il a fallu combattre le christianisme, nos adversaires 
ont été encore mieux servis ; ils ont copié les livres des Juifs et 
ceux des mahométans (5). Les écrits d'Isaac Orobio, le Munimen 
fidei, tous les autres ouvrages compilés par Wagenseil (6), sont 
hachés et cousus par lambeaux dans les livres des déistes : on 
doit en rendre la gloire aux rabbins. Contre le catholicisme, ils 
ont extrait les reproches de tous les hérétiques, surtout des 
controversistes protestants et des sociniens. Enfin, pour suspec- 
ter les titres de notre croyance, ils ont fait sérieusement usage 
d'une méthode que le père Hardouin n'avait hasardée que comme 
un jeu d'esprit sur un sujet très-indifférent. On verra dans cet 



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(1) Le bon Sens, § 123. 

(2) LHal. sur l'âme, p. 139. 

(3) Essai sur le mérite et la vertu, liv. 1, pag. 6. 

(4) Questions sur i Encyclopédie, Conti'adiction, pag. 

(5) V. Maracci, Prodrom, ad réfutât. Alcoranr.i. 

(6) Tela ignea Saianw. 



121. 







LX 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



ouvrage la chaîne de traditions, par laquelle ces sublimes dé- 
couvertes sont venues jusqu'à nous, et nous aurons soin de res- 
tituer à chacun ce qui lui appartient. 

Les premiers incrédules français auraient peut-être rougi de 
puiser leurs réflexions dans des sources aussi impures ; ils co- 
piaient les Anglais, sans savoir d'où ceux-ci avaient emprunté tant 
de richesses littéraires. Le poison était du moins présenté alors sous 
un masque de décence. Ceux d'aujourd'hui ont eu moins de délica- 
tesse ; ils ont fait couler de leur plume tout le fiel que les rabbins 
ont vomi contre Jésus-Christ et contre l'Evangile, sans en adoucir 
l'amertume, et toute la bile des controversistes protestants 
contre l'Eglise romaine; ils se sont même efforcés d'enchérir 
sur les uns et les autres. Grâce à leur intrépidité, ils n'est plus 
de blasphèmes, de sarcasmes, d'invectives, do grossièretés, aux- 
quels nous n'ayons été forcé de nous endurcir. 



§ XVII 

Cependant ils nous accusent d'ignorance, de crédulité, d'aveu- 
glement, de prévention. Selon eux, nous ne tenons à la religion 
que par préjugé de naissance, par respect pour l'autorité de nos 
maîtres et de nos aïeux, par négligence de réfléchir et de consul- 
ter la raison; nous commençons par croire avant d'examiner. 
Soit pour un moment. Nous soutenons qu'il n'y a point d'écri- 
vains plus crédules, ni d'espèce plus moutonnière que les pré- 
tendus philosophes. Déjà ils conviennent que la plupart renon- 
cent à la religion par vanité, et sur paroles s'en rapportent à 
d'autres, sont très-peu en état d'approfondir une question, et de 
sentir la force ou la faiblesse d'un argument. Ce n'est donc pas 
la raison, mais l'autorité, qui les détermine. Qu'un incrédule 
quelconque ait avancé il y a cinquante ans un fait bien faux, bien 
absurde, cent fois réfuté, il n'en est pas moins répété par vingt 
auteurs qui se suivent à la file, sans qu'un seul ait dai- 
gné vérifier la chose. Copier aveuglement Celse et Julien, les 
Juifs, les sociniens, les déistes anglais, les controversistes de 
toutes les sectes, sans choix, sans critique, sans précaution; 
compiler, répéter, extraire, affirmer ou nier au hasard, parce 
que d'autres ont fait de même, ce n'est pas être crédule ? Lors- 
que le déisme était à lamode, tout philosophe était déiste ; le plus 
hardi a osé dire : Tout est matière, et a fait semblant de le prou- 
ver; a l'instant la troupe docile a répété en grand chœur, tout est 
matière, et a fait un acte de foi sur la parole de l'oracle. Voilà 
où ils en sont. Les plus incrédules, en fait de preuves, sont tou- 
jours les plus crédules en fait d'objections. 

Avant de voir ce que l'on peut objecter contre la religion, quelle 
étude la plupart des lecteurs ont-ils faite de sespreuves? Aucune. 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



LXI 



Est-il étonnant que dans la force des passions, sans aucun pré- 
servatif contre l'erreur, un jeune homme soit aisément séduit 
par les fausses lueurs des raisonnements philosophiques, par 
les faits qu'on lui déguise, parle ridicule que l'on jette sur la 
religion ? Tout lui paraît clair, évident, démontré, dans les écrits 
des incrédules; il ne soupçonne pas seulement qu'il y ait une 
réponse à leur faire. Les impressions qu'il reçoit se gravent pro- 
fondément ; elles plaisent à son esprit et à son cœur ; à moins 
d'uu miracle, il en tient pour la vie. Dès qu'il a parcouru quel- 
ques brochures, il se croit un docteur, ce n'est qu'un igno- 
rant. 

Après avoir lu pendant vingt ans tous les ouvrages écrits contre 
la religion; après s'être rempli l'esprit d'objections, desophismes, 
de préventions, de fausses anecdotes, un homme, qui se pique 
d'impartialité, se résout enfin à lire un ou deux de nos apologistes. 
S'ilnetrouve pasd'abord de quoi satisfaire à toutes ses difficultés, 
et calmer tous ses doutes, il en conclut que la religion n'est pas 
prouvée, que les arguments de ses ennemis sont insolubles. Il 
semble voir un malade qui a travaillé pendant vingt ans à se 
ruiner le tempérament et qui veut que son médecin le guérisse 
ou le soulage en huit jours. L'habitude de raisonner de travers 
se contracte aussi aisément que le dérangement d'estomac; quand 
il faut en revenir, c'est autre chose. Dès que l'on envisage la re- 
ligion comme un procès, comme une question de controverse, 
et que l'on veut faire la fonction de juge, il est fort dangereux 
quela balance ne penche du côté qui parait le plus commode. Je 
me trouve, dit-on alors, dans un scepticisme nécessité. Je le crois ; 
après avoir pris d'aussi bonnes mesures pour y réussir, il serait 
fort étonnant que vous n'en fussiez venu à bout. 

Parmi nous, tout est mode et goût passager. Sous François I er 
et ses successeurs, il était du bel air de se faire huguenot et an- 
tipapiste; sous la minorité de Louis XIV il fallait être frondeur et 
anti-mazarin ; pendantla régence, il était beau de déclamer contre 
Romeet contrôla bulle: aujourd'hui, c'est un mérite de se donner 
pour philosophe incrédule. Quel travers nouveau le siècle pro- 
chain verra-t-il éclore? 

§ XVIII 

Celui dontnousnous plaignons serait moins odieux, s'iln'inspi- 
rait pas tant de calomnies. Les prêtres, disent nos adversaires, 
ne sont chrétiens que par décence et par intérêt ; leur conduite 
dément évidemment leur croyance; lorsqu'ona des liaisons fami- 
lières avec eux, ons'aperçoit bientôt qu'ils ne sont pas fort char- 
gés d'articles de foi (1). 

(1) Gazette littéraire de deux Ponts, 1774, n° 61, art. 1. 






I J 




LXII 



INTRODUCTIOX liE BERGIER. 



Avant de répondre à ce reproche, voyons si les philosophes sont 
eux-mêmes exemptsdetout.es vues d'ambition et d'intérêt. 

Plusieurs poussent très-loin les prétentions. Selon eux,, tout 
écrivain de génie est magistrat-né de sa patrie; il doit l'éclairer, 
s'il le peut : son droit, c'est son talent (1). Voilà leur mission fondée 
sur un titre authentique, sur la bonne opinion qu'ils ont d'eux- 
mêmes. Les gens de lettres, disent-ils, sont les arbitres et les 
distributeurs de la gloire (2) ; il est donc juste qu'ils s'en réservent 
la meilleure part. L'un nous fait observer qu'à la Chine le mérite 
littéraire élève aux premières places; et, à son grand regret, il 
il n'en est pas de même en France (3). L'autre dit que les philo- 
sophes voudraient approcher des souverains; mais que par l' am- 
bition et les intrigues des prêtres, ils sont bannis des cours (4). 
Celui-ci souhaite que les savants trouvent dans les cours d'ho- 
norables asiles, qu'ils y obtiennent la seule récompense digne d'eux, 
celle de contribuer par leur crédit au bonheur des peuples aux- 
quels ils auront enseigné la sagesse. Mais si l'on veut, dit-il, que 
rien ne soit au-dessus de leur génie, il faut que rien ne soit au- 
dessus de leurs espérances (3). Rare modestie! Celui-là vante les 
progrès qu'auraient fait les sciences, si l'on avait accordé au gé- 
nie les récompenses prodiguées aux prêtres (6). Tantôtceshommes 
désintéressés se plaignent de ce que les prêtres sont devenus les 
maîtres de l'éducation et des richesses, pendant que les travaux 
et les leçons des philosophes ne servent qu'à leur attirer l'indi- 
gnation publique (7). Tan tôt ils opinent qu'il faut dépouiller les prê- 
tres pour enrichir les philosophes (8). Enfin, concluent-ils, si on 
nepeut pas guérir les hommes de leurs préjugés de religion, 
qu'ils en pensent ce qu'ils voudront; mais que les princes et les 
sujets apprennent au moins à résister quelquefois aux passions 
des odieux ministres de la religion (9). 

Consolons-nous : ce n'est plus à la religion qu'en veulent les 
philosophes; c'est aux privilèges, au crédit, aux biens du clergé; 
s'ils peuvent réussir à s'en emparer, ils croiront, en Dieu, tous les 
arguments serontréso'us. 

§XIX 

Comment prouve-t-on que les prêtres ne sont chrétiens que 
par intérêt? Par les fautes vraies ou prétendues qu'ils ont com- 

1) Ilist. des Etabliss. des Europ. dans les Indes, tora. VII, c. 2, p. 59. 
J2) Encydop., Gloire. 

(3) III. Dial. sur l'âme, p. 66. 

(4) Essai sur les préjugés, c. 14, p. 378. 
!5) (Eiw. de J. J. Rousseau, tom. I,pag\ 43. 
6J Syst. de la nat., tom. II, c. 8. 
!7) Ibid., tom. II, c. H. 

(8) Christianisme dévoilé, prêt. p. 25. 

(9) Syst. de la nat., tom. II. c. 10, pag. 319. 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



LXIH 



mises depuis la naissance de l'Eglise. On en reproche aux papes, 
aux évèqnes, aux ministres inférieurs; les protestants surtout 
ont fourni là-dessus de bons mémoires. 

C'est s'arrêter en beau chemin; il fallait pousser l'induction 
jusqu'où elle peut aller. 

On connaît d'habiles jurisconsultes, dont la conduite n'est 
pas un modèle d'équité; des médecins qui, après avoir disserté 
savamment sur la nécessité du régime, ne l'observent pas mieux 
que leurs malades ; des philosophes dont les actions et la mo- 
rale ne sont pas toujours d'accord. « Toutes les fois, dit un 
» écrivain très-connu, que je songe à mon ancienne simplicité, 
» jje ne puis m'empècher d'en rire. Je ne lisais pas un livre de 
» morale ou de philosophie, que je ne crusse y voirl'àme oulcs 
» principes de l'auteur; je regardais tous ces graves écrivains 
» comme des hommes modestes, sages, vertueux, irrépro- 
« chaînes... Je me formais de leur commère des idées angéli- 
wques, et je n'aurais approché de la maison de l'un d'eux, que 
« comme d'un sanctuaire. Je ne comprenais pas que l'on pût 
» s'égarer, en démontrant toujours ; ni mal faire en parlant 
» toujours de sagesse. Enfin, je les ai vus : ce préjugé puéril 
» s'est dissipé, et c'estla teule erreur dont ils m'aient guéri (1). » 
Donc les philosophes ne croient pas plus à la morale que les 
prêtres à la religion. 

"Voilà l'argument dans toute sa force. Que répondent les phi- 
losophes ? Que, « quand un homme, entraîné par ses passions, 
» paraît oublier ses principes, il ne s'ensuit pas qu'il n'en a point, 
» qu'il n'y croit pas, ou que ces principes sont faux; que le temr 
» pérament est plus fort que les systèmes, et que les passions 
» l'emportent sur la croyance (2). » Ainsi les prêtres sont justifiés 
ou du moins excusés par leurs propres dénonciateurs. 

Supposons que ceux-ci soient venus à bout d'en séduire 
quelques-uns qni ont eu des liaisons trop familières avec eux ou 
avecleurs écrits, ils'ensuit que ces faibles théologiensn'eu savaient 
pas assez poursentir la fausseté des raisonnements des incrédules. 
Cette victoire n'est pas assez brillante pour en faire trophée contre 
la religion. Semblables aux païens qui insultaient aux chrétiens 
apostats, nos sages philosophes ne pardonnent ni à ceux qui 
leur résistent, ni àceux qui ont succombé sous leurs sophismes. 
Belle récompense de la docilité que l'on a pour eux! 



9 



§ XX 

Personne ne disconvient aujourd'hui du ressort secret qui a 
fait agir les hérétiques, lorsqu'ils ont troublé le repos de l'Eglise 

(1) Préface de Narcisse. 

(2) Syst. delà nat. tom. II, c. 12, pag. 3i2. 



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LXIV 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



et de la société ; ils étaient conduits par l'enthousiasme, par le 
fanatisme. Les philosophes ont éloquemment déploré les ra- 
vages de ce vice dangereux ; ils en ont donné le nom à toute 
espèce d'attachement à une religion vraie ou fausse ; les athées 
regardent comme des fanatiques tous ceux qui croient un Dieu (1). 
Si l'on doit appeler fanatisme le faux zèle allumé au foyer des 
passions, pouvons-nous en méconnaître les symptômes dans ceux 
mêmes qui déclament contre lui? Un homme qui se croit népour 
instruire les nations, résolu de braver les lois et l'autorité des 
souverains pour établir sa doctrine, très-peu délicat sur le choix 
des moyens et des prosélytes, ennemi déclaré de tous ceux qui 
s'opposent à ses desseins, appliqué aies rendre odieux et mépri- 
sables, toujours prêt à se porter aux derniers excès contre eux, 
à bouleverser la société, s'il le faut, pour affermir le règne de 
ses opinions ; si ce n'est pas un fanatique, nous ne savons plus 
quelle idée l'on doit attacher à ce nom. 

Ils disent que la liberté naturelle à l'esprit humain, l'indépen- 
dance, moins amoureuse de la vérité que de la nouveauté, fait 
souvent rejeter le christianisme dans sa vieillesse, comme elle le 
fit adoptera sa naissance (2). Serons-nous encore dupes de l'amour 
de la vérité, dont nos adversaires sont embrasés? 

Quelques-uns ont poussé la démence jusqu'à se faire un mérite 
de leur haine contre les défenseurs delà religion. « J'ai été, dit 
» l'un d'entre eux, s'adressant à Dieu même, j'ai été l'ennemi de 
» ceux qui opprimaient la société. » Il prétend que, s'il y a un Dieu, 
il doit tenir compte à un athée des invectives qu'il a vomies contre 
les souverains et contre les prêtres (3). Y eut-il jamais de fanatisme 
mieux caractérisé? 

Le fanatisme, dit l'oracle des incrédules, est une folie reli- 
gieuse, sombre et cruelle; c'est une maladie de l'esprit qui se 
gagne comme la petite vérole; les livres la communiquent beau- 
coup moins que les assemblées et les discours (4). Mettons folie an- 
tireligieuse, la définition ne sera pas moins juste. 

Y a-t-il moins de danger pour un génie ardent, de concevoir 
une haine aveugle contre la religion, que de se livrer à un zèle 
inconsidéré pour elle? Le premier de ces deux excès trouve plus 
d'aliments que le second dans les penchants du cœur. Si l'un 
mérite le nom de fanatisme, quel titre donnerons-nous à l'autre? 

Un homme sensé qui pourra soutenir lalecture de la harangue 
adressée à Dieu dans le Système de la nature (5), y reconnaîtra le 

(1) Lettre de Trasib. àLeucippe, pag. 25; Syst. de lanat. tom. II, c. 7, pag. 

(2) Hist. des Etabliss. desEurop. dans les Indes, tom. VII. c. 2. 
3) Syst. de la nat., tom. II, c. 10, pag. 303. 

(4) Quest. sur l'Encycl., Fanatisme. 

(5) Syst. de la nat., Ma. 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



LXV 



vrai langage d'un énergumène, ou d'un réprouvé condamné 
aux flammes éternelles. 



§XXI 

Quoi, dira-t-on, vous osez taxer de fanatisme des philosophes 
qui ne prêchent que la tolérance, qui ne cessent de déclamer 
contre la fureur avec laquelle les hommes se sont égorgés pour 
des opinions ! 

Ne soyons pas dupes d'un mot. Tolérance, dans le style de 
nos adversaires, signifie la même chose que liberté dans la bou- 
che des séditieux. «Nom spécieux, dit très-bien un ancien- 
» quiconque a voulu se rendre le maître et asservir ses sem- 
» blables, n'a jamais manqué de s'en décorer (1). » On sait ce que 
les ambitieux entendent par là ; Us veulent la liberté pour eux 
et l'esclavage pour les autres ; c'est précisément ce que nous 
voyons. Lorsque les philosophes étaient déistes, ils jugeaient 
l'athéisme intolérable, ils décidaient qu'on doit le bannir de la 
société : depuis qu'ils sont devenus athées, ils disent que l'on ne 
doit pas souffrir le déisme, parce qu'il est intolérant, aussi bien 
que les religions révélées. Ces docteurs pacifiques sont donc bien 
résolus de n'établir la tolérance que pour leurs propres opinions, 
et de déclarer la guerre à toutes les autres. S'ils ont droit d'at- 
taquer la religion, parce qu'elle est intolérante, nous ne sommes 
pas moins fondés à détester l'incrédulité, puisqu'elle est encore 
moins tolérante que la religion. 

« Il est peu d'hommes, dit le livre de l'Esprit, s'ils en avaient 
» le pouvoir, qui n'employassent les tourments pour faire gé- 
» neralement adopter leurs opinions... Si l'on ne se porte ordi- 
» nairement à certains excès que dans les disputes de religion 
» cest que les autres disputes ne fournissent pas les mêmes 
» prétextes, ni les mêmes moyens d'être cruel. Ce n'est qu'à l'im- 
» puissance qu'on est en général redevable de sa modération (2). 
L auteur du Système de la nature avoue de même qu'il est 
difficile de ne pas se fâcher en faveur d'un objet que l'on croit 
tres-impor. an (3) Or, tout philosophe regarde son s/stème comme 
tas-im P ortant, et nous ne savons pas encore à 'quelles extré- 
mités il est capable d en venir, lorsqu'il est fâché. Mais quand 
nous lisons que « cehn qui parviendrait à détruire la notion fa- 

! ,™» t T ' ™v U m °i nS à dimiûuer ^s terribles influences, 
» serait a coup sûr 1 ami du genre humain (4) », nous croyons 
avoir heu de nous défier d'une pareille amitié. "°y° ns 

(1) Tacite, hist., liv. 4, n. 73. 

(2) De l'Esprit, 2. dise, c. 3, note, pag. 103 
(3 Syst. de ta nat., tom. II, ch. 7, pae. 224 

[*) Ibid., tom. II, c. 3,pag. 88; c. lu^pa*. 317. 

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LXVI 



INTRODUCTION DE BERGIER. 




N'espérez plus de paix, nous crie un de ces bénins philoso- 
phes, après^ avoir vomi sis. pages d'injures et de calomnies 
contre les prêtres ; n 'espérez plus de paix (1) . Si malheureusement il 
faut nous résoudre à la guerre, nous nous sentons assez de forces 
pour la soutenir encore longtemps. 

Dans les commencements, les sectaires du seizième siècle 
étaient des agneaux ; ils demandaient humblement la tolérance : 
devenus assez forts, ils se conduisirent en lions furieux; ils 
voulurent tout détruire. Les incrédules, héritiers de leurs prin- 
cipes et de leur haine, seraient-ils plus doux en pareil cas ? Ce 
que nos pères ont essuyé pendant près de deux siècles, ne nous 
a que trop instruits des excès auxquels le fanatisme antireligieux 
est capable de se porter. L'incrédulité, plus ou moins étendue, 
plus ou moins ambitieuse dans ses prétentions, se ressemble 
partout; son génie est toujours le même (2). 

§ XXII 

Rassurons-nous : la discorde suffit pour faire avorter les desseins 
de nos adversaires. Tant qu'ils se sont bornés à prêcher le déisme, 
ils pouvaient paraître redoutables; ils mettaient les théologiens 
sur la défensive ; ils proposaient des objections souvent embar- 
rassantes; ils semblaient ne donner aucune atteinte à la morale: 
on voyait toujours un Dieu, une religion, une base aux devoirs 
de la société. Par cet artifice, ils ont séduit d'abord un grand 
nombre de lecteurs trop peu instruits pour apercevoir les consé- 
qnences funestes de leurs principes; ils ont eu la maladresse de 
les dévoiler. En renversant le déisme pour lui snbstituer le 
matérialisme, ils ont écrasé la vipère sur sa morsure ; ils ont 
mis au grand jour la discordance des systèmes d'incrédulité, les 
excès ou ils conduisent, la fragilité de l'édifice qu'ils avaient cons- 
truit à si grands frais ; ils ont donné lieu aux théologiens de dé- 
montrer que cette nouvelle hypothèse détruit jusqu'à la racine 
les fondements de la morale, de la vertu, des devoirs de l'homme, 
et tous les liens de société; qu'en suivant le fil des conséquences, 
il iaut se retrancher dans le doute absolu, ressusciter la doc- 
trine absurde des cyrénaïques, les infamies des cyniques, l'entê- 
tement révoltant des pyrrhoniens. 

Il n'y en a pas deux qui pensent de même. L'un tâche de sou- 
tenir les débris chancelants du déisme; l'autre professe le maté- 
rialisme sans déguisement : quelques-uns biaisent entre ces 
deux opinions, défendent tantôt l'une tantôt l'autre, ne savent 
de quel principe partir ni où ils doivent s'arrêter. Ce que l'un 

(1) Lettre à l'auteur du Dict. des trois sièdes, pag. 86. 

(2) Annales fol., etc.. Ion». 3., n. 18, p. 8t. 



INTRODUCTION DE BERGIER. 



LXVII 



établit, l'autre le détruit; il n'est pas une seule question de fait 
ou de raisonnement sur laquelle ils soient d'accord (1). Est-il diffi- 
cile de prévoir la chute d'une république aussi mal réglée, où 
règne une anarchie et une confusion générale ? Si les déistes se 
réunissent à nous pour combattre les athées, ceux -ci emprun- 
tent nos armes pour attaquer les déistes ; nous pourrions nous 
borner à être spectateurs du combat. 

Ainsi Dieu veille sur la religion qu'il a lui même établie, il 
livre ses ennemis à l'esprit de vertige . Lepsalmiste a tracé leur 
destinée, en parlant d'un autre objet. « Une nation bruyante de 
» philosophes s'est rassemblée; un peuple de raisonneurs a con- 
» juré contre le Seigneur et contre son Christ. Brisons, disent-ils, 
» les liens qui tiennent notre raison captive ; secouons le joug de 
» la religion qui nous importune. Celui qui résiste dans le ciel, 
» se joue de leurs vains projets, il les couvrira de confusion, 
» et leur parlera en maître irrité ; le souffle de sa colère troublera 
» leurs sens et leurs idées (2). » 

S'il a permis que les docteurs du mensonge jouissent pen- 
dant quelque temps d'une réputation brillante, le jugement 
qu'il a exercé sur eux doit faire trembler leurs imitateurs. Il 
menace de punir avec la même sévérité ceux qui se laissent 
volontairement séduire par leurs prestiges (3). 

Bergier. 



(1) L'auteur d'Emile les a peiuts d'après nature, tom III 

(2) Ps. 2,v. I. ' 
(3)11. Thess.,c. 2, v. 10 et li. 



pag. 25, 37. 



PLAN 



DE LA THÉOLOGIE 



PAR BERGIER, 



d'après un manuscrit autographe. 



PROLÉGOMÈNES. 

1 . La théologie est la science ou la 
connaissance de Dieu acquise par la 
révélation. Les notions que l'on peut 
avoir delà Divinité par la raison sont 
une partie de la métaphysique, nom- 
mée théologie naturelle; ces notions 
n'entrent point dans notre plan, il 
les suppose. La théologie, comme 
toute autre science, a ses preuves 
particulières que l'on nomme lieux 
théologiques , ceux qui en font profes- 
sion sont appelés théologiens. 

2. Comme il y a différentes ma- 
nières de la traiter, on distingue la 
théologie positive et la scolastique, la 
théologie polémique des controversis- 
tes, la théologie morale des casuistes 
qui décident des cas de conscience, la 
théologie mystique des auteurs ascéti- 
ques. 

3. La manière dont on l'étudié a 
donné lieu à différents termes, comme 
école, cours de théologie, faculté, 
grades ou degrés, gradué, bachelier, 
licencié, docteur, docteur jubilé, ubi- 
quiste, professeur, chaire de théologie, 
théologal; thèse, tentative, majeure, 
mineure, aulique, sorbonique, vespérie, 
résumpte, robertine, paranymphes ; 
termes usités surtout dans l'univer- 
sité de Paris et en Sorbonne. 



4. Puisque la théologie est fondée 
sur la révélation, la première ques- 
tion pour un théologien est de savoir 
si Dieu s'est révélé aux hommes. On 
prouve la nécessité de cette lumière 
surnaturelle par la faiblesse de la rai- 
son humaine, par la multitude des 
erreurs dans lesquelles sont tombés 
les peuples infidèles, et dont les philo- 
sophes mêmes n'ont pas su se préser- 
ver. 

5. Que Dieu ait parlé aux hommes, 
c'est un fait; il doit se prouver par 
d'autres faits qui lui servent d'attes- 
tation, par les circonstances dont il 
est revêtu, et que l'on appelle mo- 
tifs de crédibilité; tels sont les mi- 
racles, dont nous soutenons la cer- 
titude, les prophéties dont nous prou- 
vons l'accomplissement, les vertus de 
ceux qui ont reçu une mission divine, 
etc. Ces preuves forment une démon- 
stration morale ou extrinsèque in- 
vincible. On est redevable aux lec- 
tures de Boyle de plusieurs bons 
ouvrages sur cette matière. Les 
déistes et les autres incrédules ont 
également tort de rejeter toute révé- 
lation, dédire qu'on leur interdit Yeœ- 
amen de la religion, et de nommer 
théisme leur doctrine. 

6. Nous sommes instruits du fait 
de la révélation par l'Histoire sainte 
parle témoignage des écrivains sacrés) 



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PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR BERGIER. 



renfermé dans la Bible ou Ecriture 
sainte. Elle contient deux parties, l'An- 
cien Testament et le Nouveau ; nous 
regardons l'un et l'autre comme la 
parole de Dieu, et nous nommons ces 
écrits livres saints ou sacrés. 

7. L'Ancien Testament contient 
quarante-cinq livres; les cinqpremiers 
sont de Moïse et sont nommés le Pen- 
tateuque, savoir la Genèse, l'Exode, le 
Lévitique, les Nombres, le Deutéro- 
nome ; on les appelle heptateuque, 
lorsqu'on y ajoute Josué et les Juges, 
octateuque en y joignant le livre de 
Ruth. 

8. Les autres livres historiques 
sont Josué, les Juges, Rulh, quatre livres 
des Rois, dont les deux premiers sont 
aussi nommés livres de Samuel, deux 
livres des Paralipoménes ou des chro- 
niques, deux livres d'Esdras dont le 
second porte aussi le nom de Néhémie, 
ceux de Tobie, de Judith, d'Esther. 

9. Les livras sapientiaux ou livres 
de morale, appelés par les Grecs pa- 
narêtes sont Job, les Psaumes ou le 
Psautier, les Proverbes, YEcclèsiaste, le 
Cantique, la Sagesse, l'Ecclésiastique : 
les auteurs de ces livres sont nommés 
hagiographes. 

10. On appelle livres prophétiques 
ceux d'Isa'w, de Jérêmie avec ses La- 
mentations et Baruch, d'Ezèchiel et de 
Daniel : ce sont les quatre grands pro- 
phètes. Les douze petits sont : Osée, 
Joël, Amos, Adbias, .louas, Michée, Na- 
hiun, llabacur, Sophonie, Aggée, Za- 
charie, et Malachie. Ils sont suivis des 
deux livres des Mackabées, qui sont 
un ouvrage historique. Nous regar- 
dons comme authentiques les histoires 
de Suzanne, de Del et du dragon, des 
enfants daus la fournaise, qui font 
partie de Daniel. 

il. Le Nouveau Testament con- 
tientvingt-septouvrages; quatre évan- 
giles ou histoires de la vie de Jésus- 
Christ, écrites par quatre écangélistes, 
savoir S. Matthieu, S. Marc, S. Luc, 
S. Jean ; les Actes des apôtres. 

12. Quatorze épitres ou lettres de 
S. Paul : une aux Romains, deux aux 
Corinthiens, une aux Galates, aux 
Ephésiens, aux Philippiens, aux Colos- 
suns, doux aux Tlu-s-salonicicns, deux 
à Timothèe, une à Tite, à Philimon, aux 
Hébreux. L'épitre de S.Jacques, deux 



de S. Pierre, trois de S. Jean, celle de 
S. Jude et l'Apocalypse ou révélation 
faite à S. Jean. 

13. On appelle canon la liste de 
ces divers ouvrages, et livres cano- 
niques ceux que l'Eglise y a renfer- 
més; on les distingue en proto-ca- 
noniques et deutero-canoniques. 

14. Tous ces écrits sont l'objet de 
la critique sacrée, qui consiste à dis- 
cuter et à prouver l'authenticité, 
la vérité, l'inspiration de ces livres; à 
savoir quels sont les ouvrages auto- 
graphes, apocryphes , supposés ou 
pseudonymes, comme les faux évan- 
giles, etc. Cette science exige la con- 
naissance des langues dans lesquelles 
ont été écrits le texte, les versions, les 
Targums ou paraphrases, les septante, 
la vutgate. Ces langues sont l'hébreu 
ou samaritain, le chaldéen, lesyriaque, 
la langue hellénistique, l'arabe, l'éthio- 
pien, le cophte, lepersan, l'arménien, le 
grec, le latin. Le texte et les versions 
principales sont rassemblés dans les Bi- 
bles polyglottes, dont Origène avait 
conçu le dessein en faisant ses tétraples, 
ses hexaples et ses octaples. Pour cette 
étude, des concordances ou harmonies 
sont d'une très-grande commodité. 
Les critiques s'occupent encore des 
contextes, des variantes ou différentes 
leçons, de la division des livres saints 
en chapitres et en versets, de lapoêsie 
des Hébreux. 

13. La critique sacrée distingue les 
divers sens de l'Ecriture sainte, le 
littéral, le sens figuré ou mystique, 
allégorique, ou anagogique, les idiotis- 
mes, hébruismes, ou héllénismes. Elle 
apprend à connaître les commentaires 
et les commentateurs ou interprêtes des 
livres saints, les philologues, le style 
bibliuue. etc. 

10. En elTet, la philologie doit être 
envisagée comme une partie de la 
critique sacrée ; mais elle a pour ob- 
jet les mots plutôtque les choses. Elle 
examine t° les mots hébreux, cbal- 
déens ou syriaques qui ont été conser- 
vés dans les yersions, ou dont se. 
servent les Juifs, comme abba, abra, 
Adam, fiiihcin, BùhêK'.rth, tièlial, Cé- 
rvllii, et Phélétlii, Coh u, Curljjn, Gog, 
et SLagûg, kosanna, Kéri, et Kétib,, 
Hésitait, Léviathan . MammûHa,Maozim, 
Manm-atha, Médraschim, Mcgillotk, 



■ 



PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR BERGIER. 



LXXI 



Mézuzoth, Muzach, Nechiloth,Neginoth, 
Niddin, Nohestan, Paradis, Parasche, 
Racca, sanhédrin, Sarabella, satrape, 
Schékinah, Svhibbolcth, Scilo ou Schi- 
loth, Scthim , Socoth-heaoth, Thar- 
tach, Thau, Totapoth, etc. 

2° Les mots grecs qui se rencontrent 
dans les écrivains sacrés ou ecclésias- 
tiques, comme hodégos, métrèse, écono- 
mie, parascéce, par lier meneuse, pédago- 
gue, peripsema, phyloutéres, pneuma, 
podere, polymitum, presbytère, pro- 
scuche, pygmée, python, scénopégie, et 
d'autres qui seront placés ailleurs. 

3° Les mots latins dont la significa- 
tion est extraordinaire, comme olla, 
opus plumariwn, etc. 

4° Les mots qui, traduits dans notre 
langue, peuvent avoir divers sens ; le 
nombre en est trop grand pour en 
faire ici la liste ; on en trouvera plu- 
sieurs dans les divers numéros de ce 
plan. 

17. Un théologien doit savoir l'his- 
toire ecclésiastique, mais ce n'est pas 
dans les centuries de Mugdebourg qu'il 
doit l'apprendre. Eusêbe et Hégésippe 
sont de meilleurs guides. Il lui est im- 
portant desavoir quels sontles anciens 
ouvrages authentiques, et de connaî- 
tre ceux qui sont supposés ou pseu- 
donymes comme les clémentines, les 
constitutions apostoliques, les récogni- 
tions, le faux Abilias, le testament des 
douzepatriarches,lelivred'£woc/t, etc. 

18. Il peut tirer avantage de quel- 
ques livres des Juifs, tels que le Tal- 
mud qui contient la Mischna et la Ge- 
mare, le Cozri; pour la Masore ouïe 
travail des Masorétcs, les Deutéroses, 
le Machasor, ils ne peuvent lui être 
d'aucun usage ; il importe encore 
moins de connaître la cabale et la gé- 
matrie, les différentes sectes de rab- 
bins nommés gaons et guéonim, etc. 

_ 19. Il n'est pas nécessaire non plus 
d'avoir toutes ces connaissances pré- 
liminaires avant de commencer à étu- 
dier la théologie ; on les acquiert en 
détail et peu à peu, à mesure que 
l'on avance dans cette étude. 



CORPS 

DE LA THÉOLOGIE. 

20. L'objet de la théologie est Dieu 
considéré soit en lui-même, soit dans 
ses ouvrages. Sous le premier aspect, 
nos connaissances sont très-bornées; 
sous le second, elles s'étendent fort 
loin. Dieu s'est révélé sous les titres 
de créateur et de conservateur de 
toutes choses, de législateur suprême, 
de juge vengeur du crime et rémuné- 
rateur de la vertu, de rédempteur et 
sauveur de l'homme, de sanctificateur 
des âmes, de fin dernière. Tels sontles 
augustes attributs dont les théologiens 
se sont occupés, et qui présentent la 
division naturelle d'un cours complet 
de théologie. 

I. Dieu en lui-même. 

21. C'est Dieu considéré dans sa 
nature divine, dans ses perfections, 
dans ses attributs, soit absolus, soit 
relatifs. Les premiers sont Yaséité, ou 
la nécessité d'être, exprimée par le 
nom Jéhovah, ou Tetragrammaton ; 
l'éternité, l'unité, la spiritualité, la 
simplicité, l'infinité, l'immensité, l'im- 
mutabilité, la liberté, l'intelligence, la 
volonté, la félicité. Dieu est un pur 
esprit, un être immatériel ; ces qualités 
n'ont aucun rapport aux créatures ; 
elles ne sont point distinguées de 
l'Etre divin, comme l'entendaient les 
porrétains ; ce n'est poiutdansun sens 
abusif que Dieu est un Etre parfait, 
et il n'est pas vrai que l'idée que nous 
en avons soit une théotropie, ou un 
anthropomorphisme spiriluel. 

22. L'existence de Dieu est attaquée 
par les athées, les matérialistes, les 
spinosistes, les sceptiques. Son unité 
l'a été par les polythéistes, les valen- 
tiniens, les bardesanistes, les colarba- 
sitns ; sa spiritualité par les anthro- 
pomorphites, les audiens, les homun- 
cionites, les hermiens ou saciens ; 
son immutabilité et sa liberté par les 
philosophes qui l'ont envisagé com- 
me l'âme du monde. 

23. Pour éviter ces erreurs, il faut 
prendre le sens des, anthropologies, des 



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LXX1I 



PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR IÏERGIER. 



I 






expressions de l'Ecriture, qui attri- 
buent à Dieu des membres corporels, 
des yeux, des oreilles, un visage, une 
bouche, un cœur, des pieds, des mains; 
ou des actions humaines, comme la 
voix, la parole, la vue : des anthropo- 
pathies ou des phrases qui lui attri- 
buent les passions humaines, comme 
l'amour, la haine, la pitié, oula com- 
passion, la colère, la jalousie, la ven- 
geance. 

24. Nous apprenons par la révéla- 
tion que Dieu est un en trois personnes 
Père, Fils,etS.-Espnt, mystère nommé 
la Sainte Trinité; que le Fils ouïe 
Verbe par voie de génération procède 
du Père ; que le St. -Esprit procède du 
Père et du Fils ; qu'il y a entre ces 
personnes divines une coégalité et 
une coèternité parfaites, conséquem- 
ment, que le Verbe est homoousios ou 
consubstantiel au Père. De là sont nés 
les termes hypostase, actes immanents, 
paternité, filiation, spiration, proces- 
sion, mission, relation, eircuminces- 
sion. Ce dogme n'a rien de commun 
avec la prétendue Trinité de Platon. 
L'Eglise en professe la croyance par 
la fête de la Ste. Trinité, par des con- 
fréries érigées sous son nom, par le 
Trisagion, la doxologie, le signe de la 
croix, le nombre de trois affecté dans 
la plupart des cérémonies, etc. Elle 
y applique avec raison le passage des 
trois témoins, dont parle St. Jean. 

23. 11 n'est pas étonnant que ce 
mystère ait été attaqué par un grand 
nombre d'hérétiques. 1° Les sabel- 
licns, disciples de Sabellius, confon- 
daient les personnes, et les rédui- 
saient à une seule ; ils ont été aussi 
appelés acéphales, angélistes, damia- 
mstes, marcelliens, noé tiens, paulianis- 
tes, samosatiens, patripassiens, théopus- 
chites, praxéens, etc. 2° Les cdoges et 
les ariens nièrent la divinité du Verbe; 
ils ont porté différents noms que l'on 
verra n° 57. 3° Les macédoniens, nom- 
més aussi pneumatomaques, ont atta- 
qué la divinité du St. -Esprit. i° Ces 
trois erreurs ont été renouvelées par 
les sociniens, connus sous les noms 
d'unitaires, à'antitrmitaires de frè- 
res polonais, de collégiens, de fies- 
husiens, deservélistes, etc. 5° Les tri- 
ihéistes, les cononites, Abailard et quel- 
ques autres ont l'ait trois dieux diil'é- 



rents des trois personnes divines. 
6° Les Grecs et les arméniens schismati- 
ques soutiennent que le St.-Esprit 
procède du Père et non du Fils. 

IL Dieu créateur et conservateur. 

26. Les anciens philosophes n'ont,' 
point admis la création proprement' 
dite, mais les livres saints nous l'ensei- 
gnent, ils nous en montrent un monu- 
ment dans le nombre septenairt ou la 
semaine; par là sont condamnés les 
albanais et les baynolais qui croyaient 
le monde éternel, les hermiens, les 
hermogéniens, et les séleuciens, qui 
soutenaient la matière éternelle. 

27. Dieu a créé 1° les anges, purs 
esprits, substances spirituelles, incor- 
porelles, immatérielles. Les uns sont 
bons, les autres mauvais. Les pre- 
miers, selon la croyance de l'Eglise, 
sont distribués en neuf ordres ou 
chœurs, savoir les anges, les arch anges, 
les principautés, les puissances, les 
trônes, 1rs dominations, les vertus, les 
chérubins et les séraphins, d'où est 
venu le mot séraphique, Dieu a donné 
à chaque homme un ange gardien, 
mais souvent il s'est aussi servi des 
anges pour exécuter ses vengeances; 
l'Ecriture nous apprend les noms de 
quelques-uns, comme Michaël ou Mi- 
chel, Gabriel, Raphaël, Abaddon. Les 
mauvais anges sont désignés sous les 
noms de démons, diables, Satan, Astno- 
dèe, Beel&ébub, etc. 

28. 2° Dieu a créé le monde visible 
et tout ce qu'il renferme. C'est mal à 
propos que divers hérétiques nommés 
cerdoniens, cérinthiens, valentiuiens, 
gnostiques, antitacles, carpocratiens, 
archontiques, murcionites, manichéens, 
Latinités, bradâtes, catharistes, séeé- 
rù ns, priscillianistes, pauliciens.popli- 
cuins, albigeois, etc., ont censuré 
Ihéxaméron ou l'ouvrage des six jours, 
ont admis le dualisme ou deux prin- 
cipes créateurs ; les incrédules mo- 
dernes ont tort de répéter leurs objec- 
tions et de nier les causes finales. Ce 
que dit Moïse du ciel ou du firmament, 
de la terre ou du globe, des eaux de 
Y abîme, des astres, du jour et do la 
nuit, etc., n'est point contraire à la 
physique, 

29. 3° Dieu a créé l'homme à son 



PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR BERGIER. 



LXXIII 



image et à sa ressemblance, lui a 
donné une âme spirituelle, immortelle, 
douée du libre arbitre, ou de liberté 
exempte de toute nécessité aussi bien 
que decoaction; cette ame n'est point 
sortie de la substance divine par éma- 
nation. Adam est justement nommé 
protoplaste, ou premier créé, d'où il 
s'ensuit que tous les hommes sont 
frères et parents. L'on doit donc reje- 
ter l'erreur des préadamites, celle des 
origënistes, celle des protoctistes qui 
croyaient la préexistence des âmes, 
celle des thnétopsychiques qui sou- 
tenaient la mortalité des âmes, celle 
des arabiques qui pensaient que l'âme 
mourait et ressuscitait. 

30. Par sa providence Dieu conserve 
ses créatures, maintientdans l'univers 
l'ordre physique qu'il a établi. De là 
nous tirons la notion de plusieurs 
attributs divins, relatifs aux créatures, 
tels sont la science de toutes choses, 
même des événements futurs, que l'on 
nomme prescience ou prévision ; les 
volontés antécédentes ou conséquentes, 
les décrets absolus ou conditionnels, 
la prédétermination que soutiennent 
quelques théologiens. D'où l'on con- 
clut que rien n'est casfortuit ou hasard 
à l'égard de Dieu, qu'il n'y a point de 
destin, que les Agnoétes étaient dans 
l'erreur. De là encore la bonté, la sa- 
gesse, que nous attribuons à Dieu, les 
noms Âb ou Abba, père, bienfaiteur, 
Adonai, seigneur, que nous lui donnons. 

31 . L'inégalité que Dieu a mise entre 
les créatures, leurs imperfections, le 
mal qui est dans le monde, ne déro- 
gent point à la bonté divine. A pro- 
prement parler il n'y a ni bien ni mal 
absolu, mais seulement par compa- 
raison ; les termes de perfection et 
d'imperfection, de bonheur et de mal- 
heur, sont purement relatifs, et il n'est 
pas nécessaire que l'homme soit im- 
peccable. Aucune créature n'est en- 
tièrement privée des bienfaits naturels 
ni des grâces surnaturelles. Il n'est 
donc pas nécessaire de recourir à 
l'optimisme pour justifier la conduite 
de Dieu, les afflictions et les châtiments 
qu'il envoie, pour prouver que ce 
n'est point un effet de partialité, de 
haine, d'aversion, pour répondre aux 
plaintes des marcionites, des mani- 
chéens et des théocatagnostes, pour 



réfuter les colluthiens qui disaient que 
les maux ne viennent point de Dieu. 

III. Dieu législateur, rémunérateur 
et vengeur. 

32. Le principe de toute loi est la 
volonté de Dieu souverain législateur; 
c'est elle qui impose aux créatures 
intelligentes des devoirs ou obligations 
morales, qui établit la différence entre 
le bien et le mal moral, le droit et le 
tort, la vertu elle vice; qui donne la 
force et la. sanction aux lois humaines. 
De là viennent les notions d'offense, 
de faute, de péché actuel, mortel ou 
véniel, de péché volontaire, dépêché à 
mort, péché contre le Saint-Esprit, de 
crime, de coulpe, et ce qu'on nomme 
syndérèse. Cette volonté suprême, que 
nous nommons loi naturelle, nous est 
intimée par laraison, par la conscience, 
ou par le sentiment moral ; de là dé- 
rivent le droit naturel, le droit des 
gens, les droit et les devoirs respectifs 
des hommes vivant en société 

33. Cette loi n'aurait aucune force 
si Dieu n'avait établi des récompenses 
pour la vertu, des peines, des châti- 
ments, des supplices pour le crime; 
en cela consistent la justice, la sain- 
teté, Iafldélitéde Dieu à ses promesses. 
Cette justice n'exige point que le crime 
soit toujours puni, et la vertu toujours 
récompensée en ce monde, mais dans 
la vie à venir; la révélation nous en- 
seigne que ces peines et et ces ré- 
compenses sont éternelles, que la 
crainte d'encourir les premières est 
un sentiment louable. Elle nous ap- 
prend que Dieu n'abandonne, n'aveugle, 
n'endurcit positivement personne, qu'il 
nepunit point l'ignorance involontaire, 
que les méchants seuls sont réprou- 
vés; que les épreuves, les tentations 
sont l'occasion seulement et non la 
cause du péché ; que Dieu le permet, 
mais qu'il ne le fait pas commettre. 
Elle nous assure que la justice de 
Dieu ne déroge point à sa miséricorde, 
qu'il pardonne quand il lui plaît, qu'il 
est plus enclin à pardonner qu'à pu- 
nir, que ses menaces mêmes sont des 
traits de bonté. 

34. Dieu a exercé l'auguste fonction 
de législateur dès le commencement 
du monde, a porté des lois positives 
Il avait créé Adam et Eve dans l'état 






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LXXIV 



PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR BERGIER. 




d'innocence et de félicité, et non clans 
l'état de pure nature ; il les avait pla- 
cés dans le paradis terrestre ; il leur 
défendit de toucher au fruit de Varbre 
de la science du bien et du mal. Sé- 
duits par le démon revêtu de la forme 
du serpent, ils désobéirent, déchurent 
de l'état d'innocence ; c'est ce qu'on 
nomme la chute d'Adam. Dieu les 
condamna eux et leur postérité au 
travail, aux afflictions, aux souffran- 
ces, à la mort, les priva du fruit de 
Varbre de vie. De là sont venus le pé- 
ché originel et la concupiscence avec les- 
quels nous naissons tous. Saint Au- 
gustin a défendu victorieusemant ce 
dogme contre les pélagiens qui l'atta- 
quaient, nommaient les catholiques 
traduciens, soutenaient que Dieu ne 
peut punir les enfants du péché de 
leur père. 

35. Mais avant de condamner Adam, 
Dieu lui promit un sauveur, un mé- 
diateur, une rédemption ; cette pro- 
messe a été nommée le protêvangile, 
ou la première nouvelle du salut des 
hommes. Telleest la première alliance 
de Dieu avec le genre humain qui a 
été méconnue par les luthériens ap- 
pelés substantiaires, et par tous ceux 
qui soutiennent que depuis ce mo- 
ment le genre humain est une masse de 
perdition et de damnation. 

36. L'histoire sainte, en parlant 
i'Abcl, de Caîn, d'Enos et des autres 
patriarches, nous fait comprendre que 
Dieu lui-même avait prescrit la 
croyance, le culte, la morale qu'il 
exigeait d'eux, qu'il leur avait révélé 
une religion. Ils n'ont connu qu'un 
seul Dieu créateur, conservateur, 
bienfaiteur, législateur des hommes; 
ils ont cru l'immortalité de l'âme et la 
vie avenir : ils n'ont rendu qu'à Dieu 
la gloire ou le cuite suprême d'ado- 
ration oa de latrie. 

37. Ils l'ont témoigné par les signes 
que l'on appelle rites, cérémonies, 
liturgie, culte extérieur. En effet les 
prosternations, la. prière, les serments, 
au nom de Dieu, les vœux, les consé- 
crations, les offrandes, les sacrifices, 
le choix des victimes, la distinction 
des animaux purs ou impurs, le feu 
sacré, les libations ou effusions d'eau, 
et d'autres liqueurs, les effusions de 
parfums, l'encens , les ablutions, les 



expiations, les abstinences, lejeime, le 
chant, les hymnes ou cantiques, la 
danse, les néoménies ou assemblées à 
la nouvelle lune, les fêtes, les repas 
communs, les obsèques ou funérailles 
des morts, le respect pour les sépul- 
tures et les tombeaux, ont fait partie 
du culte primitif, et se trouvent chez 
toutes les nations. 

38. Par les mœurs des patriarches 
et par le livre de Job nous voyons la 
piété, la résignation à la providence, 
la patience, la confiance en Dieu, la 
crainte de lui déplaire, la sainteté du 
mariage, la fidélité des époux, la puis- 
sance paternelle, la bonne éducation 
des enfants, leur respect et leur obéis- 
sance envers leurs pères, l'union en- 
tre les frères et les parents, l'humanité 
envers les esclaves, la charité, la jus- 
tice, la compassion envers tous les 
hommes, tout ce que l'on appelle œu- 
vres de miséricorde, louées et admirées 
comme des actes de vertu : VimpiUé, 
le blasphème, le parjivre, VmpudÀdté, 
la prostitutinn, la sodomie, l'adultère, 
le vol, le meurtre ou homicide, l'op- 
pression des pauvres, des veuves, des 
orphelins, etc., sont regardés comme 
des crimes et des actions abominables ; 
à plus forte raison la cruauté des An- 
thropophages. Maisle brigandageou les 
guerres particulières semblaient per- 
mises. 

39. Cette religion primitive, que 
l'on appelle loi de nature, n'est point 
une religion naturelle dans ce sens 
que l'homme l'ait formée par ses ré- 
flexions. Dieu lui-même l'avait révé- 
lée; mais elle est naturelle dans ce 
sens qu'elle était très-convenable à la 
nature de Dieu, et à la nature de 
l'homme dans les circonstances où il 
était placé. Telle est la première épo- 
que de la révélation. Cette religion 
devait se maintenir et se perpétuer 
par la tradition domestique; mais les 
hommes ne tardèrent pas de s'en 
écarter. En effet l'Ecriture met une 
dislinction entre les enfants de Dieu et 
les enfants des hommes ; elle nous 
parle de la corruption des hommes 
antédiluviens et des géants, de laquelle 
Noé sut se préserver; du déluge uni- 
versel et de l'arche, du crime de Cham 
fils de Noé, de la malédiction portée 
contre Chanaan et sa postérité, de la 






B^H 



PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR EERG1ER. 



LXXV 



tour bâtie par les Noachides, de la 
confusion des langues attestée par le 
nom de Babel, de la dispersion. 

40. Peu après, l'Ecriture nous mon- 
tre l'origine du polithéisme et de 
l'idolâtrie dans le culte des astres 
ou de l'armée du ciel, culte nommé 
sabaîsme, pratiqué par les sabéens ou 
zabiens, par les sampléens, nommés 
aussi êliognostiques, et hypsistariens. 
Les gentils ou païens ont pris pour 
leurs dieux les prétendus Génies, in- 
telligence ou démons dont ils suppo- 
saient que toutes les parties de la 
nature étaient animées, et les âmes 
des morts ; ils les ont représentés 
par des thcraphims ou idoles, et les 
ont adorées. De là sont nées toutes 
les superstitions , les apothéoses , la 
magie, les sorciers et les sortilèges, 
les enchantements, la divination, la 
foi aux songes, les augures, les arus- 
pices, la nécromancie, les mystères du 
paganisme, les sacrifices des victimes 
humaines, etc. Toutes les pratiques 
destinées d'abord à honorer le vrai 
Dieu ont été profanées pour honorer 
des dieux imaginaires. 

41. Dans ce même âge du monde, 
l'histoire sainte place la ruine de So- 
dome, la formation du lac asphaltite 
appelé mer Morte; la punition de la 
femme de Lot changée en statue, les 
incestes de Lot desquels sont nés les 
Ammonites etlesMoabites ; quoiqu'elle 
donne aux patriarches le nom de jus- 
tes, leurs mœurs n'étaient pas abso- 
lument irréprébcnsibles; l&polygamie 
assez fréquente parmi eux n'était ce- 
pendant ni un crime ni un concubi- 
nage. Les mœurs des Amorrhéens, des 
Chananéens, des Egyptiens, étaient 
encore moins pures. Alors la Provi- 
dence divine était occupée d'un grand 
dessein. 

42. En effet la vocation d'Abraham 
attestée par la circoncision et accom- 
pagnée de promesses magnifiques, les 
voyages de ce patriarche, son séjour 
sous le chêne ou le térébinthc de 
Mambré, l'histoire de Sara, nièce et 
non sœur d'Abraham,d'Agar,d'Ismaël, 
dlsaac, de Jacob, de ses douze enfants 
chefs de douze tribus, de Joseph, le 
testament de Jacob, etc., sont le pré- 
lude d'une seconde alliance que Dieu 
voulait former, d'une seconde loi po- 



sitive plus ample que la première, et 
qui était devenue nécessaire à l'état 
dans lequel se trouvait alors le genre 
humain. C'est ïà seconde époque de 
la révélation. 

43. Ce grand événement fut précé- 
dé de la mission de Moïse attestée 
par ses miracles, par les plaies de 
l'Egypte, par l'institution de la pdque 
ou de l'agneau pascal, par le passage 
de la mer Rouge, par l'arrivée des 
Israélites dans le désert près du mont 
Sinaï, par une suite d'autres prodiges, 
tels que la colonne de nuée, la manne 
du désert, etc. Ainsi par le choix ou 
l'élection de Dieu; les descendants 
d'Abraham nommés Hébreux, Israéli- 
tes, ensuite Juifs, sont devenus le 
peuple de Dieu; mais on ne doit pas 
les accuser d'avoir volé les Egyptiens, 
d'avoir été une horde d'Arabes bé- 
douins, etc. 

44. Les lois que Dieu leur donna 
par Moïse, les promesses qu'il y ajou- 
ta, sont appelées l'Ancien Testament, 
la loi ancienne, laloiécrite,laloide Moï- 
se, lareligionjuive,lejudnisme. Dieu ne 
leurrévélapointdenouveauxdogmes; 
ceux qu'ils avaient appris par la tra- 
dition de leurs pères étaient suffisants. 
Mais il renouvela les commandements 
de la loi primitive renfermés dans le 
décalogue, les fit graver sur deux ta- 
bles, y ajouta pour nouvelle sanction 
la promesse des récompenses tempo- 
relles. Il défendit rigoureusement l'i- 
dolâtrie, lasuperstition des hautslieux, 
des songes, desprésages, des stigmates, 
toutes les pratiques des païens, comme 
de consulter les ob et les morts, 
d'honorer le mort, de faire les repas 
dumort; de là l'impureté contractée 
par l'attouchement des cadavres. 

45. Toute espèce d'impudicité, 
toute espèce d'injustice ou d'accep- 
tion de personnes à l'égard du pro- 
chain, furent sévèrement interdites, 
toutes les œuvres de charité et d'hu- 
manité furentexpressément comman- 
dées. Dieu y ajouta des lois civiles, 
judiciaires, politiques et militaires. 
Celles qui regardent l'année sabbati- 
que, l'année jubilative ou de la rémis- 
sion, les villes de refuge, le mariage 
d'une veuve nommée lbum, la flagel- 
lation de quarante coups, la lapida- 
tion, les vengeurs du sang, etc. , la ser- 



LXXVI 



PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR BERGIER. 



.** 



vilude, le jugement de zèle, les servi- 
teurs ou esclaves ; ainsi le gouverne- 
ment des Israélites fut d'abord une 
théocratie. 

46. Mais les lois cêrémoniellcs furent 
le plus grand nombre. Elles ordon- 
naient 1° des offrandes, comme la 
présentation des premiens nés ou des 
aines de famille, des prémices, de la 
gerbe avant la moisson, des pains de 
proposition,desj>arî\iais ou de l'encens; 

2° des sacrifices et le choix des vic- 
times, les holocaustes, les sacrifices 
pour le péché, celui du bouc émissaire 
nommé zazel, celui de la vache rousse, 
etc. ; 

3° des abstinences, comme celle de 
la chair de pourceau, du sang, des 
chairs suffoquées, par conséquent les 
choix des viandes ; 

4° des expiations et des purifica- 
tions pour effacer les souillures ou les 
■impuretés légales, même des épreuves, 
comme celle des eaux de jalousie; 

b° des consécrations, comme celle 
qui se faisait avec l'huile d'onction, 
celle des Nathinéens, des Nazaréens ou 
du Nazaréat, des vœux ; mais l'ana- 
thème était une exécration ; 

6° des fêtes, le sabbat, les néo- 
niénies, la pâque, la pentecôte, la fête 
des tabernacles, des expiations ou par- 
don, des trompettes, la fête des sorts 
nommé purim ou phurim. Les encé- 
nies ou la fête de la dédicace du 
temple sont d'une institution plus 
récente. 

47. Pour remplir le culte divin avec 
plus de dignité, Moïse construisit un 
tabernacle en forme de temple, plaça 
dans le saint des saints une arche d'al- 
liance et un propitiatoire, lit faire des 
autels, une table des pains de propo- 
sition, un chandelier d'or. Aaron son 
frère fut choisi de Dieu pour être 
souverain pontife. Les habits de sa 
dignité étaient une robe de lin, une 
tiare, une lame d'or placée sur son 
Iront, un éphod ou super-huméral, un 
pectoral ou rational auquel était at- 
taché l'oracle nommé nrim et thum- 
mim. Les lévites furent chargés des 
fonctions du sacerdoce, et simples 
prêtres. 

48. Bientôt les Israélites se ren- 
dirent coupables d'idolâtrie en ado- 
rant le veau d'or Kijoun ou Rcmphan, 



Baal Astarothau Astarté Bêelphégor, 
Cliamos, Moloch, la reine du ciel et 
l'arméedu ciel. Dieu punit leurs mur- 
mures et leurs révoltes, surtout celle 
de Coré, et leur complaisance pour 
les Madianites. Ils ne sont point accu- 
sés d'avoir adoré dagon, mais le ser- 
pent d'airain, sous les Rois. Les au- 
teurs profanes, qui ont nommé les 
Juifs célicoles, et leur ont attribué le 
culte d'un prétendu dieu Anonichyte, 
connaissaient mal leur religion, aussi 
bien que ceux qui ont blâmé leurs 
prières. 

49. Après la mort de Moïse, Josué 
gouverna ce peuple sous le nom de 
juge, lui fit passer le Jourdain, prit 
Jéricho, arrêta le soleil dans sa course, 
lit surles Chananéensla conquête de la 
Palestine, terre promise à Abraham. 
Parmi les guerres des Juifs on dis- 
tingue celle qu'ils iirent aux Benja- 
niites de Gabaa, et celle dans laquelle 
Jahd acheva la victoire; Aod, Jephté, 
Samson, Samuel sont célèbres entre 
les juges; on accuse mal à propos 
de cruauté le dernier à cause du 
meurtre d'Agag. 

50. Les Israélites voulurent avoir 
des rois : le premier fui Saùl qui con- 
sulta la pythonisse d'Endor; il fut 
remplacé par David sous le pontifi- 
cat d'Abiathar et d'Achimélech; Da- 
vid punit les Ammonites et fut repris 
de ses fautes par le prophète Nathan. 
Salomon, son fils et son successeur, 
fut visité par la reine de Saba, fit 
construire le temple de Jérusalem dans 
lequel, outre les choses qui avaient 
été dans le tabernacle, on voyait une 
mer d'airain et un voile magnifique ; 
on y admirait les parvis, les pasto- 
phories, les galeries appelés péribolos, 
le pinacle, la plate-forme, etc. Salo- 
mon établit des portiers, des musiciens, 
et d'autres officiers pour le service 
du temple, dont les richesses et la 
magnificence surpassaient celles des 
temples du paganisme. 

51. Sous Roboam un schisme de 
dix tribus sépara le royaume d'Israël 
de celui de Juda. Sous les rois ido- 
lâtres parurent plusieurs faux pro- 
phètes, tels qu'Elie, Elisée, Isaie, Jéré- 
mie, etc. On accuse mal à propos 
Osée d'avoir fait des imprécations, Eli- 
sée d'avoir été cruel, et d'avoir permis 



PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR BERGIER. 



LXXVII 



à Naaman le culte de Rcmnon, dieu 
des Syriens. 

52. Pour punir les fréquentes ido- 
lâtries de son peuple, Dieu le livra 
aux Assyriens, lui fit essuyer une 
transmigration et une captivité à Ba- 
bylone. Dans cet intervalle arriva le 
Imiracle des trois enfants sauvés de 
la fournaise et le châtiment de Nabu- 
chodonosor. Après soixante et dix 
ans, Dieu fit reconduire son peuple 
flans la Judée. La résistance des Ma- 
ehabées et leurs victoires sur les rois 
de Syrie sont une époque célèbre 
dans l'histoire juive. 

53. Alors il se forma différentes 
sectes chez les Juifs. On y vit éclore 
les assidéens, les pharisiens, les sadu- 
céens, les samaritains adorateurs de 
Nergal, les esséniens, les thérapeutes, 
les galiléens, les sébuséens, les héro- 
diens; on établit les synagogues, les 
scribes ou les docteurs de la loi; on 
distingua les Juifs génites et les Juifs 
prosélytes. La distinction des rabba- 
nistes et des caraîtes est plus moder- 
ne ; les réchahites, dont a parlé Jéré- 
mie, n'étaient pas une secte. Ce sont 
les rabbanistes qui ont forgé la préten- 
due loi orale renfermée dans la mis- 
chna. Il n'est pas certain que les au- 
teurs profanes aient emprunté des 
Juifs quelques-unes de leurs connais- 
sances. 

IV. Dieu rédempteur et sauveur. 

54. Dieu avait promis à notre pre- 
mier père Adam un rédempteur, et 
aux Juifs un messie : nous le voyons 
par les prophéties de Noé, d' Abraham, 
de Jacob sur le sceptre de Juda, de 
Moïse, de Balaam, de David dans les 
psaumes; d'Isaïe, sur Emmanuel et 
sur la passion du Sauveur; de Daniel, 

; sur les quatre monarchies et les 70 
. semaines d'Aggée et de Malachie. Le 
temps de les accomplir était arrivé, 
lorsque les peuples se sont trouvés 
en état former entre eux une société 
religieuse universelle; la loi de Moïse. 
loi nationale, destinée à un seul 
peuple, ne pouvait plus convenir : 
il fallait une loi nouvelle, une loi de 
grâce, une nouvelle alliance, ou un 
nouveau testament pour établir sur 
la terre le royaume des cieux ou le 



royaume de Dieu; c'est la troisième 
époque de la révélation. Jésus-Christ 
a réellement accompli les anciens 
oracles dans le sens le plus littéral; 
les apôtres et les évangélistes ont eu 
raison de les citer et de les lui appli- 
quer, sans avoir besoin des types ni 
des prophéties- typiques, encore 
moins des livres sybillins. 

55. Sous le règne d'Auguste, et de 
l'un des trois Hérode, le Verbe divin, 
seconde personne de la sainte Trini- 
té, s'est incarné, a pris un corps et 
une âme dans le sein de la Vierge 
Marie par l'opération du St. -Esprit, 
est né à Bethléem à l'occasion du dé- 
nombrement de la Judée, a été mis 
dans une crèche ; sa généalogie tracée 
par deux ôvangélittes, prouve qu'il 
est né du sang de David et d'Abra- 
ham. Il avait eu pour précurseur 
Jean-Baptiste, fils du prêtre Zacharie ; 
on célèbre la décollation du premier. 

56. De cette union hypostatique ou 
substantielle de la divinité avec l'hu- 
manité dans une seule personne, ré- 
sulte le composé théandrique, Jésus- 
Christ théanthrope, Dieu et homme, 
fils de Dieu et fils de l'homme; consé- 
quemment ses actions sont nommées 
déiviriles : on doit lui attribuer deux 
natures, deux volontés et deux opéra- 
tions ; toutes les qualités de la nature 
divine et de la nature humaine ; c'est 
ce que les théologiens appellent com- 
munication des idiomes : conséquence 
évidente de l'incarnation. 

57. La profondeur de ce mystère, 
les abaissements du Verbe divin, ont 
donné occasion à plusieurs sectes 
d'hérétiques. 1° Les uns ont nié la 
divinité de Jésus-Christ, comme les 
cérinthiens, les gnostiques barbéliots, 
les bonosiaques, ou Bonosiens, mais 
surtout les ariens nommés aussi aca- 
ciens, adoptiens, aétiens agnoites ou 
agnoètes, anoméens, eudoxiens, euno- 
miens, eunomio-eupsy chiens, cusébiens, 
exocionites, hétérousiens, demi-ariens 
ou semi-aricns,photiniens,porphy riens, 
psatyriens, homuncionistes, etc. Ils ont 
eu pour successeurs les sociniens. Ces 
hérétiques ont appelé les orthodoxes 
hominicoles, homoousiens homounco- 
niaies, etc. La formule macrostiche des 
eusébiens ne renfermait aucune er- 
reur. 



H 



1 



*35' 






LXXV1H 



PLAN DK LA THÉOLO&IE, 



BERGIER. 



2° Les attires ont nié 1» réalité de 
ss chair, par conséquent de ses actions 
humaines et de ses souffrances ; ils ont 
été nommés appelâtes, docétes, ou do- 
cites, aphtartodocètes , appollinarisies, 
ascètes, bandes, basiliâiens,dimœrites, 
hadrianistes , incorruptibles , simo- 
rdens. 

3° Plusieurs ont soutenu qu'en Jé- 
sus-Christ les deux natures étaient 
confondues en une seule, comme les 
eutycMens , appelés aussi monophysi- 
tes, mètamorphistes, métangismonites, 
synousiastes, gaianites, timotliiens , 
tropiques, corruphcoles, jacobites, coph- 
tes ou coptes, syriens. Les partisans 
de l'éno tique publié en faveur des eu- 
tychiens furent nommés pacifiques et 
hésitants. De la sortirent les monothé- 
lites qui n'admettaient en Jésus-Christ 
qu'une seule volonté ; on a beaucoup 
parlé de Vecthèse et du type qui favo- 
risaient cette hérésie. 

4° Quelques-uns ont supposé dans 
Jésus-Christ deux personnes ; tels ont 
été [espaulianistes, nommés aussi abra- 
hamiens, les nestoriens surnommés 
christolytes,chaiinzariens, staurolàtres 
aujourd'hui chaldéens ou nestoriens 
orientaux, chrétiens de S. Thomas. Les 
trois chapitres ont fait du bruit dans 
la dispute desnestoriens, dont l'erreur 
fut renouvelée au 8° siècle par Eti- 
pand et Félix d'Urgel. 

5° Les cerdoniens, les corinthiens 
et une partie des ébionites soutenaient 
que Jésus-Christ était né comme les 
autres hommes, et que Joseph était 
son père. 

6° L'on a connu des éoniens qui pu- 
bliaient qu'un cert lin Eon était le fils 
de Dieu, des isochristes qui disaient 
que les apôtres étaient égaux à Jésus- 
Christ. 

58. L'Eglise a proscrit toutes ces 
erreurs et continue de professer sa foi 
sur l'incarnation, soit par les fêtes 
qu'elle célèbre, comme ['Annonciation, 
le temps de YAvent et la fête des 0, 
la Nativité ou naissance du Sauveur, 
appelée Noèl, abrégé d'Emmanuel, sa 
Circoncision et la fête du S. Nom de Jé- 
sus, souvent expriméparlemotIrr%s; 
l'Epiphanie nommée aussi Thèophanie 
et Théoptie, monument de l'adoration 
de Jésus parles mages, la. fête des saints 
Innocents, la présentation de Jésus au 



temple, et la purification de sa sainte 
Mère, nommée parmi nous Chandeleur, 
et en Orient panthêse; soit par les 
prières que nous récitons, comme 
l'Angélus ou pardon, etc. 

59. Jésus, après avoir passé son en- 
fance dans l'obscurité, reçoit le bap- 
tême, se retire au désert et éprouve 
une tentation, déclare sa mission, prê- 
che ['évangile ou la bonne nouvelle 
du salut des hommes. Il se choisit 
pour apôtres et pour premiers disci- 
ples douze pêcheurs, Simon sur- 
nommé Céphas ou Pierre, et André 
son frère, Jacques le majeur, fils de 
Zébédée, et Jean son frère, Philippe, 
Barthêlemi, Thomas, Matthieu, Jacques 
le mineur, fils d'Alphée, JudeouThad- 
dée, Simon le Chananéen et Judas Is- 
cariotte. 

60. Jésus prouve sa mission par des 
miracles, surtout par des guérisons ; 
il change l'eau en vin aux noces de 
Cana, guérit les aveugles, les muets, 
les sourds, les boiteux, les paralyti- 
ques, à Capliant'iùm et ailleurs, dé- 
livre les démoniaques ou les possédés, 
multiplie les pains, marche sur les 
eaux du lac de Génézareth, calme les 
tempêtes, guérit une chananéenne, fait 
dessécher un figuier par une parole, 
ressuscite des morts, en particulier La- 
zare son ami, fait éclater sa gloire par 
une transfiguration. Il connaît les pen- 
sées des cœurs, fait des prophétiessur 
l'avenir. 

6 1 . La morale qu'il prêche, surtout 
dans son sermon sur la montagne, est 
sainte et sublime ; il réduit toute la 
loi et les prophètes à deux comman- 
dements, à l'amour de Dieu, et à l'a- 
mour du prochain, même des ennemis, 
Il y ajoute des conseils de perfection, 
ordonne l'abnégation ou le renonce- 
ment à soi-même, l'amour de la pau- 
vreté, des humilintiniis, des souffrances ; 
il instruit le peuple par des paraboles, 
fait accueil aux publicains et à tous 
les pécheurs, pardonne à la femme 
adultère, ne parle du glaive que pour 
annoncer à ses disciples ce qui doit 
leur arriver. 

62. Il confirme ses leçons par son 
exemple et par la pratique de toutes 
les vertus ; il observe les fêtes et les 
cérémonies de la loi, paie les tributs, 
souffre les inj tires. Ses ennemis mêmes 



PLAN DELA THÉOLOGIE, PAR BERGIER. 



n'ont jamais suspects sa conduite à 
l'égard de Magdeleine et des saintes 
femmes qui écoutaient sa doctrine. Il 
ordonne d'écouter les scribes, les pha- 
risiens, les princes des prêtres assis sur 
la. chaire de Moïse, mais il réfute leurs 
fausses traditions, leur reproche leur 
orgueil, leur avarice, leur hypocrisie, 
le meurtre de Zacharie, etc. 11 encourt 
leur haine et leur jalousie, ils le trai- 
tent d'imposteur et de séducteur, l'ac- 
cusent de faire des miracles au nom 
de Béelzébub ; ils forment le dessein 
de le mettre à. mort. 

63. Jésus le savait et l'avait prédit. 
Avant de mourir, il célèbre dans le cé- 
nacle la cène avec ses disciples, mange 
avec eux l'agneau pascal, leur lave 
les pieds, institue l'eucharistie ou la 
pâque chrétienne. Avec trois d'entre 
eux il se retire au jardin des oliviers, 
y subit une agonie, accepte le calice de 
sa passion, et démontre ainsi qu'il a 
une chair passible ; il se relève avec 
courage, se livre à ses ennemis, pa- 
raît devant les tribunaux de Jérusa- 
lem. Il y rend témoignage de sa divi- 
nité, est condamné à mort, flagellé et 
couronné d'épines, conduit au calvaire 
pour être crucifié ou attaché à la croix. 

64. Ainsi s'opère le mystère de la 
rédemption du genre humain. Jésus- 
Christ est la victime de propitiation 
pour les péchés du monde entier, le 
fondateur d'une nouvelle alliance; par 
sa mort et par son sang il fait à la 
justice divine une satisfaction rigou- 
reuse, il est dans le sens le plus exact 
le sauveur, le rédempteur, le médiateur 
des hommes. A sa mort les ténèbres 
couvrent la Judée, la terre tremble, 
les rochers du calvaire se fendent, le 
voile du temple se déchire, plusieurs 
morts ressuscitent. 

65. Jésus est enseveli et embaumé 
par Nieodème et Joseph d'Arimatbie, 
et non enveloppé d'un sindon ou 
suaire entier, placé dans un tombeau 
ou sépxdcre creusé dans le roc. L'Eglise 
croit que son âme est descendue aux 
enfers, mais elle condamne l'erreur 
des infernaux et des sépulcraux. Au 
moment marqué pour la résurrection, 
après trois jours et trois nuits, Jésus 
sort du tombeau, se montre vivant, se 
laisse toucher, multiplie les appari- 
tions, boit et mange avec ses disciples 



LXXIX 

pour les convaincre qu'il est véritable- 
ment ressuscité. La fête de Pâques, 
le cierge pascal, le dimanche, ont été 
institués en mémoire de ce miracle, 
attesté par Josèphe historien juif, et 
par les actes de Piiate ; mais les quar- 
todécimans ou protopaschites ont été 
condamnés pour n'avoir pas voulu se 
conformer à l'usage de l'Eglise. Jésus 
promet à ses apôtres le Saint-Esprit 
paraclet ou consolateur, et monte au 
ciel en leur présence le jour de son 
ascension. 

66. Après avoir reçu le S. -Esprit le 
jour de la Pentecôte, fête de laquelle 
sont tirés les noms pentécostain et pen- 
têcostales, les apôtres publient tous 
ces faits, ne rougissent point du scan- 
dale ni de la folie de la croix. Ils font 
des disciples, fondent une église à Jé- 
rusalem. La communauté des biens s'y 
établit entre les fidèles et donne lieu 
à la punition d'Ananie et de Saphire. 
Les Apôtres ordonnent des diacres, 
en particulier S. Etienne qui dispute 
contre les libertini ou affranchis; sa 
mort lui a mérité le nom de protomar- 
tyr. 

Bientôt une autre église se forme à 
Antioche, où les fidèles prennent le 
nom de chrétiens, nomment leur reli- 
gion christianisme, et les croyants, 
néophytes; leur nombre en se multi- 
pliant a formé la chrétienté. 

67. S. Paul converti va prêcher en 
Arabie, les autres Apôtres après leur 
dispersion forment différentes églises 
de juifs hellénistes et de gentils, dé- 
trompés du paganisme, surtout les 
Eglises de la Grèce. Saint Pierre et S. 
Paul fondent celle de Rome, et S. Marc 
celle d'Alexandrie, Rien ne nous oblige 
de croire l'histoire d'Abgare et sa con- 
version. Il se tient à Jérusalem un 
concile, ou assemblée du collège apos- 
tolique, pour condamner les ébionites 
on j 'udaisans, nommés aussinazarèens, 
astatiens, minèens passagers, sabbatai- 
res, ou sabbathiens, qui soutenaient 
la nécessité des observances légales. 11 
n'y fut pas question des Idolothytes, 
mais de l'abstinence du sang. On a 
aussi condamné dans la suite les éthno- 
pltrones ou hypsistariens, qui mêlaient 
les rites du paganisme à ceux du chris- 
tianisme. Dans ces premiers temps 
les dons du St.-Esprit étaient com- 



9 



il 



#1 



LXXX 



PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR BERGIEH. 









muns parmi les fidèles ; le don des 
miracles a persévéré dans l'Eglise, et 
il y a eu plusieurs saints thaumaturges. 

68. La plupart des Apôtres et des 
■parents de Jésus-Christ ont souffert le 
martyre pour attester la vérité des faits 
qu'ils publiaient, mais ils avaient 
donné mission à d'autres pour conti- 
nuer leur ouvrage, et ils ont eu des 
successeurs : le zèle apostolique des 
missionnaires ne s'éteindra jamais 
dans la véritable Eglise, 

69. Les Juifs ont été justement pu- 
nis du déicide qu'ils avaient commis; 
les excès de leurs zélateurs ou zélés 
pendant le siège de Jérusalem font fré- 
mir. Depuis ce temps-là ils paraissent 
livrés à l'esprit de vertige; les erreurs 
et les visions dont les rabbins ont rem- 
pli le Talmud, leur cabale, leur géma- 
trie, leur gilgul ou métempsychose, 
etc., sont des puérilités. 

70. Dès sa naissancele christianisme 
a essuyé des persécutions sanglantes, 
des milliers de martyrs ont souffert 
pour l'Evangile ; malgré les clameurs 
des ekésaites, leur multitude est assez 
attestée par les martyrologes et les né- 
crologes ; le martyre de la légion thé- 
béenne n'est point une fable. L'Eglise 
n'a commeneé à jouir de la paix qu'à 
la faveur des édits de Constantin con- 
verti par une vision céleste ; mais il 
est faux que le christianisme soit re- 
devable de sa propogation à la protec- 
tion des empereurs. 

7 1 . Ses ennemis n'ont forgé que des 
calomnies sur les agapes ou repas de 
charité et les agapètes, et sur les bai- 
sers de paix : pour prouver les pré- 
tendues représailles dont les chrétiens 
ont usé envers leurs persécuteurs, ils 
n'ont pu citer d'autre exemple d'un 
faux zélé que celui d'Abdas. Dès l'ori- 
gine, la sainteté et la divinité de notre 
religion se sont fait sentir par le chan- 
gement qu'elle a opéré dans tous les 
climats, et sur les mœurs de tous les 
peuples, par la charité et la patience 
des chrétiens, par le soin des pauvres, 
des veuves, des orphelins, des malades, 
des enfants abandonnés, des esclaves ; 
par la sévérité de la discipline envers 
les lapses, apostats, ou renégats, qui 
furent appelés libellatiques, mittentes, 
traditeurs. Ces malheureux ne furent 
jamais en grand nombre, et aucun 



n'a noirci la religion qu'il avait aban- 
donnée. 

72. Les philosophes, surtout les 
éclectiques, se sont réunis aux persé- 
cuteurs : Celse, Porphyre, Julien, sont 
les plus célèbres; la plupart ont dés- 
honoré leur philosophie par la théur- 
gie ou la magie. 

73. En général, ce sont des philo- 
sophes mal convertis qui ont été les 
premiers hérésiarques, ou qui ont en- 
fanté les premières hérésies; les sectes 
des simoniens ou entichites, disciples 
de Simon le magicien, desvalentiniens, 
ridicules par leurs éons et par les 
noms barbares qu'ils leur donnaient, 
comme achamoth, saldabaoth, etc.; 
des gnostbiitcs, appelés catnites, sê- 
thiens, ophites , marcosiens, masbo- 
théens, héracléi mites, melchisédéciens, 
phibionites,ptolémaUes,$ecundiens,etc; 
ceux que l'on a nommés appelâtes, 
apostoliques, basilidiens, cléobiens, do- 
tâtes, ménandriens, hématites, gnosi- 
maques, etc., ont la même origine. 

74. Ils ont eu pour adversaires les 
Pères de l'Eglise, les apologistes du 
Christianisme. Nous ne nommerons 
que les principaux, la liste des autres 
serait trop longue ; Cave, Dupin, Til- 
lemont, D. Ceillier les font assez con- 
naître : les plus anciens ont été in- 
justement accusés de Platonisme et on 
reproche à tous mal à propos d'avoir 
mêlé la métaphysique à la théologie. 

On doit placer au premier siècle et 
aupremierrangles Pères apostoliques. 
Saint Barnabe, P. Clément, pape, 
S. Ignace,^ S. Polycarpe, Hermas au- 
teur du livre du pasteur. Au second 
S.Justin, Tatien, Athénagore,Hcrmias t 
S. Théophile d'Antioche,S. Irénée. Au 
3° Minutius Félix, S. Clément d'Alexan- 
drie, Tertullien, célèbre par son Apo- 
logétique et par son livre des Prescrip- 
tions, S. Ilippolyte de Porto, Origène, 
S. Cyprien, S. Grégoire thaumaturge. 
Au -i° Lactance,Arnobe, Eusébe, S. ïli- 
laire de Poitiers, S. Athanase, S. Ba- 
sile, S. Astére, S. Ephrem, S. Cyrille 
de Jérusalem, S. Grégoire de Nazianze, 
S. Grégoire de Nysse, S. Ambroise, S. 
Pacicn, Sulpice-Sévére. Au 5« S. Ephi, 
phane, S. Jean Chrysostome, S. Jérôme- 
S. Augustin, S. Paulin, Cassien, S. Isi- 
dore de Peluse ou de Damiette, S. Cy- 
rille d'Alexandrie, Vincentde Lérins, 






.'LAN DE LA THÉOLOGIE, PAR BEItGIEll. 



I.XXXI 



S. Pierre Ciirysologue, Théoiorct, 
S. Léon, S. Eueher de Lyon, S. Prosper, 
S. Rilaire d'Arles. Au 6 e S. Boêce, 
S. Fulgence, S. Césaire d'Arles. Au 7 e 
S. Grégoire le Grand, S. Isidore de Sé- 
ville, S. Maxime, abbé. Au 8 e Uede 
■ et S. Jean Damascène. 

Les auteurs plus modernes sont 
appelés écrivains ecclésiastiques plutôt 
que Pères ou docteurs de l'Eglise. 
Ainsi on connaît au 9 e siècle Alcuin, 
Agobard de Lyon, R.aban-Maure, Pas- 
chase-Ratbert, Hincmar de Reims ; au 
10e S. Odon de Cluni et GEcumenius, 
et dans le II e S. Odilon, Fulbert de 
Chartres, S.Pierre Damien, Lanfranc ; 
au 12 e S. Anselme, Ives de Chartres, 
Hugues et Richard de S. Victor, S. 
Bernard. Dans ce même siècle, Pierre 
Lombard, appelé le maître des sen- 
tences, a donné naissance à la théo- 
logie scolastique. 

Au 1 3 e , S. Thomas a formé l'école des 
thomistes ; S. Bonaventure, son contem- 
porain, et Scot au 14 e , sont les chefs 
de l'école des scotistes. Le 15 e a été 
l'époque de la renaissance des lettres ; 
Gerson, Tostat, évêque d'Avila, le car- 
dinal Bessarion, et une infinité d'au- 
tres écrivains controversistes, s'y sont 
rendus célèbres; le 16e a été marqué 
par la naissance de la prétendue ré- 
forme et par les panoplies des contro- 
versistes. 

75. Dans aucun siècle la doctrine 
chrétienne n'a manqué de défenseurs ; 
pour réprimer les novateurs, l'Eglise 
a tenu des conciles généraux, œcuméni- 
ques ou pléniers, et des conciles par- 
ticuliers ou synodes ; parmi les conci- 
les généraux, celui de Nicèe, le concile 
Quinisexte ou in Trullo, et le concile 
de Trente qui est le dernier, sont re- 
marquables. Elle a toujours été per- 
suadée que, dans ces assemblées, 
Jésus-Christ remplissait la promesse 
qu'il lui a faite de lui acecorder l'assis- 
tance du St. -Esprit. Conséquemment 
les pasteurs ainsi réunis ont dressé 
des décrets ou canons sur le dogme, 
des confessions ou professions de foi, 
ont montré quelle était la doctrine 
orthodoxe, la doctrine hétérodoxe, 
fausse, erronée, hérétique, blasphéma- 
toire ou scandaleuse. Ils ont dit ana- 
'ihéme aux hérésiarques et aux; héré- 
tiques, surtout aux relaps, ont rejeté 
I. 



leurs conciliabules, ont censuré et con- 
damné leurs livres, ont exigé d'eux 
l'abjuration de leurs erreurs, leur ont 
défendu de dogmatiser, ont effacé 
leurs noms des dyptiques, leur ont 
refusé des lettres formées ou lettres de 
communion. 

76. Ils ont opposé à ces faux doc- 
teurs non-seulement les livres et le 
texte de l'Ecriture sainte , mais la 
tradition catholique ou universelle, 
venue des apôtres, attestée par toutes 
les églises particulières, surtout par 
la chaire de St.-Pierre ou l'Eglise ro- 
maine. Ils ont ainsi démontré quelle 
est la règle de foi, comment se con- 
serve le dépôt de la foi et la commu- 
nion de foi, en quel sens l'Eglise est 
une, sainte, catholique, apostolique, 
visible, infaillible même dans les faits 
dogmatiques ; en quoi consiste cette 
unité, cette infaillibilité, etc. Ils ont 
réfuté l'opinion des invisibles. 

77. De leur côté les hérétiques, par 
l'enchaînement et le progrès de leurs 
erreurs, par leurs divisions en plu- 
sieurs sectes, ont fait voir le danger 
de Y esprit particulier, la nécessité 
d'une autorité et d'un centre d'unité 
en fait de religion, l'illusion de la 
prétendue rêformation qu'ils voulaient 
faire, l'absurdité de leurs distinctions 
entre les traditionnaires et les textuai- 
res, la fausseté de leur tolérance, l'inu- 
tilité des travaux des sincrétistes ou 
conciliateurs, l'irréligion des latitudi- 
naires ou collégiens. 

78. L'Eglise n'a pas moins réprouvé 
les schismes et les schismatiques, disser- 
tants ou dissidents, les novatiens et 
les sabbatiens, les mélétiens, les dona- 
tistes divisés en claudianistes, pétiliens, 
maximianistes et rogatistes, leurs cir- 
concellions, les eîcètes, les acéphales ou 
caucobar dites, les agonistiques, biblis- 
tes, borrélistes, les indépendants les 
chercheurs, les tropites. 

Un des schismes les plus fâcheux 
est celui qui a séparé les grecs d'avec 
l'église latine, qui fait distinguer les 
maronites ou grecs réunis, d'avec les 
melchites ou grecs non réunis, parmi 
lesquels se trouvent les mingréliens : 
le fameux Hébed-Jésu ou Abdissi était 
maronite. 

De même le schisme de l'Angleterre 
où l'on distingue les anglicans ou 
VI 









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LXXXH 



PLAN DE LA THÉOLOGIE , PAR BKRGIEB. 



épiscopaux qui se nomment la haute 
Eglise, d'avec les presbytériens, non- 
conformistes, puritains ou séparatis- 
tes, divisés en plusieurs sectes. 

79. En recommandant le zèle de re- 
ligion, l'Eglise n'autorise ni V intolé- 
rance ni la persécution, ni la violence 
contre les mécréants, lorsqu'ils sont 
paisibles ; mais elle réduit la tolérance 
et la liberté de conscience h ses justes 
bornes. L'inquisition nommée le S. 
Office, et ses procédures contre les 
hérétiques négatifs, les auto-da-fé ou 
supplices auxquels elle les condamne, 
ne sont point commandés par la reli- 
gion. Les ithaciens, persécuteurs des 
priscillianistes,ne furent point approu- 
vés, mais condamnés. 

V. Dieu sanctificateur. 

80. Par la manière dont Dieu a éta- 
bli, maintient et perpétue 1« christia- 
nisme, il est évident qu'il veut sancti- 
fier l'homme et le conduire au salut 
éternel par la croyance des dogmes, 
par la pratique de la morale et du 
cnlte, par la soumission à la discipline 
de cette religion ; quatre moyens des- 
quels la théologie doit montrer la né- 
cessité et les effets. 

Dogmes ou articles de foi. 

81. Les principaux dogmes, ou arti- 
cles de foi du christianisme, sont ren- 
fermés dans le symbole des Apôtres ou 
le Credo; mais il n'est pas certain que 
le symbole attribué à S. Athanase soit 
véritablement de ce Père. Plusieurs 
de ces dogmes sont des mystères in- 
compréhensibles ; il ne s'ensuit pas 
qu'ils soient incroyables. Quelques- 
uns sont nommés articles fondamen- 
taux que tout chrétien doit savoir et 
croire d'une foi implicite ou expl/ci.te; 
le devoir des pasteurs et des prédica- 
teurs est de les enseigner au peuple 
dans les catéchismes, dans les sermons, 
les homélies, les prônes, les parenèses ou 
exhortations, les prédications de domi- 
nicale et les sermologues. 

82. Un des articles de notre foi est 
que le salut éternel ne peut être ob- 
tenu que par les mérites de Jésus- 
Christ; que nous avons besoin du 
secours surnaturel de la grâce inté- 



rieure, non-seulement pour faire de 
bonnes œuvres, mais pour former de 
bons désirs, pour opérer notre con- 
version, même pour avoir le commen- 
cement de la foi, que la persévérance 
finale est un pur don de Dieu, que 
sans la grâce habituelle ou sanctiiiiinte 
il n'y a dans l'homme aucun mérite 
de condignité. Il est donc de foi que 
la grâce actuelle est purement gra- 
tuite, n'est point le salaire de nos mé- 
rites, ni l'effet de nos efforts naturels; 
qu'elle n'est pas seulement concomi- 
tante et coopérante, mais prévenante, 
sans toutefois qu'elle soit nécessitante. 
Il n'y aurait ni mérite ni démérite, si 
nous n'étions pas libres. Telles sont 
les vérités que S. Augustin a défen- 
dues victorieusement contre les péla- 
giens et les semi-pélagiens ou massi- 
liens, et que l'Eglise a confirmées par 
ses décrets. 

83. Mais elle n'a pas décidé en quoi 
consiste l'efficacité de la grâce, si 
c'est dans une délectation victorieuse, 
dans une prédétermination physique, 
ou dans la congruité de la grâce, 
quelle est la différence essentielle en- 
tre la grâce efficace et la grâce suffi- 
sante; si le décret de prédestination 
des élus suppose la prévision de leurs 
mérites ou s il la précède, si la ré- 
probation des méchants est positive ou 
négative, etc. 

_ 84. Aussi les disputes sur ces ques- 
tions se sont souvent renouvelées et 
durent encore : au 5 8 siècle les pré- 
destinatiens, au 9 e Gotescalc, au 16" 
les différentes sectes de protestants, 
et les docteurs catholiques, les ont 
agitées avec Beaucoup de chaleur. 
Les confessionistes ou luthériens qui 
suivent la confession oVAugsbourg, 
que quelques-uns nomment isébiens, 
ont eu parmi eux des intérimistes, qui 
adoptaient l'intérim publié par Char- 
les-Quint, des philippistes, sectateurs 
de Mélanchton, et des osiandriens. Les 
calvinistes nommés en France hugue- 
nots, protestants, religionnaires, sont 
divisés en universalistes et en particu- 
laristes, en infralapsaires et supralap- 
saires, en arminiens ou remontrants-, 
et en gomaristes ou conlre-remon- 
trants, en pajonistes et en calixtins, 
en prédestinateurs terministes , etc. 
De nos jours les partisans du baia- 



PLAN DELA THÉOLOGIE, PAR BEUG1ER. 



LXXXIII 



nisme, du jansénisme ou deV Augustin 
de Jansénius, les appelants de la cons- 
titution ou bulle Unigenilus, défen- 
seurs du fameux cas de conscience et 
opposés au formulaire, ont pris faus- 
sement le nom à'augustiniens, ont 
combattu contre les molinistes ou con- 
gruistes, ont nommé ceux-ci constitu- 
tionnaires ; mais les convulsions et 
les convulsionnaires ont jeté, sur le 
parti dae appelants et sur leur appel, 
un ridicule ineffaçable. 
_ 8S. Parmi les moyens de sanctifica- 
tion que Jésus-Christ a institués, les 
plus eflicaces sont les sacrements : en 
nous faisant l'application des mérites 
de ce divin Sauveur, ils opèrent en 
nous la justification, nous mettent en 
état de grâce et de justice habituelle ; 
mais l'homme n'est pas rendu juste 
par l'imputation de la justice et des 
mérites de Jésus-Christ, et la grâce 
sanctifiante n'est point inamissible. 

86._ Les sacrements tiennent tout a 
la fois au dogme, à la morale, au 
culte et à la discipline ; il faut en con- 
naître l'institution, le nombre, le mi- 
nistre, la matière, la forme, les effets, 
les dispositions qu'ils exigent, l'inten- 
tion nécessaire pour qu'ils soient va- 
lides, les cérémonies qui les accom- 
pagnent. Sur tous ces points , les 
ascodruses, les manichéens nommés 
bulgares, eaMam.joviniens, patarins, 
henriciens , albigeois , célèbres par 
leurs coteraux routiers ou assassins, 
les priscillianistes , les lollards, les 
vauduis, leswiclêfites, les protestants, 
les bisacramentaux ou trisacramentai- 
res, ont enseigné des erreurs : l'E- 
glise a décidé contre eux que les sa- 
crements produisent la grâce ex 
opère operato. 

87. Le premier des sacrements est 
le baptême. Il efface le péché originel, 
nous dépouille du vieil homme, nous 
donne la grâce d'adoption, imprime 
le caractère indélébile ou ineffaçable 
de chrétien, d'enfant de Dieu et de 
l'Eglise, opère une palingénésie oure- 
génération, fait contracter des affinités 
spirituelles. Il n'a rien de commun 
avec le baptême des hémérobaptistes 
ou prétendus chrétiens de S. Jean. Di- 
vers hérétiques nommés catabaptistes, 
adrianistes , ambrosiens , arnaldistes, 
Vetro-joannites, effrontés; les anabap- 



tistes appelés aussi mennonites, monas- 
tériens, gabriélites, nu-pieds, divisés 
en clancidaires et en manifestaires , en 
sanguinaires et en pacifiques, les pè- 
trobrusiens, les rebaptisants, etc., ont 
nié les uns la nécessité du baptême, 
ont rejeté le pœdobaptisme ou le bap- 
tême des enfants ; les autres en ont 
méconnu les effets, altéré la forme, 
etc. 

88. Autrefois ce sacrement était 
donné par immersion et non par as- 
persion, il l'est aujourd'hui par infu- 
sion, c'est ce que signifie ondoyer. 
Les préparations, dont il était pré- 
cédé, ont fait naître les noms de caté- 
chèse, catéchisme ou instruction, caté- 
chiste , catéchumène , catéchumênat , 
scrutin, prosélytes. Les termes de pa- 
rathése, exorcisme, vœux du baptême, 
chrémeau, lamprophores, pâque anno- 
tine, parrain, maraine, filleul, filleule, 
etc., se rapportent aux cérémonies. 
L'Eglise n'a jamais approuvé la con- 
duite des cliniques on grabataires, qui 
différaient leur baptême jusqu'à la 
mort. 

89. La confirmation nous commu- 
nique les dons du St. -Esprit, le cou- 
rage de confesser notre foi, le zélé 
pour notre religion ; les incrédules en 
appelant ce zèle fanatisme, enthou- 
siasme, intolérance, en font sentir 
la nécessité. La matière de ce sacre- 
ment est la chirotonie ou l'imposition 
des mains, et l'onction du S. Chrême 
qui est le myron des Grecs. 

90. Sous les espèces ou accidents du 
pain et du vin, l'eucharistie contient 
le corps et le sang de Jésus-Christ; 
telle a été dès l'origine la foi de l'E- 
glise. Conséquemmcnt elle a con- 
damné : 1° tous ceux qui ont attaqué 
la présence réelle, les bérengariens, les 
pètrobrusiens, les calvinistes nommés 
antiluthériens, arrhèbonaires, énergi- 
ques ou énergistes, figuristes, sacra- 
mentaires , significatifs, zwinglicns , 
capuciati, et qui ont disputé mal à 
propos sur le mot antitype. 

2° Ceux qui nient la transsubstan- 
tiation, les hussites, ou frères de Bo- 
hême, les luthériens appelés impana- 
teurs, consubstantiateurs, ubiquistes, 
adessénaires, les uns adiaphoristes ou 
indifférents, les autres anti-adiapho- 
ristes, les pdteliers, etc., qui admet- 



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LXXXIV 



PLAN DE LA THÉOLOGIE , PAR BERGIER. 



tent tous dans l'eucharistie la consub- 
stantiation. 

3° Ceux qui blâment l'adoration 
du S. Sacrement, rejettent le sacrifice 
de la messe et V élévation de Y hostie, 
soutiennent qu'il n'y a point là. 
à' immolation ; l'Eglise enseigne la 
croyance contraire, atteste sa foi par la 
Fête-Dieu, par les dévotions de l'ado- 
ration perpétuelle des quarante heures, 
des bénédictions ou saluts, par le 
viatique porté aux malades et les 
fonctions de porte-Dieu. 

4° Ceux qui ont changé la matière 
du sacrement, les artotyrites, les bar- 
saniens ou sémidulites, les hydropa- 
rastes ou aquariens. C'est avec raison 
que l'Eglise latine se sert de pain 
azyme, ou pain à chanter, malgré les 
clameurs des Grecs que nous nom- 
mons fermentaires, comme ils nous 
appellent azy mites. 

5° Ceux qui soutiennent la néces- 
sité de la communion sous les deux 
espèces, de la coupe ou du calice, et 
qui ont été nommés calixtins ; il se- 
rait injuste que les abstémes fussent 
privés de la participation à la table 
du Seigneur. 

6° Les stercoranistes dont les in- 
crédules attribuent mal à propos 
l'erreur aux catholiques. 

L'Eglise n'approuve ancun des ex- 
cès dans lesquels on est tombé pour 
ou contre la communion fréquente ; 
souvent elle a puni des clercs coupa- 
bles en les réduisant à la communion 
laïque ou à la communion étrangère. 

91. 11 importe peu que la pénitence 
soit nommée métanoca, réconciliation, 
repentance, etc. , pourvu que l'on con- 
vienne que c'est un sacrement qui 
remet les péchés et les efface. Il 
exige les actes du pénitent, qui sont 
la contrition ou au moins Yattrition, 
jui nait de la crainte filiale, la con- 
fession auriculaire, ou cœliomologêse, 
et la satisfaction. Ces actes supposent 
Yexamcn de conscience, et la contri- 
tion ou componction renferme le ferme 
propos ou la résolution de ne plus 
pécher. Le sacrement opère son effet 
par Yabsolution, conçue en forme ju- 
diciaire ou en forme déprécative. 
Pour absoudre validement, le prêtre 
a besoin de pouvoirs ou cYapproba- 
tion, et ces pouvoirs peuvent être li- 



mités par les cas réservés, ou ôtés en 
certains cas par l'interdit ou Y inter- 
diction. La satisfaction exige toujours 
la restitution et la réparation du dom- 
mage causé au prochain. 

92. Dans la pratique de la péni- 
tence, l'Eglise n'admet ni le relâche- 
ment, ni la rigueur des novatiens, des 
montanistes, des lucifériens, des hof- 
manistes, ni la prétendue consolation 
des albigeois. Quoiqu'elle approuve 
les anciens canons pênitentiaux, ou 
règles du pénitenticl, la pénitence pu- 
blique usitée autrefois, elle soutient 
que cela n'est pas absolument néces- 
saire ; conséquent ment elle admet les 
pardons ou indulgences plénières ou 
limitées, les bulles et brefs de la pê- 
nitenecrie qui les accordent, le jubilé 
et les stations; elle ne condamne 
point l'indulgence de portioncule. Elle 
ordonne un secret inviolable, et re- 
commande la prudence aux confes- 
seurs, aux directeurs de conscience, 
aux pénitenciers ; elle déplore le mal- 
heur des pécheurs qui meurent dans 
Yimpcnitence. 

93. h' extrême-onction est destinée à 
effacer les restes du péché, à fortifier 
les malades, à leur adoucir les an- 
goisses de Y agonie et de la mort ; c'est 
dans le même dessein que l'on a éta- 
bli les prières et les confréries des 
agonisants. 

94. Par le sacrement de Yordre, par 
la chirotonie ou l'imposition des mains 
que l'on nomme Y ordination, l'Eglise 
consacre à Dieu des ministres du culte 
divin, des évoques, des prêtres, des 
diacres , des sous-diacres; c'est ce 
qu'on nomme les ordres majeurs, les 
trois premiers forment la hiérarchie . 
Il est constant, parmi les théologiens 
catholiques, que Yépiscopat est un sa- 
crement et un ordre dilférent du sim- 
ple sacerdoce, il en est de même du 
sous-diaconat ; mais que l'état des 
diaconesses n'était ni un ordre ni un 
sacrement. 

Les ordres mineurs cYacohjthe, de 
lecteur, à' exorciste, de portier, sont 
destinés à maintenir la décence du 
culte divin ; quoique les énergumênes, 
les possédés et les obsédés ne soient 
pas aussi communs aujourd'hui qu'au- 
trefois, il ne s'ensuit pas que les pos- 
sessions ou obsessions aient été desma- 



PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR BERGIER. 



LXXXV 



ladies naturelles, et que les exorcismes 
soient des abus. 

9b. Par les ordres l'Eglise donne la 
mission à ses ministres et établit leur 
succession ; pour tous elle exige la vo- 
cation, y prépare les simples clercs 
par la tonsure et par les exercices des 
séminaires. 

■ On a disputé sur la validité des or- 
dinations anglicanes et du rit de l'or- 
dinal des Anglais, l'Eglise a suffisam- 
ment décidé la question en obligeant 
les anglicans' qui rentrent dans son 
sein à une réordination. 

96. Le sacrement de mariage est 
nécessaire pour perpétuer la société 
des fidèles, la bénédiction nuptiale 
pour sanctifier les engagements des 
époux, pour rendre les devoirs des 
pères, des mères, des enfants, plus 
sacrés ; les fiançailles pour y prépa- 
rer. On doit donc proscrire la poly- 
gamie et le divorce, mais les secondes 
noces n'ont rien d'illégitime. Aussi 
l'Eglise a également condamné d'un 
côté la licence des barallots, des com- 
municants, des polygamistes, etc. ; de 
l'autre la témérité de ceux qui con- 
damnaient le mariage des abstinents 
nommés abélites, agynniens, apostoli- 
ques, apotactiques, des tatianistes, en- 
cratistes ou cathares, dosithéens, hié- 
racitcs, lucianistes, des priscillianistes, 
des eusthathiens , qu'il ne faut pas 
confondre aveclespartisansd'Ewsfatte 
patriarcbed'Antioche. Elle n'approuve 
plus les mariages contractés avant 
l'âge de puberté, elle veut que les 
femmes ne soient pas censées des es- 
claves. 

Morale chrétienne. 

97. C'est principalement par la 
sainteté et parla sublimité de la mo- 
rale que l'on démontre la divinité du 
Christianisme. Cette morale enseignée 
dans l'Evangile prescrit toutes les 
vertus, et proscrit tous les vices, éta- 
blit clairement tous les devoirs de 
l'homme envers Dieu, envers^le pro- 
chain, envers lui-même, réprime 
toutes les passions en défendant non- 
seulement les actions criminelles, mais 
les pensées et les désirs qui tendent au 
crime, même les péchés d'omission, 
surtout le scandale ou les mauvais 



exemples. Elle réduit tous nos devoirs 
à deux grands préceptes, savoir celui 
de l'amour de Dieu, et celui de l'amour 
du prochain ; elle ne se contente pas 
des sentiments habituels des diffé- 
rentes vertus, elle veut que nous en 
fassions des actes et que nous prou- 
vions nos sentiments par nos bonnes 
œuvres. Elle développe ainsi et per- 
fectionne la morale naturelle qui n'a 
jamais été bien connue avant la pu- 
blication de l'Evangile. 

98. Entre les vertus, cclios que l'on 
nomme théologales tiennent le pre- 
mier rang : ce sont la foi, l'espérance 
et la charité. La foi est un hommage 
que nous devons à la véracité souve- 
raine de Dieu, lorsqu'il daigne nous 
instruire ; elle exclut non-seulement 
l'incrédulité, l'infidélité, l'apostasie et 
l'hérésie, mais le doute ou le scepticisme 
volontaire, l'indifférence entre la vé- 
rité et l'erreur, la profession des re- 
ligions particulières fausses. 

L'espérance chrétienne est fondée 
sur les promesses de Dieu, 'sur sa vé- 
rité ou fidélité à les accomplir, sur 
les mérites de Jésus-Christ ; cette con- 
fiance tient le milieu entre laprésomp- 
tion et le. désespoir, entre la témérité 
de tenter Dieu et la défiance de sa 
bonté ; elle bannit la crainte exces- 
sive, les scrupules mal fondés, la mé- 
lancolie religieuse ; procure la paix 
intérieure et la joie du S. Esprit. 

On entend par la charité non-seu- 
lement l'amour de Dieu, mais encore 
l'amour du prochain. Sous le premier 
aspect cette vertu renferme la recon- 
naissance envers Dieu, la soumission 
et l'obéissance à ses ordres, la rési- 
gnation à ses décrets. Sous le second 
elle s'étend plus loin que la justice, 
puisqu'elle renferme l'humanité et la 
pitié ; elle ne commande pas seulo- 
lemcnt l'aumône, mais toute espèce 
de bienfaisance, bannit la haine, la 
malignité, la jalousie. 

99. Ce n'est pas sans raison que l'on 
place immédiatement après les vertus 
théologales la religion; celle-ci ren- 
ferme la piété ou la dévotion ; d'un 
côté elle condamne toute espèce d'im- 
piété, comme le blasphème, les jure- 
ments, les livres écrits contre la reli- 
gion, l'irréligion, l'irrévérence à l'égard 
des choses saintes, leur profanation, 



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LXXXVI 



PLAN DE LA THÉOLOGIE , PAR BERGIER. 



le parjure, le sacrilège, la simonie ■ de 
l'autre elle réprouve l'hypocrisie, la 
superstition et toutes ses pratiques, 
comme les ordalies ou épreuves su- 
perstitieuses, le pain conjuré, les pré- 
tendues sciences secrètes, l'art des es- 
prits, les arts de S. Paul, les sorts 
des saints, la sorcellerie et la magie, 
la divination, l'idolâtrie, l'usage des 
icblttthytes ou viandes immolées, etc. 
Mais la religion ne défend point toute 
espèce de serment. 

100. De tout temps les moralistes 
ont distingué quatre vertus princi- 
pales ou cardinales : la prudence, la 
justice, la force et la tempérance ;mais 
ils n'en ont pas développé les devoirs 
aussi parfaitement que l'Evangile. Par 
la prudence, ils entendaient principa- 
lement la sagacité à démêler nos vé- 
ritables intérêts pour ce monde; par 
cette vertu, au contraire, l'Evangile 
entend la précaution à éviter ce qui 
peut mettre en danger notre salut ou 
celui des autres, sans exclure la sim- 
plicité chrétienne. 

La justice évangélique proscrit tout 
ce qui peut blesser le prochain et lui 
porter du préjudice, soit dans sa per- 
sonne, comme le meurtre ou. Vltemi- 
cide, sons lequel sont compris le par- 
ricide, l'infanticide, et toute espèce de 
violence; soit dans ses biens, comme 
le vol, la fraude, les ravages, l'usure ; 
soit dans son honneur, comme la ca- 
lomnie, la médisance, les outrages, le 
mépris ; soit dans son amour pour la 
vérité, qui lui fait détester l'impos- 
ture, le mensonge, même les fraudes 
pieuses et la flatterie, mais qui exige 
la candeur et la sincérité ; soit dans 
ses vertus, par le scandale : par con- 
séquent la justice exige les restitutions 
ou les réparaiiùii-., lorsque le droit 
d'autrui a été blessé. 

Sous le nom de force, l'Evangile 
commande non-seulement la patience 
dans les peines et la persévérance 
dans le bien, mais l'amour des souf- 
frances; il n'est pas vrai qu'il nous 
ordonne V apathie des stoïciens, ni qu'il 
nous interdise la défense de nous-mê- 
mes ; mais il condamne le suicide. 

La tempérance chrétienne ne se 
borne point à condamner la gourman- 
dise, à prescrire la sobriété, elle va 
usqu'à recommander l'abstinence, et 



le jeûne ; non-seulement elle interdit 
les crimes opposés à la chasteté, tels 
que la fornication, l'adultère, l'inceste, 
la sodomie, la pédérastie, la bestialité ; 
mais l'Evangile a mis en honneur la 
continence, les vierges et la virginité; 
il nous fait sentir les dangers du luxe, 
des spectacles, delà lecture daaromans 
et des livres obscènes ; sans nous or- 
donner le sac ou le cilice, les flagel- 
lations ni le? excès des. flagellants : 

101. De même qu'il y a des vertus 
principales desquelles les autres sont 
des conséquences, il y a aussi des 
vices ou péchés que l'on nomme ca- 
pitaux; l'Evangile n'en souffre et n'en 
excuse aucun. Il réprime 1° l'orgueil, 
la vaine gloire, l'amour-propre ex- 
cessif, l'ambition des honneurs ; il 
nous ordonne la modestie, l'humilité, 
même l'amour des humiliations. 
2° L'avarice ou attachement aux riches- 
ses : il commande le désintéressement 
et l'aumône, sans approuver la prodi- 
galité. 3° La luxure ou la volupté, et 
ses suites dont nous avons parlé. 
4° La gourmandise, et tout ce qui est 
opposé à la tempérance, sans nous 
ordonner des austérités ou mortifica- 
tions excessives. 5° L'envie et la jalou- 
sie, passion très-différente de l'ému- 
lation. 6° La colère, la vengeance, les 
disputes et les procès ; il nous com- 
mande la douceur et même l'obéis- 
sance envers les maîtres dyscoles. 
7° La paresse et l'oisiveté, ennouspres- 
crivant le travail, et en nous appre- 
nant à le sanctitier. 

102. A ces lois sages l'Evangile 
ajoute les conseils de perfection que 
l'on nomme les huit béatitudes, et nous 
exhorte aux bonnes œuvres de subro- 
gation. 

103. Aussi l'Eglise a condamnéavec 
autant de sévérité les corrupteurs de 
la morale, que ceux qui altéraient le 
dogme. Elle a proscrit d'un côté les 
faux rigoristes, comme les novatiens, 
les montanistes nommés phrygiens; 
cataphryges, pepusiens, quintiliens, 
passaloryncliites, les familistes, les ma- 
jorités, les massaliens, les saccophores, 
les eunuejues ou valésiens qui se muti- 
laient, etc. De l'autre les enthousiastes et 
les faux spirituels, comme les quakers 
ou prophètes, les quiélistes, bourigno- 
nistes, bohmistes, euchites, hernhutes, 



VLAN DELA THEOLOGIE, PAR BEIU'.IER. 



LXXXVU 



frères blancs, joaehimistes, labadistes, 
méthodistes, piétistes, les hésychastes 
et les fauteurs de l'inaction; elle n'ap- 
prouve point indifféremment les illaps 
ou extases, les prétendues transfor- 
mations, les ligatures, etc. Elle a exclu 
de son sein les sectes licencieuses, 
ceux que l'on a nommés ] adamites, 
amsdorfiens, antinomiens, beggards et 
béguins, borborites, carpocratiens ou 
harpocratiens. condormans, davidiques, 
doeètes, dulcinistes, ethicoproscoptes, 
floriniens,gnostiques, hélicites, hommes 
d'intelligence, hutites, illuminés, inces- 
tueux, latitudinaires, libres, libertins r 
mamUlaires. marcites, molinosistes, 
nicolaîtes, oingts, opinionistes, pater- 
niens,rhétoi-iens, segaréliens, sinistres, 
turlupins. Elle a réprimé les opinions 
des probabilistes et des casuites re- 
lâchés. 

104. C'est donc injustement que les 
ennemis du christianisme l'accusent 
de nourrir le fanatisme, de relâcher 
les liens de la société, de ne point 
commander l'amitié, de défendre la 
profession des armes, les fonctions 
civiles, le commerce ; de déprimer 
les sciences et les arts, comme des oc- 
cupations mondaines ; d'avoir nui au 
progrès des lettres. Aucune autre re- 
ligion n'inspire autant de zèle pour 
établir des écoles et surtout des écoles 
de charité. D'autres, avec aussi peu de 
raison, lui reprochent d'autoriser 
l'abus de la puissance politique, d'ap- 
prouver la guerre, etc., et aux prédi- 
cateurs d'avoir banni de la chaire la 
morale naturelle, humaine et sociale. 

Culte religieux du christianisme. 

105. Le cidte religieux consiste prin- 
cipalement dans les sentiments inté- 
rieurs d'adoration, d'amour, de recon- 
naissance envers Dieu ; on les entre- 
tientpar la méditation nommée orai- 
son mentale ou contemplation, par les 
oraisons jaculatoires; l'habitude de s'y 
exercer est appelée vie intérieure, et 
l'on a quelquefois appelé phroniistes 
ou méditatifs ceux qui ont cette habi- 
tude, et bigots parmi mépris injuste. 
Mais le culte intérieur a besoin d'être 
excité par le culte extérieur, par les 
rites ou cérémonies, et la pompe de ce 
culte n'est pas blâmable. 



100. Selonles diversobjets auxquels 
le culte est adressé, l'on distingue le 
culte àelatrie, ou culte suprême rendu 
à Dieu seul et à Jésus-Christ Dieu ; le 
culte de dulie rendu aux saints, et 
rii'/perdulie, ou culte plus profond 
rendu à la vierge Marie, mère de 
Dieu. 

107.Unpointdecroyancedel'Eglise 
catholique est qu'il est permis et loua- 
ble d'hunorer les saints, de les invo- 
quer, de compter sur leur intercession, 
d'honorer même leurs images et leurs 
reliques, tirées des catacombes ou d'ail- 
leurs, leurs corps incorrupts, etc. Elle 
a condamné autrefois les iconoclastes 
et les iconomaques, qui nommaient les 
catholiques kuuoUitres ; elle a loué le 
zèle des abrahamites, moines mis à 
mort en haine de ce culte, contre le- 
quel on ne peut tirer aucune consé- 
quence des livres carolins. Les actes 
des saints ont été recueillis par les 
bollandistcs, avec plus de sagesse que 
n'en avaient eu les anciens légendaires ; 
mais nous ne sommes pas obligés de 
croire tout ce qui est rapporté dans 
les légendes, ce qui est dit des prêtres 
d'Achaie dans les actes de St.-André, la 
Véronique, etc. Les bulles de béatifica- 
tion et de canonisation des saints ne 
sont point répréhensibles. 

108. A plus forte raison devons- 
nous honorer la sainte Vierge, parres- 
pect pour Jésus-Christ même ; en la 
nommant Notre-Dame, nous ne préten- 
dons point l'égaler à Notre Seigneur. 
L'Eglise a justement condamné les 
antidicomarianites ou helvidiens, en- 
nemis de ce culte ; les nestoriens, qui 
refusaient à Marie le titre de mère de 
bon; les disciples de Jovinien, qui 
contestaient sa virginité perpétuelle ; 
mais elle n'a point approuvé la super- 
stition des colhjridicns. Conséquem- 
rnent elle célèbre la conception imma- 
culée de Marie, comme les Grecs qui 
h nomment panachrante, sa nativité, 
sa présentation, sa Visitation, sa com- 
passion, son assomplion, malgré ce 
qui est dit de son sépulcre, et la fête 
de son saint nom; elle applaudit à la 
dévotion des fidèles qui récitent la 
salutation angélique ou l'ave, Maria, 
lu chapelet, le rosuirc, le salve, etc. 

109. On ne doit donc pas blâmer 
les confréries ou congrégations érigées 



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LXXXVUI 



PLAN DE LA THÉOLOGIE PAR BERGIER. 



à l'honneur de la sainte Vierge ou 
des saints, comme celle du consort, de 
Milan, celle du scapulaire, celle du cor- 
don de St. -François, la fête de ses stig- 
mates, les neuvaines, les pèlerinages. 

Quant au culte de la croix et du 
crucifix, aux fêles de l'invention et de 
l'exaltation de la Ste Croix, il est évi- 
dent que tout cela se rapporte à Jésus- 
Christ même, et n'a rien de commun 
avec l'entêtement des staurolâtres 
ou chazinzariens. 

110. Le culte extérieur renferme la 
prière, soitparticulière, soit publique; 
celle-ci se nomme liturgie, service ou 
office divin. Dans les différentes parties 
de l'Eglise il se célèbre selon différents 
rites; ainsi l'on a distingué le rit grec, 
le rit latin, le romain et le gallican, 
le rit mozarabique, cophte ou cophti- 
que, arménien, malabar e. On y a tou- 
jours mêlé le chant, soit ambroisien, 
soit grégorien, mais il n'a jamais été 
nécessaire de le célébrer en langue 
vulgaire ; on appelle rubrique les rites 
qu'il y faut observer. 

Ht. Dans l'Eglise catholique, la 
partie principale du service divin est 
le saint sacrilice de la messe, nommé 
autrefois synaxe. On y distingue l'in- 
troït, les Kyrie, le cantique des anges 
ou gloria, les collectes, l'épitre, le gra- 
duel, Y alléluia, le trait, laprose, l'évan- 
gile, le symbole de ISicée, l'offertoire, 
les secrètes, la préface, quelquefois 
nommée illation, le trisagion, le canon, 
la consécration, les mémento, l'oraison 
dominicale, l'agnus Dei, la communion 
et la post-communion, la bénédiction 
du prêtre, le mot amen quel'on répond 
à la fin des prières. 

112. Le reste de l'office divin, soit 
du jour, soit de la nuit, est partagé 
en sept heures canoniales, qui sont 
matines et laudes, prime, tierce, sexte 
none, vêpres et compiles que les Grecs 
nomment apodipne. Les laudes sont 
censées faire partie de matines ou té- 
nèbres ; et celles-ci sont ordinairement 
partagées en trois nocturnes. On y dis- 
tingue l'invitatoire, les hymnes, les 
antiennes, les psaumes, la doxologie, les 
versets, les bénédictions, les leçons, les 
répons, les réclames, le te Beum, les 
capitules, les cantiques, les oraisons, les 
commémorations, les suffrages, les lita- 
nies. 



113. Dans ces divers offices, les per- 
sonnes qui contribuent à la cérémonie 
ont différents noms ; ily aie célébrant 
ou officiant, l'assistant, le diacre, le 
sous-diacre, les induts, les acolytes, 
cérofôraires ou porte-ejer^es, le thuri- 
féraire, les choristes, le porte-croix, 
les enfants de chœur. Chez les Grecs, 
on connaît un frotapostolaire, un lam- 
padaire, les hydromites, un paraphro- 
niste, etc. Ils ont aussi des noms par- 
ticuliers pour désigner plusieurs par- 
ties de l'office, comme apolitique , 
hymne chérubique, hirme, idioméle, 
macarisme, menées, triodion, têtrao- 
dion, tropain ou tropaire, etc., tria- 
dique, etc. 

114. Les prières, les offices, léchant, 
les rubriques, sont renfermés dans 
différents livres que l'on nomme anti- 
phonaire, bref, directoire ou ordo, 
bréviaire, cérémonial, diurnal, eucho- 
loge ou heures, épistolier, évangile ou 
texte, graduel, missel, pontifical, pro- 
cessional, rational, rituel, sacramen- 
taire. Les Grecs en ont d'autres qu'ils 
appellent anthologe, horologion, mè- 
nologe, paraclétique, synaxarion ty- 
pique. 

115. Il y a différentes cérémonies 
dont les unes sont plus communes, les 
autres plus rares : les bénédictions de 
l'eau, du feu, dupambénit, du cierge 
pascal, desagnus Dei, des femmes après 
leurs couches, desdrapeaux militaires, 
des cloches, des aliments ou eulogies; 
les oblations, oblata ou offrandes, les 
colybes des Grecs ; les génuflexions, les 
prosternations, lesprocessions, lesexor- 
cismes, adjurations ou conjurations, 
la cène ou le lavement des pieds, la 
consécration des églises et des autels, 
l'alphabet, le sacre des rois et des évè- 
ques, la cérémonie des particules chez 
les Grecs, etc. 

116. Les lieux consacrés au culte 
divin sont les temples, églises ou basi- 
liques, dont les unes sont cathédrales 
ou métropolitaines, les autres collé- 
giales, paroissiales, succursales ou an- 
nexes; les chapelles, les proseuches ou 
oratoires, les cimetières; on nommait 
autrefois titres les églises paroissiales. 

117. Dans les églises on distingue 
le sanctuaire, les autels, la chaire ou 
la prothèse des Grecs, le trône de l'é- 
vêque, l'apsis, lanef, l'ambon ou jubé, 






PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR BERGIER. 



LXXXIX 



,, la chaire du prédicateur, le baptistère 
' ou les fonts baptismaux, les confessio- 

nawa;,les niches, le vestiaire, revestiaire 

ou sacristie. 

118. Parmi les vases, instruments 
ou meubles qui servent auculte divin, 
il y a des vases sacrés, comme calice, 
disque ou patène, ciboire, pixide ; 
d'autres qui ne le sont point, comme 
les soleils et les burettes ; des linges 
sacrés, nommés corporaux, purifica- 
toires, des nappes d'autels appelées 
antimenses et aplomes, des pales ; la 
nappe de communion est aussi ap- 
pelée dominicale. Les tabernacles, les 
chandeliers, les herses, le lutrin, les 
dais ou poêles, les gonfalons, ou gon- 
fanons, bannières ouportiforia, les châs- 
ses ou fiertés, le brandeum, les encol- 
pes ou reliquaires, les chapelets ou pa- 
tenôtres, les cloches auxquelles les 
Grecs ont suppléé par Vhagiosidêre et 
le simadiri. 

119. On distingue les jours parti- 
culièrement consacrés au service de 
Dieu, qui sont les dimanches et les 
fêtes, d'avec les fériés ; parmi les fêtes, 
les unes sont mobiles, les autres fixes 
et non mobiles ; toutes sont marquées 
dans le calendrier. Relativement au 
degré de solennité, on appelle les 
unes annuelles, les autres solennelles ; 
on distingue les offices doubles, semi- 
doubles, simples, les veilles ou vigiles, 
les octaves ; on remarque leur concur- 
rence ou leur occurrence. 

120. Outre les fêtes des mystères 
dont nous avons déjà parlé, les plus 
solennelles sont Pâques, Y Ascension, 
la Pentecôte, la Fête-Dieu, les encénies 
ou la dédicace des Eglises, la fête de 
leur patron, la Toussaint. Les diman- 
ches de l'avent, de la septuagésime 
nommée par les Grecs apocrêas et azote, 
de la sexagésime, de la quinquagésime, 
ceux du carême ou quadragèsime, 
delà passion, des rameaux, de quasi- 
modo, sont marqués spécialement, de 
même que le mercredi des cendres, 
la semaine-sainte, le jeudi saint ou 
absolu, parce qu'on y fait l'absoute, 
les quatre-temps, les rogations. Autre- 
fois pendant le temps quadragésimal 
on observait la xérophagie. L'Eglise a 
sagement supprimé les indécences de 
la fête des fous, de l'âne, etc. 



Discipline du christianisme. 

121. Pour conserver le dogme, la 
morale, le culte du Christianisme sans 
altération, il a fallu des lois de disci- 
pline ; le recueil de ces lois est le 
droit ecclésiastique ou canonique, mais 
en plusieurs choses il tient à la théo- 
logie. C'est aux théologiens de prouver 
que l'Eglise a reçu de Jésus-Christ le 
pouvoir de faire des commandements, 
qu'ils obligent les fidèles en cons- 
cience, sans avoir la force coactive ; 
que l'Eglise a le droit d'infliger des 
peines spirituelles, des censures, l'ex- 
communication, la suspense, l'inter- 
dit, de déclarer certaines personnes 
irrégulières, que la hiérarchie, la dis- 
tinction entre les ecclésiastiques ouïe 
clergé, etles laïques, est de droit divin, 
etc. Il n'est pas nécessaire pour cela 
de croire ce que les Grecs publient de 
leurs broucolacas, ntoupi, ou excom- 
muniés. 

L'irruption des Barbares dans l'Oc- 
cident et d'autres événements ont in- 
troduit des changements dans la dis- 
cipline, ont donné lieu à des abus, 
comme au l'achat des autels, etc. 

122. Mais de tout temps l'Eglise a 
condamné les indépendants, ceux qui 
se révoltaient contre ses lois, comme 
les lévitiques, branche des nicolaïtes, 
les aériens, les agonyclites,lesnyctages, 
les érasticns, les consobabdites, et 
autres nommés pétrobusiens, henri- 
ciens, cornaristes, vaudois, picards, 
ensabatés, runcaires, patarins, wiclé- 
fites, hussites, taborites, et orébites, 
frères bohémiens, pastoriddes , protes- 
tants, caméroniens, brownistes, an- 
glicans, presbytériens, puritains, laico- 
céphales, etc. La discipline qu'ils ont 
établie parmi eux, leurs synodes, leurs 
proposants-ministres, surintendants, 
etc., n'intéressent pas beaucoup ua 
théologien catholique. 

123. Jésus-Christ lui-même a étabto 
des pasteurs pour gouverner son 
Eglise. A leur tête est placé le pape 
ou souverain pontife, vicaire de Jésus- 
Christ sur la terre, qui a de droit di- 
vin non-seulement la primauté, figu- 
rée par les clefs du royaume des cieux, 
mais une autorité de juridiction sur 
tout le corps de l'Eglise et sur ses 



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PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAR BERGIEH.. 



membres, autorité réglée par les ca- 
nons, et qui ne s'éteud point sur le 
temporel des rois. Le siège de St.- 
Pierre, qu'il occupe, est justement 
nommé le S. Siège, le Siège apostoli- 
que, et sa succession n'est pas dou- 
teuse .La tiare dontquelques auteurs lui 
ont fait un crime est un symbole très- 
inditïérent ; ses reserits ou décrets sont 
appelés bulks, brefs apostoliques, cons- 
titutions ; il a établi des congrégations 
et des consulteurs pour s'aider de leurs 
lumières. 

Plusieurs papes ont été faussement 
accusés, Libère d'avoir signé l'aria- 
nisme,S<. Grégoire d'avoir fait brûler 
les livres, Zacharie d'avoir condamné 
ceux qui soutenaient l'existence des 
antipodes. Les protestants ont publié 
des fables sur une prétendue papesse 
Jeanne et sur l&chaise percée ; personne 
n'y croit plus. Il y a eu plusieurs 
antipapes. 

124. Vépiscopat et les évoques sont 
d'institution divine, leur juridiction 
ne s'étend point au delà de leurs 
diocèses, mais leurs mandements obli- 
gent leurs diocésains. Les privilèges 
et la préôminonce de certains sièges, 
la distinction àespatriarches^ des pri- 
mats, des archevêques, ou métropoli- 
tains, des prototlirones, des autocepha- 
les, des corévêques ou co-évéques,. des 
évêques in pariibus, des intercesseurs, 
des métrocomies, etc., sont de pure 
discipline, appartiennent au droit ca- 
nonique plus qu'à la tbéologie. Il en 
est de même des prôlatures, des pré- 
lats régionaires, des périodeules, des 
syncelles et protosijncelles, des défen- 
seurs, des archi-prêlres, etc. 

125. Outre les ôvèques il a fallu des 
pasteurs du second ordre, qui furent 
d'abord nommés anciens, et ensuite 
papas par les Grecs ; des curés ou rec- 
teurs de paroisse, et des vicaires, des 
sous-vicaires , des porte-Dieu, des 
clercs pour les aider dans leur fonc- 
tions. 

126. Mais le désir d'augmenter la 
pompe du culte divina fait multiplier 
le nombre des prêtres, a fait établir 
des chapitres et des chanoines dans 
les cathédrales et les collégiales ; 
pour y maintenir l'ordre, on y a dis- 
tingué des dignitaires sous les noms 
de doyen, prévôt; ahefeier, capiscol, 



chantre, précenteur ou préchantre,. 
sous-chantre, archidiacre, chancelier, 
scolastique ouécolàtre, trésorier, etc., 
et divers officiers, comme procureur 
ou chambrier, ecclésiarque, corbellier, 
menskmnaire, portionnaire, pointeur, 
normateur, terminateur, sacristain, 
chez les Grecs, sceceophy lacté, stau- 
rophylase, laosynacte, hérénaque, etc. 
Relativement au service divin, il y a 
un hebdomadicr, un diacre stationnaire. 
Dans toutes les églises, il a fallu 
des hommes attachés particulière- 
ment à certaines fonctions, comme 
machicotjecticaire, copiate, fossaire,pa> 
rabolan, sonneur, etc. ; mais cesusages 
ne tiennent que de fort loin à la 
théologie. 

127. Il convient que, dans les fonc- 
tions du culte divin, les ministres de 
l'Eglise aient des vêtements ou habits 
sacrés de différentes formes et de 
différentes couleurs, tels que sont pour 
les prêtres les habits sacerdotaux, 
soutane, surplis, amict, aube, manipule, 
orarium ou étAe, chasuble, pulchral ou 
chape, toque ou bonnet; pour les diacres 
la tunique ou dalmatique ; pour les 
chanoines, le camail et Vaumusse. 
Les ornements pontificaux des évê- 
ques sont le rochet, le camail, la croix, 
la mitre, le pallium, la crosse ou férule. 
Il y a eu de bonnes raisons pour or- 
donner aux ecclésiastiques de porter 
Yhabil long, la soutane ou la souta- 
nelle. 

128. Il est encore plus convenable 
qu'ils soient obligés au célibat, à la 
continence et à la résidence, qu'il n'y 
ait chez eux aucune personne sous- 
introduite ; mais il est juste qu'ils 
subsistent par les bénéfices ou biens 
ecclésiastiques, qu'ils aient un tem- 
porel fixe ou des droits casuels, des 
honoraires, en observant les canons 
qui défendent la pluralité des béné- 
fices. 

129. Un théologien est obligé au- 
jourd'hui de justifier les lois ecclésias- 
tiques qui regardent le monachisme on 
l'état monastique, les vœux de religion 
et la jwofession religieuse, les moines 
mendiants ou rentes, les monastères, 
phrontistères ou couvents, les cloitres 
et la clôture, les règles, les observances, 
les usages des régidiers, des commu- 
nautés de l'un et de l'autre sexe. Il 






PLAN DE LA THEOLOGIE, PAR BEPiGIER. 



ïfil 



est bien fondé à soutenir contre les 
lampétiens et leurs copistes que tes 
ordres religieux sont utiles, que leurs 
instituteurs et leurs fondateurs ont 
eu des vues louables; sans approuver 
les fraticelles, les girovagues, rhémo- 
botes ou scvrabaites. 

130. Les uns, dans les mœurs, ont 
voulu servir Dieu en paix et en sûre- 
té, comme les anachorètes, hermites, 
stylites, ascètes, acœmètes, etlescénobi- 
ies, les moines de St.-Basile nommés 
caloyers. Tels sont encore parmi nous 
les bénèdictains de Cluny et autres, et 
leurs réformes du Val-des-Choux et de 
Vallombreuse,lesbernadins de Citeaux, 
les feuillants et ceux de la Trappe ; 
les franciscains distingués en capucins, 
cordeliers on frères mineurs conven- 
tuels et observantins, clavénins, récol- 
lets, colètants, tiercelins ou tiers-ordre 
de pénitents de Picpus, différents du 
tiers-ordre de laïques nommés tier- 
ciaires; les augustins, colorites, clémen- 
tins, ceux de Fasoli, et les hermites 
de saint Augustin ou petits-pères, les 
pauvres catholiques, pauvres volon- 
taires. 

Les chartreux, les camalduks, les mi- 
nimes ou bons-hommes, les carmes ou 
barrés, cbaussés ou déchaux, les cèles- 
tins, les grand-montains, les guillel- 
mites, ont été fondés par le même 
motif. 

On connaît mieux ailleurs qu'en 
France les servîtes, différents des 
blancs-manteaux, les iéronimites, les 
humiliés, les soccolants, les olixètains, 
les religieux du corps de Christ, les 
croisiers ou porte-croix, les gilbertins 
d'Angleterre. 

131. C'est le même motif qui a fait 
naître différentes congrégations de cha- 
noines réguliers, les victorains , les 
génovèfains, ceux du Val-des-écoUers, 
de St. -Jean de Latran, du mont Cor- 
bulo, de St. -Colomb, de Saint Georges 
d'Alga, de Saint Sauveur, les prémon- 
trés, les bourgachards, etc. 

132. Les autres se sont consacrés à 
des œuvres de charité, comme les re- 
ligieux pontifes, les trinitaires ou ma- 
thurins, les religieux de la rédemp- 
tion des captifs ; ou ce sont des hospi- 
taliers ; comme les frères de la cha- 
rité, les cellites, les pauvres de la mère 
de Dieu, les clercs régidiers ministres 



des infirmes , les chanoines régur 
liers de §ï.- Antoine de Viennois,, les 
bethléémites. 

133. Plusieurs, pour aider le clergé 
séculier, se sont dévoués à l'instruc- 
tion des peuples ou des enfants, com- 
me les apostolins, les barnabites, les 
berthélémites, les clercs mineitrs, les 
doctrinaires, les dominicains, frères 
prêcheurs ou jacobins, les eudistes, 
la congrégation de St.-Jean, les jési- 
cates, les jésuites, les chanoines deSt.- 
Mare, ceux de notre Sauveur, les ora- 
toriens, les silvestreri, les somasques', 
les Matins, les missionnaires nommés 
lazaristes, les clers réguliers des écoles 
pies, les ignorantins frères des écoles 
chrétiennes» ou frères de St- Yon, qui 
ne sont pas religieux, mais laïques. 

134. Le gouvernement de ces ordres 
ou congrégations a donné lieu aux 
noms archimandrites, hégumène, abbé, 
abbaye, général, assistant, provincial, 
gardien, sempeste, frère lai ou convers,' 
novice, particulaire, pérégrinaire, dis- 
cret, discrétoire, prieur, sous-prieur, 
célérier, mandre, laurc, celkde, mal- 
gouverne, in pace, panagie, probation, 
véture, noviciat, profession. 

On distingue dans les habits reli- 
gieux le capuchon, la coule, le scapu- 
laire, le froc, la melote, maforte ou 
manteau, la mutande. On a sagement 
supprimé les oblations. 

133. De même, parmi les religieuses 
ou nonnes, les unes se sont consacrées 
à la prière, au travail et à la mortifi- 
cation, comme les annonciades, les 
bénédictines, les bernardines, lesbrigit- 
tines ou filles de St. Sauveur» celles du 
Calvaire» de Ste. Claire,, ou de l'Aue, 
Maria, des clairets ; les carmélites, les 
chartreuses, les cordelières, les domini- 
caines, les feuillantines, les religieuses 
de Fontevrault, les gentil-donnes, les 
haudriettes, les oblates, tes sachettes 
pénitentes, les solitaires, les tiercelines, 
lesvisitandines. 

13b. Les autres se sont dévouées à 
des œuvres de charité, comme à l'ins- 
truction des filles religieuses de la 
congrégation, les filles de la croix, de 
V enfance, de la présentation, de l'union 
chrétienne, les nouvelles catholiques, 
les jésuitesses, les théatines, les ursu- 
lines; à la correction et à la conver- 
sion des personnes débauchées, comme 




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PLAN DE LA. THÉOLOGIE , PAR BERGIER. 



les religieuses delà Magdeleine, celles 
de N. D.de charité, celles du refuge; 
au soin des malades, et ce sont les 
lospitaliércs de toute espèce, les sœurs 
le la charité, ou sœurs grises, celles 
iela faille, lésa é'énistes, les dimesses, 
les tilles de St. -Thomas de Villeneuve, 
les miramiones, etc. ; à élever les en- 
fants trouvés et les orphelins, comme 
les religieuses du St. Esprit, et d'au- 
tres que l'on a nommées orphelines, 
etc. 

137. Il leur a fallu, comme aux re- 
ligieux, des supérieures, des abbesses, 
des prieures, etc.; des épreuves et un 
noviciat, des habits particuliers, le 
voile, le bandeau, la guimpe, la hugue 
ou manteau des sœurs noires, etc. 

Les filles et femmes que l'on 
nomme béguines, tt leur demeure 
béguinage, ne sont pas des religieu- 
ses. 

138. La sainteté du Christianisme 
dansses dogmes, dans sa morale, dans 
son culte, dans sa discipline, a été 
démontrée parle changement qu'il a 
produit dans tous les climats, au nord 
et au midi, dans les mœurs desasiati- 
ques, des Africains, des Anglais, qu'il 
produit encore dans celles des Abys- 
sins, par la différence qu'il y met en- 
tre ies nations chrétiennes et les infi- 
dèles infectées du paganisme, du 
mahométisme et des rêveries de l'Al- 
coran, par la multitude des établis- 
sements de charité qu'il y a parmi 
nous, tels que les hôpitaux, ou hôtels- 
Dieu, les monts-de-piété, les écoles-pies 
ouécoles de charité, l'hospitalité, etc. 
Trop accoutumés aux bienfaits de 
notre religion, nous n'y faisons plus 
attention. Dans les siècles même 
les plus barbares on a connu les pa- 
ciaires, la paix ou la trêve de Lieu. 

139. C'est donc injustement que les 
incrédules de nos jours ont déclamé 
avec tant d'amertume contre les abus 
en fait de religion, contre les croisa- 
des, le droit à' asile, les disputes, Vin- 
tolérance, le fanatisme, lapunitiondes 
sacrilèges, la révocation de l'édit de 
Nantes, les prétendues guerres de re- 
ligion, le massacre de la St. Barthélémy, 
qu'ils ont prétendu à la liberté de 
penser, ou plutôt d'écrire et de ca- 
lomnier. 

440. lis ont poussé la prévention 



jusqu'à censurer les fondations'pieme*, 
l'affranchissement des esclaves, le zèle 
des missionnaires et de la. propagande, 
les missions du Paraguay, de la Chine, 
du Japon; ils leur ont attribué le 
massacre des Américains et les mal- 
heurs de l'Amérique, laligne de démar- 
cation, etc. 

VI. Dieu , dernière fin de toutes choses. 

141. L'Eglise de Jésus-Christ mili- 
tante sur la terre espère un état plus 
heureux, l'homme voyageur tend au 
ciel comme vers sa. patrie; il appelle 
lesdernières fins, la mort, le jugement 
de Dieu, le paradis, l'enfer, et eutha- 
nasie la mort des justes. Nous ne pen- 
sons point que la mort brise les liens 
de la charité chrétienne, ni la commu- 
nion des saints, ou la participation 
mutuelle aux bonnes œuvres. Nous 
croyons que les bienheureux peuvent 
intercéder pour nous, et que nous 
devons prier nous-mêmes pour les 
morts qui souffrent dans l'autre vie. 
L'Eglise a décidé qu'il y a un purga- 
toire ou un feu purifiant après la 
mort, mais non qu'il y a des tymbes ; 
conséquemment elle approuve les 
prières, les offrandes, les bonnes œu- 
vres, les messes, les trentains, les 
anniversaires, les vigiles, offertes à 
Dieu pour les trépassés, les obsèques, 
funérailles ou pompes funèbres modes- 
tes, le respect pour les sépultures et 
les tombeaux, comme des actes de 
charité et non de vanité, comme une 
profession de foi à l'immortalité ; elle a 
condamné les éternels, qui soutenaient 
que ce monde serait éternel. 

142. Elle a censuré de même les 
bogarmiles ou bogomiles, les procli- 
niates, les saturniens et les sembiens, 
qui niaient la résurrection générale et 
le jugement dernier, qui donnaient 
aux orthodoxes le nom de pilosistes; 
elle n'a point approuvé les chiliastes 
ou millénaires, qui supposaient un 
règne temporel de Jésus-Christ pen- 
dant mille ans, ni les hutites, qui 
disaient que le jugement est proche. 
Ainsi ce qui regarde le dernier avène- 
ment de Jésus-Christ, la tin du monde, 
la venue de l'antechrist et d'Elie, la 
conversion des Juifs, etc., n'est pas 
clairement révélé ; les conjectures des 



PLAN DE LA THÉOLOGIE, PAU BEItGIER. 



XCI1I 






anciens et des modernes sur ce point 
sont sans fondement, de même que 
ce que l'on dit de la vallée de Josa- 
phat. 

143. L'Ecriture nomme la béatitude, 
ou l'état des bienheureux, le paradis, 
le ciel, l'empyrée, le royaume des 
deux, le sein d'Abraham, la gloire 
étemelle, la vision intuitive de Dieu, 
l'état de compréhension ; il est décidé 
contre les grecs schismatiques, et con- 
tre les augustiniens sacramentaires, 
que la béatitude des justes et le sup- 
plice des réprouvés ne sont point 
différés jusqu'au jugement dernier. 



Quant aux visions dos coccëiens, elles 
ne méritent aucune attention. 

1 44. L'enfer, la géhenne, le feu éter- 
nel, la damnation sont réservés aux 
méchants ou aux réprouvés ; on a dit 
anathème aux origénistes qui niaient 
l'éternité des peines, et aux métempsy- 
chosistes partisans de la transmigra- 
tion des âmes, aux sectateurs d'A- 
maury qui niaient l'enfer; mais la 
saine théologie n'admettra jamais 
une réprobation absolue. 

145. Dans l'apocalypse, Jésus-Christ 
est nommé l'alpha et l'oméga, le prin- 
cipe et la fin de toutes choses. 



i 






DICTIONNAIRE 



DE 



THÉOLOGIE. 



m 



TOME PREMIER 



A 



V 



1 



1 






H 







• 











LE 



DICTIONNAIRE THÉOLOGIQUE 



DE BERGIER 



APPROPRIÉ AU MOUVEMENT INTELLECTUEL 




DE LA SECONDE MOITIÉ DU XIX e SIÈCLE. 



A 



A. [Theol. mixt. Scien. philol.) — 
Toule langue consiste en deux espè- 
ces de sons : les sons simples ou pu- 
reiiientmodulés,qui sontreprésentés, 
dans l'alphabet, parles voyelles, lors- 
que la langue possède un alphabet ; et 
les sons composés ou articulés, qui , 
sans cesser d'être les mêmes que les 
précédents, reçoivent, dansleur émis- 
sion, une modification particulière, 
par certains mouvements des organes 
vocaux, que représentent les conson- 
nes. Les premiers ne sont pas nom- 
breux. Si l'on cherchait bien dans tou- 
tes les langues du monde, on ne trou- 
verait pas cinquante de ces sons pri- 
mitifs avec lesquels ces langues sont 
toutes formées. Or, le son A, repré- 
senté chez nous par la lettre A, est la 
première des modulations simples ; 
c'est le grand son ouvert et libre ; aussi 
ne manque-t-il à aucune des langues 
humaines ; les trois grandes classes de 
langues, à savoir les monosyllabiques, 
les agglutinantes ou agglomérantes et 
les flexives (v. ces mots) possèdent le 
son A, et le possèdent si bien qu'il joue 
toujours chez elles un des rôles les 
plus importants. On remarque encore 
que, dans presque tous les alphabets, 
c'est la lettre qui représente ce son, 
la lettre A, qui est la première, quand 
il s'agit d'un alphabet qui possède 
I. 



les voyelles à l'état de signe graphique 
ayant la valeur d'une lettre, et non pas 
seulement d'un accent. L'aleph hé- 
breu (k) n'est qu'un signe d'aspiration. 

Ce qui constitue, détermine et ca- 
ractérise les mots d'un langage, ce 
ne sont pas les voyelles, quoiqu'elles 
entrent comme élément premier dans 
la composition de ces mots; ce sont 
les consonnes. Le son A, par exem- 
ple, dans sa simplicité originelle, tel 
qu'il peut sortir d'un instrument so- 
nore quelconque, ne révèle aucun ar- 
bitraire, aucune préférence, aucun 
choix d'être intelligent; mais aussitôt 
qu'au lieu de A simplement, on dit 
BA ou AB, CA ou AG, DA ou AD, 
GA ou AG, etc. en l'articulant diver- 
sement à l'aide de mouvements par- 
ticuliers des lèvres, des dents, de la 
langue, du gosier, représentés par 
les consonnes B, C, D, G, etc. il prend 
la valeur d'un véritable mot de lan- 
gue humaine, et il devient la clef de 
combinaisons arbitraires qui pourront 
se multiplier indéfiniment durant le 
cours des développements mêmes des 
idées dans l'humanité. 

Les Sémites, dont le peuple hébreu 
tient la tête avec sa littérature su- 
blime entre les plus sublimes, avec 
ses Moïse, ses Job, ses Isaïe, avaient 
eu uu instiuct tellement profond de 

1 



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2 



cette vérité philologique , qu'ils 
avaient négligé, par un excès de con- 
formité avec elle, de figurer ces sons 
simples et primitifs dans leurs sytèmes 
graphiques. Leur- idiomes ne se con- 
servaient écrits que par les conson- 
nes. Le mot hébreu calaph, par exem- 
ple, qui signiiie maillet et frapper, 
s'écrivait clf, (rjSs) (l)avec les con- 
sonnes seules; et c'était la tradition 
phonétique ou parlée qui conservait 
la prononciation par À plutôt que par 
E, I ou toute autre voyelle. 

Ce fut pour remédier aux difficul- 
tés de lecture de leurs livres, que 
vers le ix e siècle de l'ère chrétienne, à 
ce qu'il parait, les docteurs juifs, au- 
teurs de l'interprétation philologique 
de la Bible, qu'on nomme la Mas- 
sore, imaginèrent, très -ingénieuse- 
ment, les treize points-voyelles, ou 
motions, appelés aussi points mas- 
soreths (2). 

Le falhack, par exemple, qui est 
un de ces signes n'ayant que la va- 
leur d'accents, est un petit trait ho- 
rizontal qui se place sous la consonne 
et indique que c'est le son primitif 
d'A bref qu'on doit articuler; B, écrit 
comme il suit : B, se prononcera BA 
bref. Le fathack furtif en est un autre 
qui indique encore l'A bref, mais pro- 
noncé avant la consonne : AB. 

On conçoit lacilemcntl'utilité énor- 
me de ces signes dans la lecture de 
la Bible, surtout depuis que l'hébreu 
peut être considéré comme une lan- 
gue morte. Cependant, il est des phi- 
lologues modernes, tels que le P. 
Houbigant, qui n'admettent pas le 
besoin des points-voyelles, et qui ont 
pour système de s'en passer. Ils pré- 
tendent qu'on peut lire la Bible hé- 
braïque, en donnant seulement aux 
consonnes le son qu'elles ont dans 
l'alphabet hébreu. En conséquence 



(1) Troubliez pas que l'hébreu s'écrit et se lit de 
droite à gauche, c'est-ù-dire dans le sens contraire 
à notre manière de lire et d'éerire. 

(2) Quelques-uns font remonter l'invention des 

Ë oints-voyelles, ou massoretlis, à Moïse lui-même. 
Tais ces pomts n'existaient pas au temps de saint 
Jérôme, puisqu'il s'exprime de manière à donner à 
conclure qu'il n'en avait pas l'idée, ni même au temps 
de la composition du Tahntid (ve siècle). Quelques 
autres l'attribuent à l'école de Tiberiade (vie siècle). 
D'autres, ^nuii, ne la font remonter qu'au îxe siècle, 
et ce nous parait être l'opinion la plus probable* 



l'édition qu'en a donnée le P, Hou- 
bigant manque des motions, qu'on 
trouve dans les autres. 

La langue arabe , cette sœur im- 
médiate de l'hébreu, si belle encore, 
n'a que trois motions : le fatha, le 
kesra et le dhammal. Le premier est 
semblable à notre accent aigu, se 
place sur la consonne et indique un 
des sons A, E, Al, selon les cas. Le 
kesra présente la même forme, se 
place sous la consonne et indique un 
des sons E et I, selon les cas. Enfin, 
le dhammal a la forme d'un petit g 
ou d''ine virgule, se place, comme le 
précédent, sous la consonne, et indi- 
que un des sons primitifs, 0, OU, 
EU. 

En ce qui est du signe graphique 
qu'a pris l'A dans les alphabets de nos 
idiomes indo-européens, tous dérivés 
du sanscrit ou plutôt, ainsi que nous 
le verrons, d'une mère commune qui 
aurait eu le sanscrit pour l'ainée de 
ses tilles, on a prétendu en trouver 
la raison d'être dans une imitation 
de la nature. Il suftit, a-t-ondit, d'ou- 
vrir la bouche en donnant une émis- 
sion sonore pour produire ce son ; 
un instinct d'imitation hyérogly- 
phique a, dès lors, fait choisir pour 
signe de ce même son la forme que 
prend la bouche s'ouvrant pour le 
produire. Notre A n'est qu'une es- 
quisse de la bouche ouverte. 

Quoi qu'il en soit du signe, le son 
A est un des premiers éléments dn 
langage, le premier peut-être, et es 
communà toutes les langues. 

Or, pouvons-nous conclure, de ce 
fait scientifique, quelque chose en fa- 
veur de l'identité originelle, distincte, 
de la race humaine, contre la théo- 
rie positiviste contemporaine de l'an- 
glais Darwin, consistant à exagérer 
Punité primitive des espèces, en lesfai- 
sant toutes sortir, y compris l'espèce 
humaine, d'un type antique doué de 
force organique, au moyen de ce 
qu'il nomme les sélections naturelles 
da.ns\e combat pour la vie, c'est-à-dire 
une concurrence vitale dans laquelle 
le plus fort efface toujours le plus 
faible? Ces sélections ne seraient, 
dans ce système, que des détermina- 
tions lentes et progressives, faites 
par la nature, de types distincts dans 



A 



la même espèce, devenus à la longue 
les pères d'espèces nouvelles. 

Pouvons-nous conclure du même 
fait quelque chose en faveur de l'u- 
nité de souche de l'humanité, contre 
les théories opposées au Darwinisme, 
et auxquelles adhère en partie le 
célèbre Agassiz lui-même, théories 
qui soutiennent une pluralité origi- 
nelle des races humâmes? 

Pouvons-nous, au moins, en con- 
clure quelque chose en faveur d'une 
fixité physiologique des organes vo- 
caux de notre espèce, dout le jeu 
le plus simple aurait toujours engen- 
dré la voyelle A? 

Non ; et pas même cette dernière 
vérité, attendu que, si l'on nous de- 
mandait, à cette occasion, de prouver 
que l'homme a toujours prononcé 
l'A comme il le prononce aujour- 
d'hui, nous ne saurions que répon- 
dre, malgré, une conviction là-dessus, 
qui bien certainement ne nous trompe 
pas. Nous tirerons toutes ces consé- 
quences d'autres faits plus caracté- 
ristiques et plus concluants, que les 
sciences nous fourniront en abon- 
dance. La physiologie, la philologie et 
toutes leurssœurs s'accorderont pour 
rejeter le Darwinisme, pour rejeter 
la pluralité des espèces dans l'huma- 
nité, pour rejeter aussi cette théorie 
d'un développement physiologique 
qui conduirait peu à peu les espèces 
aux conditions de structure etde vie 
qu'elles présentent aujourd'hui! Mais 
îkius ne demanderons pas à ce fait 
philologique particulier de l'univer- 
salité de la voyelle A, de nous prou- 
ver tant de choses; nous ne lui de- 
manderons même pas de venir ap- 
puyer l'antique tradition que nous 
ont conservée les livres sacrés de tous 
les peuples, et que notre Moïse a for- 
mellement rendue par cette affir- 
mation historique : « la terre n'avait 
alors qu'une seule langue, » erat au- 
tem terra labii «mus, parce que ce phé- 
; nomène nous parait trouver une ez- 
' plication suffisante dans la conformité 
des organes vocaux de l'être humain 
chez tous les peuples ; une cause iden- 
tique suffit pour engendrer des effets 
identiques. Il nous faut davantage 
pour arriver à des conséquences ri- 
goureuses d'unité primitive ; il nous 



faut des similitudes qui, n'ayant pas 
leur raison d'être dans la conforma- 
tion organique, ne peuvent l'avoir 
que dans une origine historique com- 
mune, et nous n'en manquerons pas. 
Demandons seulement au fait pré- 
sent ce qu'il peut nous donner. 

Le son A, comme celui de toute 
autre voyelle, peut se présenter à 
celui qui l'entend, sous trois étais 
différents : comme le simple produit 
d'une force mécanique agissant dans 
un milieu sonore ; comme le cri d'un 
être doué de vie et de sentiment, 
« doué d'une âme vivante » , pour 
parler comme Moïse ; et enfin comme 
parole humaine. 

Le bruit d'une forte branche rom- 
pue par un coup de vent, celui d'une 
grosse pièce de métal qui tombe sur 
un corps dur, le choc de la foudre 
avant que l'écho ne l'ait modifié et 
assourdi, le son qui s'échappe libre- 
ment par une large ouverture, tous 
les craquements, tous les éclats, tous 
les fracas largement sonores, sont au- 
tant de phénomènes acoustiques du 
premier ordre, appartenant au sou 
radical de la voyelle A, et qui sont 
toujours représentés dans les langues 
par l'introduction de cette voyelle 
dans les mots qui les expriment, ce 
qui fart de ces mots autant d'ono- 
matopées. 

Le croassement du corbeau sortant 
largement de son bec ouvert, le se- 
cond temps du cri de l'âne, qui est 
l'A nazal, et plusieurs autres cils d'a- 
nimaux sont des phénomènes du 
second ordre se rapportant encore à 
l'A. 

Enfin, la voix humaine prononçant 
la voyelle A, soit sous forme d'inter- 
jection, soit sous une autre forme, 
nous donne le véritable son de cette 
voyelle sous sa troisième intonation, 
qui est la plus parfaite. 

Or, dans son émission purement 
méeanico-acoustique, que nous dit la 
voyelle A?... tëlle nous dit une force 
mécanique, électrique ou autre; voilà 
ton L. Mais qu'est-ce déjà qu'une force? 
est-ce rie, lu matière ?... et qui, d'un 
positiviste moderne ou d'un Leibnitz, 
saura le mieux nous définir une force? 

Dans son émission, comme cri, par 
un animal, que nous dit la voyelle 



I 



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I 



11 



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A 



A ?... elle nous dit encore une force, 
mais avec quelque chosede plus, avec 
quelque chose d'intérieur et d'indéfi- 
nissable, qui sera ou la douleur ou 
la joie, ou la peur ou l'amour, en un 
mot avec un sentiment. Or, qu'est-ce 
qu'une force et un sentiment réunis? 
sont-ce deuxgrains dépoussière, deux 
atomes chimiques qui se divisent et 
qui se subdiviseront sans fin, fuyant 
sans lin l'existence fixée, réelle, défi- 
nitive, positive, puisqu'on veut du po- 
sitif ?... Que les positivistes viennent 
donc nous répondre ; qu'ils nous 
expliquent ce que c'est surtout que 
ce sentiment qui est exprimé par 
l'animal et qui est inspiré par son 
cri dans celui qui l'entend. La force 
pure s'est faite sentiment ; quoi de 
moins pondérable, de moins divisible, 
de plus spirituel ? 

Enlin , dans sa troisième production, 
la voyelle A, devenue voix humaine, 
n'exprime plus seulement une force et 
un sentiment; elle exprime une idée; 
elle s'est faite esprit ; et elle s'est faite 
esprit à des degrés divers, avant de de- 
venir encore l'articulation proprement 
dite qui se déterminera, dans le mot, 
par la consonne. 

Lorsque le chantre sacré s'écrie, 
en latin, dans son afiliction profonde: 
de profundis clamavi ad te Domine!... 
le son A, en devenant AD par l'addi- 
tion du D, s'articule; de modulation 
simple, il se fait articulation. Mais 
lorsque le même chantre s'écrie en 
français : des abîmes j'ai crié àvous,Sei- 
gneur !... il accentue son A pur d'une 
manière indéfinissable, qui ne peut 
être rendue par l'addition d'aucune 
consonne, et qui est déjà pourtant 
une articulation suffisante pour faire 
du son A un vrai mot humain, gros 
d'éloquence. C'est que la voyelle s'est 
déjà faite idée, s'est faite homme. 
Que sera-ce quand elle affectera, 
sous le triple talisman de la passion, 
du caprice et du goût, les mille va- 
riantes de l'articulation? 

Voilà doncle son A qui prend toutes 
ces nuances selon l'être qui le pro- 
duit. Expliquez-nous un tel phéno- 
mène, ô matérialistes, sans l'interven- 
tion de quelque chose qui ne soit pas 
matière, et que nous devons appeler 
dans la matière, force pure ; dans 



AAR 

l'être « âme vivante », force et sen- 
timent, ou vie ; dans l'homme, force, 
sentiment et intelligence, ou ame. 
Le Noir. 

AARON, frère de Moïse, premier 
pontife de la religion juive. On peut 
voir son histoire dans l'Exode et dans 
les livres suivants : ce n'est point à 
nous d'en rassembler les traits ; mais 
nous sommes obligés de justifier les 
deux frères de quelques reproches 
que leur ont faits les censeurs an- 
ciens et modernes de l'histoire sainte. 

Ils ont dit que Moïse avait donné 
à sa tribu et à sa famille le sacerdoce, 
par un motif d'ambition. S'il avait 
agi par ce motif, il aurait sans doute 
assuré à ses propres enfants le ponti- 
ficat plutôt qu'à ceux de son frère; 
Une l'a pas fait; les enfants de Moïse 
demeurèrent confondus dans la foule 
des lévites. Dans le testament de Ja- 
cob, Lévi et Siméon sont assez mal- 
traités ; la dispersiondes lévites parmi 
les autres tribus est prédite comme 
une punition du crime de leur père. 
Gen., c. 49, y S et suiv. Qui a forcé 
Moïse de conserver le souvenir de 
cette tache imprimée à sa tribu? 
Nous ne voyons pas en quoi le sacer- 
doce judaïque pouvait exciter l'am- 
bition. Les lévites n'eurent point de 
part à la distribution des terres : ils 
étaient dispersés parmi les autres 
tribus, obligés de quitter leur fa- 
mille} pour venir remplir leurs fonc- 
tions dans le temple de Jérusalem ; 
leur subsistance était précaire; ils 
étaient exposés à la perdre lorsque 
le peuple se livrait à l'idolâtrie. Une 
preuve que le sacerdoce n'était pas 
par lui-même une source de prospé- 
rité, c'est que la tribu de Lévi fut 
toujours la moins nombreuse; on 
le voit par les dénombrements qui 
furent faits en différents temps. 

A la vérité l'auteur de l'Ecclésias- 
tique, c. 45, y 7, fait un éloge ma- 
gnifique de la dignité à'Aaron et des 
privilèges qui étaient attachés à son 
sacerdoce ; mais il les envisage sous 
un aspect religieux, beaucoup plus 
que du côté des avantages tempo- 
rels ; le privilège de subsister par les 
offrandes des prémices et par une 
portion des victimes ne pouvait pas 



I 



AAR 

compenser les inconvénients auxquels 
'es prêtres en général étaient exposés 
aussi bien que leur chef. Nous ne 
voyons pas dans l'histoire sainte que 
les pontifes des Hébreux aient ja- 
mais joui d'une très-grande autorité 
ni d'une fortune considérable, et nous 
ne comprenons pas quel motif aurait 
pu exciter l'ambition de gouverner 
un peuple aussi intraitable et aussi 
mutin que l'étaient les Hébreux. 

Les mêmes censeurs ont ajouté 
qu'après l'adoration du veau d'or le 
peuple fut puni, et qu' Aaron, le plus 
coupable de- tous, ne le fut point : 
que le gros de la nation porta la 
peine du crime de son pontife. C'est 
une calomnie. Aaron ne fut ni l'au- 
teur de la prévarication du peuple, 
ni le plus coupable ; il céda par fai- 
blesse aux cris importuns d'une mul- 
titude séditieuse. Moïse, à la vérité , 
demanda au Seigneur grâce pour son 
frère, et l'obtint. S'il avait agi autre- 
ment, on l'aurait accusé d'inhuma- 
nité, ou d'avoir profité de l'occasion 
pour supplanter son frère. La faute 
d' 'Aaron ne demeura cependant pas 
impunie. Il fut exempt de la conta- 
gion qui fit périr les prévaricateurs ; 
mais il eut bientôt à pleurer la mort 
de ses deux fils aînés; il fut exclu, 
aussi bien que Moïse, de l'entrée 
dans la terre promise, et subit une 
mort prématurée pour une faute as- 
sez légère. 

Si l'on veut faire attention à la 
multitude et à la rigueur des lois 
auxquelles le grand prêtre était as- 
sujetti, à la peine de mortqu'il pou- 
vait encourir s'il péchait dans ses 
fonctions, à l'espèce d'esclavage dans 
lequel il était retenu, on verra que 
cette dignité n'était pas fort propre 
à exciter l'ambition. Voyez Lévite, 
Pontife, Prêtre, Sacerdoce. 

La révolte de Coré et de ses par- 
tisans, et leur punition éclatante , 
ont fourni aux incrédules de nou- 
veaux traits de malignité. Coré, chef 
d'une famille de lévites, jaloux du 
choix que Dieu avait fait A'Aaron 
pour le pontificat, se joignit à Dathan, 
à Abiron et à deux cent cinquante 
autres chefs de famille, et ils repro- 
chèrent à Moïse et à son frère l'au- 
torité qu'ils exerçaient sur le peuple 



ABA 

du Seigneur. Moïse leur répondit 
avec modération que c'était à Dieu 
seul de désigner ceux qu'il daignait 
revêtir du sacerdoce, et il le pria de 
confirmer, par la punition exem- 
plaire des rebelles, le choix qu'il 
avait fait d' Aaron et de ses enfants . 
En effet, la terre s'ouvrit et engloutit 
Coré avec ses complices et toute leur, 
famille, et un feu du ciel consuma^ 
les deux cent cinquante auires cou- 
pables. Num., c. 16. 

Reprocher ce châtiment à Moïse 
comme un trait de cruauté, c'est s'en 
prendre à Dieu même. Moïse ni son 
frère n'avaient pas sans doute le 
pouvoir de faire ouvrir la terre, ni 
de faire tomber le feu du ciel; et ce 
prodige se lit à la vue de tout le 
peuple assemblé. Dieu aurait-il ap- 
prouvé par un miracle l'ambition ou 
la cruauté des deux frères? 

Vainement certains critiques ont 
voulu trouver de la ressemblance 
entre l'histoire à' Aaron et la fable de 
Mercure ; tous les traits du parallèle 
qu'ils en ont fait sont forcés. Homère 
et Hésiode ont connu la fable de 
Mercure longtemps avant que les 
Grecs aient pu avoir aucune connais- 
sance de l'histoire des Juifs; Héro- 
dote, qui a vécu quatre cents ans 
après ces deux poètes, connaissait 
très-peu les Juifs. D'autres ont cru 
que le personnage de Mercure avait 
été copié sur celui d'Eliézer, éco- 
nome d'Abraham ; ils n'ont pas 
mieux rencontré. 11 est fort aisé d'a- 
buser de ces sortes de parallèles entre 
l'histoire sainte et la fable, et nous ne 
voyons pas quelle utilité il en peut 
résulter. Ceux qui voudront consulter 
les allégories orientales de M. de Ge- 
belin, pag. 100 et suiv., verront qu'il 
n'a pas été nécessaire de copier l'his- 
toire sainte, pour forger la fable de 
Mercure. Bergier. 

AB, ABBA. Voyez Père. 

ABADDON, est le nom de l'ange 
exterminateur dans l'Apocalypse ; il 
vient de l'hébreu Abad, perdre, dé- 
truire. 

ABAILARD ou ABÉLARD (Pierre), 
docteur célèbre du douzième siècle, 



M 

1 



I 



I 



I 







ABà 6 

mort l'an H 42. Mous n'aurions rien à 
en dire, si l'on n'avait pas travaillé de 
nos jours à réhabiliter sa mémoire, à 
faire l'apologie de sa doctrine, et à 
donner au dérèglement de sa jeu- 
nesse toute la célébrité possible ; ce 
que l'on en a dit est tiré du Diction- 
naire de Bayle, articles Abclard, Bé- 
renger, H.-hise. Saint Bernard y est 
accusé d'avoir persécuté Abnilard 
par jalousie de réputation. Moslieim, 
Brucker et d'autres protestants, n'ont 
pas manqué d'adopter celte calom- 
nie. 

Malgré les efforts de Bayle et de 
ses copistes, il résulte de leurs aveux 
1° que le dérèglement des mœurs 
a. Abailard n'est point venu de fié- 
ble-a, mais d'un fond de perversité 
naturelle; il avait formé le dessein 
de séduire Héloïse avant qu'elle fût 
son écolière ; c'est dans cette inten- 
tion qu'il se mit en pension chez le 
chanoine Fulbert et lui offrit de 
donner des leçons à sa nièce ; et il 
en convient lui-môme dans la rela- 
tion qu'il fait de ses malheurs. 
; 2° La vanité, la présomption, la 
jalousie, le .caractère hargneux à'A- 
bailard, sont prouvés par ses écrits 
et par sa conduite. Son ambition était 
de vaincre ses maîtres dans la dis- 
pute, d'établir sa réputation sur les 
ruines de la leur, de leur enlever 
leurs écoliers, d'être suivi d'une foule 
de disciples. On voit par ses ouvrages 
qu'il entraînait ses auditeurs, beau- 
coup plus par ses talents extérieurs 
que par la solidité de sa doctrine; il 
était séduisant, mais il instruisait 
très-mal : il se fit des ennemis de 
propos délibéré, par le seul plaisir 
de les braver. Jaloux de la réputation 
de saint Norbert et de celle de saint 
Bernard, il osa les calomnier l'un et 
l'autre. 

3° Il se mit à professer la théologie 
sans l'avoir étudiée suffisamment; il 
y porta les subtilités frivoles de sa 
dialectique et un esprit faux; cela est 
évident par le premier ouvrage qu'il 
publia. Rien n'était plus absurde que 
de donner un traité de la foi à la 
sainte Trinité, pour servir d'introduc- 
tion à la théologie; de vouloir expli- 
quer ce mystère par des comparaisons 
sensibles ; s'il pouvait être comparé 



ABA 



à quelque chose, ce ne serait plus un 
mystère ou un dogme incompréhen- 
sible. 

4° Ses apologistes sont forcés de 
convenir qu'il y a des erreurs dans cet 
ouvrage et dans les autres; ce n'est 
donc pas injustement qu'il fut con- 
damné dans un concile de Soissons, 
l'an 1121, et que l'auteur fut obligé 
de se rétracter. Cet événement rendit 
avec raison les évèqnes et les autres 
théologiens plus attentifs sur sa doc- 
trine. Vingt ans après, Guillaume, 
abbé de Saint-Thierry, crut trouver 
de. nouvelles erreurs dans les écrits 
A' Abailard ; il en envoya le précis et 
la réfutation à Geoffroi, évéque de 
Chartres, et à saint Bernard, abbé de 
Clairvaux. A-t-on quelque motif de 
prêter de la jalousie, de la haine, de 
lapréventionàrabbédeSaint-Thierry? 
Saint Bernard, loin de témoigner ces 
mêmes passions contre Abailard, lui 
écrivit pour l'engager à se rétracter 
et à corriger ses livres. Cet entêté n'en 
voulut rien faire : il voulut attendre 
la décision du concile de Sens, qui 
était près de s'assembler, et demanda 
que saint Bernard y fût présent. 
L'abbé de Clairvaux s'y trouva en effet ; 
il produisit les propositions extraites 
des ouvrages d' Abailard, et le somma 
de les justifier ou de les rétracter. 

Parmi ces propositions, que l'on 
peut voir dans le Dictionnaire des hé- 
résies, article Abailard, il y en a 
quatre qui sont pélagiennes, trois sur 
la Trinité, dont le sens littéral est hé- 
rétique; dans une autre, l'auteur en- 
seigne l'optimisme ; dans la quator- 
zième, il soutient que Jésus-Christ 
n'est pas descendu aux enfers. Qui 
l'empêchait de rétracter les unes et 
d'expliquer les autres, comme il fut 
obligé de le faire dans la suite? Sans 
vouloir le faire dans le concile deSens, 
il en appela à la décision du pape, et 
se retira. Par respect pour son appel, 
le concile se contenta de condamner 
les propositions et ne nota point sa 
personne. 

On dit, pour l'excuser, qu'il vit 
bien que saint Bernard et les évêques 
du concile de Sens étaient prévenus 
contre lui, et que sa justification n'eût 
servi à rien. Mauvais prétexte dont 
un opiniâtre peut toujours se servir 



ABA 



ABA 



quand il le veut. S'en rapporter d'a- 
bord au jugement du concile, en ap- 
peler ensuite avant même qu'il soit 
prononcé, est un trait de révolte et 
de mauvaise foi : les évèques étaient 
ses juges légitimes; en refusant do se 
justifier, il méritait condamnation. 

En effet, il fut condamné à Rome 
aussi Lien qu'à Sens. Est-ce encore 
par haine ou par jalousie que le pape 
et les cardinaux prononcèrent l'ana- 
thème contre lui? Ce n'est qu'après 
cette condamnation qu'il lit entin son 
apologie et sa profession de foi, dans 
laquelle il rétracta formellement la 
plupart des propositions qu'on lui 
avait reprochées, et tâcha d'expliquer 
les autres. 

Le grand reproche que l'on fait à 
saint Bernard, est de s'être exprimé 
trop durement au sujet à' Abailard, 
dans les lettres qu'il écrivit à Rome 
et aux évêqucs de France à ce sujet; 
mais ce ne fut qu'après le refus que 
fit Abailard de s'expliquer et de se 
rétracter. Cette conduite dut persua- 
derau saint abbé que ce novateur était 
un hérétique obstiné. Mosheim et 
Brucker disent que saint Bernard n'en- 
tendait rien aux subtilités de la dia- 
lectique de son adversaire ; mais ce- 
lui-ci s'entendait-il lui-même? On 
voit, par les ouvrages du premierqu'il 
était meilleur théologien que son an- 
tagoniste, et qWA.baila.rd aurait pu 
le prendre pour maître ou pour juge, 
sans se dégrader. Toujours est-il vrai 
que les prolestants qui reprochent à 
l'abbé de Clairvaux la haine, la jalou- 
sie, la violence, l'injustice contre 
l'innocence persécutée, se rendent 
eux-mêmes coupables de tous ces 
vices. 

5° Ils affectent d'insinuer qu'il fut 
condamné et persécuté, non pour ses 
erreurs, mais pour avoir soutenu aux 
moines de Saint-Denys que leur saint 
n'était pas le même que saint Denys 
l'aréopagite ; c'est une imposture. Ce 
point ne fut mis en question m à Sois- 
sons, ni à Sens, ni à Rome ; Abailard 
fut condamné pour des erreurs qu'il 
avait enseignées sur la Trinité, sur 
l'incarnation, sur la grâce, et sur plu- 
sieurs autres chefs. 

6° Lorsque Pierre le Vénérable, 
abbé de Cluni, eut donné à Abailard 



une retraite et l'eut converti, saint 
Bernard se réconcilia de bonne foi 
avec lui, et ne chercha point à trou- 
bler son repos ; il n'avait donc point 
de haine contre lui. Mais aux yeux 
des incrédules, les hérétiques onttou- 
jours raison; les Pères de l'Eglise ont 
toujours eu tort. Ils blâment dans les 
ouvrages de saint Bernard les défauts 
de son siècle, et ils les excusent dans 
ceux d' Abailard, où ils sont beaucoup 
plus sensibles. Voyez Saint Bernard, 
Hist. del'Egl. Gallic. ,tom. 8, ann. 1 1 17 
etsuiv. ; tom. 9, ann. 1130-1 1 V2, etc. 
Bergier. 

Nous croyons devoir compl éter cette 
étude, un peu trop acerbe, de Bergier, 
sur les luttes et les travaux d'Abai- 
lard , par la citation biographique 
et bibliographique suivante de M. 
Héfèlé (Dict. encyd. de la théol. ca- 
thol. publié par les D" Wetzer et 
Welte, et traduit de l'allemand par 
I. Goschler, art. Abélard.) 

« Pierre Abélard naquit en 1079, 
non loin de Nantes, dans le bourg de 
Palais, en Bretagne (d'où son surnom 
de Vi Hpaieticus Palatinus), de parents 
nobles, hérita de son père, homme 
de guerre instruit, l'amour de la 
science, et pour s'y adonner renonça 
à son droit d'ainesse en faveur de 
ses sœurs. On nomme ordinairement 
parmi ses maîtres Roscelin, le père 
du nominalisme; mais c'est positive- 
ment une erreur, car Abélard énu- 
mère lui-même ses maîtres, sans faire 
aucune mention de Roscelin (1). 

« Il montra de bonne heure un 
goût passionné pour la dialectique, et 
dés l'âge de quinze ans il lit, à l'ins- 
tar des chevaliers errants, une sorte 
d'expédition aventureuse à travers 
sa patrie, pour rompre des lances 
en l'honneur de la dialectique et 
provoquer les savants dans l'arène de 
la discussion. On voit dès lors se pro- 
noncer dans son caractère cet orgueil 
dont il se plaignit plus tard, et qu'a- 
vec la sensualité il désigna lui-même 
comme la double source de son 
malheur. Lorsque la Bretagne ne lui 
fournit plus aucun moyen de s'ins- 



■ 



I 



tt 



1 



I 



(1) Voy. Cramer, Contin.deV Hist. de Bossuet, 
p. V,t. II, p. 410. 






'*»*' 



ABA 8 

tniire, il alla à Paris auprès de 
Guillaume de Champeaux. Mais une 
vive rivalité s'éleva rapidement entre 
le maître et le disciple, et le second 
triompha du premierdans leurs luttes 
dialectiques. Pour mettre fin à ces 
disputes, Abélard, âgé de vingt-deux 
; ans, se rendit à Melun, plus tard à 
.Corbeil, non loin de Paris, et y fonda 
l une chaire de philosophie qui fut 
bientôt tellement célèbre qu'on dé- 
serta l'école de Guillaume de Cham- 
peaux. Les travaux excessifs d'Abélard 
Ini causèrent une maladie qui le força 
d'interrompre ses leçons et de cher- 
cher la santé dans son pays natal. 
Au bout de quelque temps il revint 
à Paris ; il avait vingt-huit ans. 
Champeaux, promu chanoine de Saint- 
Victor, enseignait toujours la dialec- 
tique et la rhétorique. Abélard se ré- 
concilia avec lui, et, quoique âgé de 
près de trente ans, il redevint son 
disciple. Cela ne dura guère, et la 
division reparut bientôt. Sans être 
nominalisle, comme quelques-uns le 
prétendent faussement, Abélard com- 
battit le réalisme de son maître en 
lui substituant un autre système 
réaliste, selon lequel l'universel, 
universelle, n'était point essentielle- 
ment, essentialiter, mais individuelle- 
ment, individualiter, en chaque cho- 
se (1). Abélard contraignit son maître 
à lui faire cette concession, l'aban- 
donna de nouveau après ce triomphe, 
et fonda, par esprit d'opposition, une 
école particulière, près des murs de 
Pans, sur la montagne de Sainte- 
Geneviève, qui alors était encore hors 
de la ville. Champeaux, pour échap- 
per aux chicanes d'Abélard, se relira 
entièrement de l'enseignement, et 
fut nommé peu de tempsaprès évêque 
de Châlons-sur-Marne. Alors Abélard 
sentit naître en lui l'ambition des 
dignités ecclésiastiques, et il partit 
pour Laon afin de s'y appliquer à la 
théologie sous un célèbre scolastique, 
l'archidiacre Anselme. Abélard n'avait 
encore étudié que la philosophie. Il 
ne fut pas longtemps sans mépriser 
son nouveau maître. « Ce n'était, 



ABA 



(I) Conf. Marbncli, Hist. de la Phi!., t. II, 
p. 270; I. c. p. 4||; Hitler, Hist. de la P/iil 
t. VU, p. 416 5q. 



disait-il, qu'un arbre portant des 
feuilles sans fruit, un homme qui, 
au lieu d'éclairer sa maison, la rem- 
plissait de fumée. » Ayant exprimé 
son dédain en présence des autres 
disciples, ceux-ci lui demandèrent si, 
sans un tel maître, il aurait, jamais 
pu comprendre la sainte Écriture. 
Abélard proposa d'expliquer quelque 
livre de la Bible que ce hit, au bout 
d'un seul jour de préparation. Ils lui 
désignèrent les difficiles prophéties 
d Ezéclnel, et le lendemain son coup 
d'essai fut un coup de maître, qui 
causa la stupéfaction de tous les au- 
diteurs. Mais, Anselme ayant interdit 
cette conférence, Abélard retourna à 
Pans, où son cours de théologie eut 
un si grand succès que, quoique 
laïque, il obtint un canonicat, et 
qu'on vit la jeunesse, ardente à s'ins- 
truire, arriver de toutes les parties 
du monde pour l'entendre ; tels furent 
Jean de Salisbury, Othon de Freisin- 
gen, etc. Il vivait ainsi depuis cinq 
ans, jouissant paisiblement de sa 
gloire, lorsqu'il entendit parler d'une 
Parisienne, de dix-huit ans, qui sur- 
passait en raison et en beauté toutes 
les jeunes filles de son âge, égale- 
ment savante dans les langues latine, 
grecque et hébraïque, nommée Hé- 
loïse. C'était la nièce de Fulbert, 
chanoine de la cathédrale de Paris, 
qui l'avait élevée avec le plus grand 
soin , après la mort prématurée de 
ses parents. Abélard chercha à la 
connaître; il parvint à se faire char- 
ger par Fulbert, désireux de déve- 
lopper de plus en plus l'intelligence 
de sa nièce, de lui donner des leçons 
et fut môme admis à demeurer dans 
sa maison. Mais Abélard , dont le 
cœur n'avait été sensible jusqu'alors 
qu'à la passion de l'étude, s'éprit 
d'amour pour Héloïse et fut payé de 
retour. Quoique âgé de trente-neuf 
ans, Abélard était encore plein de 
grâce et de beauté ; il était aimable, 
il avait une voix mélodieuse. Il pas- 
sait son temps à composer, sous des 
noms supposés, d'ardentes chansons 
d'amour, négligeait ses études et sa 
chaire, et poussa les choses si loin 
qu'il fut exclu de la maison d'Héloïse 
par l'imprudent Fulbert, averti enfin 
de leurs intimes relations, quoiqu'Hé- 



ABA 



i) 



ABA 



loïse les niât formellement à son 
oncle. Quelque temps après, Héloïse 
écrivit, pleine de joie, à Abélard, 
qu'elle portait dans son sein le fruit 
de leur amour, et s'enfuit auprès 
d'une des sœurs de son amant, en 
Bretagne, où elle mit an jour un fils 
qu'elle nomma Astrolabe, c'est-à- 
dire étoile brillante. Abélard cepen- 
dant se réconcilia avec Fulbert et lui 
promit d'épouser secrètement Hé- 
loïse; mais celle-ci ne voulut pas 
entendre parler d'un mariage qui, 
d'après elle, pouvait entraver Abélard 
dans sa glorieuse carrière, et il fallut 
les instances les plus vives de son 
amant pour arracher son consente- 
ment à un mariage secret. Abélard 
reprit alors ses fonctions habituelles, 
Héloïse demeurant chez son oncle, 
afin de garder le mystère de leur 
union. « Plaise à Dieu, s'était-elle 
écriée dans un triste pressentiment, 
au moment de son mariage, que cette 
malheureuse union ne soit pas notre 
perte! » 

Astrolabe son fils était mort. Ful- 
bert rendit le mariage public, pour 
rétablir l'honneur de sa nièce, et de 
toutes parts on s'empressa de la 
féliciter. Mais elle continua à nier 
son mariage avec une telle persévé- 
rance qu'on finit par la croire et par 
tenir Fulbert pour un menteur. Ful- 
bert s'irrita tellement contre sa nièce 
qu'Abélard crut nécessaire de la 
soustraire à sa fureur et la conduisit 
au couvent d'Argenteuil. 

Persuadé qu'Abélard n'avait en- 
fermé Héloïse que pour s'en débar- 
rasser, Fulbert jura de se venger et 
fit saisir Abélard pendant la nuit par 
cinq scélérats stipendiés, qui le mu- 
tilèrent. Lorsque, le lendemain, on 
apprit cet acte de barbarie , tout 
Paris, pour ainsi dire, prit part au 
malheur d' Abélard. Fulbert fut des- 
titué ; ses biens furent confisqués, et 
deux des coupables, qu'on saisit, fu- 
rent mutilés et eurent les yeux crevés. 
Abélard, après sa guérison, se retira 
au couvent de Saint-Denis, et, à sa 
demande, Héloïse, de son côté, entra 
au monastère d'Argenteuil, sans vo- 
cation véritable , mais paramourpour 
l'homme dont, dans sa passion, elle 
disait : Charius et dignius mihi videre- 



tur tua dici meretrix quam iïïius (tofius 
mundi) imperatrix. Abélard, se con- 
formant aux désirs de ses supérieurs, 
ouvrit un nouveau cours de théologie; 
mais le zèle amer qu'il manifesta 
pour la règle de l'ordre, que ses con- 
frères lui pardonnèrent moins qu'à 
tout autre, le rendit odieux à la com- 
munauté, qui songea à l'éloigner. 
Lorsqu'il fut ordonné prêtre, son 
supérieur lui assigna pour demeure 
une petite maison de campagne iso- 
lée, parce que, disait-il, le grand 
concours d'élèves qu'attirait le maitre 
ne pouvait s'accorder avec le silence 
du cloître, mais surtout parce qu'il 
tenait à isoler, sous un prétexte spé- 
cieux, le rigoureux zélateur. Abélard 
vit, comme autrefois, affluer dans sa 
retraite une foule de disciples, parmi 
lesquels se trouvaient le futur pape 
Côlestin II et Pierre Lombard, si fa- 
meux par la suite. Abélard, à leur 
demande, rédigea son Introduction à 
la Théologie, Introductio ad Theolo- 
giam. L'expression theologia est prise 
ici dans le sens restreint et spécial 
de « science de Dieu, » in specie, et, 
par conséquent, le livre d'Abélard 
n'est pas une sorte d'encyclopédie de 
toute la théologie, comme le titre 
pourrait le faire croire ; c'est un traité 
de l'Unité ctde la Trinité divines (1). 
« Deux anciens condisciples d'Abé- 
lard, akirs professeurs, Albéric et Lo- 
tulphe de Reims, qui déjà avaient été 
ses adversaires dans l'école d'An elme 
de Laon, attaquèrent son livre et 
l'accusèrent d'erreur devant Rodol- 
phe, archevêque de Reims. L'arche- 
vêque, d'accord avec le légat du pape, 
Conon, convoqua à ce sujet un con- 
cile à Soissons. Abélard fut condamné 
à brûler son traité en présence de 
l'assemblée et autorisé à retourner au 
couvent de Saint-Denis. Là il suscita 
contre lui de nouveaux orages en 
soutenant, dans une conférence pu- 
blique, que Denis l'Aréopagite n'avait 
pu être l'apôtre des Gaules ; car, di- 
sait-il, le vénérable liède raconte que 
Denis l'Aréopagite devint évêque de 



(1) Voyez les extraits dans Cramer, loc. fit; 
t. VI, p. 336-384. — Schrœekh, Hist. de l'Egl., 
t. XXV1U, p. 440.— Marbaclj, Uist. de la Philos,, 
t. U, p. 274 sq. 



m 



II 






[5jE». 




ABA io 

Corinthe, tandis que l'apôtre des 
Gaules est nommé évêque d'Athènes, 
et non de Curintlie. Adam, abbé de 
Saint-Denis, menaçant Abélard de le 
faire comparaître devant le roi, le 
pauvre moine crut prudent de cher- 
cher un refuge auprès du comte Théo- 
bald de Champagne. C'est de cet 
asile qu'il termina son différend avec 
son couvenl. Le nouvel abbé de Saint- 
Denis, le célèbre ministre d'État Su- 
ger, le délia rie ses vœux et le déga- 
gea de l'obligation de retourner à 
Saint-Denis. Désireux d'un repos qui 
le fuyait parluut, Abélard se retira 
dans les environs de Nogrnt-sur- 
Seine ; il y bâtit un oratoire, le nom- 
ma le Paraclet, parce qu'il espérait 
y trouver enfin quelque consolation, 
et bientôt, là comme ailleurs, il fut 
recherché par de nombreux disciples, 
qui se bâtirent d'humbles cellules 
autour de celle d>i maître. Ce ne fut 
qu'a regret fa'Abélajpâse rendit à leur 
désir de l'entendre. Son pressenti- 
ment ne l'avait pas trompé; de nou- 
v.mus désagréments lui furent susci- 
tés, surtout parce qu'il avait donné à 
sa chapelle le nom du Saint-Esprit 
(Hapi*5>iyro«), et qu'il y avait placé 
une statue de la très-sainte Trinité 
ayant trois ligures semblables. Saint 
Bernard et saint Norbert s'étaient 
spécialement élevés contre lui. Néan- 
moins Abélard triompha cette fois, 
et bientôt après ses compatriote., de 
Bretagne l'élurent abbé de Saint-Gil- 
das de Ruys (1 120). Agé alors de près 
de quarante-sept ans, Abélard prit 
possession de son abbaye et se voua 
avec zèle à ses fonctions nouvelles. 
Mais le malheur semblait vouloir le 
poursuivre partout; ses moines furent 
bientôt mécontents du régime d'un 
supérieur rude et presque misan- 
thrope, et le persécutèrent de toutes 
les manières. 

« Le sort d'Héloïse n'avait'pas été 
beaucoup meilleur; elle avait été 
nommée abbesse d'Argenteuil ; mais 
ses religieuses étaient si indiscipli- 
nées qu'elles furent chassées de leur 
couvent, avec leur abbesse, par les 
supérieurs de Saint-Denis. Abélard 
olirit un asile à la supérieure fugitive ; 
il lui donna le Paraclet, que révêtjiie 
de Troyes avait érigé eu abbaye, Ilé- 



ABA 



buse se retira avec huit on dix reli- 
gieuses, parmilesquelles se trouvaient 
deux nièces d'Abélard, dans cette ab- 
baye depuis lors fameuse, et qui sub- 
sista jusqu'en 1593. Quelque temps 
après, les moines de Saint-Gildas 
cherchèrent à empoisonner l'abbé 
dont ils étaient fatigués, et ce fut en 
apprenant cette criminelle tentative 
qu'Héloïse écrivit de nouveau, pour 
la première fois, à Abélard, et com- 
mença cette célèbre correspondance 
ardente peinture de la lutte d'une 
'âme partagée entre l'amour et le de- 
voir, qui finit par triompher d'elle- 
même. Abélard abandonna son ab- 
baye en 1 1 M et revint à la montagne 
de Sainte-Geneviève comme maître 
et docteur. Alors aussi ses ennemis 
Idéologiques reparurent; Guillaume, 
abbe de Saint-Thierry, l'accusa d'hé- 
résie et appela à son aide saint Ber- 
nard. 

« Saint Bernard, à cette occasion, 
alla visiter lui-même le docteur incri- 
miné, et lui fit des remontrances si 
amicales qu'Abélard promit de corri- 
ger les proportions erronées de son 
enseignement; mais, se repentant 
promptement de sa promesse, il de- 
manda à l'archevêque de Sens de 
convoquer un concile, où il pourrait 
détendre sa doctrine. Le concile se 
réunit en effet en 1140. Contre toute 
attente, Abélard refusa la discussion, 
et en appela simplement au Pape. 
Malgré cet appel, le concile condamna 
sa doctrine, dont saint Bernard en- 
voya au I ape un compte-rendu rédigé 
par l'abbé Guillaume. Innocent 11 
censura les doctrines d'Abélard, lui 
ordonna le silence et le condamna à 
rester enfermé dans un couvent. 

« Abélard, pour se justifier, voulut 
se rendre lui-même à Rome, visita 
en passant le célèbre couvent de Clu- 
ny, résolut d'y rester, touché qu'il fut 
des douces paroles de l'illustre abbé 
Pierre le Vénérable, et, grâce à l'in- 
termédiaire de ce saint personnage, 
se récom ilia avec l'Église, le Pape et 
saint Bernard. Celui-ci s'empressa de 
tendre la main à son ancien adver- 
saire, qui écrivit, à cette occasion, 
une apologie de sa conduite (Confes- 
sio fidei). Pour rétablir sa santé fort 
délabrée, Abélard se rendit à l'abbaye 



ABA 



il 



ABA 



de Saint-Marcel , très-agréablement 
située près de Chàlons-sur-Saôue, et 
qui dépendait de Cluny, y passa dans 
une pieuse et sévère pénitence les 
derniers temps de sa vie, qu'il ter- 
minale 21 avril 1 142, âgé de soixante- 
trois ans. Pierre le Vénérable, con- 
formément aux usages du temps, lit 
graver sur sa tombe l'absolution qui 
lui avait été accordée de la sentence 
du Pape, et, se rendant au désir d'Hé- 
loise, envoya la dépouille mortelle 
d'Abélard au Paraciel, où elle fut in- 
humée. Héloïse mourut vingt-deux 
ans plus tard (17 mai 1164); elle or- 
donna que son corps fût déposé à 
côté d'Abélard. Les cendres de l'un 
et de l'autre reposent, depuis 1817, 
dans une chapelle du cimetière du 
Père-Lachaise, à Paris. 

« Outre V Introduites ad Theologiam 
que nous avons citée plus haut, Abé- 
lard écrivit encore une théologie chré- 
tienne (Theologia christiana) , en cinq 
livres, qui n'est qu'une reproduction 
développée du premier ouvrage et 
qui se trouve imprimée dans Martène 
et Durand, Thesaur., t. V. On a de 
plus d'Abélard : 1° un écrit intitulé : 
Sic et non, qui n'est qu'un recueil de 
sentences contradictoires des Pères 
de l'Église (édité pour la première 
fois, avec quelques autres petits écrits, 
par M. Victor Cousin, en 1830); 2° 
une sorte de morale dans l'écrit in- 
titulé : % Scito te ipsum (i) ; 3° Dialo- 
gus voter Philosophum Christianum 
et Judaium, publié pour la première 
fois en 1837 par Rheinwald ; enfin 
4° ditférenlesLeiiVes, dontla première 
contient l'histoire de sa vie, des ser- 
mons et des petits traités, qui, ainsi 
que Vlntrodwitio, sont dans l'édition 
complète des Œuvres d'Abélard et 
d'Héloise (2) L'écrit publié en 1835 
par Rheinwald sous leti're de : Abss- 
lardi epitome Theol. christ., n'est pas 
d'Abélard, mais d'un de ses élèves. » 

Abélard a, selon nous, un très- 
grand mérite, celui d'avoir été pla- 
tonicien bien plutôt qu'aristotélicien 
dans un siècle (le xiie) où les tendances 
étaient toutes du côté de la philoso- 
phie, beaucoup moins exclusivement 



11) Voy. Pertz, Thesaur., t. in, p. 2. 

(ï) Xbxlardi et iieloiix opéra, Paris, 1610, 4o. 



spiritualiste, du stagirite. Cette ten- 
dance se prononcera encore bien da- 
vantage dans le. siècle suivant par 
l'influence du célèbre professeur Al- 
bert le Crnnd. Abélard représentait, 
par ce côté, les Origène et les Au- 
gustin, à nos yeux les premiers des 
grands hommes, dont la race, dans 
cette malheureuse moitié du xix e 
siècle, semble presque éteinte!. 

Le Noir. 

ABAISSEMENT. Les livres du nou- 
veau Testament nous parlent souvent 
des abaissements ou des humiliations 
du Verbe incarné. « Il s'est anéanti, 
» dit saint Paul, et a pris la forme 
» d'un esclave ; il s'est humilié et s'est 
» rendu obéissant jusqu'à mourir, et 
» mourir sur une croix : c'est pour 
» cela que Dieul'a exalté et lui a donné 
» un nom supérieur à tout autre nom ; 
» alin qu'au nom de Jésus, tout ge- 
» nou llécbisse dans le ciel, sur la 
» terre et dans les enfers, et que toute 
» langue publie que Notre Scigneuf 
» Jésus-Christ jouit de la gloire de 
» son Père. » Philipp., c. 2, f 7, 8. 
Il ne s'ensuit donc pas que le Fils de 
Dieu, en se faisant homme, ait rien 
perdu de sa grandeur. Rien, disent 
les Pères de l'Eglise, n'est plus digne 
de la majesté divine que d'opérer le 
salut de ses créatures; il fallait cet 
excès d'abaissement de la part du 
Verbe incarné, pour guérir l'homme 
de l'orgueil excessif qu'une fausse 
philosophie lui avait inspiré : il le 
fallait, pour consoler la plus grande 
partie du genre humain, de l'humilia- 
tion à laquelle elle est réduite. 

Bergieh. 

ABANDON. Il y a dans l'Ecriture 
sainte des passages qui semblent 
prouver que Dieu abandonne les pé- 
cheurs, et même des nations entières; 
mais il en est d'autres qui nous assu- 
rent que Dieu est bon à l'égard de 
tous, qu'il a pitié de tous, qu'il n'a 
de l'aversion pour aucune de ses 
créatures, que ses miséricordes se ré- 
pandent sur tousses ouvrages, etc. Les 
premiers ne signifient donc pas que 
Dieu prive absolument détentes grâ- 
ces les pécheurs ou les nations iuii- 
dèles, mais qu'il ne leur en accorde 












I 

I 

i 






ABÀ 



12 



pas autant qu'à d'autres peuples, ou 
qu'il ne leur fait pas autant de bien 
qu'il leur en a fait autrefois. C'est un 
usage commun dans toutes les lan- 
gues, d'exprimer en termes absolus 
ce qui n'est vrai que par comparaison. 
Ainsi, lorsqu'un père ne veille plus 
avec autant de soin qu'il le faisait au- 
trefois, sur la conduite de son fils, on 
dit qu'il l'abandonne ; s'il témoigne 
au cadet plus d'affection qu'à l'aîné, 
on dit que celui-ci est délaissé, négli- 
gé, pris en aversion, etc. Ces façons 
de parler ne sont jamais absolument 
vraies ; personne n'y est trompé ; 
elles ne doivent pas nous surprendre 
davantage dans l'Ecriture sainte que 
dans le langage ordinaire. 

En effet, malgré les promesses for- 
melles que Dieu avait faites aux Juifs 
de ne jamais les abandonner, ils ne 
manquaient pas de dire dans toutes 
leurs calamités : le Seigneur nous a 
délaissés, nous a oubliés. Voici ce que 
leur répond le prophète Isaïe de la 
part de Dieu, c. 49, ^ 14 : « Une 
» mère peut-elle oublier son enfant 
» et manquer de tendresse pour le 
» fruit de ses entrailles? Quand elle 
» pourrait le faire, je ne vous oublie- 
» rais point. » L'abandon prétendu 
dont se plaignaient les Juifs, consis- 
tait seulement en ce que Dieu ne les 
protégeait plus d'une manière aussi 
éclatante, et ne leur accordait plus 
autant de bienfaits qu'autrefois. 

Nous devons raisonner de même, 
et entendre de même l'Écriture sainte, 
à l'égard des grâces de salut et des 
secours surnaturels. Dans l'article 
Grâce, § 3, nous prouverons, par 
l'Ecriture sainte, par les Pères de 
l'Eglise, par l'efficacité de la rédemp- 
tion, qu'il n'est sous le ciel aucune 
créature que Dieu laisse manquer de 
grâces absolument et entièrement, 
mais il n'en fait pas également et en 
même mesure à tous les hommes ; 
aux uns il en accorde de plus abon- 
dantes et de plus efficaces qu'aux 
autres, et c'est dans ce sens seulement 
que ceux-ci sont abandonnés en com- 
paraison des premiers. 

Quelques accusateurs de la Provi- 
dence ont affecté d'alléguer un pas- 
sage du livre des Proverbes, c. 1, ^ 
24, où la Sagesse dit aux pécheurs: 



ABÀ 

» Je vous ai appelés, et vous m'avez 
» rebutée; je vous ai tendu les bras, 
» et aucun de vous ne m'a regar- 

» dée De mon côté, je rirai et 

» j'insulterai à votre ruine, lorsque 
» les maux que vous craignez vous 

» seront arrivés Alors on m'invo- 

» quera, et je n'écouterai point : on 
» me cherchera, et on ne me trou- 

» verapas Mais celui qui m'écou- 

» tera reposera sans crainte ; il sera 
» dans l'abondance et n'aura plus de 
» maux à redouter. » Nous ne voyons 
pas comment l'on peut conclure de 
là qu'il y a un moment fatal au- 
quel Dieu n'écoute plus les pécheurs, 
les abandonne entièrement, leur re- 
fuse toute grâce, et les laisse périr. 
1» 11 est évident que le Sage parle de 
maux temporels, et non de la répro- 
bation des pécheurs. 2° Ce serait en 
vain qu'il ajoute : celui qui m' écou- 
tera, etc. Les pécheurs peuvent-ils 
encore écouter Dieu, lorsqu'il ne leur 
parle plus par la grâce? 3° Cette opi- 
nion est formellement contraire à la 
promesse que Dieu a faite par Ezé- 
chiel, c. 33, ^ 14 : « Lorsque j'aurai 
» dit à l'impie, tu mourras, s'il fait 
» pénitence et pratique la justice,... 
» il vivra et ne mourra point. » Or, 
l'impie ne peut faire pénitence, à 
moins que Dieu ne lui donne lagrâce. 

Les Pères de l'Eglise ont tous in- 
sisté sur ce passage, et sur ce qui 
précède, ^ H : « Par ma vie, dit le 
» Seigneur, je ne veux point la mort 
» de l'impie, mais qu'il se convertisse 
» et qu'il vive . » Ils en ont conclu 
que la miséricorde de Dieu n'aban- 
donne jamais entièrement les pé- 
cheurs. Dieu dit dans l'Apocalypse, 
c. 3, f 19 : « Faites pénitence, je 
» suis à la porte et je frappe ; siquel- 
» qu'un m'ouvre, j'entrerai chez lui. » 
Il ne met point d'exceptions. Jésus- 
Christ nous est représenté, non comme 
un juge empressé de faire justice, 
mais comme un Sauveur miséricor- 
dieux, qui craint de perdre son âme 
et le prix du sang qu'il a répandu 
pour elle. 

Cependant quelques théologiens 
soutiennent que ce n'est pas là le sen- 
timent de saint Augustin. Ce Père, 
disent-ils, arépété vingt fois que Dieu 
n'abandonne point le juste, à moins 



I 






ABA 

qu'il n'en soit abandonné; il appliqub 
ce principe même à notre premier 
père, Serm. I, in Ps. 58, n. 2 ; il dit 
i que Dieu a délaissé Adam, parce 
' qu'Adam lui-même a délaissé Dieu : 
donc il suppose que quand un juste 
ubandonne Dieu, il en est abandonné 
à son tour. L. 3. de Pecc. meritis et 
remiss., c. 13, n. 22, le saint docteur 
prétend que, dansquelques occasions, 
Dieu n'aide point les justes à faire le 
bien, parce qu'ils peuvent s'enorgueil- 
lir ; il pense que Dieu leur refuse la 
grâce et les laisse tomber, alin de les 
humilier par leur chute. Or, s'il re- 
fuse quelquefois la grâce aux justes, 
à plus forte raison aux grands pé- 
cheurs. Lorsque ceux-ci veulent s'ex- 
cuser en disant : « En quoi sommes- 
» nous coupables de vivre mal, dès 
» que nous n'avonspas reçu la grâce 
» de bien vivre ? » Saint Augustin 
répond, Epist. 194 ad Sixtum, c. 6, 
n. 22 : «S'ils sont au nombre des 
» vases de colère destinés à la perdi- 
» tion, qu'ils s'en prennent à eux- 
» mêmes, parce qu'ils ont été faits 
» de cette masse que Dieu a justement 
» condamnée pour le péché d'un seul 
» dans lequel tous ont péché. » Ainsi, 
ce Père suppose que la grâce leur est 
refusée à cause du péché originel. 
Enfin, Tract. 58, in Joan., n. 6, il dit 
que Dieu aveugle et endurcit les pé- 
cheurs, non en les forçant au mal, 
mais en ne les secourant point, par 
conséquent en les abandonnant. 

Il est étonnant que ceux qui prê- 
tent à saint Augustin cette doctrine 
absurde n'aient pas vu qu'ils le font 
tomber dans des contradictions gros- 
sières. 1° Puisque le juste a besoin 
de la grâce prévenante non-seule- 
ment pour faire le bien, mais encore 
pour y persévérer, s'il lui arrive d'a- 
bandonner Dieu ou de pécher, parce 
\ qu'il a manqué de la grâce, ce n'est 
• pas lui qui a délaissé Dieu, mais c'est 
Dieu qui l'a délaissé le premier : dans 
ce cas, que devient le principe tant 
répété par saint Augustin, que Dieu 
n'abandonne jamais le juste, à moins 
qu'il n'en soit abandonné? Lorsque 
Adam a péché pour la première fois, 
avait-il déjà délaissé Dieu ? ou la 
grâce lui a-t-elle élé refusée, parce 
qu'il était né de la masse de perdi- 



13 



ABA 



tion ? 2° Lorsque les pécheurs veulent 
rejeter sur Dieu la cause de leurs 
crimes, saint Augustin leur oppose ce 
passage de l'Ecclésiastique, c. 15, y 
11 : « Ne dites point, Dieic me man- 
» que ; c'est lui qui m'a égaré ; Dieu 
» n'a pas besoin des impies, etc. » 
L.de Grat. et Lib. arb., c. 2, n. 3. 
Que l'on dise, Dieu me manque, ou 
Dieu me laisse manquer de grâce, c'est 
la même chose: or, selon l'auteur sa- 
cré et selon saint Augustin, c'est un 
blasphème. 3° Ce saint docteur a ré- 
pété vingt fois qu'il ne faut désespé- 
rer d'aucun homme vivant, Enarr. 
2, in Ps. 36, n. 11, etc., pas même 
des impies, in Ps. 50, n. 18 ; que le 
démon est la seule créature de la 
conversion de laquelle il faut déses- 
pérer, in Ps. 54, n. 4. Il dit, Con- 
fess. Lib. 8, c. H, n. 27 : «Jette-toi 
» entre les bras de ton Dieu; ne 
» crains rien; il ne se retirera pas 
» afin que tu tombes, etc. » Que si- 
gnifie tout cela, si Dieu peut aban- 
donner absolument non-seulement 
les grands pécheurs, mais encore les 
justes, afin de les humilier? 

Cherchons donc un moyen de dé- 
charger saint Augustin de toutes les 
absurdités qu'on lui impute ; cela 
n'est i>as fort difficile. 

Serm. I, in Ps. 58, n. 2, il dit qu'A- 
dam api'ès son péché fut privé de la 
joie et de la consolation qu'il goû- 
tait auparavant à voir Dieu fct à con- 
verser avec lui, puisqu'il se cacha; 
c'est ainsi que Dieu se retira de lui 
et le délaissa. L'Ecriture nous l'ap- 
prend, et il ne s'ensuit rien, 

L. 3 de Pec. meritis et Remiss., c. 
13, n. 22, saint Augustin, ne dit 
point que Dieu refuse quelquefois 
aux justes la grâce pour faire le bien, 
mais pour le faire parfaitement, ad 
perficiendunijustitiam ; et cela est vrai. 
Dieu ne donne pas toujours aux âmes 
les plus saintes la force de pratiquer 
le bien avec autant de perfection 
qu'elles le voudraient ; c'est ce qui 
les afflige, les humilie, les tourmente 
même par des scrupules : s'ensuit-il 
de là que Dieu leur refuse les grâces 
nécessaires pour éviter le péché et 
pour persévérer dans le bien? 

Episl. 104 ad Sixtum, chap. G, n. 
21 et 22, saint Augustin parle non de 



«H 

i 



1 






ABA 

la grâce actuelle, mais de la grâce 
finale, du don de la persévérance, de 
la prédestination à la gloire éternelle. 
Nous convenons, d'après saint Au- 
gustin, quecedonn'estdùàpersonne, 
que Dieu peut le refuser à qui il lui 
plait, et que ceux auxquels il ne l'ac- 
corde point n'ont pas droit de se 
plaindre ; que cela ne peut pas excu- 
ser les pécheurs, comme le préten- 
dait Pelage. Nous traiterons cette 
question aux mots Persévérance et 
Prédestination. Voyez Grâce, § 3. 
Bergier. 

ABBAYE, ABBÉ, ABBESSE. Un 
corps, une communauté quelconque, 
ne peut subsister sans subordination; 
il faut un supérieur qui commande 
et des inférieurs qui obéissent : parmi 
des membres tous égaux et qui font 
profession de tendre à la perfection, 
l'autorité doit être douce et charita- 
ble; on ne pouvait donner aux supé- 
rieurs monastiques un nom plus con- 
venable que celui de père; c'est ce 
que signifie abba: par la même raison, 
l'on a nommé abbessesles, supérieures 
des religieuses, etabbayes les monas- 
tères. La juridiction, les droits, les 
privilèges des abbés et des abbesses ont 
été fixés par les lois ecclésiasti- 
ques ; c'est un des articles de la ju- 
risprudence canonique. 11 nous suffît 
d'observer que la multitude des 
abbayes de l'un et de l'autre sexen'a 
rien d'étonnant pour ceux qui savent 
quel était le malheureux état de la 
société en Europe pendant le dixième 
siècle et les suivants ; les monastères 
étaient non-seulement les seuls asiles 
où la piété put se réfugier, mais en- 
core la seule ressource des peuples 
opprimés, dépouillés, réduits à l'es- 
clavage par les seigneurs toujours ar- 
més et acharnés à se faire une guerre 
continuelle. Ce fait est attesté "par la 
multitude des bourgs et des villes 
bâtis autour de l'euceintedes abbayes. 
Les peuples y ont trouvé les secours 
spirituels et temporels, le repos et 
la sécurité dont ils ue pouvaient jouir 
ailleurs. 

On n'a jamais autant déclamé que 
de nos jours contre les richesses, la 
somptuosité, la magnificence des ab- 
bayes : dans nos dictionnaires géogra- 



14 ABA 

phiqufs, on ne manque jamais, en 
parlant des villes ou des bourgs dans 
lesquels il se trouve une abbaye, de 
faire contraster l'opulence qui y règne 
avec la pauvreté et la misère des peu- 
ples du canton, et d'insinuer que c'est 
ce voisinage fatal qui ruine les co- 
lons. 

L'on ferait une observation à peu 
près aussi sensée, si l'on mettait en 
opposition la magnificence du château 
de Versailles et le luxe de la cour, 
avec la multitude des pauvres rassem- 
blés daus cette ville; ou la misère ré- 
pandue sur le pavé de Paris, avec la I 
somptuosité des hôtels des grands sei- ' 
gneurs et des financiers. Les pauvres 
se rassemblent dans ces deux villes, 
parce qu'ils espèrent de trouver dà 
secours dans la charité des princes et 
des grands : ainsi, tes abeilles se ré- 
pandent sur les prairies dans lesquel- 
les il y a des fleura à sucer, et non 
dans les campagnes labourées, où il 
n'y en a point. Nous pensons qu'il 
en est de même des abbayes et des 
riches monastères, et que si les misé- 
rables n'y trouvaient rien à gagner, ils 
iraient chercher leur subsistance ail- 
leurs. Les réflexions de nos censeurs 
politiques prouvent précisément le 
contraire de ce qu'ils prétendent. 

Il vient de paraître un ouvrage in- 
titulé : Observations d'un solitaire ci- 
toyen, dans lequel l'auteur a pronvé, 
par des raisons très-solides, qu'à n'en- 
visager les abbayes et les monastères 
que sous un aspect .politique, ces éta- 
blissements sont très-avantageux, et 
qu'en les détruisant ou en changeant 
leur destination, l'on produirait beau- 
coup plus de mal que de bien ; il a 
répondu d'une manière très-satisfai- 
sante à toutes les objections que les 
censeurs de l'état monastique ont 
compilées dans leurs dissertations. 

Sans entrer ici dans un grand dé- 
tail, il est évident, 1° que, dans toutes 
les abbayes et les monastères en règle, 
le revenu est consommé sur le lieu 
même et dans le voi^iuasce; au lieu 
que ^s 'il était donné à des séculiers, il 
serait dépensé à la cour, dans la capi- 
tale, ou dans quelque autre demeure 
éloignée du sol et du séjour des co- 
lons. 2° Que, par le moyen des com- 
mendes, il n'est aucune espèce de re- 



AEB 



la 



ABI) 



venu qui soit plus immédiatement 
sous la main du gouvernement; puis- 
que le roi en dispose à chaque muta- 
tion, et que l'on peut les employer 
à l'utilité publique par des réunions, 
par les économats, par des pensions, 
etc. 3° Que, daus toutes les calamités 
qui affligeât les campagnes, il n'est 
■point de ressource plus prompte et 
plus certaine que celle que l'on peut 
trouver dans les abbayes. Si l'on fai- 
sait une liste des bonnes œuvres qui 
se font journellement dans ce genre, 
les ennemis des moines seraient for- 
cés de rougir de leurs déclamations. 
4° Que ces vastes bâtiments, qui insul- 
tent, dit- on, à la misère publique, 
ont été élevés par les brasdes ouvriers 
du canton, qui y ont ainsi gagné leur 
vie; qu'en cela l'on s'est conformé au 
sentiment de nos philosophes politi- 
ques, qui soutiennent que la meilleure 
espèce d'aumône est de faire travail- 
ler le peuple. 11 y aurait bien d'autres 
observations à faire. Voyez Moine, 
Monastère. Bergier. 

ABBON DE FLEURY (thêol. hist. 
biog.et bibliog.) — ■ Né, vers le milieu du 
siècle, aux environs d'Orléans, Abbon 
fut élu abbé de Fleury en 988, et de- 
vint un des personnage' les plus 
considérables de son temps. Il assista 
à différents conciles, et soutint tou- 
jours avec ardeur les droits de l'E- 
glise. Il mourut en lOOi, des suites 
d'un coup de lance qui lui fut porté 
à l'instigation d'un moine gascon. 

Abbon de Fleury est l'auteur de nom- 
breux ouvrages, dont beaucoup sont 
perdus. La collection de ses lettres 
sur les affaires de l'Eglise en sont la 
portion la plus importante. Puis vien- 
nent : Collcctio Canonum ad Hugonem 
et Roberlmnreges; Prologas in libellum 
suum de Grammaticalibus; Epitome de 
vitis Romanorum Puntificum ; Polssïo 
S. Eadmundi régis, in Surrii vitis (ma- 
nuscrit) ; Apologeticus adversus Ar- 
nulphum, episc. Awelian. Ses manus- 
crits traitent de philologie, de philo- 
sophie, d'histoire, de mathématiques, 
d'astronomie et tous dénotent un ta- 
lent très-étendu. Le Noir. 

ABDAS. Voyez Zèle de Religion. 



ABD-EL-KADER (thêol, hist. biog. et 
bibliog.) — Cet Arabe célèbre aura une 
notice dans notre ouvrage, à cause 
des tendances théologieo-philosophi- 
ques qu'il a manifestées dans plusieurs 
lettres fort remarquables, et même 
dans un ouvrage dont l'esprit est tout 
entier dans le sens de l'union des cul- 
te^, et en reconnaissance aussi de sa 
belle conduite, lorsqu'il organisa une 
défense de nos chrétiens de Damas, 
contre ses coreligionnaires fanatiques 
qui avaient commencé d'exécuter sur 
eux une espèce de Saint-Barthôlcmy. 
Abd-el-Kn'lrr, après avoir été adver- 
saire acharné de la France, et avoir 
lutté avec un talent militaire si rare, 
pour l'indépendance de sa nationalité, 
est devenu, dans la retraite, un phi- 
losophe musulman, comme l'Islam 
en a produit très-pou. Son théisme est 
intelligent, son Allah et notre Dieu 
ne sont point différents dans son es- 
prit; et sa religion, qui est sincère, est 
la religion philosophique elle-même 
dans sa plus grande simplicité. Sa bio- 
graphie, qui serait celle d'un guerrier, 
et, dans sa partie la plus importante, 
l'histoire même de notre conquête 
de l'Afrique, sortirait de notre cadre. 
Nous dirons seulement qu'il est né 
vers 1807, aux environs de Mascara, 
sur le territoire des Hacheras, d'un 
père, marabout très-vénéré dans la 
province d'Oran, qui faisait remonter 
sa généalogie jusqu'au Prophète; 
qu'il fut élevé dans une espèce de sê- 
minaire appelé la(Juetna; que, dèsson 
entame, il montra tant d'intelligence 
qu'il expliquait les passages les plus 
difficiles du Coran; que, plus tard, il 
se lit remarquer par son éloquence 
et mérita, par sa piété fervente à l'é- 
gard du dieu de l'Islam, les titres de 
marabout et de thaleb, c'est-à-dire de 
saint et de savant; qu'il fut obligé de 
fuir en Egypte pour échapper au 
dey d'Alger, qui, redoutant son am- 
bition, voulait le faire assassiner; et 
qu'enlin ce fut h son retour en Algé- 
rie, que, trouvant le pays au pouvoir 
des Français, il entreprit cette héroï- 
que défense qui dura de 1832 jus- 
qu'en 18i3, et qui iinit par sa red- 
dition au général Lamoricière, mais 
à la condition d'être transporté à Da- 
mas ou à S. Jean d'Acre, et d'y avoir 



! S 



"&M 




ABD 



16 



sa liberté. La France le garda captif 
jusqu'en 1852, époque à laquelle elle 
lui accorda ce qu'il avait demandé. Ce 
fut au mois de juin 1860 que les Dru- 
ses du pays de Damas se livrèrent à 
ces fureurs meurtrières dont nous 
avons parlé, contre les chrétiens, et 
qu' Abd-el-Kader prit si généreuse- 
ment la défense de ceux-ci; en re- 
connaissance on le nomma grand'croix 
de la légion d'honneur. Ce grand 
homme, nous ne craignons pas de le 
qualifier de la sorte pendant sa vie, 
est toujours à Damas, où, pension- 
né de 100, 000 f. par la France, il 
vit de la manière la plus simple. Il 
a fait le voyage de Paris pendant 
l'exposition de 1867. Le Nom. 

ABDENAGO.YoyezENFANTS dans la 
fournaise. 

ABDIAS, le quatrième des douze 
petits prophètes, vivait sous le règne 
d'Ezéchias, versl'an 726 avant Jésus- 
Christ : il prédit la ruine des Idu- 
méens et le retour de la captivité de 
Juda, la venue du Messie et la voca- 
tion des Gentils ; mais ces dernières 
prédictions ne paraissent pas aussi 
claires que les premières. Il ne faut 
pas le confondre avec plusieurs autres 
Abdias, dont il est parlé dans l'Ecri- 
ture, savoir: 1° un certain Abdias, 
intendant de la maison d'Achab, qui 
cacha, dans la caverne d'une monta- 
gne à laquelle il donna son nom, 
cent prophètes, pour les soustraire 
à la fureur de Jézabel ; 2° un inten- 
dant des finances de David ; 3° un 
des généraux d'armée du même roi; 
4° un lévite qui rétablit le temple 
sous le règne de Josias, 

Abdias de Babylone, auteur supposé 
d'unehistoire du combat des apôtres. 
Il nous dit dans sa préface qu'il 
avait vu Jésus-Christ ; qu'il était du 
nombre des soixante et douze disci- 
ples ; qu'il suivit en Perse saint 
Simon et saint Jude, qui l'ordonnè- 
rent premier évèque de Babylone. 
Mais en mêmetempsil cite Hégésippe 
qui n'a vécu que cent trente ans après 
l'ascension de Jésus-Christ, et veut 
nons faire accroire qu'ayant écrit 
lui-même en hébreu, son ouvrage a 
été traduit en grec par un nommé 



AB£ 

Eutrope, son disciple, et du grec en 
latin, par Jules Africain qui vivait 
en 221 . Ces contradictions démon- 
trent que le prétendu Abdias est un 
imposteur. Wolfang Lazius, qui 
déterra le manuscrit de cet ouvrage 
dans le monastère d'Ossak, en Carin- 
thie, le lit imprimer à Bàle en 1551, 
comme un monument précieux. Il 
y en a eu plusieurs autres éditions, 
sans que cette histoire en ait acquis 
plus d'autorité. Bergiee 

ABDISSI, ABDJÉSUouÉBEDJÉSU. 

Voyez NestohieiNS. 

ABÉCÉDAIRES, branche d'anabap- 
tistes, qui prétendaient que pour' 
être sauvé il fallait ne savoir ni lire, 
ni écrire. Voyez Anabaptistes. 

ABEL, second fils d'Adam. Selon 
l'histoire sainte, Caïn, son fils aine, cul- 
tivait la terre; Abel élevait des trou- 
peaux ; le premier offrait à Dieu les 
fruits de l'agriculture ; le second lui 
présentait la graisse ou le lait des ani- 
maux: il était naturel que, par recon- 
naissance, les hommes lissent à Dieu 
l'offrande des aliments qu'ils tenaient 
de sa bonté. Dieu agréa les dons 
à' Abel et n'eut point égard à ceux 
de Caïn. Celui-ci, jaloux de la pros- 
périté de son frère, conçut contre 
lui une haine violente, et le tua. 

Les rêveries que les rabbins ont 
écrites sur la conduite à' Abel ne mé- 
ritent aucune attention ; le récit 
simple et naïf de l'Écriture donne 
lieu à plusieurs reflexions. 1° Le sort 
des deux frères dut faire sentir à nos 
premiers parents les suites terribles 
de leur péché, l'excès des misères 
auxquelles était condamnée leur 
postérité. 2° La destinée d'Abel dé- 
montre que les récompenses delà 
vertu ne sont pas de ce monde. Dieu 
avait dit à Caïn, pendant qu'il mé- 
ditait son crime : « Si tu fais bien, 
» n'en recevras-tu pas la récompense? 
» Si tu fais mal, ton péché s'élèvera 
» contre toi. » Cependant Abel reçoit 
pour toute récompense de sa piété 
une mort violente et prématurée. 
Dieu a donc accompli sa promesse 
dans une autre vie. Selon saint Paul, 
Abel, par sa foi, a offert à Dieu de 



ABE 

meilleurs sacrifices que Caïn ; par 
là il a mérité le nom de juste ; Dieu 
lui-même a rendu témoignage à ses 
offrandes, et par cette foi il parle 
, encore après sa mort. Hebr., cil, 

Quelle a pu être la foi d'Abel, 
sinon une ferme croyance à la vie 
future ? Le témoignage que Dieu lui 
a rendu serait illusoire, si la piété 
A' Abel était frustrée de toute récom- 
pense. L'indulgence avec laquelle 
Dieu traite Caïn après son crime 
serait un nouveau sujet de scandale. 
Voyez Caïn. 

Comme saint Cyprien, L. de bono 
patientix, a loué Abel de ne s'être pas 
défendu contre son frère, et d'avoir 
ainsi donné un prélude de la cons- 
tance des martyrs et de la patience 
des justes, Barbeyrac accuse ce Père 
d'avoir détruit par là le droit natu- 
rel d'une juste défense de soi-même; 
Traité de la morale des Vires, c. 8, 
§41. 

Mais le droit de se défendre et 
l'obligation de le faire, est-ce la 
même chose? Barbeyrac convient que 
non ; qu'il y a des cas dans lesquels 
un juste peut être louable de se 
laisser mettre à mort, plutôt que de 
tuer l'injuste agresseur; il donne 
pour exemple Jésus-Christ et les 
martyrs. La question est donc de 
savoir si Abel n'a pu avoir aucun 
motif louable de se laisser ôter la vie: 
or, nous soutenons que le dessein de 
laisser à son frère le temps de faire 
pénitence, de donner à ses propres 
enfants un exemple de patience, de 
remettre à Dieu seul le soin de la 
vengeance, estun motif très-louable, 
et que saint Cyprien n'a pas eu tort 
dele louer. Voyez Défense de soi- 
même. Bergier. 

ABÉLIENS, ABÉLOITES, secte d'hé- 
rétiques assez obscurs et en petit 
nombre, qui ont subsisté pendant 
quelques années auprès d'Jlippone 
en Afrique. Quoique mariés, ils s'abs- 
tenaient de tout commerce conjugal 
avec leurs femmes. Le motif de cette 
conduite bizarre étoit probablement 
d'imiter la chasteté d'Abel, que l'on 
suppose n'avoir jamais eu d'enfants. 
Mais, outre l'incertitude de ce fait, il 
I. 



17 



ABE 



aurait été plus simple de s'abstenir 
du mariage. Cette continence mal en- 
tendue ne pouvait manquer de pro- 
duire bientôt du désordre dans un 
climat tel que l'Afrique. Quelsqu'aient 
pu être leurs motifs, ils ne valaient 
pas la peine que plusieurs écrivains 
se sont donnée pour les deviner. S. 
Aug., de Hœr., n. 87. 

Mosheim, Hist. Ecclésiat., n° siècle, 
2 e part, c. 5, n. 18, a pris les Abé- 
liens pour une secte de gnostiques. 
11 nous parait qu'il s'est trompé. Saint 
Augustin parle de ceux d'Afrique 
comme d'une secte qui venoit de s'é- 
teindre, et qui n'avoit pas duré long- 
temps. Bergier. 

ABELLY (Louis) (Mol. hist. biog. 
et bibliog.). — Evèque, comte de Ro- 
dez, Abelly fut un des adversaires des 
jansénistes. Parmi ses ouvrages, qui 
sont tous savants, on remarque une 
vie très-détaillée de S. Vincent-de- 
Paul, un livre sur la tradition du culte 
de Marie, un compendium de théolo- 
gie très-estimé, intitulé : Medulla 
theologise, en deux volumes. Il mourut 
après avoir résigné son titre, à 88 ans, 
en 1691, à Paris dans le couvent de 
Saint-Lazare. Le Noir. 

ABERRATIONS DE LA SCIENCE 
(theol. mixt. philos, et scien). — La 
science positive, dans laquelle on 
prétend aujourd'hui enchaîner nos 
esprits malgré les efforts que feront 
toujours la religion, la philosophie et 
l'art pour ouvrir leurs ailes au grand 
air et à la liberté ; la science positive 
dont les adeptes exclusifs de nos jours 
se qualitient avec tant d'orgueil du 
titre mensonger de libres-penseurs ; 
la science positive, que ceux-là mêmes 
nous vantent comme la seule lumière,' 
comme le soleil du monde, serait-'' 
elle donc exempte de ces aherratiom '■ 
et de ces préjugés qiù étouffent par- l ' 
fois, durant de longs siècles, les es- 
sors de l'intelligence, et maintiennent 
les âmes dans une nuit profonde à 
désespérer? 

Oh ! non certes : cette science , ainsi 
qu'on le répète, se fonde tout entière 
sur l'observation. Or, l'observation 
porte sur ce qui se voit, sur ce qui 
se touche, c'est-à-dire sur les appa- 
2 



m 










I 



ABE 



i8 



m. 



m 



rences. Mais les apparences phénomé- 
nales sur lesquelles elle concentre 
toutes ses forces, sont-elles donc tou- 
jours la manifestation des réalités? Ne 
sont-elles pas quelquefois souveraine- 
ment trompeuses? 

Qui donc avait enrayé pendant 
quinze siècles l'astronomie dons le 
système absurde, tout ingénieux qu'il 
fut, des épieyeles, si ce nest la Beieace 
positive à 'observât ion par son glorieux 
interprète IMolémèe, le plus grand 
des astronomes et des observateurs 
depuis Hipparque et jusqu'aux Co- 
pernic, Kepler, Descartes et Newton, 
dont les théories eurent l'audace de 
s'élever au-dessus des apparences? 
Si quelques génies supérieurs pen- 
dant cette longue nuit, tels que 
Roger Bacon et le cardinal de Cu- 
sa, faisaient des efforts dignes de 
toute admiration pour briser les 
chaînes de l'esprit humain, on les 
traitait d'idéologues iusensés, quand 
on n'allait pas jusqu'à immobiliser 
leur essor par la compression morale 
ou par la persécution matérielle; et 
n'était-ce pas la science positive de 
ces tristes temps qui élait la première 
coupable ? 

Qui donc avait enrayé la chimie, 
pendant de si longs siècles, dans le 
système des quatre éléments, si ce n'est 
la science positive, laquelle se fondant 
toujours sur l'observation , n'avait 
encore vu dans les apparences que la 
terre, l'air, l'eau et le l'eu, et n'avait 
encore acquis ni la hardiesse de cher- 
cher plus profondément par la spécu- 
lation, par l'idée , ni les moyens 
d'exécuter matériellement ses recher- 
ches? 

Qui donc avait jusqu'à ces derniers 
temps enrayé la physique de la lu- 
mière dans l'explication par les émis- 
sions, si ce n'est encore la science po- 
v sitive d'observation fondée sur les ap- 
parences?Quand nous voyons le soleil, 
il est naturel de penser que ces rayons 
par lesquels il se révèle à nous, sont 
îancésparlui jusqu'à nous dans l'es- 
pace, sous laforme d'une matière sub- 
tile qui part de, sa substance. Newton 
lui-même n'a pu se débarrasser par la 
théorie, par l'idée audacieuse, de 
l'ùuluence qu'exerce sur tout obser- 
vateur cette apparence constante ; 



ABE 

et son optique, tout admirable qu'elle 
fût sous les autres rapports, n'avait 
servi, sous celui-là, qu'à maintenu; 
l'esprit humain dans une grande er- 
reur. Descartes, le grand théoricien, 
le profond inventeur, avait donné l'ad- 
mirable explication des ondulations 
déterminées par les foyers lumineux 
dansun fluide universellementrépan- 
du, qu'il appelait l'éther, explication 
de laquelle il résultait cette chose 
étrange, que le fluide lumineux, la lu- 
mière, était, ainsi que l'avait sup- 
posé Moise dans son tableau de la 
création, antérieur au soleil. Mais la 
science positive avait suivi Newton, 
avait ri de Descartes plus ou moins, et 
ce n'est que dans ces dernières années 
que des observations de nouvelle es- 
pèce sur les rayons des foyers lumi- 
neux, ont tranché la question en fa- 
veur de Descartes, auquel s'étaient , 
au reste, ralliés peu à peu beaucoup 
de physiciens. 

A la naissance de la paléontologie, 
toute l'Allemagne et le reste del'Eu- 
rope à sa suite prend, pendant soixante 
ans environ, le crâne pétrifié d'une 
grossesalam andre pour un crâne hu- 
main ; Campera l'audace d'en douter et 
déparier d'un reptile ;Cuvier a l'audace 
plus grande de nommer l'espèce du 
reptile; il convoque les savants d'Al- 
lemagne à une conférence solennelle 
sur les lieux mêmes où la roche est 
conservée ; il attaque cette roche avec 
le marteau, et découvre le squelette 
de la salamandre jusqu'à la queue ; 
elle avait un mètre et demi de lon- 
gueur et un crâne presque en tout 
pareil à celui de l'homme. (V. Ages 

PALEONT0LOGI0L"ES DE L'ESPÈCE HU- 
MAINE.) Or, n'était-ce pas encore la 
science positive et d'observation qui 
avait eu là son aberration dans le sa- 
vant Scheuchzer, et dans la multi- 
tude de ceux qui l'avaient suivi? 

Si l'espace nous était donné, nous 
ferions un livre pour énumérer et 
raconter ces aberrations de la science 
positive. Et les positivistes auraient 
la prétention, après toutes ces leçons 
du passé, de nous imposer leurs ar- 
rêts, au nom de cette science, contre 
des vérités d'un autre ordre qui ont 
leurs appuis sur la conscience humai- 
ne, sur la philosophie, sur toute lamé- 



ABG 19 

taphysique, sur l'histoire, et le reste! 
Nous ne sommes pas de ceux qui 
doutent de la science par système; 
nous avons l'âme ouverte à ses révé- 
lations ; mais encore faut-il que ces 
révélations aient de sérieux étais, 
et soient incontestables lorsqu'elles 
ne sont pas étrangères à d'autres 
sciences plus sérieuses encore, et 
qu'elles paraissent élever.contre elles 
des contradictions. Nous sommes as- 
sez instruits par le passé pour être 
sur nos gardes, et pour conserver, 
jusqu'à certitude, incontestablement 
acquise, des faits el des choses, le 
doute raisonnable sur les découvertes 
de la science positive et d'observation, 
en ce sens que de nouvelles observa- 
tions, mieux conçues et mieux exé- 
cutées, plus profondes ou plus déli- 
cates, puissent venir détruire les pré- 
cédentes, bien qu'elles eussent paru 
définitives aux esprits trop empressés 
de fermer les questions. 

Le Nom. 

ABGARE, roi d'Edesse, ville de la 
Mésopotamie, est connu dans l'his- 
toire ecclésiastique par ce que Eusèbe 
en rapporte, liv. 1 , c. 13; il dit que 
ce roi écrivit à Jésus-Christ pour le 
prier de venir le guérir d'une mala- 
die : que le Sauveur lui lit réponse et 
promit de lui envoyer un de ses dis- 
ciples ; qu'après l'ascension , saint 
Thomas envoya en effet saint Thadée, 
qui guérit Abgare et convertit la ville 
d'Edesse. Eusèbe rapporte la lettre et 
la réponse, et prétend les avoir tirées 
des archives de la ville d'Edesse. 

De savants critiques ont regardé 
ces deux pièces comme supposées ; 
Tillemont, Cave et d'autres les re- 
çoivent comme authentiques, et ré- 
pondent aux difficultés qu'on leur 
oppose. Mosheim n'oserait garantir 
l'authenticité de ces deux lettres ; 
mais il ne voit aucune raison de re- 
jeter l'histoire qui y a donné lieu. 
D'autres protestants plus hardis s'ins- 
crivent également en faux contre 
l'histoire et contre les lettres ; mais 
ils n'allèguent que des preuves néga- 
tives. 

Il n'est pas fort nécessaire à un 
théologien de prendre parti dans 
cette dispute, qui est dans le fond 



ABI 



très-indifférente à la religion chré- 
tienne. On ne fonde sur ce monument 
aucun fait , aucun dogme , aucun 
point de morale, et c'est pour cela 
même qu'il ne parait pas probable 
que l'on ait fait une supercherie sans 
motif. La lettre d'Abgare pourrait 
fournir une preuve de plus de la réa- 
lité de l'éclat des miracles de Jésus- 
Christ ; mais nous en avons assez 
d'autres pour pouvoir aisément noua 
passer de celle-là. Voyez les notes 
Variorum sur ï'Ilist. Ecclcs. d'Eusèbe, 
et Tillemont, tom. I, pag. 300 et suiv. 
Bepgjb''".. 

ABIATHAR, fils d'Acliim.iCj, fut 
le dixième grand-prêtre des Juifs, 
depuis Aaron. Il est dit, I Reg., c. 
22, y 18 et suiv., que Saûl ayant ap- 
pris qu'Achimelech avoit fourni à 
David des vivres et une épée, lit mas- 
sacrer ce sacrilicateur et tous ceux 
de la ville de Nobé, au nombre de 
quatre-vingt-cinq hommes, et lit pas- 
ser tous les habitants de cette ville au 
fil de l'épôe ; qu'un fils d'Achimelech, 
nommé Abiathur, se sauva auprès de 
David, qui le prit sous sa protection. 
De là on a conclu qu'il y eut alors 
deux grands-prêtres ; savoir : Sadoe 
dans le parti de Saùl, et Abinthar 
dans celui de David. Sous le règne do 
Salomon, Abinthar, s'étant attaché 
au parti d'Ado nias, fut privé du sa- 
cerdoce et relégué à Anatholh. 

Mais il est dit dans saint Marc, c. 
2, y 26, que le fait de David arriva 
sous le grund-prêtre Abiutkar. Com- 
ment cela s'accorde-t-il avec le pre- 
mier livre des Rois qui nous apprend 
cpie ce fut sous Achimelech? 

On répond ordinairement, 1° que, 
sous le règne de Saùl, Abiatkar exer- 
çait déjà le souverain sacerdoce con- 
jointement avec son père, et que cela 
s'est vu plus d'une fois; qu'ainsi l'é- 
vangéliste a pu nommer l'un un l'autre 
inditféremment. 2° Que comme Abia- 
thar a été revêtu de cette dignité 
pendant tout le règne de David, et 
même pendant la première année de 
Salomon, il était plus convenable de 
le nommer que sou père. 

Mais un auteur anglais, nommé 
Wiston, a résolu autrement cette 
difficulté ; il soutient qu' Achimelech, 



91 

m 

1 



ACI 



20 



ABL 



et son fils Abiathar, dont il est parlé 
dans le livre des Rois, ne sont point 
deux grands-prêtres, mais de simples 
sacrificateurs, aussibienque les autres 

Erètres de la ville de Nobé, que Saùl 
t mourir. En effet, ni l'un ni l'autre 
ne sont appelés grands-prétres, mais 
seulement Sacrificateurs, et il n'est 
pas probable que Saûl eût osé faire 
massacrer deux grands-prêtres. Wis- 
ton prétend encore qu'il y a eu deux 
grands-prêtres nommés Abiathar , 
l'un sous Saùl, et qui était frère d'A- 
cbimelech ; l'autre sous David et sous 
Salomon, et qui était ûls d'Achime- 
le.cli ; mais qu'ils ne sont point les 
mêmes personnages que les sacrifica- 
teurs de Nobé dont il est question 
dans le 21 e chap. du l c r livre des 
Rois. Voyez la bible de Chais sur cet 
endroit. Bergier. 

ABISME, ou plutôt Abysme, formé 
d'à privatif et de pôsaoç, fond ; il si- 
gnilie sans fond. Ce mot se prend 
dans l'Ecriture, 1° pour l'immensité 
des eaux qui environnaient le globe 
de la terre au moment de la création, 
et avant que Dieu les eût renfermées 
dans un même lit. Gènes., c. t, y 2, 
et 9. 2° Pour la mer ; en parlant du 
déluge, il est dit que les sources du 
grand abime furent rompues, c'est-à- 
dire, que la mer sortit de son lit. Gè- 
nes, c. 7, ^ 11. Au sujet des Egyptiens 
submergés dans la mer Rouge, Moïse 
dit qu'ils ont été couverts par les 
abîmes. Exod., c. 15, f 5, etc. 3° Pour 
les lieux les plus profonds de la mer. 
Eccli., c. 1, f 2. 4° Pour l'enfer. Il 
est représenté comme un gouffre 
placé sous les eaux et vers le centre 
de la terre, dans lequel sont ren- 
fermés les impies, les géants qui 
ont fait trembler les peuples, les rois 
de Tyr, de Babylone, d'Egypte, tou- 
jours vivants, et portant la peine de 
leur orgueil et de leur cruauté. Isaïe, 

1>arlant de la mort du roi de Baby- 
one, lui adresse ainsi la parole : « Ton 
» arrivée a troubléles enfers, a éveillé 
» les géants ; les rois des nations se 
» sont levés de leurs sièges : ils te 
» diront : Te voilà donc blessé aussi 
» bien que nous, et devenu semblable 
» à nous ; ton orgueil a été précipité 
» aux enfers, ton cadavre est tombé ; 



» il sera la proie de la pourriture et 
» des vers, etc. » Isaïe, c. 14, f 9 et 
suiv. Ezôchiel dit la même ebose du 
roi de Tyr, ebap. 28, y 8 ; du roi 
d'Egypte et de ses sujets, c. 32, jH8 
et suiv. L'abîme est aussi pris pour 
l'enfer dans l'Apocalypse, c. 9, 11, 
20, etc. 

Les conjectures des savants, sur la 
manière dont les Hébreux concevaient 
le centre de la terre ou le fond de 
Vablme, la source des fontaines et des 
rivières, etc., nous importent fort 
peu ; il nous suffit de présenter le 
sens littéral et naturel des livres saints : 
il en résulte que ceux qui ont assuré 
que les anciens Hébreux n'avoient 
aucune idée de l'enfer, se sont trom- 
pés. Voyez Enfer. Bergier. 

ABISSINS. Voyez Éthiopiens. 

ABJURATION, est le serment par 
lequel un bérétique converti renonce 
à ses erreurs et fait profession de la 
foi catholique ; cette cérémonie est 
nécessaire pour qu'il puisse être ab- 
sous des censures qu'il a encourues, 
et être réconcilié à l'Eglise. 

Les protestants ont souvent tourné 
en ridicule les conversions et les ab- 
jurations ■ de ceux d'entre eux qui 
rentrent dans le sein de l'Eglise catbo- 
lique ; pour prévenir cette espèce de 
désertion, ils ont posé pour maxime 
qu'un honnête homme ne ebange ja- 
mais de religion. Ils ne voient pas 
qu'ils couvrent d'ignominie, non-seu- 
lement leurs pères, mais les apôtres 
de la prétendue réforme, qui ont cer- 
tainement ebangé de religion, et qui 
ont engagé les autres à en changer ; 
ils rendent suspectes les conversions 
desjuifs, des mabométans, des païens, 
qui se font protestants ; et leur cen- 
sure retombe même sur tous ceux 
qui se sont convertis à la prédication 
des apôtres. Leur maxime ne peut 
être fondée que sur une indifférence 
absolue pour toutes les religions, par 
conséquent sur une incrédulité déci- 
dée. Voyez Conversion. 

Bergier. 

ABLUTION. C'est l'action de se la- 
ver le corps. Tous les peuples, dans 
tous les temps, ont compris que la 



ABL 



propreté du corps était le symbole de 
la propreté de l'âme ; que le péché 
pouvait être envisagé comme une 
tache de la conscience : qu'en se la- 
vant le corps, un homme témoigne 
le désir qu'il a de se purifier l'âme. 
Ainsi les ablutions, très-nécessaires à 
la santé dans les climats chauds, où 
l'on ne connaissait pas l'usage du 
linge, sont devenues un acte religieux 
universellement pratiqué. A-t-on cru 
pour cela que cette cérémonie avait 
la vertu d'effacer le péché aux yeux 
de la Divinité? Si les ignorants l'ont 
pensé, les sages du moins ont senti 
qu'un rite extérieur ne peut être ef- 
ficace qu'autant qu'il plaît à Dieu de 
l'agréer et qu'il est accompagné d'un 
sentiment intérieur de pénitence. 

Il parait que les ablutions ont été 
en usage chez les patriarches, puis- 
qu'il en est parlé dans le livre de Job, 
ch. 9, f 30. Moïse en prescrivit aux 
Juifs un grand nombre ; Jésus-Christ 
les a consacrées en donnant au bap- 
tême, conféré en son nom, la force 
d'effacer le péché. Voyez- Baptême. 
L'Eglise, animée par le même esprit, 
a conservé l'usage de l'eau bénite. On 
sait que les païens pratiquaient aussi 
différentes espèces d'ablutions; que 
les mahométans se lavent plusieurs 
fois le jour, surtout avant la prière; 
que les peuples les plus grossiers pen- 
sent sur ce sujet comme les nations 
les plus éclairées. 

Est-ce une superstition générale qui 
a saisi tous les esprits? Quiconque se 
persuade que, pour effacer le crime, 
il suffit de se laver le corps, sans avoir 
aucun sentiment de componction et 
de regret, sans aucun désir de se cor- 
riger, est superstitieux sans doute; il 
abuse d'un signe destiné à lui rappe- 
ler ce qu'il doit faire intérieurement : 
mais l'abus dans aucun genre ne 
prouve rien contre un usage utile en 
lui-même. Il n'est aucune institution 
de laquelle on ne puisse abuser; 
l'ignorance, la stupidité, l'hypocrisie, 
ne prescriront jamais contre les signes 
naturels de la piété et de la religion. 
Voyez Expiations. 

En terme de liturgie, l'on nomme 
ablution l'eau et le vin que le prêtre 
met dans le calice après la commu- 
nion, afin qu'il n'y reste rien du vin 



21 ABO 

consacré. Il convient de tenir dans la 
plus grande propreté les vases des- 
tinés à contenir l'Eucharistie. 

Bergier. 

ABNÉGATION. Renoncement à soi- 
même. Jésus-Christ dit dans l'Evan- 
gile : « Si quelqu'un veut venir après 
« moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il 
« porte sa croix et me suive. » Par là 
le Sauveur nous ordonne-t-il d'étouf- 
fer l'amour de nous-mêmes et denotre 
bonheur, de renoncer à notre intérêt 
bien entendu? Non, sans doute, puis- 
qu'il nous invite à la vertu par l'at- 
trait de la récompense et du bonheur 
qu'il nous promet, eonséquemment 
par un motif d'intérêt très-solide. Il 
veut donc que nous renoncions à l'a- 
mour de nous-mêmes, aveugle, et mal 
réglé, à nos passions, à nos inclina- 
tions vicieuses, que nous confondons 
mal à propos avec notre intérêt. Un 
juste s'aime plus véritablement, et 
entend mieux ses intérêts qu'un pé- 
cheur; le premier cherche le vrai 
bonheur et le trouve; le second le 
cherche où il n'est pas, et ne le 
trouve ni en ce monde ni en l'autre. 
Voyez RejNOncement. . Bergier. 

ABOMINABLE, ABOMINATION. Il 

est dit dans l'histoire sainte que les 
pasteurs des brebis étaient en abo- 
mination aux Egyptiens. Moïse répond 
à Pharaon, leur roi, que les Hébreux 
doivent immoler au Seigneur les abo- 
minations des Egyptiens, c'est-à-dire, 
leurs animaux sacrés, les bœufs, les 
boucs, les agneaux, les béliers, dont 
le sacrifice devait paraître abominable 
aux Egyptiens. L'Écriture donne ordi- 
nairement le nom d'abomination à 
l'idolâtrie et aux idoles, tant à cause 
que le culte des idoles est en lui-même 
une chose abominable, que parce qu'il 
était presque toujours accompagné 
de dissolutions et d'actions infâmes. 
Moïse donne aussi le nom d'abomi- 
nables aux animaux dont il interdit 
l'usage aux Hébreux. 

L'abomination de la désolation, ou 
plutôt ['abomination désolante prédite 
par Daniel, ch. 9, t 27, marque, 
selon plusieurs interprètes, l'idole de 
Jupiter Olympien qu'Antiochus-Epi- 
phane fit placer dans le temple de 




1 



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'jBm 






**■- 



ACR « 

Jérusalem. La mémo. abomination dont 
il est parié dans saint Matthieu, eh. 
24, y lo,dans saint Marc, cli. B, fl, 
et celle que l'on vit à Jérusalem pen- 
dant le dernier siège de cette ville par 
les Romains, sont les enseignes de 
l'armée romaine, chargées des figures 
de leurs dieux et de leurs empereurs, 
qui furent placées dans la ville et 
dans le temple, lorsque Tite s'en fut 
rendu maître. Bergieb. 

ABRA, dans l'Ecriture, signifie une 
fille d'honneur, une suivante, la ser- 
vante d'une femme de condition. Ce 
nom est donné aux filles de la suite 
de Rébecca, à celles de la (ille de Pha- 
raon, à celles de la reine Esther, à la 
servante de Judith. Ce n'est ni une 
simple esclave, ni une Elle de peine, 
mais plutôt une femme de chambre 
ou une fille d'atour. bercieh. 

ABRAHAM. Les divers événements 
de la vie de ce patriarche, les discus- 
sions chronologiques sur son âge, 
appartiennent à l'histoire; nous ne 
devons parler que des circonstances 
qui peuvent donner lieu à des objec- 
tions théologiijues; les autres ont été 
éclaircies de nos jours par plusieurs 
savants. 

Pourquoi Dieu a-t-il choisi un Chal- 
déen pour se faire connaître à lui et 
à sa postérité, pour en faire la tige 
de son peuple chéri, plutôt qu'un 
Grec, un Romain, un Chinois? Parce 
que Dieu était le maître de son choix; 
quel que fût le personnage qu'il eût 
préféré, la môme objection revien- 
drait. Ceux qui disent que c'est un 
trait de partialité, une injuste pré- 
dilection de la part de Dieu, n'en- 
tendent pas les termes. Dieu ne doit 
à personne telle ou telle mesure de 
bienfaits naturels ou surnaturels, de 
faveurs spirituelles ou temporelles ; ce 
qu'il accorde à l'un ne diminue pas 
la portion qu'il veut donner à un 
autre, et ne lui porte aucun préju- 
dice; la distribution inégale de bien- 
faits purement gratuits n'est donc ni 
une injustice, ni une partialité. Voyez 
Acception de personnes , Justice de 
Dieu, Partialité. 

Quelques auteurs ont avancé qu'A- 
braham, avan 1 ; sa vocation, était ido- 



ta abr 

làtre ; ils ont cité en preuve ce passage 
de Josué, eh. 24, f 2 : « Vos pères 
» ontliaiiité au delà du fleuve, Tnaré, 
» père à'Abriûuim, et Nachor; et ils 
» ont servi des dieux étrangers. » 
Mais cette accusation ne peut tomber 
que sur Tharé et sur Nachor. Abra- 
ham est disculpé dans le livre de 
Judith, ch. B, f 6; il y est dit : « Les 
» Hébreux sont un peuple originaire 
» de la Chaldée: ils ont demeuré d'a- 
» bord dans la Mésopotamie, parce 
» qu'ils n'ont pas voulu suivre les 
» dieux de leurs pères, qui étaient 
» dans le pays des Chaldéens. Ainsi, 
» en renonçant à la religion de leurs 
» pères, qui admettakal plusieurs 
» dieux, il- ont adoré le Dieu du ciel, 
» qui leur a commandé de sortir de 
» là et d'aller demeurer à Charau. » 
Cela ne peut s'entendre que d'Abra- 
ham, puisque < 'esta lui que Dieu or- 
donna de quitter son pays et sa fa- 
mille; et il est probable que dès ce 
moment son père Tharé, qui le suivit, 
cessa d'être idolâtre. La fidélité d'A- 
braham à n'adorer que le seul Dieu 
du ciel peut être une des raisons 
pour lesquelles Dieu l'a choisi pour 
être la tige de son peuple. 

Dans plusieurs endroits de l'Ecri- 
ture, Dieu est nommé le bku d'Abra- 
ham; les auteurs sacrés ont-ils voulu 
insinuer par là que Dieu abandonnait 
les autres hommes pour ne protéger 
que le seul Abraham; que c'est un 
Dieu local dont la Providence ne 
s'étendait que sur une seule famille? 
Non sans doute. Cela signifie seule- 
ment que le vrai Dieu était seul adoré 
par cepatriarche, pendant que la plu- 
part des peuplades déjà tonnées of- 
fraient leur encens à des dieux 
imaginaires. Lorsqu'un chrétien dit 
au Seigneur : vous des mon Lieu, il 
sait bien que Dieu est aussi le créa- 
teur, le père et le bienfaiteur des 
autres hommes. 

Il semble d'abord qu'Abraham se 
rendit coupable de mensonge , en 
disant au roi d'Egypte et au roi de 
Gérare, que Sara était sa sœur, pen- 
dant qu'elle était son épouse. Ci; 
soupçon n'a plus lieu lorsqu'on fait 
attention qu'en hébreu le même 
terme désigne une sœur et une proche 
parente, une nièce ou une cousine; 






ACR 

les Hébreux n'avaient pas, comme 
nous, des termes propres pour dési- 
gner les divers degrés de parenté. 
Voyez Fhèiîe, Sœur. 

Plusieurs interprètes ont pensé que 
Sara, épouse à' Abraham, était vérita- 
blement sa sœur, issue d'un même 
père, mais non d'une même mère ; 
ce sentiment n'est pas probable. Dans 
le temps où vivait Abraham, de pareils 
mariages étaient déjà censés inces- 
tueux; ils ne pouvaient plus être 
excusés par la nécessité, parce que le 
genre humain était déjà suffisam- 
ment multiplié. D'ailleurs, la con- 
duite d'Abraham, qui, pour cacher 
son mariage avec Sara, l'appelle sa 
sœur, semble prouver que les peuples 
au milieu desquels il vivait ne 
croyaient pas qu'un frère put épouser 
sa sœur. Ainsi nous pensons que Sara 
n'était que la nièce d'Abraham; il a 
pu dire néanmoins qu'elle était fille 
de son père, puisqu'elle en était la 
petite-fille. Il y a sur cette question 
une dissertation dans les mémoires 
de Trévoux, an 1710, juin, pag. !0:J3. 

Barbeyrac soutient que le discours 
d'Abraham était du moins une équi- 
voque équivalente à un mensonge, 
puisque ce patriarche en faisait usage 
afin de tromper les Egyptiens et de 
leur cacher que Sara était son épouse. 
A cela nous répondons que taire la 
vérité à des g"ns qui n'ont aucun 
droit de la demander, n'est point un 
mensonge, lorsqu'on ne leur dit rien 
de faux ; autrement il ne serait ja- 
mais permis de se débarrasser des 
questions d'une indiscrète curiosité. 
Il est fort étonnant que Barbeyrac, 
qui d'ailleurs est d'une morale si re- 
lâchée touchant le mensonge officieux, 
soit si sévère censeur de la conduite 
d'Abraham et de celle des Pères qui 
ont voulu disculper ce patriarche. 

_ Mais n'était-ce pas exposer la pu- 
dicitô de Sara que de dire, en pays 
étranger, qu'elle était sa nièce ou sa 
parente, au lieu d'avouer que c'était 
son épouse? Abraham du moins ne 
le pensait pas ainsi; il craignait que, 
s'il déclarait son mariage, les Egyp- 
tiens ne fussent tentés de se défaire 
de lui pour enlever Sara; au lieu 
qu'en disant -qu'elle était sa pareille, 
il 'espérait de trouver un moyen d'é- 



23 



ABR 



carter leur recherche. S'il se trom- 
pait, son erreur n'était pas un crime. 
Dieu eut égard à l'intention des deux 
époux; il ne permit point que le roi 
d'Egypte ni celui de Gérare attentas- 
sent à la pudicité de Sara. Les criti- 
ques téméraires qui ont osé affirmer 
qu'Abraham avait prostitué son 
épouse, afin d'être mieux traité, l'ont 
calomnié par pure malignité. 

Saint Jean Chrysostôme semble 
louer Sara d'avoir exposé volontaire- 
ment sa chasteté, alin de conserver 
la vie à son mari ; et trouve)' bon 
que celui-ci y ait consenti. Il suppose 
que tous deux ont agi avec l'inten- 
tion la plus pure, et dans la con- 
tiance que le Seigneur, dont ils avaient 
éprouvé si souvent la protection, les 
secourrait dans une circonstance aussi 
périlleuse; il n'y a donc pas lieu à la 
censure amèreque Barbeyrac a lancée 
contre ce Père. 

Sara, stérile et avancée en Age, en- 
gage son époux à prendre Agar, sa 
servante, afin d'en avoir des enfants : 
alors ce ne fut pas un crime. Dans 
l'état des familles encore isolées et 
nomades, la polygamie n'était pas 
défendue par le droit naturel. Les 
Pères de l'Eglise ne se sont point 
trompés lorsqu'ils ont soutenu qu'A- 
brahnm n'avait point péché en cela 
contre la loi naturelle; à plus forte 
raison conlre la loi positive, qui 
n'existait pas encore. Nous ne voyons 
pas sur quoi se sont fondés plusieurs 
critiques modernes pour décider qu'A- 
gar n'était point femme légitime d'A- 
braham ; nous prouverons le con- 
traire au mot Polygamie. 

Vainement Barbeyrac fait remar- 
quer qu'Abraham, par cette conduite, 
semblait se défier des promesses que 
Dieu lui avait failes d'une postérité 
nombreuse. Ce reproche est injuste. 
Dieu, en faisant ces promesses, Gcn., 
c. 12 et 15, n'avait pas dit que cette 
postérité naîtrait de Sara, et non 
d'une autre femme ; Dieu ne s'expli- 
qua sur ce point ipie treize ans après 
la naissance d'Ismacl. Gen., c. 17, 
y 10 et 25. 

Cet enfant était né d'Agar lorsque 
Sara devint féconde et mit au monde 
Isaac; bient i i désohéissanc oted'A- 
gar et le caractère féroce d'fsmaël 









ABR 



24 



ABR 



IH 



firent craindre à Sara pour les jours 
de son lils Isaac. Elle exigea que la 
mère et l'enfant fussent éloignés de 
la tente paternelle, et Abraham y 
consentit. Ce procédé a paru dur et 
injuste à ceux qui n'ont pas examiné 
les circonstances et pesé la valeur des 
termes. Il est dit qu' Abraham donna 
du pain et de l'eau à ces deux bannis. 
Gen., c. 21, f 14. Or, dans le style 
de l'Ecriture, le pain signifie la nour- 
riture, la subsistance, les choses né- 
cessaires à la vie. Dans notre langue 
même, lorsqu'un homme sans fortune 
dit à son protecteur : Donnez-moi du 
pain, il entend, procurez-moi une 
subsistance honnête. D'ailleurs, dans 
cette circonstance, Abraham obéissait 
à l'ordre de Dieu, beaucoup plus 
qu'au désir de Sara, et Dieu lui avait 
promis de protéger Agar et son lils. 
Gen., c. 21, y 12 et 13. Aussi ne 
voyons-nous aucune inimitié entre 
Ismaël et Isaac, soit pendant la vie, 
soit après la mort d'Abraham, ni au- 
cune division entre leurs descen- 
dants. 

Pour juger sensément de la con- 
duite des patriarches, il faut se pla- 
cer dans les mêmes circonstances, se 
mettre au ton des mœurs et des 
usages qui régnaient dans les pre- 
miers âges du monde. 

Isaac était âgé de près de vingt-cinq 
ans, lorsque Dieu, pour éprouver 
Abraham, lui ordonna de l'immoler 
en sacrifice. Il semble d'abord que 
cet ordre soit indigne de Dieu : mais 
le souverain maître de la vie et de la 
mort peut abréger ou prolonger nos 
jours comme il lui plaît; si, par un 
accident ou par une maladie, il avait 
tranché ceux d'Isaac, Abraham aurait- 
il été en droit de murmurer? A la 
Térité, un sacrifice du sang humain 
aurait été un très-mauvais exemple ; 
aussi Dieu ne permit point qu'il fût 
accompli; il se contenta de la dispo- 
sition dans laquelle était Abraham 
d'obéir, et redoubla ses bienfaits en- 
vers ce patriarche. 

On dira que Dieu, qui connaît le 
fond des cœurs, qui prévoit nos sen- 
timents futurs avec autant de certi- 
tude qu'il voit nos dispositions pré- 
sentes, n'avait pas besoin de mettre 
Abraham à l'épreuve. Cela est vrai ; 



mais Abraham avait besoin d'être 
éprouvé, et le genre humain avait 
besoin de cet exemple pour concevoir 
que Dieu est en droit d'exiger de 
nous, quand il lui plaît, des sacrifices 
héroïques, parce qu'il est assez puis- 
sant pour les récompenser. 

C'est donc avec raison que les écri- 
vains sacrés ont fait l'éloge de la foi 
et du courage d'Abraham, et le pro- 
posent pour modèle ; il crut, dit saint 
Paul, que Dieu, qui a le pouvoir de 
ressusciter les morts, ferait plutôt un 
miracle qxie de manquer à ses pro- 
messes. Heb., c. 11, y 19. 

Lorsque Dieu dit à Abraham : 
Toutes les nations de la terre seront 
bénies dans votre race, Gen., c. 22, 
26, 28, nous soutenons, après saint 
Paul, Galat., 3, y 16, avec les Pères 
de l'Eglise, que race désigne un seul 
descendant d'Abraham, qui est Jésus- 
Christ, comme dans la prédiction faite 
au serpent, Gen., c. 3, y 15 : La race 
de la femme t'écrasera la tète. 

Mais en quoi consiste cette béné- 
diction? S'il n'était question que de 
bienfaits temporels et d'une protec- 
tion particulière de Dieu à l'égard 
des descendants d'Abraham, en quel 
sens cette bénédiction pourrait-elle 
s'étendre à toutes les nations de la 
terre ? La prospérité des Juifs ne pou- 
vait influer en rien sur celle des au- 
tres peuples. Il est donc évident que 
Dieu promet, dans cet endroit et ail- 
leurs, par les mêmes paroles, les 
grâces de salut ou les bénédictions 
spirituelles qu'il voulait répandre jar 
le Messie sur tous les hommes qui 
croiraient en lui, et qui deviendraient 
ainsi les enfants d'Abraham, en imi- 
tant sa foi. Saint Paul, qui les ex- 
plique ainsi, Galat., c. 3 et 4, n'en a 
pas seulement donné le sens mystique 
et allégorique, comme certains criti- 
ques le prétendent, mais le sens lit- 
téral et naturel. Ainsi les Juifs, qui 
prennent ces promesses dans un sens 
grossier et qui les restreignent à leur 
nation seule, sont dans l'erreur (1). 
Bergier. 



(I) • Duo dit à Abraham, Gen., c. 13, f. 15: 
Je donnerai à vous et à voire -postérité tout et 
pays que vous voyez. t 



ABR 



25 



ABS 



ABRAHAM A-SANTA-CLARA [thêol. 
hist., biog. et bibliog.). Ce célèbre 
prédicateur né en 1642, en Souabe, et 
mort en 1709, très-regretté, avait une 
éloquence pleine de verve , d'esprit, 
d'imagination, et qui se distinguait 
même par trop d'abondance. Il visait 
à l'effet par l'emploi de toutes sortes 
de moyens, sans oublier le trivial et le 
burlesque, en sorte que ses discours 
ressemblaient presque à des arlequi- 
nades; mais la pensée profonde, l'ob- 
servation fine et la solidité du fond 
n'y manquaient jamais. Il se faisait 
remarquer, d'ailleurs, par une grande 
indépendance de caractère dans un 
siècle de servilisme (siècle de Louis 
XIV) vis-à-vis des rois et des grands. 
On retrouve le caractère de ses pré- 
dications dans ses écrits parénétiques, 
parmi lesquels il convient de citer : 
Judas, l'archidrôle, roman satirico- 
religieux ; Le solitaire Mie-Mac ; Fi 
du monde!; Quelque chose pour chacun, 
ou courte description des personnages 
des divers métiers, conditions et fonc- 
tions. 

Le P. Abraham appartenait à 
l'ordre des Augustins déchaussés ; 
il en fut élu provincial en 1689, et 
il assista, à ce titre, au chapitre géné- 
ral de Rome. Le Noir. 



La promesse que Dieu fait ici à Abraham, de lui 
doDner personnellement la terre de Ciianaan, a été 
sans effet, disent les incrédules ; puisque ce pa- 
triarche n'y posséda jamais en propre qu'un champ 
et une caverne qu'il avait achetés quatre cents sk'les. 

Les interprètes répondent que la particule et si- 
gnifie eu cet endroit c'est-à-dire; de sorte que le 
sens de ce verset est que Dieu promet la terre de 
Chanaan à Abraham, '''est-à-dire à sa postérité. 

Parmi plusieurs significations que renferme la 
particule hébraïque vau, qui est rendue dans le pas- 
eago que nous examinons, par et, celle de c'est-à- 
dire en français, id est en latin, en est une : c'est 
ce que nous allons démontrer par divers exemples. 

Geiihe, c. ï, f 3. Dieu bénit le septième jour, 
tau, c'est-à-dire, le sanctifia. 

Exode, c. 4, v lî. Je serai dans votre bouche, 
Tiu, c'est-à-dire, je vous apprendrai ce que vous 
aurez a dire, e. 7, * 1 1 . Pharaon fit venir les sages, 
TAU, c'est-à-dire, les magiciens. 

Nombres, c. 31, f 6. Moïse les envoya à la 
guerre, leur confiant les instruments sacrés, vau 
C'est à- dire, les trompettes d'un son éclatant. * 

Juges, c. 8, fil. Cet éphod devint un piège 
qui causa la ruine de Gédéon, vau, c'est-à-dire, de 
8a maison 

_ //■ Bois, c. 1 1 , f 1 1 . Je jure par votre vie, vau, 
C'est-à-dire, par votre conservation. » Bullet. Rép . 
Vit; tom. I, pag. 37, édit. de Besançon, 1819. 

GoUSSBT. 



ABRAHAMIENS. 

TIENS. 



Voyez Samosa- 



ABRAHAMITES, moines catholi- 
ques qui souffrirent le martyre pour 
le culte des images sous Théophile, 
au neuvième siècle. Voyez Icono- 
clastes. 

ABSOLU (1') (theol. mixt., philos, 
ontol.). — Les positivistes de notre 
temps, ayant à leur tète Auguste 
Comte, Proudhon le premier de tous, 
M. Littré, leur grand représentant vi- 
vant encore, etc. n'admettent pas l'ab- 
solu; ils n'admettent que le relatif; 
et cela dans toutes les sciences, dans 
tous les ordres, en toutes choses. On 
conçoit facilement que, s'ils l'admet- 
taient une seule fois ils verraient s'é- 
crouler, d'un coup, tout leur écha- 
faudage. L'absolu, en effet, c'est l'éter- 
nel, puisque ce qui n'est point éternel 
se rattache nécessairement à quelque 
commencement et à quelque cause, 
condition qui l'établit dans une rela- 
tion avec un autre être dont il dépend, 
et qui, en d'autres termes, en fait 
dès lors un relatif. Or, si vous recon- 
naissez une seule vérité éternelle, 
vous avez aussitôt Dieu lui-même, 
avec tout le reste des absolus, et c'est 
précisément de ce Dieu qu'ils ne 
veulent pas. 

Ils nient donc absolument tout ab- 
solu et ne reconnaissent que des relatifs 
et des ensembles de relatifs. 

Mais il suffit d'un raisonnement 
pour les jeter dans l'absurde et le 
contradictoire à ce premier point de 
départ. 

Ils admettent le relatif, et il le faut 
bien, puisqu'autrement ils nieraient 
tout; fussent-ils sceptiques sur toutes 
choses, que ce serait encore admettre 
le relatif, qui serait alors leur scep- 
ticisme même ; et s'ils niaient tout 
absolument, jusqu'à leur scepticisme 
et toute affirmation comme tout être, 
ils affirmeraient par là un absolu, le 
néant universel. Au reste, ils ne font 
pas difficulté d'accorder cela, et de dire 
qu'ils reconnaissent parfaitement le 
relatif, en ajoutant que tout est re- 
latif. 

C'est à ce pas que je les prends et 
que je leur dis : Admettre le relatif 




&m-i\ 






ABS 



26 



sans l'absolu, c'est nier tout, et pro- 
fesser seulement, le néant absolu, à 
commencer partout ce qui vous con- 
cerne. En effet, qu'est-ce que le re- 
latif et pourquoi est-il relatif ? Le 
relatif est relatif parce qu'il a une 
relation à un autre. Sans cette relation 
iln'est plus relatif; donc professer que 
tout est relatif, c'est dire que tout a 
une relation à un autre. Quel est cet 
autre ? est-ce un absolu ? Si vous l'ac- 
cordez, vous admettez l'absolu. Mais 
vous n'en voulez pas. Que dites-vous 
donc? vous dites que c'est encore un 
relatif; niais prenez garda. Nous ve- 
nons de poser le mot tout ; ce mot 
n'admet aucune exception ; c'est l'om- 
nia des relatifs; vous n'avez plus le 
droit, cette parole prononcée: tout, 
d'introduire un nouveau relatif, avec 
lequel la relation s'établirait, puisque 
vous les avez tous compris dans l'hy- 
pothèse. Vous voilà donc arrêtés dès 
le premier pas. Vous ne pouvez pas 
dire que tout est relatif sans qu'il ait 
une relation à quelque chose; vous 
ne pouvez pas dire que cette relation 
s'établit avec un nouveau relatif, puis- 
que vous les avez tous compris dans 
votre mot tout, sérieusement entendu. 
Donc vous ne pouvez dire qu'une 
chose, à savoir que la relation né- 
cessaire pour constituer le relatif 
s'établit avec l'absolu. 

Nous voilà, tout de suite arrivés à 
DIEU, sans quoi votre mot relatif ne 
signifie plus rien, et vous-même ne 
dites rien. 

Voulez-vous une autre formule plus 
abrégée ?... dire relatif sans absolu 
pour premier point de relation, c'est 
dire relation sans relation, attache 
sans point d'attache, être sans être. 

Voilà le résumé de toutes vos doc- 
trines. Le Noir. 

ABSOLU, adject. ABSOLUMENT, 
adv. Absolu se dit, 1° par opposition 
à ce qui est relatif. Nous soutenons 
qu'il n'y a dans le monde aucun mal 
absolu, mais seulement des maux 
relatifs; la condition des créatures 
n'est bonne ou mauvaise, un bien ou 
un mal, que par comparaison. Le 
bien absolu, c'est l'infini; le mal ab- 
solu, c'est le néant : entre ces deux 
extrêmes il y a une ialiuité de de- 



ABS 

grés ou de manières d'être qui sont 
censés un mal en comparaison d'un 
plus grand bien, et un bien si on les 
compare à un état plus mauvais. 
L'oubli de ces notions a rendu plus 
obscure la question de l'origine du 
mal. V. Bien et Mal. 

Dans le même sens, certaines pro- 
positions, énoncées en termes abso- 
lus, ne sont vraies que par comparai- 
son ou daus un sens relatif. Quand 
on dit que Dieu abandonne les pé- 
cheurs, cela n'est pas absolument vrai, 
puisqu'il n'en est aucun à qui Dieu 
ne donne des grâces ; mais il ne leur 
en accorde pas autant qu'aux justes. 
Voyez Grack, § 3. Saint Paul répète 
ce que Dieu a dit par un prophète : 
J'ai aimé Jacob, et j'ai hai Esaù. Ce- 
pendant Dieu n'a pas cessé absolument 
de répandre des bienfaits sur Esaù et 
sa postérité ; mais il ne les a pas 
traités aussi favorablement que Jacob 
et ses descendants. L'auteur du livre 
do la Sagesse dit à Dieu : Vous ne 
haïssez., Si ignewr, rien de ce que vous 
avez fait. Cette proposition est abso- 
lument vraie ; la précédente n'est vraie 
que par comparaison. 

11 faut distinguer encore les argu- 
ments absolus d'avec les arguments 
relatifs personnels que l'on nomme 
arguments ad hominem : ceux-ci ne 
sont solides que relativement aux 
opinions et aux principes de l'adver- 
saire contre lequel on dispute; ils ne 
prouvent rien contre ceux qui ont 
des principes ou des opinions con- 
traires. 

2° Absolu se dit par opposition à ce 
qui est conditionnel; ainsi l'on dis- 
tingue en Dieu la volonté absolue, par 
laquelle il opère immédiatement par 
lui-même tout ce qu'il lui plait, et la 
volonté conditionnelle, par laquelle 
il nous laisse la liberté de résister. 
Dieu veut notre salut, non absolument, 
mais sous condition que nous le vou- 
drons nous-mêmes, et que nous obéi- 
rons à ses grâces. 

3° L'on distingue l'impossibilité 
absolue ou met iphysique, d'avec l'im- 
possibilité morale, qui signifie seule- 
ment une très-grande difficulté. 

4° Absolu, se prend dans un sens 
opposé à déclaratif. Dans ce sens les 
catholiques soutiennent que le prêtre 



ABS 



27 



ABS 



a le pouvoir de remettre les péchés 
absolument; les protestants, au con- 
traire, prétendent qu'il peut seule- 
ment déclarer que Dieu a remis les 
péchés. 

5° On nomme le jeudi de la se- 
maine sainte le jeudi absolu, parce 
que dans plusieurs" églises on fait 
l'absoute avant la cérémonie de la 
cène ; c'est un reste de l'ancienne dis- 
cipline ou de l'usage de réconcilier ce 
jour-là les pénitents publics, avant de 
les admettre à la communion. 

Bergier. 

ABSOLUTION, rémission des pé- 
chés faite par le prêtre au nom de 
Jésus-Christ dans le sacrement de 
pénitence. Voyez Pénitence. 

Absolution se prend encore pour la 
levée des censures et l'action de ré- 
concilier un excommunié à l'Eglise : 
dans ce sens elle tient au droit cano- 
nique plus qu'à la théologie. 

Enfin l'on nomme absolution une 
prière qui se dit à la fin de chaque 
nocturne de l'office divin, à la fin des 
heures canoniales, et une prière qui 
se fait pour les morts. Bergier. 

Nous eomplétons cet article, qui 
est insuffisant, par le suivant, inédit, 
de M. l'abbé Peltier. Le Noir. 

ABSOLUTION. Le mot absolution 
peut s'entendre ou de l'absolution 
des péchés, ou de celle des censures, 
ou enfin d'une simple cérémonie. 

absolution sacramentelle ou des pé- 
chés. Ainsi que l'a déclaré le concile 
de Trente, (sess. xiv, c. vi) l'absolution 
des péchés ne consiste pas dans un 
acte pur et simple de déclarer que les 
péchés sont remis, ou de rapporter à 
cesujetles paroles de l'Evangile; mais 
dans un acte judiciaire, où le prêtre 
prononce sa sentence avec toute l'au- 
torité d'un juge. En vertu de cette sen- 
tence, les p èchés remis sur la terre sont 
du même coup remis dans le ciel, ex 
opère operato , comme disent les théo- 
logiens, c'est-à-dire par la vertu qu'il 
a plu à Notre Seigneur Jésus-Christ 
d'attacher au sacrement lui-même, à 
moins que, comme il arrive trop sou- 
vent, les dispositions personnelles du 
pénitent n'y mettent obstacle. 



« C'est sans doute un grand bien- 
fait de Dieu, écrivait Leibnitz, tout 
protestant qu'il était, dans son Sys- 
tème théologique, d'avoir donné à son 
Eglise le pouvoir de remettre et de 
retenir les péchés, pouvoir qu'elle 
exerce par les prêtres, dont on ne 
peut mépriser le ministère sans un 
grand péché. » Aussi, protestants de 
toutes sectes, Luthériens, Anglicans, 
Calvinistes, après nous avoir contesté, 
à nous autres catholiques, ce pouvoir, 
ont-ils cru ne pouvoir rien faire de 
mieux que de se l'attribuer à eux- 
mêmes. « Pour moi, disait Daillé 
(De la confession, liv. I, c. 6), je nie 
que les ministres ne remettent pas 
vraiment les péchés. Ils les remettent 
vraiment, s'ils font bien les fonctions 
de leur charge. » Daillé aurait dû 
ajouter : « Et si celui dont ils tien- 
nent leur charge aie pouvoir, tout le 
premier, de remettre et de retenir les 
péchés. » Mais où est la preuve de ce 
pouvoir, ou de la mission qu'ils n'au- 
raient pu recevoir que de Jésus- 
Christ? En rompant avec les légitimes 
successeurs des apôtres, ils ont du 
même coup fait tarir pour eux la sève 
qui seule aurait pu la leur communi- 
quer. 

Ne pouvant ni prouver la légitimité 
de leur mission, ni se résigner à re- 
connaître l'autorité du ministère ca- 
tholique, certains protestants de nos 
jours sont revenus en désespoir de 
cause à poser contre nous la ques- 
tion pharisaïque : Qui peut remettre 
les péchés, si ce n'est Dieu seul? et à 
prétendre de plus belle qu'en disant 
aux apôtres : Recevez le Saint-Esprit, 
les péchés seront remis à ceux à qui 
vous les remettrez, etc., Jésus-Christ 
ne leur a point donné un pouvoir 
réel de remettre les péchés , mais 
seulement celui de déclarer quels 
seraient les vrais pénitents, et de prê- 
cher aux hommes la parole de Dieu. 
« Est-ce là, reprenait là-dessus Mgr 
Milner (dans sa lettre u au Rév. Ro- 
bert Cloyton), est-ce là suivre le sens 
clair et naturel de l'Ecriture? Mais, 
au lieu de discuter moi-même cette 
question, je vais opposer à la glose 
vague et arbitraire de l'évèque (angli- 
can Portens), sur ce passage décisif, 
une autorité qu'il ne peut, à ce qu'il 




M ■ 





ACS 

me semble, rejeter ou combattre: 
elle n'est autre que celle du fameux 
champion des protestants, Chilling- 
wort. Il dit, au sujet de ce texte : 
Peut-il y avoir un homme assez 
déraisonnable pour s'imaginer que 
quand notre Sauveur, avec tant de 
solennité, après avoir d'abord souf- 
flé sur ses disciples, et avoir ainsi 
porté et fait entrer dans leurs cœurs 
le Saint-Esprit, leur renouvela, ou 
plutôt leur conlirma cette glorieuse 
mission, etc., par laquelle il leur dé- 
légua le pouvoir de lier et de délier 
les péchés sur la terre, etc. ; y a-t-il, 
dis-je, quelqu'un qui puisse avoir des 
sentiments assez indignes de notre 
Sauveur, pour penser que ces paroles 
qu'il leur adressa dans cette circons- 
tance n'étaient que de vains compli- 
ments? C'est pourquoi , conformé- 
ment à sa sainte volonté, et ainsi que 
m'y autorise et me l'ordonne ma 
sainte mère , l'Eglise anglicane , je 
vous conjure de ne pas souffrir, par 
votre exemple et votre usage, que 
cette mission, qui a été donnée par 
Jésus-Christ à ses ministres, ne soit 
réputée qu'une vaine formule de pa- 
roles entièrement vides de sens. Lors- 
que vous vous sentez chargés et op- 
pressés, etc., ayez recours à votre 
médecin spirituel, et découvrez-lui 
sans crainte la nature et la malignité 
de votre maladie. Ne l'approchez pas 
seulement dans les mêmes sentiments 
dans lesquels vous iriez trouver un 
homme instruit, ou qui pourrait 
vous dire des choses consolantes, mais 
comme celui qui est revêtu du pou- 
voir qui lui a été délégué par Dieu 
lui-même, de vous absoudre et de 
vous acquitter de vos péchés (Serm. 
vu, Retig. des Prot.) 

D'autres protestants, tombant dans 
un autre excès, ont prétendu que le 
pouvoir de remettre les péchés ap- 

Eartenait indistinctement à tous les 
dèles ; mais il leur reste à prouver 
que Jésus-Christ, en faisant le choix 
de ses apôtres, n'a voulu leur donner 
aucune autorité sur ses autres disci- 
ples, ou qu'en disant à saint Pierre : 
Pais mes agneaux, pais mes brebis, 
il a constitué tous ses disciples indis- 
tinctement pasteurs de son troupeau. 
Mais si tous sont pasteurs, quels se- 



28 



ABS 



ront les agneaux et les brebis ? Si 
tous ont le pouvoir de remettre les 
péchés, il vaut autant dire que tous 
ont le pouvoir de s'absoudre eux- 
mêmes, ce qui sera plus expéditif 
et plus conforme apparemment à la 
bonté divine. 

Pour ne pas tomber dans de sem- 
blables extravagances, sachons donc 
nous en tenir à la doctrine de l'Eglise 
catholique, si nettement formulée! 
par le concile de Trente, et disons 
avec ce concile, que par ces paroles 
si claires: Les péchés seront remis à ceux 
à qui vous les remettrez, etc., toute 
l'antiquité, d'un consentement una- 
nime, a toujours entendu que la puis- 
sance de remettre ou de retenir les 
péchés a été réellement communiquée 
aux apôtres et à leurs légitimes suc- 
cesseurs, pour réconcilier les fidèles 
tombés dans le péché depuis leur 
baptême ; condamnant en consé- 
quence les interprétations imaginai- 
res de ceux qui, pour combattre l'ins- 
titution de ce sacrement, détournent 
et appliquent faussement ces paroles 
à la puissance de prêcher la parole de 
Dieu, et d'annoncer l'Evangile de 
Jésus-Christ {Conc. Trid., de sacram. 
Pœnit., cap. i). 

Ce pouvoir d'absoudre conféré aux 
apôtres est-il attaché à un rite exté- 
rieur? Quel est ce rite, et quelles 
sont les conditions requises pour sa 
validité? - v 

Dieu seul ayant par lui-même la 
connaissance des cœurs, un homme 
ne peut remettre les péchés à un au- 
tre homme d'une manière utile qu'au 
moyen d'un acte extérieur qui fasse 
connaître à celui-ci la volonté qu'a 
le premier de l'absoudre, comme ce 
n'est que par l'acte extérieur de la 
confession que le prêtre peut con- 
naître les péchés dont on lui de- 
mande d'être absous. C'est cet acte 
extérieur de remettre les péchés que 
nous appelons absolution sacramen- 
telle, et qui, d'après le concile de Flo- 
rence (Decr. de reunione Armenorum) 
et celui de Trente (De sacram pœnit., 
cap. 3), consiste mentalement dans 
ces paroles : Ego te absotvo, etc., au 
moins pour l'Eglise latine. Ces deux 
conciles n'ont rien dit de plus, sans 
doute pour nous faire entendre que 






AUS 29 

l'essence de l'absolution se réduit à 
ces seuls mots, ou à leurs équiva- 
lents, et que les formules de prières 
ou autres paroles qui les précèdent 
çt les suivent dans les divers rituels 
peuvent être omises, nous ne disons 
pas sans péché, mais du moins sans 
nuire à la validité du sacrement. 

Cette formule , absolvo te , est , 
comme on le voit, indicative ; mais ne 
conviendrait-il pas qu'elle fût plutôt 
déprécatoire, comme il paraît, disent 
beaucoup de théologiens après le P. 
Morin, qu'elle l'a été communément 
durant les douze premiers siècles, 
même dans l'Eglise latine, et comme 
il parait, ajoute-t-on, qu'elle l'est 
encore aujourd'hui dans l'Eglise grec- 
que? A l'appui de ce dernier fait, on 
se plaît à citer le décret de Clément 
VIII, adressé aux Grecs mêlés aux 
Latins dans la Basse-Italie, et con- 
tinué depuis par Benoit XIV; il y est 
dit que, dans les cas de nécessité, les 
prêtres du rite grec peuvent absou- 
dre les Latins, mais qu'alors ils doi- 
vent employer la formule d'absolu- 
tion prescrite à la suite du concile de 
Florence, en y ajoutant, s'ils le veu- 
lent, l'oraison déprécatoire qu'ils ont 
coutume de dire seule pour la forme 
de l'absolution. Ce règlement ne sem- 
ble-t-il pas montrer, qu'au moins dans 
cette partie de l'Italie, les Grecs unis 
ne se servent d'oidinaire pour l'abso- 
lution que d'une formule déprécatoire, 
et que néanmoins les papes jugent 
cette forme bonne et valide, quand 
ils s'en servent les uns à l'égard des 
autres ? (Chardon, Hist. des sacrem.) 
Que si cependant le Saint-Siège exige 
qu'à l'égard des Latins qui s'adresse- 
raient à des prêtres grecs en cas de 
nécessité pour recevoir d'eux l'absolu- 
tion, on emploie premièrement la for- 
mule indicative, telle qu'elle est usitée 
parmi nous, c'est sans doute par mé- 
nagement pour les scrupules des La- 
tins, d'une part, et aussi pour l'opi- 
nion commune parmi les Grecs de 
la validité de la forme déprécative, 
opinion qui, spéculativement consi- 
dérée, n'a point été jusqu'ici con- 
damnée par l'Eglise. Et de fait, que 
la forme soit indicative, ou qu'elle ne 
soit que déprécatoire, la signification 
en est toujours la même; car en di- 



ABS 



sant : Te absolvo, comme nous le di- 
sons aujourd'hui, le prêtre parle bien 
moins en son propre nom, qu'au nom 
de Jésus-Christ, dont il est le mi- 
nistre et un instrument en quelque 
sorte ; et en disant : Dominus te ab- 
solvat, comme il parait que c'était 
aussi l'usage du temps d'Alexandre 
de Halès, le prêtre avertit le péni- 
tent de reporter à Notre Seigneur 
toute la vertu de son action. C'est 
donc toujours au fond Jésus-Christ 
qui absout par la bouche du prêtre, 
comme saint Augustin faisait la re- 
marque que, dans le baptême, c'est 
toujours Jésus-Christ qui baptise par 
les mains de son ministre. 

« Mais comment, se demandait à 
lui-même saint Liguori (Traité con- 
tre les hérétiques), cette forme dépré- 
cative a-t-elle valu anciennement et 
vaut-elle encore chez les Grecs, tan- 
dis que chez les Latins elle n'est plus 
valable? Pour résoudre cette diffi- 
culté, saint Liguori répondait avec 
les paroles de notre théologien fran- 
çais Juénin, que l'Eglise peut bien 
changer les formes, non quant à la 
substance, mais quant au mode, en 
assignant quelque chose comme con- 
dition sine qua non : car l'administra- 
tion des sacrements a été confiée par 
Jésus-Christ à la prudence de l'Eglise, 
laquelle a prescrit aux Latins le mode 
indicatif pour exprimer l'acte de ju- 
ridiction que les prêtres opèrent en 
administrant ce sacrement. » Et en 
effet, cet acte de juridiction nous 
semble bien plus clairement exprimé 
pas ces paroles : Je vous absous, que 
par d'autres dont le sens serait : Je 
prie Dieu de vous absoudre ; et Jésus- 
Christ n'a pas dit à ses apôtres : Tous 
ceux à qui vous me prierez de re- 
mettre leurs péchés, leurs péchés 
leur seront remis ; mais : Tous ceux 
à qui vous remettrez leurs péchés. 

Nous avons dit, sur la foi de savants 
théologiens, que l'Eglise grecque em- 
ploie encore de nos jours la forme 
déprécative. Il faut reconnaître ce- 
pendant, comme l'a observé l'abbé 
Pascal (Orig. de la lit. cath.), que 
dans l'Eglise arménienne les prêtres 
administrent l'absolution presque 
dans les mêmes termes que chez les 
Latins. Voici, traduite en latin la for- 



1 




30 



AES 



mule dont se servent les prêtres de 
cette nation : Misereatur tui fortis Me 
et philanthropos Dms, et remissionpvi 
concédât omnibus delictis tuis confessis 
et ollitis, et ego ex hoc ordirte sacerdotii 
et per principalum divinorum prsecep- 
torum quod : Quxcumgue solveritis m 
terra erunt solukt in cœlis, ego solvo te 
•f «5 omni participations peccatorum 
tuorum, a cogitationibus. a verbis et nb 
operibus. In nomme Patris -f- et Filii 
et Spiritus Sancti. Amen. Et iterum do 
te mysterio sanctx Ecclesise, quidquid 
operaberis erit tibi in beneficentiwm et 
in gîoriam fuiurx vitse. Amen. 

L'Eucologe des Grecs publié en 
1647 par le P. Goar, missionnaire en 
l'Ile de Chio, prouve que ce peuple 
aussi emploie la furme indicative, 
quoique accompagnée, comme chez 
nous-mêmes, de formules dépréca- 
tives; car on y met dans la bouche du 
prêtre les paroles dont voici la tra- 
duction : Jnsteptr ego absolvo te ab 
omnibus peccatis tuis, quœciemque con- 
fessus es coram Duo, et coram indigni- 
tate mua. De semblables paroles sont 
suivies de ces autres : Ego vero con- 
dono tibi omnia peccata tua. N'est-ce 
pas là employer comme nous la forme 
indicative? 

La formule usitée en Russie, com- 
me l'attestait en 1619 le docte Ar- 
cadius, témoin oculaire des usages 
de l'église métropolitaine de Kicw, 
renferme également la forme indica- 
tive jointe à des prières. En voici la 
traduction : Ego quoqne pater tous 
spiritualis, potestate trahi a l)eo et a 
superioribus meis concessa, te absolvo 
ab omnibus peccatis tuis. 

Voici un autre témoignage qui a 
aussi son poids ; c'est celui de Dom 
Ménard, dans ses notes sur le Sacra- 
mentaire attribué à saint Grégoire le 
Grand : « Quoique certains livres ca- 
noniques des Grecs, dit-il (note 677), 
nous présentent la forme déprécative, 
on y trouve jointe cependant la for- 
mule indicative que voici : Habeo te 
venia donation . » 

Ce qui est plus fort, c'est que, dans 
les rites de l'Eglise grecque traduits 
en latin parGeorges Phelavius, on lit, 
c. 22, cette formule indicative d'ab- 
solution : Ex ea potestate quam Chris- 
tus apostolis suis concessit, dicens : 



Qusecumque sokeritis, etc., et quam 
ab apostolis episcopi acceperunt, quam- 
que ego ab episcopo meo mihi tradihim 
nactus sum auctoritatem, ABSOLVER1S 
et crimiuum purus prortuntiaris a Fa- 
tre, Fiiio et Spiritu Sancto. 

Il est de même constant par le té- 
moignage d'un pèrejésuite, chancelier 
de l'université de ïyrnau, écrivant 
en 1759, que tous les Grecs unis du 
royaume de Hongrie administraient à 
cette époque, ou recevaient de leurs 
prêtres le sacrement de pénitence 
sous une formule en langue euthène 
dont le sens revient à ceci : Domiitus 
et Deus noster Jésus Christus gratia et 
largitate suse erga homines dilectionis 
dimittat tibi omnia peccata tua. (voilà 
la prière) ; et ego indiguus sacerdos, 
potestate illius mihi data, dimitto, et 
solvo te ab omnivinculo excommunica- 
tionis et ab omnibus peccatis tais, in 
nomine Patris, etc. Voilà la forme in- 
dicative. Le Sacramentaire publié de 
même en langue russe dans le courant 
du dernier siècle est encore plus for- 
mel, car on y lit en termes équiva- 
lents : PerfirJtur hoc sacramentum 
(pœnitentix) Mo tempore, dum sacer- 
dos absolrit confiteutem, dicens : Sol- 
vo te et libero ab omnibus peccatis tuis 
in nomine Patris, etc. 

Si donc la forme indicative a dis- 
paru de certains rituels de l'Eglise 
orientale, comme on a prétendu en 
donner la preuve; si les douze pre- 
miers siècles ne fournissent aucun 
exemple de formule indicative d' abso- 
lution, ce qui est au moins douteux, 
cette diversité de discipline, supposé 
qu'elle existe, n'implique aucune va- 
riation dans la doctrine; et la seule 
conclusion raisonnable qu'on puisse 
en tirer, c'est que Jésus-Christ n'ayant 
point, déterminé les ternies mêmes de 
la formule d'absolution, c'est à l'E- 
glise qu'il appartient d'en régler les 
conditions, sons peine de désobéis- 
sance, ou de nullité même, selon 
qu'elle juge à propos de l'établir pour 
le bien de l'unité. Une raison puis- 
sante qui nous empêche de considé- 
rer comme décisifs les exemples cités 
des anciens sacrainentaires ou rituels, 
c'est que la loi du secret, si fortement 
recommandée dans les premiers siè- 
cles de l'Eglise, interdisait de divul- 



'Â 



ABS 



31 






guer, et par conséquent de mettre 
par écrit lus formules constitutives des 
suints mystères. On pourrait donc sou- 
tenir, non sans apparence de raison, 
que c'est à dessein que la formule 
d'absolution, si facile à retenir en ce 
qu'elle a d'essentiel, ne se trouve pas 
exprimée dans les sacrameutaires les 
plus anciens, et qu'on se contentait 
d'v insérer les paroles ou prières qui 
précédaient ou suivaient ces formu- 
les, et qu'il eût été moins sur de con- 
fier à la mémoire. 

Une question vivement débattue 
vers la lin du xvje siècle entre les 
théologiens catholiques, c'était de sa- 
voir si une absolution donnée par 
ecril, ou par un intermédiaire, pou- 
vait être lacite, ou du moins valide. 
Le pape Clément VIII a tranché la 
qu.siiim de la licite, par un décret de 
la S. Inquisition conçu en ces termes : 
S. It. N : ktno prop<>siiionem, scilicet 
licere par litteros, seu iuteriuincium, 
tmfemetrio absenti pec&ata taeramm- 
taliter confiteri, et ab eodew absente 
absolut ionrm obtinere, ad minus uti fai- 
sant, lanrrariam et scaudalosam dum- 
naitt ttc prohibitif, praecepitque, ne 
deinceps ista propnsMu publias, prica- 
tisve Icctionibus, candouibus, et cow- 
gressibm doceatur, neve imquum tan- 
tjuiim aht/uo casu probabilis defenda- 
tur, impri inniiir, aul ad pra.i im quoiÀS 
mtiii.o dtducatur. Puis le Punlii't' me- 
naçait de la peine d'excommunication 
à encourir i/isu fado, dont il se ré- 
servait à lui-même le droit d'absou- 
dre, quiconque contreviendrait à. ce 
décret. 

Il est dès lors évident qu'il n'est 
permis à personne, au moins depuis 
ce décret publié par l'ordre de Clé- 
ment VIII, de s'arroger le droit d'ab- 
soudre par lettre ou parintermédiairc 
la personne dont on aurait reçu la 
confession. Si quelqu'un néanmoins 
s'arrocteait ce droit malgré la défense 
précitée, l'absolution qu'il aurait don- 
née de cette manière serait-elle valide ? 
Nous répondrons avec Suarez (disp. 
29, s. 3J qu'une telle absolution serait 
nulle, tant parce qu'elle ne saurait 
être plus valide que celle qu'on don- 
nerait sans pouvoirs d'un cas réservé, 
que parce qu'il est dit dans ce décret : 
neque unquam tanquam aliquo casu 



a es 

probabilis defendatur. Los faits qu'on 
prétendrait alléguer en preuve de la 
validité d'absolutions semblables, 
outre qu'ils remontent à des temps 
antérieurs au xvie siècle , peuvent 
s'expliquer, au moins pour la plupart. 
de l'absolution des censures ad cau- 
telam, ou encore do certaines absolu- 
tions cérémonielles; ou cuiin, s'il ont 
trait à des absolutions même sacra- 
mentelles, ce sont des faits sans auto- 
riié, et qui ne prouvent guère que 
l'ignorance ou la simplicité de leurs 
auteurs. 

Le canon Quem ptmiUt, de pœnitcn- 
tia, dist. 1, extrait du livre De vera et 
f'alsa partit, inséré parmi les œuvres 
de saint Augustin, a\ait Longtemps 
d'avance condamné cette pratique. 
Prxcepit Dominas, y est-il dit, mua- 
dandis (leprosis) ut ostenderent ora su- 
cerdotibus, docens carporali prxsentia 
coufitenda peccata non par Huntium, 
non per so'ipluram manifestanda. Si 
la confession des pécbôs doit se faire 
en présence du prêtre, etnon par l'en- 
tremise d'autrui »ni par écrit, c'est 
bien défendre indirectement an prêtre 
lui-même d'absoudre son péuitenlpar 
une semblable voie. 

Du reste, que ces sortes d'absolu- 
tions soient nulles par leur nature 
même et indépendamment de toute 
loi positive, c'est ce qui nous semble 
mal prouvé par des raisons telles que 
celle-ci : Absolulio a eonfessorij ab- 
sente obtenta, est nvdla et invalida, 
quia, païuttiitr absente, non potvst ve- 
rificari forma essentialis absolutioms, 
in t/ua ilirilnr, Absolvo te, qux par- 
ticula te, ex g&tere suo, estai monstra- 
tiva prrs'ur.r JW« ntit, supra quam 
cailerc débet absolu/' io Tkmupjs verbo 
Absens). Quoi ! n'esl-il pas d'usage 
journalier d'écrire à un absent en 
employant à son égard la deuxième 
personne des verbes, et en des ter- 
mes tout semblables à ceux dont on 
se servirait si la personne était pré- 
sente et qu'on eût à lui parler de 
vive voix ? 

Absolution des censures. Il n'en est 
pas de l'absolution des censurescomme 
de celle des péchés. De môme que, 
pour subir une censure, une excom- 
munication par exemple, il n'est pas 
nécessaire que la personne qui en est 



i 








ABS 



32 



ABS 



frappée soit présente, sa présence 
n'est pas non plus exigée pour que 
son supérieur la relève des censures 
( dont elle serait atteinte. Il en est de 
| même de la dispense des irrégulari- 
tés, ainsi que l'a déclaré la S. Con- 
grégation du concile par son décret 
du 27 février 1666. 

Absolutions cérémonielles. Nous ap- 
pelons de ce nom des espèces de sa- 
cramentaux, qui îimulentl'absolution 
sacramentelle sous des formes dépré- 
catoires, mais qui se réduisent, quant 
à leur vertu, à des prières souvent 
accompagnées d'indulgences. Telle 
est la prière Misereatur, etc., Indul- 
gentiam, etc., prononcée par le prêtre 
célébrant la messe, à la suite du Con- 
fiteor. Telles sont encore les prières 
de l'absoute prononcées le jeudi saint 
en plusieurs églises, reste vénérable 
de l'antique usage d'absoudre en ce 
jour solennel les pénitents publics, 
pour pouvoir les admettre à com- 
munier le jour de Pâques. 

A. G. Peltier. 

ABSORPTION et EXSORPTION 
(Thèol. mixt. Scienc. nat., psychol. et 
moi-). — Ces deux mots disent tout le 
mystère de !a nature et de la vie. Il y 
a les absorplions et exsorptions physi- 
ques, chimiques, physiologiques, géo- 
logiques, cosmiques, etc., et l'effet en 
est tel, qu'à tout instant, chez l'homme, 
par exemple, le corps change d'élé- 
ments constitutifs. Or, est-il possible de 
concevoir, dans ce mouvement perpé- 
tuel de la vie, la formation d'un moi 
individuel, ayant souvenir, quelque 
obscur que l'on suppose le sentiment 
de ce moi et ce souvenir, sans un pivot 
central, fixe, autour duquel se font les 
continuels échanges, et qui, lui, ne 
change pas ? Supposer l'absence de ce 
noyau, c'est supposer qu'il n'y a rien 
de substantiel pour servir de support 
aux impressions, et par là même, que 
ces impressions sont des espèces d'étin- 
celles qui s'éteignent à mesure qu'elle 
s'allument. Alors plus d'unité, qui se 
souvient et qui prévoit, pour l'être tout 
entier. Chaque molécule quivient rem- 
placer la précédente et qui va être 
aussilôtremplacée, dans le rôle qu'elle 
joue, par une suivante, ne peut avoir le 
sentiment que de son rôle particulier. 



On dit : Il y a une résultante géné- 
rale; je ne le nie pas; il faut bien 
qu'il y en ait une ; mais j'ajoute: cette 
résultante a-t-elle un soutien fixe, ou 
n'ena-t-elle point? Si elle n'en a point, 
elle n'est rien substantiellement et ne 
saurait persister en aucune manière, à 
mesure que s'en vont les termes qui la 
produisent, au milieu de ce tumulte 
de la vie, de cet incessant tourbillon- 
nement de l'organisme. Il lui faut, 
pour la porter et la garder en souvenir, 
une unité substantielle. Qu'est-ce ? 
C'est l'àme. 

Appelez-la comme vous voudrez : 
âme organique, avec Pidoux, étheréide, 
avec Montagu,ew<efccÀj'e avec Aristote, 
divinité créée avec Platon, éon avec 
Valentin, monade avec Leibnitz, etc., 
il vous faudra toujours, pour lui don- 
ner une réalité d'existence qui se sente 
aujourd'hui la même qu'elle était hier, 
que vous en fassiez un substantialité 
hxe qui centralise et garde les coups 
qu'elle reçoit de toutes les molécules 
fourmillant autour d'elle. 

Mais, s'il en est ainsi, nous dira-t- 
on, il y a âme partout où il y a senti- 
ment d'ideiitité, faible, ou fort, pourvu 
qu'il existe. Je réponds : oui, avec cette 
réserve que nous ne sommes certains 
du sentiment d'identité que par rap- 
port à nous-mêmes. Nous ne pouvons 
juger, pour les animaux et les autres 
êtres, que par analogie sur des appa- 
rences qui pourraient en rigueur nous 
tromper. Oui, nous aimons à croire 
qu'il y a des âmes partout, qu'il n'y a 
point de corps sans âme, mais, nous 
n'en sommes certains que pour nous 
seuls. Le Nom, 



ABSOUTE. Cérémonie qui se pra- 
tique dans l'Eglise romaine le jeudi 
de la semaine sainte, pour représen- 
ter l'absolution qu'on donnait vers le 
même temps aux pénitents de la pri- 
mitive Eglise. 

L'usage de l'Eglise de Rome et de 
la plupart des Eglises d'Occident, 
était de donner l'absolution aux pé- 
nitents le jour du jeudi saint, nom- 
mé, pour cette raison, le jeudi absolu. 

Dans l'Eglise d'Espagne et dans 
celle de Milan, cette absolution pu- 
blique se donnait le jour du vendredi 



ABS 

saint ; et dans l'Orient c'était le même 
jour où le samedi suivant, veille de 
Pâques. Dans les premiers temps, 
l'évèque faisait l'absoute, et alors elle 
était une partie essentielle du sacre- 
ment de pénitence ; parce qu'elle 
suivait la confession des fautes, la 
réparation des désordres passés et 
l'examen de la vie présente. « Le 
» jeudi saint, dit M. l'abbé Fleury, 
» les péi itents se présentaient à la 
» porte de l'église; l'évèque, après 
» avoir fait pour eux plusieurs priè- 
» re% les faisait entrer, à la sollicita- 
» tion de l'archidiacre qui lui repré- 
» sentait que c'était un temps propre 

» à la clémence Il leur faisait une 

» exhortation sur la miséricorde de 
» Dieu, et le changement qu'ils de- 
» vaient faire paraître dans leur vie, 
» les obligeant à lever la main pour 
» sig xC de cette promesse ; enfin se 
» laissant fléchir aux prières de l'E- 
» glise, et persuadé de leur conver- 
» sion, il leur donnait l'absolution 
» solennelle. » Mœurs des chrétiens, 
tit. xxv. 

A présent ce n'est plus qu'une cé- 
rémonie qui s'exerce par un simple 
prêtre et qui consiste à réciter les 
sept psaumes de la pénitence, quel- 
ques oraisons relatives au repentir que 
les fidèles doivent avoir de leurs pé- 
chés. Après quoi le prêtre prononce 
les formules Misereatur et Indulgen- 
tiarn ; mais tous les théologiens con- 
viennent qu'elles n'opèrent pas la 
rémission des péchés ; et c'est la 
différence de ce qu'on appelle absoute, 
d'avec l'absolution proprement dite. 
Bergier. 

ABSTÈME, du latin abstemius. On 
nomme ainsi les personnes qui ont 
une répugnance naturelle pour le vin 
et ne peuvent en boire. Pendant que 
les calvinistes soutenaient de toutes 
leurs forces que la communion sous 
les deux espèces est de précepte divin, 
ils décidèrent au synode de Charenton 
que les abstëmes pouvaient être admis 
à la cène pourvu qu'ils touchassent 
seulement la coupe du bout des lè- 
vres, sans avaler une seule goutte de 
vin. Les luthériens leur reprochèrent 
cette tolérance comme une prévari- 
cation sacrilège, 
I. 



33 



AL3 



De cette conteftation même on a 
conclu contre eux qu'il n'est pas vrai 
que la communion sous les deux es- 
pèces soit de précepte divin, puis- 
qu'il y a des cas où l'on peut s'en 
dispenser. Voyez Communion sous les 
deux espèces, Coupe. Bergier. 

ABSTINENCE. Le motif général de 
l'abstinence est de mortifier les sens 
et de dompter les passions : l'on con- 
naît assez les suites naturelles de la 
gourmandise. Selon M. de Buffon, la 
mortification la plus efficace contre 
la luxure est l'abstinence et le jeûne. 
Hist. Nat., tom. III, in-12, c. 4, pag. 
103. Dieu, après avoir créé nos pre- 
miers parents, leur accorda pour 
nourriture les plantes et les fruits 
de la terre ; il ne leur parla point de 
la chair des animaux. Gen., c. 1, f 
29. Mais vu les excès auxquels se li- 
vrèrent les hommes antérieurs au dé- 
luge, il n'est guère probable qu'ils 
se soient abstenus d'aucun des ali- 
ments quipouvaint flatter leur goût. 
Après le déluge, Dieu permit à 
Noé et à ses enfants de manger la 
chair des animaux ; mais il leur dé- 
fendit d'en manger le sang. Gen., 9, 
f 3 et suiv. Par les termes dans les- 
quels cette défense est conçue, il pa- 
raît que le motif était d'inspirer aux 
hommes l'horreur dumeurtre. L'ha- 
bitude d'égorger les animaux et d'en 
boire le sang porte infailliblement 
l'homme à la cruauté. 

Moïse par ses lois défendit aux Juifs 
la chair de plusieurs animaux qu'il 
nomme impurs ; il exclut nommé- 
ment tous ceux dont la chair pouvait 
être malsaine, relativement au cli- 
mat, et causer des maladies. Quelques 
philosophes ont rapporté au même 
motif l'usage des Egyptiens, de s'abs- 
tenir de la chair de plusieurs ani- 
maux. 

L'usage du vin était interdit aux 
prêtres pendant tout le temps qu'ils 
étaient occupés au service du tem- 
ple, et aux nazaréens pour tout le 
temps de leur purification. 

A la naissance du christianisme, 
les Juifs voulaient que l'on assujettît 
les païens convertis à toutes les obser- 
vances de la loi judaïque, à toutes 
les abstinences qu'ils pratiquaient. 






■ 







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M 








S 











ABS 



34 



ABS 



Les apôtres assemblés à Jérusalem dé- 
cidèrent qu'il suffisait aux iidèles 
convertis du paganisme de s'abstenir 
du sang, des viandes suffoquées, de 
la fornication et de l'idolâtrie. Act., 
c. 15. Saint Paul dans ses lettres a 
donné sur ce point des règles très- 
sages. Bientôt même cette abstinence 
se trouva sujette à des inconvénients ; 
Tertullien nous apprend que les 
païens, pour mettre les chrétiens à 
l'épreuve, leur présentaient à man- 
ger du sang et du boudin. Apol., c. 
9. Mais les abstinences prescrites à 
Noé, aux Juifs, aux premiers fidèles, 
démontrent l'abus que les protestants 
ont fait de la maxime de l'Evangile, 
que ce n'est point ce qui entre dans 
labouche qui souille l'homme. Matth., 
c. 4, f H. 

Les manichéens faisaient déjà cette 
objection pour prouver que les absti- 
nences prescrites par Moïse étaient 
absurdes, et saint Augustin a réfuté 
plus d'une fois ce sophisme. L. con- 
tra Adim., c. 15, n. 1 ; L. 16 contra 
Faust., c. 6 et 31. Est-il donc permis 
de manger de la chair humaine, sous 
prétexte qu'aucune nourriture ne 
souille l'homme ? La pomme man- 
gée par Adam le souilla sans doute, 
puisqu'il en fut puni, lui et toute sa 
postérité. Dès que les apôtres ont eu 
le droit de défendre aux chrétiens 
l'usage du sang et des viandes suffo- 
quées, pourquoi leurs successeurs 
n'ont-il pas eu celui d'interdire l'u- 
sage de toute viande dans certains 
jours et dans un certain temps ? 

Ce qu'il y a de singulier, c'est que 
les manichéens, qui tournaient en 
ridicule les abstinences prescrites par 
Moïse, ordonnaienteux-mèmes àleurs 
élus de s'abstenir du vin et de la chair 
des animaux. Pour justifier cette dis- 
cipline, ils disent que ceux d'eutre 
les catholiques qui faisaient la mùnae 
chose, passaient pour être les plus 
parfaits. Saint Augustin leur répond 
que ceux-ci pratiquent l'abstinence 
pour mortifier les passions, au lieu 
que les manichéens croyaient que la 
chair en soi était impure parce que 
c'était l'ouvrage du mauvais prin- 
cipe. Beausobre qui veut à toute force 
disculper les manichéens, p;>sse sous 
silence leur contradiction touchant 



les abstinences judaïques, et soutient 
qu'ils raisonnentplus conséquemment 
que les catholiques. 11 abuse d'une 
équivoque en appelant nourriture 
saine, celle qui n'est ni infecte ni 
corrompue, et celle qui ne nuit point 
d'ailleurs à la santé. Est-ce donc la 
même chose ? Avec de pareils sophis- 
mes on peut prouver tout ce que l'on 
veut. Hist. des manich., 1. 9, c. 11. 

Lorsque l'Eglise nous a commandé 
Yalistinence et le jeûne, elle n'a envi- 
sagé que le motif général de la mor- 
tification ; elle ne s'est fondée ni sur 
les défenses faites aux Juifs, ni sur les 
rêveries de quelques hérétiques; elle 
se relâche même de la sévérité de 
ses lois, toutes les fois qu'il se pré- 
sente des raisons d'user d'indulgence. 
Quelques philosophes sont convenus 
qu'en bonne politique il est très-utile 
de suspendre le carnage des animaux 
pendant quelques jours et quelques 
semaines de l'année. 

Quant aux abstinences pratiquées 
par quelques sectes de philosophes, 
par les pythagoriciens, par les orphi- 
ques, etc., elles ne nous regardent 
point; les motifs pour lesquels V abs- 
tinence est observée par les chrétiens 
n'ont rien de commun avec ceux qui 
dirigeaient la conduite de ces philo- 
sophes. 

Quelques protestants ont soutenu 
que, dans les premiers siècles de 
l'Eglise, l'abstinence de la viande ne 
faisait pas partie essentielle du jeûne 
du carême, qu'il était défendu seu- 
lement d'user d'une nourriture déli- 
cate et recherchée, soit qu'elle fût 
grasse ou maigre; qu'il n'y avait rien 
de prescrit sur le genre des aliments, 
pourvu que l'ou observât la sobriété 
et la mortification. Le Père Thomas- 
sin a fait voir le contraire par des 
preuves solides. Traité des Jeûnes, 
]r e partie, c. 10 et 11 ; 2 e partie, c. 3, 
etc. Comme il n'y avait point de loi 
positive et formelle touchant le jeûne, 
il n'y en avait point non plus concer- 
nant l'abstinence ; c'est donc à l'usage 
établi qu'il a fallu s'en tenir dans 
tous les temps. Or, dès le troisième 
siècle, Origèiie nous apprend que plu- 
sieurs chrétiens fervents s'abstenaient 
pour toujours de la viande et du vin, 
non par les mêmes raisons que les 



■ 



ACS l 

pythagoriciens, mais pour réduire 
leur corps en servitude et réprimer 
les passions. Liv. S contra Cels., n. 
49, et homil. 19 in Jerern., n. 7. Nous 
voyons la même chose parle Sl c ca- 
non des apôtres. A plus forte raison, 
le commun des chrétiens devaient-ils 
le faire les jours de jeûne. 

Quand même cet usage n'aurait 
pas été établi dès l'origine parmi les 
Orientaux, il aurait encore été néces- 
saire de l'introduire à mesure que 
le christianisme a pénétré dans nos 
climats septentrionaux. Dans ces con- 
trées les viandes ont toujours été les 
aliments les plus délicats et les plus 
succulents, pour lesquels tout le 
monde se sent le plus d'attrait et dont 
l'apprêt peut être le plus varié, ce 
sont donc ceux dont la privation a 
dû paraître la plus dure les jours de 
jeûne. Si les peuples du Nord avaient 
été moins carnassiers, ils auraient 
été moins empressés d'adopter la mo- 
rale des prétendus réformateurs tou- 
chant V abstinence et le jeûne. 

Barbeyrac, protestant très-peu mo- 
déré, reproche à saint Jérôme d'avoir 
condamné absolument l'usage de la 
viande, d'avoir jugé qu'il est aussi 
mauvais en lui-même que l'usage du 
divorce. « Jésus-Christ, dit ce Père, 
» a remis la lin des temps sur le 
» même pied que le commencement; 
» de sorte qu'aujourd'hui il ne nous 
» est permis ni de répudier une 
» femme, ni de nous faire circoncire, 
» ni de manger de la chair, selon ce 
» que dit l'Apôtre : Il est bon de ne 
» puint boire de vin et de ne point 
» manger de la chair; car l'usage du 
» vin a commencé avec celui de la 
» chair, après le déluge. » Adv. Jo- 
vin., 1. 1er, page 30. Saint Jérôme , 
selon Barbeyrac, abuse ici dn passage 
de saint Paul ; et dans tout ce qu'il 
dit de l'abstinence et du jeûne, il co- 
pie Tertullien devenu montaniste. 
Traité de la morale des Pères, c. 15, § 
12 et suit). Tout cela est-il vrai ? 

En premier lieu, le texte de saint 
Jérôme n'est pas fidèlement rendu; 
il porte : « Depuis que Jésus-Christ 
» a remis la tin des temps sur le 
» même pied que le commencement, 
» il ne nous est pas permis de répu- 
» dier une femme : nous ne recevons 



5 ACS 

» plus la circoncision et nous ne 
» mangeons point de chair. » Saint 
Jérôme ne dit point que ce dernier 
usage ne nous est pus permis : remar- 
que essentielle. Son intention est 
évidemment de dire : Nous ne man- 
geons pas tous de la chair, et dans 
tous les temps. 

En second lieu, ce Père écrivait 
contre Jovinien qui soutenait, comme 
les protestants, qu'il n'y a aucun mé- 
rite à s'abstenir de la viande, parce 
que c'est un usage indifférent; puis- 
que Dieu, qui l'avait défendu avant 
le déluge, le permit ensuite. Or, ce 
raisonnement est évidemment faux. 
L'Ecriture approuve les nazaréens, 
qui faisaient vœu de s'abstenir du vin 
et de ne point se raser la tète pen- 
dant un certain temps. Num., c. 6, 
f 3. Les réchabites sont loués d'avoir 
observé la défense que leur père 
leur avait faite de boire du vin et 
d'habiter dans des maisons. Jerern.., 
c. 33, f 16. Jésus-Christ a loué saint 
Jean-Baptiste qui vivait de sauterelles 
et de miel sauvage. Les apôtres dé- 
fendirent aux premiers fidèles l'usage 
du sang et des chairs suffoquées, 
quoique cet usage lût en lui-même 
indifférent. Il y a donc du mérite à 
s'abstenir de choses indifférentes, 
lorsque le motif de cette abstinence 
est louable. 

En troisième lieu, saint Jérôme ne 
compare point l'usage de la viande à 
celui du divorce, quant à leur nature 
et à leurs effets, mais relativement a. 
la défense et à la permission de Dieu, 
sur lesquelles Jovinien argumentait. 
Celui-ci disait : Dieu a permis après 
le déluge la chair qu'il avait défen- 
due auparavant; donc cet usage est 
indifférent en lui-même, donc il n'y 
a aucun mérite à s'en abstenir. Saint 
Jérôme attaque ces deux conséquences 
l'une après l'autre, et voici le seus de 
sa réponse. Votre raisonnement pèche 
par trois endroits. 1« Dieu a permis 
par Moïse le divorce qu'il avait défendu 
auparavant; il ne s'ensuit pas néan- 
moins que le divorce soit indifférent 
en lui-même. 2° Quand l'usage de la 
chair serait indifférent en soi-même, 
il suffirait que Jésus-Christ, qui a 
voulu rétablir la perfection primitive, 
nous eût déconseillé cet usage, comme 






9 



I 



ABS 



36 



■n 



il a défendu le divorce, pour nous 
faire abstenir de l'un et de l'antre. 
3° Qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas 
une défense positive, saint Paul dit, 
Rom., c. 14, f 21 : « Il vaut mieux 
» ne point manger de viande, ne 
» point boire de vin et s'abstenir de 
» tout ce qui peut faire tomber le 
» prochain, le scandaliser ou affai- 
» blir sa foi. » Donc il peut y avoir 
de bonnes raisons de s'abstenir de ce 
qui est indifférent en soi-même, et 
alors c'est un mérite ; donc voire ar- 
gument ne vaut rien. Barbeyrac, qui 
sentait Je poids de ces trois réflexions, 
les a confondues et a tout brouillé 
pour déraisonner à son aise. 

Que l'on dise, si l'on veut, que la 
réponse de saint Jérôme n'est pas 
assez développée, soit ; il ne s'ensuit 
pas qu'elle est mauvaise et que sa 
morale est fausse. 

Il n'est pas vrai non plus qu'il ait 
mal entendu le passage de saint Paul : 
il a rendu mot à mot les premières 
paroles ; et, en lui donnant le même 
sens que Barbeyrac, le raisonnement 
de saint Jérôme conserve toute sa 
force. 

En quatrième lieu, qu'importe que 
ce Père ait copié Tertullien devenu 
nionfcaniste, pourvu qu'il ne soit pas 
tombé dans le même excès? Les rai- 
sonnements que ce dernier a faits 
depuis sa chute ne sont pas tous des 
hérésies, et un raisonnement mal ap- 
pliqué n'est pas toujours une erreur. 
Il y a sur l' abstinence deux excès à 
éviter, et un milieu à suivre. Le pre- 
mier excès est celui des hérétiques 
encratites, moutanistes, manichéens, 
etc., qui soutenaient que l'usage de 
la viande est impur, défendu, mau- 
vais en lui-même ; saint Paul les a 
combattus; I Tim., c. i, f 3. Le se- 
cond est celui de Jovinien et des pro- 
testants qui prétendent que l'absti- 
nence de la viande est sans aucun 
mérite, superstitieuse, judaïque, ab- 
surde, etc. Le milieu est suivi par 
1 Eglise catholique qui décide que 
celte a6s/mencepeul être louable, mé- 
ritoire, commandée même pour - de 
Lons motifs et eu certains cas. Tel 
est l'esprit du 43 e ou 51 e canon des 
apôtras : « Si un clerc s'abstient du 
» mariage, de la viande et du vin, 



ABS 

» non par mortification, mais par 
» horreur et en blasphémant contre 
» la création, qu'il se corrige ou qu'il 
» soit déposé. » 

Il est donc absurde d'alléguer au- 
jourd'hui, contre l'abstinence prati- 
quée par mortification, ce que les 
apôtres et les anciens Pères ont dit 
contre celle des hérétiques. 

Si on nous demande pourquoi il 
est louable de se mortifier par l'abs- 
tinence; nous répondrons avec sain! 
Paul, Galat., c.5, > 2 i- : « Ceux oui 
» sont à Jésus-Ghrist ont crucifié 
» leur chair avec ses vices et ses con- 
» voitises. » I Corinth., c. 9, f 27 : 
» Je châtie mon corps, et je le réduis 
» en servitude, de peur d'être ré- 
» prouvé après avoir prêché aux au- 
» très. » 

Comme on a eu de nos jours l' am- 
bition de réformer toutes les lois on 
a proposé fort sérieusement de re- 
trancher un bon nombre des jours 
à' abstinence et de jeûne, parce que la 
loi qui les ordonne n'est plus respec- 
tée et devient une occasion continuelle 
de transgression ; l'on a cité à ce su- 
jet le passage de saint Paul, Rom,, 
c. 7, ^ 10 : « Le commandement qui 
« devait me donner la vie a servi à 
» me donner la mort. » 

Si cette raison était solide, il ne 
faudrait pas seulement conclure à re- 
trancher quelques jours d'abstinence, 
mais à supprimer toute loi d'abstinence 
quelconque. On n'a pas vu que saint 
Paul parlait du précepte de la loi na- 
turelle : Tu ne convoiteras point, etc., 
Faut-il aussi abolir la loi naturelle, 

Earce qu'elle est souvent violée? 
orsque les mœurs publiques sont 
licencieuses, on ne respecte plus au- 
cune loi ; ce n'est point alors le cas 
d'abolir les lois, mais de les renforcer 
si on le peut. Voyez Carême, Jelnk. 
Beugieh. 

ABSTINENTS, secte d'hérétiques 
qui parurent dans les Gaules et en 
Espagne sur la fin du troisième siècle. 
On croit qu'ils avaient emprunté une 
partie de leurs opinions des gnosti- 
ques et des manichéens, parce qu'ils 
décriaient le mariage, condamnaient 
l'usage des viandes et mettaient le 
Saint-Esprit au rang des créatures. 









ABS 

Baronius semble les confondre avec 
les liiéracites ; mais ce qu'il en dit, 
d'après saintPhil astre, convientmieux 
aux cncratites dont le nom se rend 
exactement par ceux d'abstinents et 
de continents. Voyez E.nchatites et 

HlÉRACITES. BERGIEIU 

ABSTRAIT (Y) {théol. mixt., philos, 
logiq.). — On qualifie de sciences 
abstraites celles qui ont pour objet 
des généralités applicables à toutes 
sortes d'espèces; et l'on nomme, par 
opposition, sciences concrètes celles 
qui appliquent ces vérités générales 
à telles ou telles réalités spéciales. 

On a raison d'établir cette classifi- 
cation prirmordiale des opérations de 
l'esprit. L'esprit fait ces deux choses; 
il abstrait et il concrète; et c'est la 
première qui constitue sa puissance 
et sa gloire. Il possède une force inex- 
plicable, celle d'établir des sciences 
absolues comme certitude, par exem- 
ple, l'algèbre, avec toutes ses sœurs 
et ses filles, par lesquelles, ne faisant 
aucune application, il construit des 
échafaudages d'idées générales, qui 
soat, d'une part, aussi certains et évi- 
dents que cette vérité générale de 
même ordre : toute partie d'un tout est 
plus petite <juc ce tout , et qui sont, d'autre 
part, avec la même évidence, appli- 
cables à toutes les choses possibles, 
quoique la série en soit sans limite. 
L'esprit humain franchit d'un saut, 
par sa puissance d'abstraction, la série 
indéfinie, l'indéfini, et voit clairement 
que rien dans cette série, tant de ce 
qu'il y perçoit que de ce qu'il n'y 
perçoit pas, tout iualt'mgible qu'elle 
suit ù sa vision, ne peut, en soi, 
échapper à la règle démontrée comme 
généialité. (V. Not. wl.) 

Voilà l'abstrait I voilà la puissance 
de l'esprit! 

Cela flaire tellement l'absolu, l'infi- 
ni, Dieu, que Dieu lui-même est coni;u 
par l'esprit qui réfléchit à cette puis- 
sance, comme nécessaire pour la 
communiquer, et comme moteur per- 
pétuellement présent à son œuvre 
pour la soutenir dans une telle puis- 
sance. Il y a là de l'infini, de l'absolu, 
un divin si clair et si indispensable à 
l'opération, que Dieu tout entier en 
sort avec tous ses infinis. Oui! positi- 



37 



ABS 



visles, l'abstrait me suffit pour la dé- 
monstration de Dieu. Serait-elle sor- 
tie du vide cette puissance étrange 
de l'abstraction, si un être éternel ne 
l'avait possédée pour la communiquer? 
serait-elle sortie du non-être, du 
néant, du vide absolu? Serait-elle 
sortie d'un atome de matière ?... Et 
si vous le dites, en ajoutant pour sau- 
ver le, bon sens, que cet atome est 
éternel, je vous dirai moi : cet atonie 
est Dieu, et j'aurai encore raison.... 
Oui, si vous êtes matérialistes et athées 
du fond de l'aine, pendant que votre 
esprit fait des abstractions, je ne 
pourrai vous accuser d'une mauvaise 
loi monstrueuse ; mais je vous accu- 
serai d'un monstrueux aveuglement. 
Le Nom. 

ABSURDE (1') (théol. mixt., philos, 
logiq.). — Ce mot signifie une sé- 
rie quelconque d'idées qui se détrui- 
sent mutuellement. Dire que la par- 
tie peut être aussi grande que le tout 
qui la renferme est dire une chose 
absurde, parce que c'est dire, à la fois, 
qu'il s'agit et qu'il ne s'agit pas d'une 
partie impliquée dans un même tout 
et plus petite que lui. L'absurde est 
chassé par la logique de toute asser- 
tion raisonnable. C'est ainsi que nous 
avons vu, au mot absolu, l'aftirinalion 
du relatif appliquée parles positivistes 
à toutes choses, avec négation de 
l'absolu, impliquer une des absurdités 
les plus évidentes. 

Mais il n'en est pas de même du 
mystérieux, lors même qu'il parait 
absurde sans qu'il y ait pourtant 
évidence de contradiction dans son 
énoncé. La différence est si grande 
entre l'un et l'autre, que, dans les 
réalités existantes, rien ne saurait 
être absurde, tandis que tout y est né- 
cessairement mystérieux. 

Rien, dans les êtres réels n'est ab- 
surde, car s'il pouvait s'y trouver quel- 
que chose d'absurde, ce serait que ces 
êtres pourraient impliquer, à la fois, 
dans leur réalisation, le oui et le non, 
ou si l'on aime mieux, une manière 
d'être avec une autre manière d'être 
qui serait la négation de la première; 
il est évident que celle qui détruit 
l'autre ne peut l'accompagner dans 
le même objet au même moment de 



. 






n 



■ 




ABS 



38 



ABU 



son existence. Il <>st donc nécessaire 
qu'il n'y ait rien â'absurde dans les 
choses réelles. Nous disons dans les 
choses réelles, parce que, s'il s'agit 
des créations de l'imagination d'un 
être borné, il peut arriver que, la 
mémoire ouhliant ce qui a été déjà 
posé dans le tableau, ou la sagacité 
limitée du poète y ayant introduit un 
élément sans se rendre suffisamment 
compte des conditions d'être de cet 
élément, cette imagination y ajoute 
ensuite un autre élément qui suit 
négatif et destructif du premier. Alors 
la création est absurde et s'annule 
d'elle-même, quoique les images men- 
tales et les expressions parlées ou 
écrites qui lui correspondent dinimi - 
rent;c'estun ètremurt-né, qui n'exis- 
ta jamais et qui ne pourra jamais 
entrer dans le monde réel, parce qu'il 
n'appartient pas au monde des pos- 
sibles. 

Mais il en est tout autrement, avons 
nous dit, du mystère ; le mystère 
est nécessairement partout, de la 
pins petite chose à la plus grande. On 
peut le démontrer <i y / iori: cette cho- 
se est, par hypothèse, une réalité; or, 
une réalité ne peut être qu'absolue 
ou relative. Si elle est absolue, vous 

Îiouvez comprendre la qualité d'abso- 
ue qui est en elle, attendu que c'est 
la chose la plus simple de toutes, 
puisque c'est l'être seul dépourvu de 
toute complication, de toute relation, 
de toute attache, de tout besoin de 
cause et de soutien ; et nous devons 
conclure de là que, sous ce rapport, 
Dieu est l'être le moins mystérieux, 
le plus compréhensible de tous les 
êtres. Mais, se présentent aussitôt, par 
une concomitance nécessaire, toutes 
les propriétés qui composent l'absolu, 
dans son totalisme, et voilà l'abîme 
insondable ; voilà le mystère. Si la 
chose est relative, elle ne peut être 
relative, en tin de compte, qu'à 
l'absolu ; l'absolu devient son sou- 
tien, sa cause, son contenant, son 
point de départ et son point de re- 
tour ; c'est déjà le plus grand des 
mystères, le mystère insondable 
pour l'être même* qui existe de la 
sorte, s'il a la pensée, et pour toute 
intelligence autre que l'inlclligence 
absolue. La relation seule est déjà 



mystérieuse, comment comprendre 
un être qui n'est pour lui-même, 
ni son propre soutenant, ni son pro- 
pre contenant, ni son propre pro- 
duisant, ni son propre activant, qui 
parait, en un mot, soustous ses points 
de vue n'être qu'en n'étant pas ? 

Ce n'est pourtant pas l'absurde, 
car on ne dit point qu'il soit et qu'il 
nesoii pas tout à la fois; on dit, au con- 
traire, qu'il est, etl'on nie qu'ilne soit 
point ; mais on dit qu'il n'est pas 
d'une manière absolue, qu'il n'est 
que d'une manière relative, et que 
sans sa relation à un autre il ne 
serait point. Oh ! la contingence 
toute seule, quel mystère !... 

Ce mystère serait l'absurde si vous 
étiez l'absolu ; à la condition de le 
laisser, il ne va pas au delà du mys- 
tère. * 

Avec Dieu tout est mystère ; sans 
Dieu tout est absurde. Le Nom. 

ABUKARA (Théodore) (théol. hist., 
Hog. et bibliogr.). — On l'a confondu 
à tort avec Théodore de Mopsueste; 
il fut un disciple de S. Jean Damas- 
cène et évoque de Carrhcs (Karae en 
Mésopotamie}. Il fut un vigoureux 
adversaire de l'Islam, des Nestoriens, 
des Monophysites et des Origénistes. 
On lui attribue 43 écrits qui ont de 
l'importance pour l'Histoire du tiii 8 
siè,!,.. il y en a 22 dans la Bibliotheca 
Patrutn. C'est dans la patrologie de 
l'abbé Migne que ses œuvres sont le 
plus complètes. Il y en a un qui porte 
pour titre : De unione et imarnatione. 
Le Nom. 

ABUS en fait de Religion. Vu la ma- 
nière dont l'homme est constitué, il 
abuse souvent de la religion, comme 
des lois, des coutumes, du langage, 
de l'amitié, des signes d'affection, des 
talents, des arts, etc. Il n'abuserait 
de rien, s'il était sans passions et si 
la droite raison était toujours larègle 
de sa conduite ; mais cette perfection 
est au-dessus de ses forces. 

Les pratiques du culte primitif 
étaient simples et. pures ; l'homme, 
devenu polythéiste, s'en servit pour 
honorer les divinités imaginaires qu'il 
s'était forgées : ce fut imitas et une 
profanation. Ces pratiques étaient 






ABU 



39 



ABU 



destinées à exciter en lui des senti- 
ments intérieurs de respect, de sou- 
mission, de reconnaissance, de péni- 
tence, de confiance à l'égard deDieu; 
il se persuada que les signes seuls 
suffisaient, pouvaient tenir lieu de 
piété, plaire à Dieu et mériter ses 
grâces, sans être accompagnés des 
sentiments du cœur. Dieu n'avait pas 
défendu d'employer à son culte les 
signes de la joie, le chant, la danse, 
les repas de fraternité ; l'homme vo- 
luptueux en abusa, pour satisfaire 
sa sensualité. Les signes du repentir 
sont utiles pour nous humilier et 
nous corriger; des esprits ardents 
peuvent le pousser à l'excès et les 
rendre nuisibles. La religion est des- 
tinée à réprimer l'orgueil, l'intérêt, 
l'ambition, la jalousie, la haine ; sou- 
vent des hommes, dominés par ces 
passions impérieuses, se sont persua- 
dés qu'ils agissaient par motif de re- 
ligion, etc. Voilà d'énormes abus. 

Si nous remontons à la source pre- 
mière de tous les abus, nous la trou- 
verons toujours dans [es .passions 
humaines ; sans elle l'ignorance stu- 
pide n'aurait pas pu agir : mais les 
passions inquiètes suggérèrent de 
faux raisonnements et une fausse 
science, bien plus redoutables que 
l'ignorance. Ainsi l'avidité pour les 
biens de ce monde et la crainte de 
les perdre, firent inventer la multi- 
tude des dieux ou génies chargés de 
les distribuer, et le culte insensé 
qu'on leur rendit; la vanité des im- 
posteurs leur suggéra des fables et 
des pratiques prétendues merveil- 
leuses pour tromper les hommes; 
l'amour impudique, la haine, la ja- 
lousie, la vengeance, invoquèrent les 
puissances infernales; la curiosité ef- 
frénée voulut pénétrer dans l'avenir 
et forger l'art de la divination ; la 
mollesse trouva son compte dans le 
culte purement extérieur, etc. Quel 
remède y apporta la philosophie? 
Aucun. Loin d'attaquer de front tous 
ces abus, elle les confirma par son 
suffrage ; elle les étaya par des so- 
phismes et les rendit ainsi plus incu- 
rables. 

La lumière du christianisme en fit 
disparaître le plus grand ' nombre ; 
mais elle n'étouffa pas toutes les pas- 



sions prêtes à les reproduire. Plu- 
sieurs sectes d'hérétiques s'obstinè- 
rent à en conserver une partie, et les 
éclectiques du quatrième siècle firent 
tous leurs efforts pour remettre en 
crédit toutes les superstitions du pa- 
ganisme. Au cinquième, les Barbares 
du Nord nous apportèrent celles qui 
étaient nées dans leurs forêts, et ils 
en consacrèrent plusieurs par leurs 
lois. L'Eglise ne cessa de faire des 
décrets et de prononcer des anathê- 
mes pour les extirper ; mais que 
peuvent les leçons, les lois, les me- 
naces, les censures contre des Bar- 
bares? Aujourd'hui de faux raison- 
neurs accusent l'Eglise môme d'avoir 
fomenté les superstitions, en y atta- 
chant trop d'importance : C'est par 
la plrysique, disent-ils, et par l'his- 
toire naturelle qu'il faut instruire les 
peuples; et cette grande révolution 
était réservée à notre siècle qui est 
celui de la philosophie. 

Nous voudrions savoir d'abord quels 
progrès la physique a fait dans les 
vallées des Pyrénées, des Cévennes, 
des Alpes, des Vosges et du Mont- 
Jura; dans les campagnes du Berri, 
de la Bretague, de la Champagne et 
de la Picardie. Ce ne sont pas des li- 
vres d'histoire naturelle que nos phi- 
losophes s'attachent à répandre parmi 
le peuple, mais des livres d'athéisme 
et d'incrédulité. Or, nous savons par 
une longue expérience que l'incrédu- 
lité ne guérit ni les passions, ni la 
superstition qui en est l'effet, et que 
l'on peut très-bien croire à la magie 
sans croire en Dieu. Si le peuple, af- 
franchi du joug de la religion, pou- 
vait donner un libre cours à ses vi- 
ces, serait-ce la philosophie qui le 
retiendrait? 

Nous avouons sans difficulté qu'au- 
jourd'hui comme autrefois toute pas- 
sion quelconque peut abuser de la 
religion : ainsi, l'on en abuse par or- 
gueil, lorsqu'on se glorifie des grâces 
de Dieu, que l'on montre de la haine 
ou du mépris pour ceux à qui Dieu 
n'a pas fait les mêmes faveurs ; c'é- 
tait le défaut des Juifs : on en abuse 
par ambition, lorsque, sous prétexte 
de zèle, on se croit fait pour remplir 
toutes les places, pour obtenir toutes 
les dignités de l'Eglise; par avance, 






M 



■ 

1 



I 



ABU 

lorsquel'on trafique deschosessainles, 
que l'on emploie des impostures et 
des fraudes pieuses pour extorquer 
les aumônes des fidèles ; par envie ou 
par jalousie, lorsque l'on ne rend 
pas justice aux talents, aux vertus, 
aux travaux, aux succès d'un ouvrier 
évangèliquc ; par violence de carac- 
• tère, quand on voudrait faire tomber 
le feu du ciel sur les Samaritains ou 
exterminerions les mécréants ; par 
paresse, lorsque, par une fausse hu- 
milité, l'on refuse de travailler au 
salut des âmes, etc. 

Mais ne sont-ce pas ces mêmes pas- 
sions qui font naitre l'incrédulité? 
On l'embrasse par orgueil , parce 
qu'elle donne un relief d'esprit fort 
aux yeux des ignorants, et que l'on 
se pique, de mieux penser que les 
autres hommes; par ambition et par 
cupidité, lorsqu'on l'envisage comme 
un moyen de plaire aux grands, de se 
donner du crédit, de parvenir aux 
honneurs littéraires et aux récom- 
penses des talents ; par lubricité , 
Ïiaree que c'est un moyen de séduire 
es femmes et de les débarrasser du 
joug de la religion; par jalousie 
contre le clergé, parce que l'on est 
fâché du crédit et de la considéra- 
ration dont il jouit ; par emportement 
d'humeur , lorsque l'on déclame et 
que l'on invective contre lui , sans 
garder aucune bienséance ; par mol- 
lesse, parce que les pratiques de reli- 
gion sont incommodes, etc. De quoi 
servent donc aux incrédules leurs 
dissertations continuelles touebant 
les abus en fait de religion ? 11 y aura 
des vices tant qu'il y aura des hom- 
mes, vitia erunt donec hommes; ce 
n'est pas l'incrédulité qui guérira les 
imperfections de l'humanité. 

Que faire pour prévenir tous les 
abus? Les lois, les défenses, les me- 
naces, les peines, sont souvent inu- 
tiles; l'homme passionné les esquive 
ou les brave. L'Eglise , qui ne peut 
infliger que des peines spirituelles, 
qui craint d'aigrir le mal par des re- 
mèdes violents, gémit, exhorte, ins- 
truit, se borne à des réprimandes et 
à des menaces; elle tolère des abus 
qu'elle ne peut ni empêcher ni réfor- 
mer. L'expérience des maux causés 
par les réionnes imprudentes, la ré- 



40 AC.V 

sistanec qu'elle a souvent éprouvée de 
la part de ceux qui étaient intéressés 
a perpétuer les abus, la jalousie et les 
alarmes que produit presque toujours 
l'usage de son autorité, la retiennent 
et l'empêchent de sévip. Ceux qui la 
blâment seraient peut-être les pre- 
miers à maintenir les abus qu'elle 
voudrait corriger, et ils abusent cu*- 
mémes .le la simplicité îles nommes. 
souvent dupes de ce zèle hypocrite. 
Bekoieii. 

ABYSSINIE (Église d') [théol. hist., 
églis.). Voyez Etuiopie.ns. 

ABYSSINS. Voyez Ethiopien . 

ACACIENS. Acace, surnommé le 
borgne, fut disciple et successeur d'Eu- 
sèbe dans le siège de Césarée, et eut 
comme lui une grande part aux 
troubles de l'arianisme. Il avait de 
l'érudition et de l'éloquence, mais 
beaucoup d'ambition; et ce vice lui 
lit faire un très-mauvais usage de ses 
talents. C'était un de ces hommes 
inquiets, intrigants et ardents, qui 
se mêlent de toutes les affaires, veu- 
lent avoir du crédit à quelque prix 
que ce soit, et qui n'ont de religion 
qu'autant qu'elle peut servir à leur 
intérêt. Acace fut arien déterminé 
sous l'empereur Constance; il rede- 
vint catholique sous Jovien, et rentra 
dans le parti des ariens suus Yalens. 
On ne peut pas savoir quelle était la 
croyance de ceux qui m: laissaient 
conduire par lui et qui furent nom- 
més Acaciens. Il lit déposer saint 
Cyrille de Jérusalem, qu'il avait or- 
donné lui-même; il eut part au ban- 
nissement du pape Libère et à l'in- 
trusion de l'anti-pape Félix; il fut 
déposé à son tour par le coin ile de 
Séleucie en 3Si), et par celui de l.ani,.- 
saque en 3Gj; et il mourut prob.ib:' - 
ment sans savoir ce qu'il croyait <a 
ne croyait pas. FoyasTillemont, .lie../., 
t. 6. p. 30 i etsuiv. 

Il y a eu plusieurs autres évê ; 
du même nom, qu'il ne faut pas 
confondre avec lui. Acace de Ilén ■, 
en 'Palestine, fût ami de saint Ept- 
phane et se lit longtemps respecter 
par ses vertus ; mais il désbonura i 
vieillesse en se mettant à la tête d i 



ACG 



41 



ACG 



persécuteurs de suint Jean Chrysos- 
tome. Acace , évèque d'Amide, se 
rendit célèbre par sa charité envers 
les pauvres. Acace de Constantinoplc 
fut un des partisans d'Eutyehès, etc. 

BEHGIER. 

ACCAPAREMENT (thèol. mixt. phi- 
los, mor. et social.). — ■ L'accapare- 
ment des denrées nécessaires à la vie 
et à l'entretien de tous, afin de les 
rendre rares, d'en faire par là même 
monter le prix et de les revendre plus 
cher, est un des crimes sociaux que 
la théologie condamne avec le plus 
de sévérité. C'est une ruse qui a 
pour but et pour moyen de rendre 
le prochain faible afin de profiter 
ensuite de sa faiblesse et d'exercer à 
son égard l'espèce de vol qu'on peut 
appeler l'usure. Rien n'est plus cri- 
minel, parce que rien n'est plus mé- 
chant et en même temps plus per- 
fide. C'est une adresse dans le vol 
analogue à celle du riche patron qui 
veut s'enrichir encore aux dépens de 
son ouvrier, et qui fait en sorte, avant 
de contracter des engagements à son 
égard, de le réduire au besoin le plus 
pressant, et de l'affamer, pour obte- 
nir de lui le consentement à un moin- 
dre salaire ou à un traité plus avan- 
tageux pour lui. C'est ce qui se pra- 
tique le plus ordinairement et avec 
le moins de scrupule; c'est ce qui 
mérite, devant la justice absolue, la 
plus sévère vengeance. Un gouver- 
nement qui, sous prétexte de ne gê- 
ner eu rien la libre concurrence, ne 
s'occupe pas d'empêcher, autant que 
possible, ces abus, ne s'acquitte pas 
de sa mission, qui est de veiller de 
son mieux au bien-être de tous et au 
bien-être de chacun. Il mérite, quel 
qu'il soit, de ne pas faire longue vie; 
et c'est ce qui finit par lui arriver. La 
force est dans le grand nombre, le 
grand nombre se recrute peu à peu 
parmi les faillies, victimes des forts, 
et il went un jour où les abus de 
ceux-ci sont devenus tellement ex- 
cessifs (pie le grand nombre, poussé 
àbont, se lève en armes, et reprend 
aux forts par la richesse ce qu'ils ont 
accumulé et accaparé sur les fruits 
de son tiavail qui, en toute justice, 
ne revenaient qu'à lui. Le i\ T 6:«. 



ACCENT (Théol. mixt. scien. phi' 
loi.). — Les accents, s'ils sont figurés 
dans l'orthographe, sont de petites li- 
gnes qui s'ajoutent aux syllablcs pour 
exprimer des variantes de sens, depro- 
nonciation, d'intonation ou encore de 
liaison ou séparation des idées ou des 
jugements, ou de parties quelconques 
du discours. S'ils ne sont point heu- 
res, ils ne sont que ces variantes elles- 
mêmes. 

Dans la langue hébraïque , dont 
nous devons nous occuper plus que 
de toute autre, parce qu'elle est la lan- 
gue originale d'une grande partie 
de nos livres sacrés, on distingue 
deux catégories d'accents : les accents 
maîtres ou rois, qu'on appelle aussi 
accents disjonctifs, dénomination qui 
peint mieux leur rôle, et les accents 
serviteurs ou conjonctifs. 

Les accents disjonctifs sont des ac- 
cents toniques qui servent de signes 
de ponctuation. Ces accents maîtres se 
divisent en accents empereurs, accents 
rois, accents ducs et acecids comtes, 
selon qu'ils correspondent à peu près 
à nos divers signes de ponctuation plus 
ou moins disjonctifs ou séparatifs de 
nos phrases ou parties de phrase : le 
point, le point -virgule, la virgule 
etc. 

Les accents conjonctifs sont encore 
d'autres accents toniques, qui sont 
dits serviteurs, et qui servent à lier 
les parties du discours, à en déter- 
miner les rapports grammaticaux. Ils 
correspondent à nos pronoms relatifs, 
à nos conjonctions et à tous nos petits 
mots qui marquent des liaisons d'i- 
dées. 

Toutes les grammaires, même cel- 
les des langues monosyllabiques, ont 
de ces accents, ne serait-ce que dans 
la manière de prononcer, parce que 
toutes sont des langues humaines et 
qu'il est de l'essence d'une langue 
humaine de correspondre aux opéra- 
lions de l'âme qui se lient ou se dis- 
tinguent entre elles plus- ou moins 
fortement. 

Ces rapports, plus ou moins expri- 
més dans la parole ou dans l'écri- 
ture, suffiraient pour démontrer 
l'énorme dillerence qui existe entre 
l'esprit et la matière, suffiraient 



même pour démontrer PiMi ilf""* 










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ACC 

par exemple, a tiré une preuve de 
l'existence de Dieu, ou pour parler 
plus .juste, de l'existence en nous 
a priori de l'idre du tout absolu, d'où 
déroule ensuite la sécessité de la réa- 
lité Dieu, du raisonnement, appelé 
soritr, dans lequel chaque attribut 
redevient le sujet de la proposition 
suivante par exemple : Pierre est 
homme ; tout homme est etprk, tout 
esprit est immortel; 'lune Pierre est 
immortel, ou toute antre série ,|,- 
cette espèce quelque longue qu'elle 
soit. Si, en effet, noire esprit voit la 
liaison nécessaire de la première pro- 
position jusqu'à la dernière, c'est 
qu'il a l'idée du tout absolu, du par- 
fait, du Complet, de ce qui ne sau- 
rait être conçu d'une perfection 
plus c-rande ; et s'il a cette idée, 
dont l'application le satisfait pleine- 
ment et, seule, le satisfait en toute 
chose, c'est qu'il a atteint ce qui est 
en réalité, l'être absolu, JHeu mène 
sans cesse présent à toutes nos opé- 
rations. 

Les accents ne sont qu'une des 
expressions de cette candeur fon- 
damentale de l'esprit humain, qui 
n'esl grandeur réelle que par l'être 
absolu qui le pénètre et l'aiguillonne 
jusque dans ses moindres actes. 
Le Noir. 

ACCEPTION DE PEBSGNNES. L'E- 
criture nomme ainsi la faute d'un 
juge qui favorise un parti au préju- 
dice de l'autre, qui a [dus (regard 
pour un homme poissant que pour 
un pauvre : Dieu le défend, Dcut., c. 
1, y 17, et ailleurs : c'est un crime 
contraire à la loi naturelle : Job en 
témoigne de l'horreur, c. 24 et 31. Il 
est dit dans l'Ancien et le Nouveau 
Testament que Dieu ne fait point ac- 
ception de prrsommes; que quand il 
est question de justice, de bonnes 
œuvres, de récompenses, il traite de 
même les Juifs et les païens. Il ne s'en- 
suit pas de là que Dieu ne puisse, 
sans blesser sa justice, accorder plus 
de bienfaits naturels ou surnaturels 
aune personne, à une famille, à une 
nation qu'à une autre. Quand il s'a- 
git de grâces ou de dons purement 
gratuits, ce n'est plus une affaire de 
justice; ce que Dieu donne à un 



42 



ACÉ 



homme ne porte aucun préjudice à 
un autre. Il peut donc accorder à 
l'un la grâce de la foi, le baptême 
tel ou tel moyen de salut, et ne pas 
I accorder à l'autre. Il peut punir un 
pécheur en ce monde, différer le 
châtiment d'un autre jusqu'après la 
mort : dès qu'il ne rend au coupable 
que ce qu'il a mérité, la justice est 
observée ; personne n'a droit de se 
plaindre: |Hen ne demande compte 
a personne que de ce qu'il lui a 
donné. Voyez Justice de Dieu par- 
tialité. Begier. 

ACCIDENTS EUCHARISTIQUES 
Selon la croyance catholique, après 
les paroles de la consécration, la sub- 
stance du pain et du vin est détruite • 
elle est changée au corps et au sans 
de Jésus-Christ; mais les qualités 
s 'lisibles du pain et du vin, la gran- 
deur, la couleur, le goût, etc., de- 
meurent : ces qualités sensibles sont 
nommées par les théologiens, acci- 
dents, espèces, apparences. Comme la 
substance des corps abstraite ou sépa- 
rée par notre esprit d'avec les quali- 
tés sensibles n'est point une idée 
claire, les accidents séparés de la sub- 
stance ne nous présentent pas non 
plus une idée fort nette; il est donc 
inutile d'argumenter contre ce do°uie 
de foi surdes notions philosophiques 
Si le mystère de l'Eucharistie pou- 
vait être clairement conçu, ce ne se- 
rait plus un mystère. Voyez Eitceu- 
HIST,R - Bergier. 

ACCLIMATATION DES ESPÈCES 
[théol. mut., srim. rmt.et indust. — 
V. espèces (acclimatation des.) 

™ffiF¥ SSE ^*ï DES PRO- 
PHETIES. Voyez Prophéties. 

ACCORD DE LA RAISON ET DE 
LA FOI. Voyez Foi, Raison. 

ACÉPHALES, sans chef. L'histoire 
ecclésiastique fait mention de plu- 
sieurs sectes nommées acéphales. De ce 
nombre sont, 1° ceux qui ne voulu- 
rent adhérer ni à Jean, patriarche 
d'Antioche, ni à saint Cyrille d'A- 
lexandrie, au sujet de la condamna- 
tion de N-storius au concile d'É- 



ACO 43 

phèse. 2° Certains hérétiques du 
cinquième siècle, qui suivirent d'a- 
bord les erreurs de Pierre Mongus, 
évèque d'Alexandrie, et l'abandonnè- 
rent ensuite, parce qu'il avait feint 
de souscrire à la décision du concile 
de Chalcédoine; c'étaient des secta- 
teurs d'Eutyehès. Voy. Eutychiens. 
3° Les partisans de Sévère, évèque 
d'Antioclxe, et tous ceux qui refusaient 
d'admettre le concile de Chalcédoine; 
c'étaient encore des eutyciiiens. 

On a aussi nommé acéphales les 
prêtres qui se soustraient à la juridic- 
tion de leur évèque, les évèques qui 
refusent de se soumettre à celle de 
leur métropolitain, les chapitres et 
les monastères qui se prétendent in- 
dépendants de la juridiction des or- 
dinaires. Ce point de discipline re- 
garde les canonistes ( 1 ) . Behgier. 

ACI1IAS. Voyez Ahias. 

ACHIMELECH. Voyez. Abiathah, 

ACŒMÈTES, qui ne dorment point . 
Nom de certains religieux fort célè- 
bres dans les premiers siècles de l'E- 
glise, surtout dans l'Orient, appelés 
ainsi.non qu'ils eussent les yeux lou- 
joursouverts sansdormir un seul mo- 
ment, comme quelques auteurs l'ont 
écrit, mais parce qu'ils observaient 
dans leurs Eglises une psalmodie 
perpétuelle sans l'interrompre ni jour 
ni nuit. Ce mot est grec, composé d'à 
privatif, et de Kot;j.ioj, dormir. 

Les acœmètes étaient partagés en 
trois bandes, dont chacune psalmo- 
diait à son tour et relevait les autres ; 
de sorte que cet exercice demeurait 
sans interruption pendant toutes les 
heures du jour et de la nuit. Suivant 



ACO 



(I) On a encore nommé, au temps des dis lissions 
entre les Utramontuius ut les Gallicans, acéphale, 
l'Eglise sans le souverain pontife qui en et a tête 
Itasomate, le souverain pontife sans l'Église. Il 
«lit de la définition du Concile du Vatican que ces 
deux cliosïo sont inséparables, ea ce sens que, des 
qne le souverain pontife parle ex cathedra- c'est 
1 Eglise tout entière qui parle par sa tonche, et, 
avant que le reste de l'ii-lise émette son consente- 
ment. Sa parole est infaillible, a dit le concile, sur 
les matières touchant la foi ou les mœurs, de fide 
velmorilins, par elle-même, et non parle consen- 
tement de l'église, ex sese non autem ex consentit 
Jiccltsue. l e Nom. 



ce partage chaque acœmête consacrait 
religieusement tous les jours huit 
heures entières au chant des psaumes 
à quoi ils joignaient la vie la plus 
exemplaire et la plus édifiante : aussi 
ont-ils illustré l'Eglise orientale par 
un grand nombre de saints, d'évè- 
ques et de patriarches. 

Nicéphore donne pour fondateur 
aux acœmètes un nommé Marcellus, 
que quelques écrivains modernes ap- 
pellent Marcellus d'Apamée; mais 
Bollandus nous apprend que ce fut 
Alexandre, moine de Syrie, antérieur 
de plusieurs années à Marcellus. Sui- 
vant Bollandus, celui-là mourut vers 
l'an 330. 11 fut remplacé dans le gou- 
vernement des acœmètes par Jean 
Calybe, et celui-ci par Marcellus. 

On lit dans saint Grégoire de Tours 
et plusieurs autres écrivains, que Si- 
gismond, roi de Bourgogne, inconso- 
lable d'avoir, à l'instigation d'une 
méchante princesse qu'il avaitépousée 
en secondes noces, et qui était tille de 
Théodoric, roi d'Italie, fait périr Gé- 
séric son fils, prince qu'il avait eu 
de sa première femme, se relira dans 
le monastère de Suint-Maurice, connu 
autrefois sous le nom d'Agaune, et 
y établit les acœmètes, pour laisser 
dans l'Eglise un monument du- 
rable de sa douleur et de sa péni- 
tence. 

Il n'en fallut pas davantage pour 
que le nom d'acœmète et la psalmodie 
perpétuelle fussent mis en usage dans 
l'Occident, et surtout en France. Plu- 
sieurs monastères, entre autres celui 
de Saint-Dcnys, suivirent l'exemple de 
Saint-Maurice. Quelques monastères 
de filles se conformèrent à la môme 
règle. Il parait par l'abrégé des actes 
de sainte Saleberge, recueillis dans un 
manuscrit de Compiègne cité par le 
Père Ménard, que cette sainte, après 
avoir fait bâtir un vaste monastère 
et y avoir rassemblé trois cents reli- 
gieuses, les partagea en plusieure 
chœurs différents , de manière 
qu'elles pussent faire retentir nuit 
et jour leur église du chant des 
psaumes. 

On pourrait encore donner aujour- 
d'hui le nom d'acœmitcs à quelques 
maisons religieuses, où l'adoration 
perpétuelle du saint Sacrement fait 



I 

il 

iH 

1 



m 

m 



ACO 

partie de la règle; en sorte qu'il y 
a jour et nuit quelques personnes 
de la communauté occupées de ce 
pieux exercice. Voyez Psalmodie. 

On a quelquefois appelé les stylites, 
acœmêtes, et les acœmétcs, studites. 
Voyez Stylite et Stcdite. 

Bergier. 

ACOLYTE , c'est-à-dire , suivant , 
celui qui accompagne. Dans les auteurs 
ecclésiastiques, ce nom est spéciale- 
ment donné aux jeunes clercs qui as- 
piraient au saint ministère, et tenaient 
dans le clergé le premier rang après 
les sous-diacres. L'Eglise grecque 
n'avait point d'acolytes, au moins les 
plus anciens monuments n'en font au- 
cune mention; mais l'Eglise latine en 
a eu dès le troisième siècle ; saint Cy- 
prien et le pape Corneille en parlent 
dans leurs épîtres, et le quatrième 
concile de Carlliage prescrit la ma- 
nière de les ordonner. 

Les acolytes étaient de jeunes 
hommes entre 20 et 30 ans, destinés 
à suivre toujours l'évèque et à être 
sous sa main. Leurs principales fonc- 
tions, dans les premiers siècles de 
l'Eglise, étaient de porter aux évèques 
les lettres que les Eglises étaient en 
usage de s'écrire mutuellement, lors- 
qu'elles avaient quelque affaire im- 
portante à consulter; ce qui dans les 
temps de persécution, où les Gentils 
épiaient toutes les occasions de pro- 
faner nos mystères, exigeait un secret 
inviolable et une fidélité à toute 
épreuve. Ces qualités leur firent don- 
ner le nom d'acolytes, aussi bien que 
leur assiduité auprès de l'évèque, 
qu'ils étaient obligés d'accompagner 
et de servir. Ils faisaient ses messages, 
portaient les eulogies, c'est-à-dire, 
les pains bénits que l'on envoyait en 
signe de communion : ils portaient 
même l'eucharistie dans les premiers 
temps ; ils servaient à l'autel sous les 
diacres, et avant qu'il y eût des sous- 
diacres, ils en tenaient la place. Le 
martyrologe marque qu'ils tenaient 
autrefois à la messe la patène enve- 
loppée, ce que font à présent les sous- 
diacres ; et il est dit dans d'autres en- 
droits qu'ils tenaient aussi le chalu- 
meau qui servait à la communion du 
calice. Enfin, ils servaient encore les 



U 



ACO 



évèques et les officiants en leur pré- 
sentant les ornements sacerdotaux. 
Leurs fonctions ont changé; le pontiûl 
cal ne leur en assigne pointd'autre que 
de porter les chandeliers, allumer les 
cierges, et préparer le vin et l'eau 
pour le sacrifice : ils servent aussi 
l'encens, et c'est l'ordre que les jeunes 
clercs exercent le plus souvent. To- 1 
mass. Discipl. de l'Eglise. Fleury , Ins- 
tit. au Droit ecclés., tom. I, part. I, 
chap. 6 ; Grandcolas, Ancien Sacrum. 
l re part., p. 124. 

Dans l'Eglise romaine, il y avait 
trois sortes d'acolytes : ceux qui ser- 
vaient le pape dans son palais et qu'on 
nommait palatins; les stationnaires 
qui servaient dans les églises, et les 
régionnaires, qui aidaient les diacres 
dans les fonctions qu'ils exerçaient 
dans les divers quartiers de la ville. 
Voy. Ordres mineurs. Bergier. 

ACOSTA(Uriel). {théol. hist. biog. 
et bibliog.) — Ce gentilhomme portu- 
gais, juif d'origine, né à Oporto vers 
la fin du xvio siècle, fut d'abord chré- 
tien , puis matérialiste, puis athée, 
et enfin juif. La synagogue d'Amster- 
dam, qui l'avait reçu, l'excommunia 
ensuite pour sa liberté d'opinion. Il 
composa un ouvrage en faveur de 
l'ancienne sectedesSadduceens.il sou- 
tenait qu'il n'y avait rien dans la 
Bible sur les récompenses et les peines 
de l'autre vie, et niait l'immortalité 
de l'âme. Un médecin juif réfuta son 
système. Acosta répondit en publiant 
sonExamcntraditionumpharisaicarum 
ad legem scriptam. Les juifs lui répon- 
dirent en le lapidant et le mettant en 
prison. Il obtint la liberté sous cau- 
tion, et quinze ans plus tard se ré- 
concilia avec la synagogue, qui l'ex- 
communia encore quelque temps 
après, ce qui le mit en butte, pen- 
dant sept ans, aux pei^écutions de 
sa famille et de ses coreligionnaires. 
— Il se réconcilia encore en accep- 
tant la pénitence la plus rigoureuse ; 
il fut fustigé par le ebantre de la sy- 
nagogue et foulé aux pieds par toute 
la communauté. Enfin, en 1647, il 
tenta de tuer un de ses parents, son 
ennemi mortel, le manqua et se 
brûla la cervelle. On a de lui outre 
l'ouvrage cité plus haut, Exemplar 



ACT 



43 



ACT 



; 



, vitx humanse. « Cet homme, dit M. 

I 1 Dûx, ressentit durant toute sa vie un 
insatiable besoin de foi religieuse, 
et ne comprit pas que ce sentiment 
est une irréfragable preuve qu'il existe 
un genre de vérités que les pures 
formules du raisonnement humain 
ne peuvent atteindre.» Ce n'est pas à 
l'occasion de cette imagination folle 
et malheureuse, que nous parlerions 
de raisonnement. Le Nom. 

ACTE, ACTION. Les théologiens 
emploient ces deux termes à l'égard 
de Dieu et à l'égard de ''homme, mais 
dans un sens différent. Us disent que 
Dieu est un acte pur, c'est-à-dire, que 
l'on ne peut pas supposer en Dieu 
une puissance d'agir qui ait réelle- 
ment existé avant l'action; il est éter- 
nel et parfait ; il ne peut lui surve- 
nir, comme à l'homme, une nouvelle 
modification, un nouvel attribut, ou 
une nouvelle action qui change 
son état, qui le rende autre qu'il 
n'était. 

Cependant, comme nous ne pouvons 
concevoir ni exprimer les attributs et 
les actions de Dieu que par analogie 
aux nôtres, nous sommes forcés de 
distinguer en Dieu comme en nous : 
1° deux facultés ou deux puissances 
actives, savoir l'entendement et la vo- 
lonté, et les actes qui sont propres à 
l'un et à l'autre. 

2° Des actes intérieurs ou ad intra, 
et des actes extérieurs ou ad extra, 
comme s'expriment les scolastiques. 
Dieu se connaît et s'aime : ce sont là 
des actes purement intérieurs qui ne 
produisent rien au dehors. Dieu a 
voulu créer le monde : cet acte de 
volonté n'était qu'intérieur, avant que 
le monde existât; depuis que les 
créatures existent, cet acte est censé 
extérieur; il a produit un effet réelle- 
ment distingué de Dieu ; Vacte ou le 
décret est éternel, mais son effet n'a 
commencé qu'avec le temps. De même, 
dans l'homme, une pensée, un désir, 
sont des actes intérieurs ; une parole, 
un mouvement, une prière, une au- 
mône, sont des actes extérieurs et 
sensibles : les premiers sont nommés 
par les scolastiques, actus immanens 
ou elicitus ; les seconds , actus tran- 
siens ou imperatus. 



3° L'on distingue les actes néces- 
saires d'avec les actes libres : Dieu se 
connxit et s'aime nécessairement , 
mais il a voulu librement créer le 
monde, il aurait pu ne pas vouloir 
et ne pas créer. Le sentiment intérieur 
nous convainc que nous sommes ca- 
pables nous-mêmes de ces deux es- 
pèces d'actes, et qu'il y a une diffé- 
rence essentielle entre les uns et les 
autres. Voyez Liberté. 

4° La nécessité d'exposer le mystère 
de la sainte Trinité a obligé les théo- 
logiens d'appeler en Dieu actes es- 
sentiels les opérations communes aux 
trois Personnes divines, telles que la 
création, et actes nationaux ou notions, 
les actions qui servent à caractériser 
ces Personnes et à les distinguer ; 
ainsi, la génération active est l'acte ' 
national du Père, la spiration active 
est propre au Père et au Fils, la pro- 
cession, au seul Saint-Esprit, etc. 
Voyez ces mots. 

On demandera sans doute à quoi 
servent toutes ces distinctions subti- 
les : à donner au langage théologique 
la précision nécessaire pour éviter 
les erreurs et pour prévenir les équi- 
voques frauduleuses des hérétiques. 

5° Nous distinguons en nous les 
actes spontanés, c'est-à-dire , indéli- 
bérés et non réfléchis, comme ['action 
d'étendre les bras pour nous empê- 
cher de tomber ; les actes volontaires 
et non libres, comme le désir de man- 
ger, lorsque nous sommes pressés 
par la faim, l'amour du bien en gé- 
néral, etc. ; les actes libres que nous 
faisons avec réflexion et de propos 
délibéré : ces derniers sont les seuls 
imputables, les seuls moralement 
bons ou mauvais, dignes de récom- 
pense ou de châtiment. Us sont 
nommés par les moralistes actes /u*- 
mains, parce qu'ils sont propres à 
l'homme seul; les actes spontanés 
sont appelés actes de l'homme, parce 
que c'est lui qui les produit , quoique 
les animaux en paraissent capables. 
Quant aux actes purement volontaires, 
nous les appelons mouvements, senti- 
ments, plutôt qu'actions. 

6° Les actes humains ou libres sont 
principalement considérés par les 
théologiens relativement à la loi de 
Dieu, qui les commande ou les dé- 




ACT 



46 



ACT 



fend, qui les approuve ou les con- 
damne; et c'est sous cet aspect qu'ils 
sont censés bons ou mauvais, péchés 
ou bonnes œuvres. 

Mais on demande s'il peut y avoir 
des actions indifférentes, qui ne soient 
moralement ni bonnes ni mauvai-e^. 
Il nous parait difficile d'en admettre 
de telles à l'égard d'un chrétien, 
parce qu'il n'est jamais indifférent au 
salut de perdre le mérite d'une wttkm 
quelconque : or, il n'en est aucune 
qui ne puisse être méritoire par le 
motif et par le secours de la grâce. 
En second lieu, la loi de Dieu ne nous 
laisse la liberté de perdre le fruit 
d'aùTune action , puisqu'elle nous 
commande de tout faire pour la gloire 
de Dieu, I Qor., c. 10, f 81. En troi- 
sième lieu, la grâce est, pour ainsi 
dire, prodiguée au chrétien, et don- 
née avec tant d'abondance, qu'il n'est 
jamais innocent lorsqu'il n'agit pas 
par son secours. Il ne peut donc y 
avoir pour lui d'actions inùiffèremtee, 
sinon par le défaut d'attention et de 
réflexion. 

7° Parmi les actions bonnes et 
louables, les unes sont naturelles, les 
autres surnaturelles. Un païen qui 
fait l'aumône à un pauvre, par com- 
passion, fait une bonne œuvre natu- 
rellement; il n'est pas besoin de la 
révélation, ni d'une lumière surnatu- 
relle de la grâce, pour sentir qu'il 
est bon et louable de secourir nos 
semblables quand ils souffrent; la 
nature seule nous inspire de la pitié 
pour eux. Un chrétien, qui fait l'au- 
mône parce que le pauvre tient à son 
égard la place de Jésus-Christ, parce 
que Dieu a promis à cette bonne 
œuvre la rémission des péchés et une 
récompense éternelle, agit surnatu- 
rellement; la raison seule n'a pas pu 
lui suggérer ces motifs, et il ne peut 
agir ainsi crue par le secours d'une 
grâce intérieure et prévenante. Ces 
sortes de bonnes œuvres sont les 
seules méritoires et les seules utiles 
au salut éternel. Quant à celles que 
font naturellement les païens, nous 
prouverons, au mot Infidèle, que ce 
ne sont pas des péchés et que Dieu 
les a souvent récompensées (1). 

(!) Nous pensons qu'on pourrait dire un peu plus 



Mais un chrétien pèche-t-il, lors- 
qu'il fait une bonne œuvre par un 
motif purement naturel? Nous ne le 
pensons pas, et nous ne voyons pas 
par quelle raison l'on pourrait le 
prouver; il nous parait même à peu 
près impossible qu'un cfa rétien fasse 
une bonne œuvre, sans que les motifs 
qui lui sont suggérés par la foi y en- 
trent pour quelque chose. 

8° Entre les actions surnaturelleson 
distingue les actes des différentes ver- 
tus. Un acte de foi est une protestation 
que nous faisons à Dieu de croire à 
sa parole; par un acte d'espérance, 
nous lui témoignons la confiance que 
nous avons à ses promesses ; un acte 
de charité est un témoignage de notre 
amour pour lui. 

Nous Miuine-, obligés sans doute de 
produire de temps en temps ces 
sortes d'actes; mais, pour prévenir les 
scrupules et les inquiétudes des âmes 
simples, il est bon de les avertir que 
la récitation du symbole est un acte 
de foi ; que quand elles disent : Je crois 
la vie éternelle, c'est un téffl&ignagt 
d'espérance; qu'en disant à Dieu, 
dans l'oraison dominicale : Que votre 
nom soit sanctifié, que votre volonté 
soit faite, etc., elles fuit un acte d'a- 
mour de Dieu. La prière, en général, 
est un acte de religion, de confiance 
en Dieu, de soumission à sa provi- 
dence, etc. Bekgieb. 

ACTES DES APOTRES. Livre sacré 
du Nouveau Testament, qui contient 
l'histoire de l'Eglise naissante pendant 
l'espace de 29 ou 30 ans, depuis l'as- 
cension de Notre Seigneur Jésus- 
Christ jusqu'à l'année 63 de l'ère 
chrétienne. Saint Luc est l'auteur de 
cet ouvrage, au commencement du- 
quel il se désigne, et il l'adresse à 
Théophile, auquel il avaitdéjà adressé 
son Evangile. 11 y rapporte les actions 
desapotres, et presque toujours comme 
témoin oculaire : de là vient que, 
dans le texte grec, ce livre est intitulé 
Actes . On y voit l'accomplissement de 
plusieurs promesses de Jésus-Christ, 



formellement que Dieu donne tenjmirs à ces actions 
la récompense naturelle qui leur correspond. Il y 
aurait peut-être une nuance de jansénisme à mettra 
de la réserve à une telle affirmation Le ïfom. 



I 



ÀCT 



47 



ACT 



son ascension, la descente du Saint- 
Esprit, les premières prédications des 
apôtres et les prodiges par lesquels 
elles furent confirmées ; un tableau 
admirable des mœurs des premiers 
chrétiens : enfin tout ce qui se passa 
dans l'Eglise jusqu'à la dispersion des 
apôtres qui se partagèrent pour porter 
l'Evangile dans tout le monde. Depuis 
le point de cette séparation, saint 
Luc abandonna l'histoire des autres 
apôtres dont il était trop éloigné, pour 
s'attaeber particulièrement à celle de 
saint Paul, qui l'avait choisi pour 
son disciple et pour compagnon de 
ses travaux. Il suit cet apôtre dans 
toutes ses missions, et jusqu'à Rome 
même, où il parait que les Actes ont 
été publiés la seconde année du sé- 
jour qu'y lit saint Paul, c'est-à-dire, 
la soixante-troisième année de l'ère 
chrét.enne, et les neuvième et dixième 
de l'empire de Néron. Au reste le 
style de cet ouvrage qui a été composé 
en grec, est plus pur que celui des 
autres écrivains canoniques; et l'on 
remarque que saint Luc, qui possédait 
beaucoup mieux la langue grecque 
que l'hébraïque, s'y sert toujours de 
la version des Septante dans les cita- 
tions de l'Ecriture. Ce livre est cité 
dans l'épitre de saint Polycarpe aux 
Philippiens, n. 1. Eusèbe le met au 
rang des écrits du Nouveau Testa- 
ment, de l'authenticité desquels on 
n'a jamais douté ; il est placé comme 
tel dans le canon dressé par le concile 
de Laodicée, et il n'y a jamais eu là- 
dessus de contestation. Saint Epi- 
phanc, ILer. 30, c. 3 et G, dit (pie ces 
Actes ont été traduits eu hébreu ou 
dans la langue syro-hôbraïque des 
Eglises de la Palestine ; ils ont donc 
été très-connus dès le moment de 
leur publication. 

On ne peut pas non plus révoquer 
eo doute la vérité de l'histoire qu'ils 
renferment. 1° L'ascension de Jésus- 
Christ, la descente du Saint-Esprit, 
la prédication de saint Pierre, ses 
miracles, la formation d'une Eglise à 
Jérusalem, la persécution des pre- 
miers fidèles, la conversion do saint 
Paul, ses voyages, ses travaux, etc., 
sont des faits qui se tiennent ; l'un ne 
peut pas être faux sans que tout le 
reste ne soit renversé. Ces faits sont 



trop publics et en trop grand nombre, 
la scène est en trop de lieux différents, 
pour que toute cette narration soit 
fabuleuse. Les fidèles de la Judée, 
ceux d'Antioche etd'Alexandric, n'ont 
pas pu ignorer ce qui s'était passé à 
Jérusalem depuis la mort de Jésus- 
Cbrist ; leur conversion même prouve 
la vérité de ce qui est rapporté par 
snint Luc; s'il l'avait altérée en quel- 
que chose, les fidèles de Jérusalem se 
seraient inscrits en faux contre son 
histoire; ceux d'Antiocbe, d'Epbôse, 
de Corinthe, etc., auraient fait de 
même, si ce qui s'était passé chez eux 
n'avait pas été lidèleinent rapporté. 
2° Les lettres de saint Paul confir- 
ment la plupart de ces faits, et les 
supposent. 3° Le sebisme arrivé à 
Jérusalem entre les disciples des apô- 
tres et les ébionites ou judaisanls, 
démontre qu'il n'a pas été possible 
d'en imposer à personne sur des faits 
qui intéressaient les deur partis. Dans 
la suite, les ébionites cherchèrent à 
décrier la doctrine et la conduite rie 
saint Paul; ils forgèrent de faux art g 
pour le rendre odieux ; mais ils n'ont 
pas osé s'inscrire en faux contre les 
actes écrits par saint Luc : d'ailleurs 
leur témoignage est venu trop lard 
pour affaiblir celui d'un témoin ocu- 
laire. 4° Le Jirif que Celse fait parler, 
avoue ou suppose la naissance d'une 
Eglise à Jérusalem, telle que saint 
Luc la raconte. L'apôtre saint Jean a 
vécu jusqu'au commencement du se- 
cond siècle : tant qu'il a subsisté, a-t-il 
été possible de forger une fausse his- 
toire des travaux des apôtres et de 
l'établissement de l'Eglise? 5° Ce que 
l'on a nommé faux Actes des apôtres, 
composés par les hérétiques, ne sont 
pas des histoires qui contredisent 
celle de saint Luc, mais de prétendues 
relations de ce qu'ont fait les apôtres, 
desquels saint Luc n'a pas parlé : tels 
sont les Actes de saint Thomas, de 
saint Philippe, de saint André, etc. ; 
pièces apocryphes, inconnues aux an- 
ciens Pères, qui n'ont paru que fort 
tard, dont on ne peut fixer la date ni 
nommer les auteurs. 

Le premier livre de cette nature 
qu'où vit paraître, et qui fut intitulé 
Actes de Paul et de Thècle, avait pour 
auteur un prêtre, disciple de saint 



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ACT 



43 



ACT 



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Paul. Son imposture fut découverte 
par saint Jean, et quoique ce prêtre 
ne se fût porté à composer cet ouvrage 
que par un faux zèle pour son maî- 
tre, il ne laissa pas d'être dégradé du 
sacerdoce. Ces Actes ont été rejetés 
comme apocryphes par le pape Cé- 
lase. Depuis, les manirhéens suppo- 
sèrent des Aetes de saint Pierre c! saint 
Paul, où ils semèrent leurs erreurs. 
On vit ensuite les Actes de saint An- 
dré, de saint Jean et des apôtres en 
général, supposés par les mêmes hé- 
rétiques, selon saint Epiphane, saint 
Augustin et Philastre; les Actes des 
apôtres faits par les ébionites ; le 
Voyage de saint Pierre, faussement 
attribué à saint Clément; Y Enlèvement 
et k ravissement de saint Paul, dont 
les gnostiques se servaient ; les Actes 
de saint Philippe et de saint Thomas, 
forgés par les encratiles et les apos- 
toliques; la Mémoire des apôtres, com- 
posée par les priscillianistes; l'Itiné- 
raire 'lis apôtres, qui fut rejeté dans 
le concile de Nicée ; et diverJ autres 
dont nous ferons mention sous le nom 
des sectes qui les ont fabriqués. 
Voyez Hieronym., De Viris illust., c. 
7 ; Clirys., In Act. ; Dupin, Dissert. 
prélim. sur le Nouveau Testam.; Ter- 
tull., De Baptism. Epiphan. Uxres. 8, 
n° 47 et 61 ; S. Aug., De Fide contra 
Manich., et Tract, in Joan. ; Philast. 
Hseres. 48; Dupin. Biblioth. des Au- 
teurs ecclésiastiques des trois premiers 
siècles. Bergiek. 

ACTES DES SAINTS, — acta sanc- 
torum, (Théol. hist. bibliogr.)ÎA. Héfélê 
raconte comme il suit l'histoire de 
cette publication colossale, plusieurs 
fois interrompue et reprise, et dont 
M. Palmé édit. à Paris, fait paraître, 
au moment où nous écrivons, une 
édition magnifique in-folio : 

« Pendant le dix-septième et le dix- 
huitième siècle, les Jésuites travail- 
lèrent à Une légende gigantesque in- 
titulée Acta Sanctorum. Le premier 
plan, d'après lequel l'ouvrage ne de- 
vait compter que dix-huit volumes, 
fut conçu parle Jésuite d'Anvers Hé- 
ribert Rosweyd, qui mourut en 1629 
sans avoir pu réaliser son projet. Le 
Jésuite Jean Bolland (né àTirlemont, 
dans les Pays-Bas, 1596, f 1663), âgé 



alors de trente-quatre ans, dut, d'a- 
près les ordres de la compagnie, en- 
treprendre l'élaboration des maté- 
riaux recueillis etlaissôsparRosweyd, 
et se rendre de Malines à Anvers, 
qu'on jugea le lieu le plus favorable 
à la publication de cette grande œu- 
vre. Bolland entra aussitôt en corres- 
pondance avec toute l'Europe, pour 
obtenir de toutes les bibliothèques et 
de toutes les archives les Actes [Acta) 
et les vies des martyrs et des autres 
saints. Il parvint à réunir une telle 
masse de documents el de manuscrits 
que le plan primitif fut élargi, etqu'ii 
fallut donner, en 1 i35, à Eolland un 
auxiliaire, devenu indispensable, dans 
la personne d'un confrère de la Com- 
pagnie, plus jeune, parfaitement 
propre à ce travail, nommé Godefroi 
Iienschen (né à Venrad, dans les 
Gueldres, 1600, f 1681). Après d'ar- 
dents travaux préparatoires, les deux 
Jésuites tirent paraître, en 1643, deux 
forls volumes in-folio, qui ne ren- 
fermaient que l'histoire des saints 
dont nous honorons la mémoire dans 
le mois de janvier. En 1658 parurent 
trois autres in-folio, comprenant les 
saints de février. Deux ans après les 
deux savants obtinrent un nouveau 
collaborateur dans la personne du 
P. Daniel Papebrœk (né à Anvers en 
1628, f 1714). Conformément au dé- 
sir du Pape Alexandre VII, Hens- 
chen et Papebrœk parcoururent l'Al- 
lemagne, l'Italie el la France, pour 
y ramasser de nombreux manuscrits. 
Bientôt après Bolland mourut; mais 
l'œuvre continua sans interruption, 
et ne fut pas troublée par la mort 
de Henschen et de Papebrœk, chaque 
collaborateur décédé étant immédia- 
tement remplacé par un nouvel ou- 
vrier, qui avait travaillé sous la direc- 
tion de ses anciens collègues et sur le 
même plan. 

« Tous ces savants réunis furent 
nommés Bollandistes, et leur œuvre, 
dont une édition peu correcte parut 
à Venise, fut appelée l'Œuvre des 
Bollandistes. Ellefut continuée, grâce 
à l'appui de l'impératrice Marie- 
Thérèse, même après l'abolition de 
l'ordre, jusqu'à ce que l'invasion des 
Français dans les Pays-Bas, en 1794, 
vint suspendre l'entreprise. Elle était 



ACT 



49 ACT 



parvenue au cinquante-troisième vo- 
lume in-folio, et ce dernier, publié 
en 1794 à Tangeiloo, et comprenant 
les saints du 12 au 1 S octobre inclusi- 
vement, est devenu très-rare. C'est 
à tort que plusieurs auteurs disent 
que l'œuvre ne va que jusqu'au 6 ou 
\ 1 octobre. Outre la biographie de 
chaque saint, recomposée à nou- 
veau par les Bollandistes, cet ou- 
vrage a publié tout ce qui a pu être 
découvert des vieilles traditions, des 
anciennes histoires des saints, et ces 
documents sont éclaircispar des dis- 
sertations et des notes savantes ; le 
tout dans le ton et le style non des 
légendes, mais d'une œuvre vérita- 
ment scientilique. Ce travail est de- 
venu une source des plus importan- 
tes de l'histoire de l'Église, par les 
nombreux et anciens documents qui 
ont été réimprimés, comme pièces à 
l'appui. 

« Les événements de la guerre dont 
il a été fait mention plus haut dis- 
persèrent les collections, et beaucoup 
de matériaux furent complètement 
égarés ; d'autres, et en grand nombre, 
se trouvent encore dans la biblio- 
thèque royale de la Haye et dans la 
bibliothèque dite de Bourgogne, à 
Bruxelles. Napoléon désira en vain 
qu'on reprit l'œuvre interrompue ; 
on croyait alors que tous les docu- 
ments étaient perdus. Entin, en 1837, 
le gouvernement de Belgique confia 
la continuation de l'entreprise à la 
société des Jésuites, et les Pères Jean- 
Baptiste Boone, Jean Vandermooren, 
Prosper Coppens et Joseph de Heike 
furent choisis pour la diriger. » C'est 
ce travail que reproduit aujourd'hui 
l'éditeur Palmé. Le Noir. 

ACTES DES CONCILES. Voyez Con- 
ciles. 

ACTES DES MARTYRS. Voyez. Mar- 
tyre et Martyrologe. 

ACTES DE PILATE. Voyez Pilate. 

ACTUEL. Les théologiens distin- 
guent la grâce actuelle et la grâce ha- 
bituelle, le péché actuel et le péché ori- 
ginel. 

La grâce actuelle est celle qui nous 
I. 



est accordée par manière d'acte ou de 
motion passagère. On pourrait la dé- 
finir plus clairement, celle que Dieu 
nous donne pour nous mettre en état 
de pouvoir agir ou de faire quelque 
action. C'est de cette grâce que parle 
saint Paul quand il dit aux Philip- 
piens, ch. 1 : « Il vous a été donné 
» non-seulement de croire en Jésus- 
» Christ, mais encore de souffrir pour 
lui. » Saint Augustin a démontré, 
contre les pélagiens, que la grâce ac- 
tuelle est absolument nécessaire pour 
toute action méritoire dans l'ordre du 
salut. 

La grâce habituelle est celle qui 
nous est donnée par manière d'habi- 
tude, de qualité fixe et permanente, 
inhérente à l'âme , qui nous rend 
agréables à Dieu et dignes des récom- 
penses éternelles. Telle est la grâce 
du baptême dans les enfants. Voyez 
Grâce. 

Le péché actuel est celui que com- 
met, par sa propre volonté et avec 
pleine connaissance , une personne 
qui est parvenue à l'âge de discrétion. 
Le péché originel est celui que nous 
contractons en venant au monde , 
parce que nous sommes enfants d'A- 
dam. Voyez Péché. Le péché actuel se 
subdivise en péché mortel et péché 
véniel. Voyez Mortel et Véniel. 

uergier. 

ACTIVITÉ. (Théol. mixt. philos, on- 
tol.) — L'activité, dans un être quel- 
conque, conduit à la démonstration 
de Dieu, comme l'être lui-même. 

Présentez-moi une nature active, 
c'est-à-dire produisant des actes , je 
dirai : cette nature ne peut être active 
que de deux manières; ou par elle- 
même, en ce cens qu'elle ait en elle son 
principe d'activité, sans qu'elle l'ait 
reçu d'aucune autre puissance active ; 
ou par un autre, en ce sens que cet 
autre soit le premier moteur de son 
activité. 

Si vous dites : par elle-même, selon 
le premier sens, je répondrai: cette 
nature est Dieu même, car il n'y a pas 
d'autre manière de comprendre Dieu 
que comme un être actif qui possède 
en soi et par soi le principe de son 
activité. 

Si vous dites : par un autre, selon 
4 



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le second sens; je répondrai : cet 
autre est Dieu; car si vous mottu 
entre la nature supposée et là 

■universelle, une génie d'êtres activés 
les uns par les antres, its ne formeront 
qu'un Ensemble d'ucl'ues qui aura 
besoin d'un moteur primordial ; lequel 
ue sera autre que ce que j'entendais 
tout à l'heure par le premier moteur 
de Vacticité de la nature en ques- 
tion. 

Il y a cependant des natures actives. 
Vous cl mm par exemple, non- 
sommes aotifs. 

Donc Dieu est. 

Or, est-ce vous qui êtes ce Dieu né- 
cessaire? est-ce moi qui le suis'?... 
— Répondez. — V. Athéisme. 

Le Noir. 

ADAM ET ÈVi;, état d'innocence, 

DÉCUÉANCE ET KKsTAl'RATIO.N ; OU LES 
TROIS AGES BIBLIQUES DE L'UCMANITÉ 
DEVANT LA l'HILosol'lilF. ET l'iIISTOU; E 

i'ROi «i:s. {Tiittil. mixt. philos. <t 
scien .) 

Si nous interroimns l'ontologie, 

que nous dit-elle? Elle nou-eilseï ;ue a 
ftwri la nécessilé d'une Ctttne éter- 
nelle qui ne peut être que le bien, et 

i! produire que le liien. mais 

qui, pouvant produire louic espèce 
de li le ii, peui produire, au nombre des 
biens, celui qui consistedans une puis- 
sance et une liberté desquelles peu- 
vent sortir le de -01 ijre et le ml relal ifs 
àeelle produi Uon particulière. De là, 

-ilé absolue que l'homme, une 
de ces productions, soit bon et heureux 
naturellement, à sou apparition sur le 
globe (pli lui servira de séjour, et pos- 
sède en germe les éléments de Bon 
développement futur. Ne possédant, 
d'ailleurs, ces eleinenis qu'en germe 
et en puissance, puisipie c'est à son 
travail que sont Réservés tes épanouis- 
sements, son premier élut ne peut <■ I i e- 
qu'un état de simplicité radicale daud 
une innocence et un bien-être r.wlici. 
C'est l'état d'innocence (jdftXJSCe qu'il a 
de naturel) du paradis terrestre que omis 
enseigne ainsi « j/riwi l'ontologie; bile 
nous l'euseigue connue aécessawe fnur 
toute créature vixanlc qu'il plail àDieii 
de l'aire, inuilis le don surnaturel, <: :i 
ne saurait être nécessaire. (V. «irf. a l. 
Si nous interrogeons la psychologie 



50 ADA 

de notre espèce, elle nous répond en 
nous faisant remarquer les faits com- 
plexes de bien et de mal, de bonheur 
et de souffrance, qui constituent le 
grand mystère de notre humanité his- 
torique et présente ; et elle nous dit : 
comment concilier tout ce mystère 
aree le principe qui vient d'èlre posé 
par l'ontologie ?. .. Ce mystère estuu 
l'ait d'oli-ervation qu'on ue lient nier, 
puisqu'il csl île ttrâs les instants ; ce 
principe e-t une vérité éternelle dont 
-olue ; la conciliation 
est nécessaire elle-même, et le seul 
moyen de la faire, c'est de dire qu'il y 
a eu à la suite de l'état d'innocence, en 
îucine temps qu'une entrée en action 
de Tel re huma in prenant possession de 
sespuissa nces et réalisant ses premiers 
enjambements dans le progrès, une 
de. lieauce dans le mal, dans le dé- 
sordre et dans la douleur qui est la 
conséquence du désordre et du mal. 
Le peebe est venu d'une part, la 
science et l'industrie sont nées d'antre 
part, sous le souflle du génie de 
l'homme, et la carrière des maux et 
des biens, des grandeurs et des bas- 
sesses , des hontes et des gloires a 
commencé. Le bien primitif avec les 
forces que la liberté pourrait ren- 
dre fécondes en biens ou en maux : 
voilà l'antre de l'éternelle cause; le 
mélange lui-même des maux et des 
biens durant le développement, voilà 
l'teuxre de la eréatm-e libre. Dieu a 
fait l'élal d'innocence ; l'homme a 
fait sa déchéance Je ce premier état 
dans une série mélangée de malheurs 
et de progrès laborieux; et voilà ce 
second état, que le poète-législateur 
des semiles nous décrit sous les 
traits rapides de l'arbre de vie, et de 
l'ange au glaive de feu qui garde l'en- 
trée du paradis terrestre. 

Voila ce que nous disent l'ontologie 
et la psychologie philosophiques, abs- 
traction faite de toutes les eoégèsi - 
que peut présenter la théologie pure ; 
et dites-moi, partisans du positivis- 
me de nos jotfrs, si vous avez quel- 
que chose de plus naturel à mettre à 
la place, après un retour sérieux sur 
vos idées et une inspection sérieuse 
de notre humanité présente. Seriez- 
vous athées, et Dieu pour vous fùl-il 
le monde, vous ne pourriez soutenir 



ADA 



51 



que le mal soit l'éternelle loi ; c'est 
l'ordre et le bien qui seraient encore 
cette loi éternelle, et mon ontologie 
aurait encore raison. Quant à ce qu'a 
dit la psychologie, vous ne pouvez 
que parler comme elle, puisque .c'est 
le fait qui s'observe chaque jour; et 
quant à la conséquence qu'elle en a 
tirée, ce n'est qu'une déduction de la 
plus simple logique. Non, vous ne 
trouverez jamais rien d'aussi naturel 
à mettre à lu place de l'état d'inno- 
cence et de la déchéance. 

Mais j'oubliais que ceux contre les- 
quels j'argumente n'admettent que 
les sciences qu'ils appellentpositivcs, 
et je me hâte de me rapprocher d'eux 
sur ce terrain, en m'adressant aux 
sciences historiques qui se présentent 
les premières : les autres sciences 
seront invoquées dans d'autres ar- 
ticles. 

La compétence des sciences histori- 
ques, me direz-vous, n'est pas grande : 
ces sciences se perdant dans une nuit 
si voisine de nous !.. C'est vrai si 
l'on ne considère que les sciences 
historiques qui s'expriment par des 
livres, oupar des iuseriptions, ou par 
des monuments quelconques; mais il 
y a, dans les livres, dans les inscrip- 
tions et dans les monuments les plus 
antiques, des indications suffisamment 
claires de traditions orales qui pré- 
tendaient remonter jusqu'aux ori- 
gines, lorsqu'elles furent ainsi consi- 
gnées; et si nous découvrons que ces 
traditions, tout en prenant les formes 
artistiques les plus diverses, selon les 
caractères des peuples qui les trans- 
figuraient àleur image, s'accordaient 
pour le fond, malgré les distaucesalors 
infranchissables des lieux et malgré 
les différences des langues, n'aurons- 
nous pas une sorte de preuve histo- 
rique d'autant plus imposante, di- 
sons le mot, d'autant plus inéluctable, 
que l'entente aura étéplusiinpossible, 
que les transfigurations des mêmes 
faits auront été plus libres et plus 
désordonnées, et que ces faits remon- 
teront plus haut dans l'existence du 
genre humain sur la terre? 

Or, il en est ainsi. 

Moïse, dans la Genèse, n'a fait lui- 
même que résumer, en un tableau 
rapide la tradition des sémites. Sept 



ADA 

faits anthropologiques principaux 
constituent les bases de son récit: 
l'état d'innocence; la déchéance; l'u- 
nité et l'identité de l'espèce humaine ; 
la contemporanéité des animaux ter- 
restres et de l'homme ; leur antério- 
rité au déluge; le déluge; et l'unité 
primitive de langage. Or, toute l'a lit- 
térature gréco-romaine, dont Homère 
et Hésiode sont les plus anciens re- 
présentants, retentitd'une mythologie 
sans tin dont ces mêmes faits sont les 
points de départ. L'âge d'or auquel 
succède l'âge de fer est chanté par 
tous les poètes , peint par tous les artis- 
tes, appelé au secours de toulcsles élo- 
quences. L'unité et l'identité de race 
dans un premier couple pour origine 
est partout supposée. La contempora- 
néilé des animaux et de l'homme l'est 
également. Le déluge n'est nulle part 
oublié, ainsi qu'une reprise de la 
souche par une seule famille échap- 
pée au désastre. L'unité de langage 
est indiquée par la même raison, puis- 
que dans une famille il ne saurait y 
avoir diversité d'idiomes. 

Et ce ne sont pas seulement la litté- 
rature et tous les monuments artis- 
tiques des gréco-romains , qui sont 
dominés par cette épopée générale 
du genre humain, ce sont toutes les 
littératures avec lnus les ails, de l'O- 
rient comme de l'Occident, despotes 
comme des tropiques, du nouveau 
monde comme du monde ancien, des 
rives de l'Ho-Hango comme de celles 
du Gange, des îles de toutes les mis 
comme des continents. Nous en avens 
résumé les traits principaux dans 
notre Bicfiortnafre des harmonies de la 
raison et de In fui, nous ne rev tendrons 
pas ici sur une élude semblable des 
traditionscosmogoniques, mais, parmi 
les légendes sans nombre dont sont 
remplis tous les livres antiques, et 
qui nepourraieiitètre considérées que 
comme des altérations des récits de 
Moïse, s'il n'était à peu pré, prouvé 
suflisaniuient que les livres qui les 
contiennent sont d'une antiquité au 
moins égale, où même supérieure à 
ces récits, nous en citerons une que 
nous n'avons encore citée dans aucun 
de nos ouvrages. 

Ici jusqu'aux noms sont les mêmes; 
c'est la légeude d'Adfma et d'Heva, 





ADA 



52 



ADA 



Adima, en sanscrit, le premier homme, 
Heva, en sanscrit, ce qui complète la 
vie ; et cette légende est racontée lon- 
guement sur le ton poétique par 
Ramatsariar, dans ses commentaires 
sur les Vedas, commentaires moins 
anciens que les Vedas sans doute, mais 
pourtant d'une ancienneté suffisante 
pour obliger la critique à en reporter 
la date à un assez grand nombre de 
siècles avant notre ère. 

Il a èlé dit dans plusieurs livres, 
dans les Vedas et dans Manon par 
exemple, que ce qui apparut d'abord, 
ce fut « la matière, » que ce qui 
apparut ensuite ce fut « Manas, la 
\ie, » que ce qui apparut en troi- 
sième ordre, ce fut « la conscience, 
abascara, » que ce qui apparut en 
quatrième ordre « ce fut la na- 
ture vivante, qui ne fut qu'un chant 
de reconnaissance et d'amour, » que 
ce qui apparut enfin ce fut « l'homme 
et la femme, tirés du plus pur de 
lui-même, » Brahma, et que ce que 
fit en dernier lieu Brahma ce fut « de 
se reposer et d'admirer son œuvre. » 

Ramatsariar, partant de ce der- 
nier point, raconte, fort au long, la 
légende dont voici la substance: 

« Les éléphants se promenaient 
dans les forêts gigantesques.... suit 
une description magnifique et gran- 
diose ; et Brahma «juge qu'ilest temps 
de créer l'homme. » 

• Il tire de sa grande âme, de la 
pure essence, un germe de vie, dont 
il anime les deux corps, mâle et fe- 
melle, et leur donne l'ahancara, » la 
conscience et la parole , « qui les 
rendra supérieurs à tout, excepté aux 
dévas et à Dieu. » 

Il leur donne pour séjour « l'anti- 
que Taprobane, » paradis sur terre ; 
c'est l'île de Ceylan, encore aujour- 
d'hui la plus belle des contrées que 
baigne la mer des Indes. 

Et Brahma leur dit: «Allez, unissez- 
vous, produisez des êtres qui soient à 
votre image, je vous ai créés pour 
m'adorer, » etc., « et à la fin revenir 
à moi.» 

Suit une description des plus volup- 
tueuses et des plus brillantes des 
premières amours d'Adima et d'Heva 
au sein de la belle nature. C'est le 
bonheur parfait. 



Mais l'ambition est suscitée, dans 
les deux jeunes amis, par le prince 
des Rackchasas: « Il est un heu plus 
beau. » 

Or, Brahma avait défendu de quit- 
ter l'île avant qu'elle fût peuplée et 
sans qu'on lui en demandât la per- 
mission par des sacrifices. S'ils déso- 
béissaient, ils se trouveraient errants 
sur une terre horrible. 

Adima et Heva sont cependant par- 
tis à la recherche de la lerrenouvcile, 
« ils marchent, ils marchent tou- 
jours, » etc. 

Arrivés au bras de mer, ils voient 
de l'autre côté « le continent, de 
beaux arbres, de beaux fruits, de 
beaux oiseaux, » etc. La description 
est encore assez splendide. 

C'est le moment critique; sorti- 
ront-ils de File malgré la défense de 
Brahma ? 

Heva ne le veut ni ne l'ose ; elle 
pleure. 

Adima l'entreprend, et malgré les 
larmes de son épouse, il la prend et 
la porte, à. travers les rochers, sur 
l'autre bord, f nous reviendrons, » 
lui dit-il. 

Mais voici qu'à peine le bras de 
mer est traversé, tout disparait.... A 
la place du riant paysage, quelques 
pointes de roches nues. C'est ce qu'on 
nomme aujourd'hui le Palam Adima 
pont d'Adam, lieu désigné dans la 
géographie de la contrée, aussi bien 
que le pic d'Adam, qui est le point 
de l'île où Adima la quitta pour abor- 
der la grande terre. 

Tout avait disparu, car la belle 
végétation n'était qu'un mirage sus- 
cité par le prince des Rackchasas. 

Adima tombe dans l'affreux dé- 
sespoir; Heva lui dit: « Ne te désole 
point, prions, prions l'auteur de tou- 
tes choses! » 

Une voix se fait entendre : o Femme, 
tun'as péché que par amour pourton 
mari, etc., mais nil'unnil'autreneren- 
trerez plus dans ce lieu de délices...» 
Le travail maintenant, le travail pé- 
nible... « Mais, dit la voix de Brahma, 
« j'enverrai Vichnou qui s'incarnera 
dans le sein d'une femme et qui appor- 
tera à tous l'espoir de la récompense 
dans une autre vie, et le moyen, en me 
priant, d'adoucir leurs maux. » 



ADA 



53 



ADA 



Nous avons réduit à sa plus simple 
expression cette légende, qui est 
longue. On y reconnaît avec éton- 
nement un fond tout semblable à ce- 
lui des récits mosaïques, avec cette 
différence pourtant, que c'est la femme 
qui aie bon rôle, au lieu de l'homme, 
et que c'est elle qui se laisse entraîner 
au lieu d'entraîner son mari. L'in- 
carnation rédemptrice de Vichnou, 
qui est formellement promise, beau- 
coup plus formellement encore que 
dans la Genèse des Hébreux, atout ce 
qui peut exciter la surprise. 

Le déluge est raconté 'de même 
dans d'autres légendes ; ce ne sont 
plus les mêmes noms ; Noé devient- 
« Vaisasvata. » Mais il construit éga- 
lement un grand vaisseau dans lequel 
il renferme un couple de chacune des 
espèces d'animaux et des graines des 
plantes. Il attache le vaisseau à la 
corne d'un poisson qui le traîne par- 
tout sans qu'aucun mal n'arrive. Or, 
le poisson est Vichnou lui-même, 
incarné pour sauver ainsi le monde. 
Ce voyage étrange dure des années, 
et pour dénouement, le vaisseau s'ar- 
rête sur le mont Hymalaya. 

Dans la partie du même poëme, 
de Ramatsariar, intitulée prophétie, 
onlitlcsparoles suivantes de Vichnou 
s'adressant sous la forme d'une co- 
lombe au vieillard Adgigarta dont 
l'histoire à beaucoup d'analogie avec 
celle d'Abraham : « Dieu est satisfait 
de ton obéissance, et ton fils, par 
son courage a trouvé grâce devant 
lui. Qu'il viv£ de longs jours, car c'est 
de lui que naîtra la Vierge qui doit 
concevoir un génie divin. » 

Toutes ces corrélations dans les 
légendes antiques ne peuvent s'ex- 
pliquer que par l'existence antérieure 
à tous les livres, de traditions univer- 
selles portant sur des faits pri mordiaux 
identiques, dont les divers peuples ac- 
commodaient les récits à leurs mœurs 
et à leurs climats, et que les histo- 
riens et les poètes racontèrent ensuite 
chacun en leur manière, mais en con- 
servant toujours assez de la vérité fon- 
damentale pour qu'il reste sur cette 
vérité un accord vraiment démons- 
tratif, qui donne raison à Moïse. 
Le Noir. 



ADAM, nom du premier homme 
que Dieu a créé pour être la tige du 
genre humain. Adam est aussi en 
hébreu le nom appellatif de l'homme 
en général ; il paraît formé d'à aug- 
mentatif et de la racine dam, dom, 
élevé, supérieur ; il désigne le prin- 
cipal et le plus fort individu de l'es- 
pèce. 

On peut voir dans les premiers 
chapitres de la Genèse toute l'histoire 
d'Adam, la loi que Dieu lui imposa, 
sa désobéissance, la peine à laquelle 
il fut condamné avec sa postérité. 
Cette narration, qui est fort courte, 
a fourni une ample matière aux con- 
jectures des commentateurs, aux dis- 
putes des théologiens, aux erreurs des 
hérétiques, et aux objections des in- 
crédules. 

Il est d'abord évident que le pre- 
mier homme n'a pu exister que par 
création. Les anciens athées, qui di- 
saient que les hommes étaient for- 
tuitement sortis du sein de la terre, 
comme les champignons; les maté- 
rialistes modernes, qui pensent que 
la naissance de l'homme a été un 
effet nécessaire du débrouillement du 
chaos ; les savants physiciens, qui ont 
calculé et fixé les époques de la na- 
ture, sans nous apprendre comment 
les hommes, les animaux et les plan- 
tes, ont pu éclorc d'un globe de verre 
enflammé dans son origine, sont aussi 
peu sages les uns que les autres. 
Leurs rêves sublimes disparaissent 
devant le récit simple et naturel de 
l'auteur sacré : « Au commencement 
» Dieu créa le ciel et la terre.... Il 
» dit: Que la lumière soit, et la lumière 

» fut Il dit : Faisons l'homme à 

» notre image et à notre ressemblance, 
» et l'homme fut fait à l'image de 
» Dieu. » Gcn., c. t. Par ce peu de 
paroles l'homme apprend ce qu'il est, 
ce qu'il doit à Dieu et à soi-même, ce 
qu'il a lieu d'attendre de la bonté de 
son Créateur. 

Dieu est-il donc corporel aussi bien 
que l'homme? On a répondu aux mar- 
cionites, aux manichéens, aux philo- 
sophes du quatrième siècle, aux incré- 
dules du dix-huitième, qui ont fait 
cette question, que la partie princi- 
pale de l'homme n'est pas le corps, 
mais l'âme. Or, cette âme est douée 






ADA 



54 



ADA 



d'intelligence, de réflexion, de vo- 
lonté, de liberté, d'action; elle a le 
pouvoir de réprimer les appétits dé- 
réglés du corps, de penser au pré- 
sent, au passé et à l'avenir, de com- 
muniquer aux autres par la parole ce 
qu'elle pense, de commander aux ani- 
maux, de faire servir à si m usage la 
plupart des ouvrages du Créateur, de 
le connaître, de l'adorer et de l'aimer; 
c'est par là que l'homme ressemble à 
Dieu. Préférerons-nous, comme cer- 
tains philosophes, de ressembler aux 
animaux plutôt qu'à Dieu qui nous a 
faits? 

La manière dont la formation de la 
femme est racontée dans l'histoire 
sainte a donné lieu à quelques raille- 
ries froides et à des imaginations 
bizarres qui ne valent pas la peine 
d'être réfutées; mais c'est une grande 
leçon donnée au genre humain. Dieu 
a voulu par là taire connaître à la 
femme la supériorité de l'homme de 
qui elle a été formée; à l'homme, 
combien sa compagne doit lui être 
chère, puisqu'elle est une partie de 
sa propre substance; à tous les deux, 
qu'ils don eut conserver entre eux l'u- 
nion la plus étroite, de' Laquelle dé- 
pend leur bonheur et celui de leurs 
enfants. 

Mais en quel état se trouvaient ces 
deux créatures au moment de leur 
naissance, quelle était leur fèlMié 
dans l'état A innocence, qu'elle aurait 
été leur destinée et telle de leurs en- 
fants, si les uns ni les autres n'avaient 
pas péché? Questions intéressantes, 
mais sur lesquelles l'Ecriture sainte 
ne s'est expliquée qu'avec beaucoup 
de réserve. 

Elle nous apprend que Dieu a crue 
l'homme droit, Eecli , c. 7, J T .10, et 
dans la justice, Ephes., c. 4, ^ 24; 
pareonséquent non-seulement exempt 
de vice, mais encore doué de la grâce 
sanctitiante qui le rendait agréable à 
Dieu. Elle nous dit qu'il a été créé im- 
mortel , dans ce sens qu'il pouvait 
s'exempter de la mort en ne péchant 
pas; la mort n'étant entrée dans le 
inoude que par la jalousie du démon, 
Sap., c. 2, f 23, et par le péché , 
Rom., c. 5, y 12. Nous voyons aussi, 
Eccli , c. 17, f 6, que Dieu détail 
plu à donner à nos premiers parents 



toutes sortes de connaissances , en 
créant dans eux la teienœ de l'esprit, en 

remplissant leur cœur Je sentiment, et 
h ur faisant voir les biens et les maux. 
D'où il suit que l'état du premier 
homme avant son péché était un état 
très - heureux, quoique son bonheur 
ne fût pas complet, puisqu'il pouvait 
perdre par sa désobéissance la justice 
dans laquelle il avait été créé, cl. tous 
les dons qui y étaient attachés. Un 
bonheur plus parlait devait être le 
fruit de sa persévérance libre dans le 
bien. Nous ne savons pas combien il 
aurait fallu qu'elle durât pour qu'A- 
dam fût confirmé dans la justice et ne 
pût désormais la perdre. 

S'il eut persévéré, ses enfants an- 
raient eu en naissant la justice origi- 
nelle dans Laquelle il avait été Cfl 
mais chacun de ses descendants aurait 
éié peut-être i des lois, ex- 

pose au danger de les violer, et de 
perdre, comme Adam, tous les privi- 
lèges de l'innocence : c'est le senti- 
ment d'Estius d'après saint Augustin, 
1. î,SentenL, Disk 20,15. On pourrait 
encore agiter bien d'autres questions; 
mais, puisque L'Ecriture se tait, n'i- 
mitons pas la curiosité téméraire de 
notre premier père : ii'approchon ; 
pas de l'arbre de la science pour 
y chercher un fruit qui nous est 
défendu. 

Pourquoi, demandent les incré- 
dules après les manichéens, pourquoi 
imposer à l'homme une loi, et lui 
faire une défense, lorsque Dieu savait 
bien qu'elle serait violée? Parce que 
l'homme créé libre était capable d'o- 
béissance, et qu'il la de\ait à son 
Créateur. C'est par son libre arbitre, 
autant que par son intelligence, que 
l'homme est distingué des animaux ; 
il était juste que Dieu exigeât de lui 
un témoignage de soumission, en re- 
connaissance de la vie et des autres 
bienfaits qu'il lui avait accordés. Dans 
tous les états possibles, il est de l'or- 
dre que le bonheur parfait ne soit pas 
un don de Dieu purement gratuit, 
mais une récompense réservée à l'o- 
béissance de l'homme et à la vertu : 
aucun argument des incrédules ne 
peut prouver le contraire; la pré- 
voyance que Dieu avaitde ladêsobéis- 
sence future d'Adam, ae devait dé- 



A!) A Se 

roger en rien à cet ordre éternel, 
inhnirnent juste et sage. 

En effet, dit saint Augustin, pour- 
quoi Dieu ne devait-il p'as permet- 
tre qu'Adam lut tenté et succombât? 
Il savait que la chute de l'homme et 
sa punition seraient pour ses des- 
cendants un exemple qui servirait à 
les rendre plus obéissants ; que de 
cette race même pécheresse naîtrait 
un peuple de saints qui, avec la grâce 
divine, remporteraient à leur tour 
sur le démon une victoire plus glo- 
rieuse. Si donc cet esprit malicieux a 
semblé prévaloir pour un temps par 
la chute de l'homme, il a été vaincu 
pour l'éternité par la réparation de 
l'homme. L. 1 Confia ackers. leg, et 
proph., n.21 et 23. DeCiv. Dei, 1. 14, 
c. 27. De Catcch. nulib., c. 18. 

Lorsque les incrédules demandent 
encore pourquoi Dieu a interdit à 
notre premier père le fruit qui don- 
nait la connaissance du bien et du mal, 
ils affectent de ne pas entendre de 
quelle connaissance il est question. 
Adam connaissait déjà le bien et le 
mal moral; l'Ecriture nous apprend 
que Dieu la lui avait donnée. Ecdi., 
c. 17, y G ; autrement il aurait été 
aussi incapable de pocher que les 
enfants qui n'ont pas encore atteint 
l'âge de discrétion : mais il n'avait 
point encore la connaissance du mal 
physique, puisqu'il n'en avait éprouvé 
ancun ; il n'avait aucune idée de la 
honte et du remords que cause la 
conscience d'un crime. Il les sentit 
après son péché; il fut en état de con- 
parer le bien-être et la douleur : telle 
est la connaissance expérimentale 
de la quelle Dieu voulait le préserver. 
Il ne s'ensuit donc pas qu'il y ail eu 
un arbre dont le fruit avait la vertu 
de faire connaître le bien et le mal. 
C'est une nouvelle témérité, de la 
part des incrédules, de soutenir qu'il 
y a eu de l'injustice à rendre Adam 
maître du sort de sa postérité. 
C'est la conditionnaturelle de l'huma- 
nité ; et tel est l'ordre établi dans 
dans toutes les sociétés politiques. 
Un père, par sa mauvaise conduite, 
peut réduire à la misère ses enfants 
nés et à naitre ; il peut les déshono- 
rer d'avance par un crime ; il peut 
dans les pays où l'esclavage est 



ADA 

établi, les réduire à cette condition 
en vendant sa liberté. Il est du bien 
de la société que cela soit ainsi, afin 
d'inspirer aux pères plus d'horreur 
des crimes qui peuvent avoir pour 
leurs enfants des suites si terribles, 
et plus de reconnaissance aux enfants 
envers un père qui, par la sagesse de 
ses mœurs, les a mis à couvert de ce 
malheur. 

Dieu, continuent nos adversaires, 
pouvait prévenir le péché de l'homme 
par une grâce efficace, sans nuire à 
son libre arbitre ; s'il ne devait pas 
cette grâce à l'homme, du moins il la 
devait a lui-même et à sa bonté 
infinie. Ne donner à l'homme dans 
cette circonstance qu'un secours inef- 
ficace dont Dieu prévoyait l'inutilité, 
c'était plutôt lui faire du mal que du 
bien. 

Ce raisonnement, s'il était solide, 
prouverait que Dieu, en vertu de 
sa bonté infinie, ne peut donner à 
aucun homme une grâce dont il pré- 
voit l'inefficacité, et ne peut per- 
mettre aucun péché ; mais il porte 
sur trois ou quatre suppositions faus- 
ses. La première, qu'un moindre 
bienfait, comparé à un plus grand, 
n'est plus un bien, mais un mal. La 
deuxième, que de deux bienfaits iné- 
gaux, Dieu se doit à lui-même d'ac- 
corder toujours le plus grand, ce qui 
va droit à l'infini. La troisième, que 
plus Dieu prévoit de résistance de la 
part de l'homme, plus il est obligé 
d'augmenter la grâce ; comme, si la 
malice de l'homme était un titre qui 
lui donne droit aux grâces de Dieu. 
La quatrième, qu'il faut raisonner 
de la bonté de Dieu jointe à une 
puissance infinie, comme de la bon- 
té de l'homme, qui n'a qu'un pou- 
voir très-borné. Toutes ces absurdi- 
tés n'opt pas besoin d'une plus lon- 
gue réfutation. 

Unegrâcc inefficace, ou de laquelle 
Dieu prévoit l'inefficacité, est sans 
doute un moindre bienfait qu'une 
grâce dontil prévoit l'efficacité ;mais 
il est faux que la première soit un 
mal, un don inutile ou pernicieux, un 
piège tendu à l'homme, etc. Un 
secours, qui donne à l'homme toute 
la force nécessaire pour le rendre 
maître de son choix et de son action,. 



si 

1 







■ /"* 




ADA 5G 

ne peut sous aucune face être envi- 
sagé comme un mal. 

Ce que l'historien sacré dit de la 
tentation d'Eve et de ses suites a 
fourni aux incrédules de quoi exer- 
cer leur malignité. Cette narration 
leur parait renfermer plusieurs absur- 
dités : que le serpent soit le plus 
rusé de tous les animaux, qu'il ait eu 
une conversation suivie avec la femme 
et qu'elle se soit laissé tromper; qu'il 
soit plus maudit que les autres ani- 
maux, pendant qu'il y a des peuples 
qui lui rendent un culte ; qu'il n'ait 
rampé sur son ventre que depuis ce 
temps-là ; qu'il mange de la terre, 
etc. 

Par ces réflexions mômes, les cen- 
seurs de l'histoire sainte prouvent, ou 
que Moïse était un insensé, ou qu'il 
y a un sens caché sous l'écorce de 
cette histoire. C'est ce que nous sou- 
tenons, et un célèbre incrédule l'a 
reconnu. « De la manière, dit-il, 
dont l'historien raconte ce funeste 
événement, il paraît bien que son 
intention n'a pas été que nous 
sussions comment la chose s'était 
passée, et cela seul doit persuader 
» a toute personne raisonnable que la 
» plume de Moïse a été sous la direc- 
* tion particulière du Saint-Esprit. 
» En effet, si Moïse eût été le maître 
» de ses expressions et de ses pen- 
» sées, il n'aurait jamais enveloppé 
» d'une façon si étonnante le récit 
» d'une telle action ; il en aurait 
» parléd'unstyleunpeuplushumain, 
» plus propre à instruire la postérité; 
» mais une force majeure, une sa- 
» gesse infinie le dirigeait de telle 
» sorte qu'il n'écrivait pas selon ses 
» vues, mais selon les desseins cachés 
» de la Providence. » Bayle, Nouv. 
Juin 1686, art. 2, p. 592. 

Est-il vrai d'ailleurs que son récit 
renferme des absurdités ? 1» Nous 
ne connaissons pas assez les dif- 
férentes espèces de serpents, pour 
.savoir jusqu'à quel point ces ani- 
|maux sont rusés et industrieux ; 
ceux qui entendent parler des castors 
pour la première fois, sont tentés de 
prendre pour des fables ce que l'on 
en raconte. 2° Il est constant que ce 
fut le démon qui emprunta l'organe 
du serpent pour converser avec Eve, 



» 
» 

» 



ADA 



et cette femme n'avait pas encore 
assez d'expérience pour savoir si un 
animal était capable ou incapable 
de parler. 3° 11 n'est pas moins vrai 
qu'en général nous avons horreur 
des serpents, et qu'il n'y a qu'une 
longue habitude qui puisse accoutu- 
mer des peuples à demi sauvages 
à se familiariser avec quelques espè- 
ces de ces animaux. 4° Si l'on en croit 
les voyageurs et les naturalistes, il 
y a des serpents ailés qui s'élèvent 
dans les airs ; il n'est donc pas cer- 
tain que toutes les espèces aient tou- 
jours rampé sur leur veutre. On dit 
encore qu'il y en a qui sont d'une 
beauté singulière, et l'on en a vu 
detrès-apprivoisés. Enfin, si les ser- 
pents ne mangent pas la terre, ils 
semblent du moins avaler la pous- 
sière et les ordures en cherchant les 
insectes dont ils se nourrissent. Il n'y 
a donc rien d'absurde ni de ridicule 
dans la narration de Moïse. 

Une question plus importante est 
de savoir si Dieu a puni trop rigou- 
reusement le péché d'Adam, comme 
le supposent les incrédules. La 
faute, disent-ils, fut légère, et le 
châtiment est terrible : être con- 
dammé, pour toute cette vie, au tra- 
vail et aux souffrances ; éprouver 
sans cesse la révolte de la chair contre 
l'esprit , et des passions contre la 
raison ; avoir continuellement sous 
les yeux la mort qu'il faut subir, et 
un supplice éternel dont nous som- 
mes menacés, et cela pour un pré- 
tendu crime, qui n'est, dans le fond, 
qu'une légère désobéissance ; y a-t-il 
de la proportion entre le péché et la 
peine? 

Nous répondons, en premier lieu, 
qu'il est absurde de vouloir juger de 
la grièveté de la faute d'Adam autre- 
ment que par le châtiment que Dieu 
en a tiré ; avons-nous assisté au con- 
seil de Dieu, ou avons-nous vu ce qui 
s'est passé dans l'âme à'Adum, pour 
savoir jusqu'à quel point il a été cri- 
minel ou excusable ? La facilité de 
l'obéissance, dit saint Augustin, est 
précisément ce qui, dans ces cir- 
constances, aggrave la faute d'Adam. 
En second lieu, les misères de cette 
vie, la concupiscence même, sont une 
suite de notre nature : l'exemption 



ADA 

de lamort,la soumission entière de la 
chair à l'esprit, était une grâce que 
Dieu ne devait point à nos premiers 
parents, ainsi que nous le prouverons 
à l'article Nature pure; il a donc 
pu, sans injustice, en priver l'homme 
coupahle et ses descendants. En troi- 
sième lieu, l'on n'est pas obligé de 
croire, puisque l'Eglise ne l'a pas 
décidé, que les entants souillés du 
péché originel sont tourmentés par 
des supplices. Ils n'entreront pas 
dans le royaume du ciel : mais il n'est 
pas dit que le lieu où ils seront sera 
pour eux un lieu de tourment-;. 
Nous discuterons cette question au 
mol Baptême. 

Les péchés actuels, qui font perdre 
la grâce, seront punis, il est vrai, par 
des supplices éternels ; mais ces pé- 
chés ne sont pas des châtiments de la 
faute d'Adam, ce sont des maux que 
nous nous faisons volontairement à 
nous-mêmes par des vices et des habi- 
tudes que nous avons contractées très- 
librement, et dont il ne tiendrait qu'à 
nous de nous préserver. Enfin, quand 
on parle de la faute d'Adam et de la 
punition, il faudrait ne pas oublier la 
manière dontJésus-Christ l'a réparée 
par la grâce de la rédemption. 

C'est en démontrant, par l'Écriture 
sainte, l'excellence, la plénitude, l'u- 
niversalité de cette grâce, que les Pè- 
res de l'Eglise ont répondu aux objec- 
tions des marcionites et des mani- 
chéens, qu'ils ont prouvé aux ariens 
la divinité de Jésus-Christ, qu'ils 
ont refuté les pélagiens, qui, dans leur 
système, réduisaient à rien la rédem- 
ption, comme fontencore aujourd'hui 
les sociniens. 

Ils nousfont remarquer d'abord que 
la promesse de la rédemption est aussi 
ancienne que le péché. Avant de 
condamner Adam aux souffrances et 
à la mort, Dieu avait déjà lancé la 
malédiction contre le serpent, et lui 
avait dit : La race de la femme t'écra- 
sera la tête. C'est, disent les Pères, en 
vertu de cette promesse et des méri- 
tes du Rédempteur, que Dieu n'a con- 
damné Adam etsapostérité qu'à une 
peine temporelle ; ainsi la rédemption 
future a commencé d'opérer son effet, 
au moment même qu'elle a été pro- 
mise Vbj/C2PR0T-ÉVANGILE,RÉBElrPTI0N. 



57 



ADA 



2° Ils nous représentent que les 
souffrances et la mort sont l'expiation 
du péché et un sujet de mérite en 
vertu de la passion du Sauveur ; d'où 
ils concluent que la condamnation de 
l'homme a été sous ce rapport un acte 
de miséricorde de la part de Dieu. 
Jésus-Christ, dit saint Paul, a ôté les 
amertumes de la mort, en nous assu- 
rant une résurrection semblable à la 
sienne. I Cor., c. 13, f 53. Voyez Mort, 
Souffrante. 

3° Ils observent que la grâce, répan- 
due avec abondance par Jésus-Christ, 
nous rend victorieux de la concupis- 
cence ; que par ce combat la vertu 
devient plus méritoire et digne d'une 
récompense aussi grande que celle qui 
étai destinée à notre premier père. 
Par ces différentes considérations, 
nos saints docteurs font comprendre 
la dignité à laquelle notre nature à 
été élevée par son union avec le Ver- 
be divin; ils montrent la grandeur du 
mal par la puissance du remède. 

Selon l'histoire sainte, la pénitence 
d'Adam a été fort longue : il a vécu 
neuf cent trente ans. Gen., c. S, ^5. 
Dieu lui accorda cette longue vie, afin 
de perpétuer parmi ses descendants la 
certitude des grandes vérités dont il 
avait été témoin, ou qu'il avait reçues 
de la propre bouche de Dieu même : 
les hommes pouvaient-ils avoir un 
maître plus respectable et plus digne 
de foi ? Mais, sans la promesse qui lui 
avait été faite d'un réparateur, il au- 
rait été souvent tenté de se livrer au 
désespoir, en voyant le déluge de 
maux de tonte espèce que sa faute 
avait fait tomber sur la terre. 

Aucun des pères de l'Eglise n'a 
douté du salut d'Adam; tous ont été 
persuadés qu'il a été sauvé par Jésus- 
Christ. Saint Augustin dit que c'est la 
croyance de l'Eglise, etl'on a taxé d'er- 
reur Tatien et les encratites, qui ne 
voulaient pas admettre cette vérité. 

On a même cru, dans les premiers 
siècles, qu'Adam avait été enterré sur 
le Calvaire, et que Jésus-Christ avait 
été crucifié sur sa sépulture, afin que 
le sang versé pour le salut du monde 
purifiât les restes du premier pécheur. 
Quoique cette tradition ne paraisse 
fondée que sur un passage de l'Ecri- 
ture mal entendu, elle atteste tou- 







■ 



I 










■ 



ADA 



jours la haute idée qu'avaient nos 
anciens maîtres de l'étendue et de 
l'efficacité de la rédemption. 

Il parait que certains théologiens 
l'avaient profondément oubliée, lors- 
qu'ils ont dit que le péché originel 
ou la chute d'Adam est la clé de tout 
le système du christianisme, le pre- 
mier anneau auquel tient toute la 
chaîne de la révélation; il aurait fallu 
dire au moins : Le péché originel effacé 
et 'pleinement réparé par Jésus-Christ . 
Sans le dogme fondamental de la 
rédemption, celui du péché originel 
pourrait nous iuspirer de la crainle, 
des regrets, de la douleur, peut-être 
le désespoir; il n'exciterait en nous 
ni reconnaissance , ni confiance , ni 
amour de Dieu, sentiments dans les- 
quels consiste la religion. Au mot 
Péché originel, nous ferons voir que 
la croyance de l'un de ces dogmes 
ne peut pas subsister sans celle de 
l'autre. 

Quelques auteurs ont pensé que 
Platon avait eu connaissance de la 
chute d'Adam et qu'il l'avait apprise 
par la lecture des livres de .Moïse. 
Eusèbe, dans sa Préparation éoangé- 
liqtie, livre 12, cil, cite une fable 
tirée des Symposiaques de Platon, 
dans laquelle cette histoire semble 
être rapportée d'une manière allégo- 
rique; mais cette allusion n'est ni 
fort sensible, ni absolument certaine. 
Au temps de Platon, les livres de 
Moïse n'étaient pas encore traduiis 
en grec, et ce philosophe n'avait point 
de connaissance de l'hébreu. On sait 
d'ailleurs que les Juifs ne montraient 
pas aisément leurs livres aux païens. 
Il faut juger de môme de la fable de 
Pandore, que quelques-uns ont prise 
pour une altération de l'histoire de 
la chute d'Adam (1 ). Bebgieb. • 



38 ADA 

ADAMIQUE ET PRÉADAMIQUR 
(Races.) (Tkéol.mixt.scien. anthropol.) 
— ■ Nous verrons Bcrgier expliquer au 
mot.PRÉADAMiTES, comment un théolo- 
gien du commencement duxvu" siècle, 
ïsaac de la Perreyre, eut l'idée étrange 
de soutenir que les Juifs seuls consti- 
tuaient la race adamique, avaient été 
victimes du déluge, et étaient tombés 
dans l'état de déchéance, tandis que 
les gentils, d'après le même théolo- 
gien, étaieut eu dehors de toutes ces 
choses, parce qu'ils étaient les descen- 
dants d'une autre race antérieure qu'il 
nommait race prcadamiijite. Nousver- 
rons, dans le même article, comment 
Bergier justilie saint Clément d'A- 
lexandrie d'avoir enseigné les mêmes 
bizarreries dans un de ses ouvrages , 
ainsi que plusieurs l'en avaient accusé, 
et qu'on le faisait encore dans un ar- 
ticle de la grande encyclopédie métho- 
dique dont son dictionnaire faisait 
partie. 

Ce qui nous importe en ce moment, 
c'est de faire observer que l'idée de 
la Perreyre, en étendant les consé- 
quences de son bizarre système aux 
gentils de nos temps historiques, et 
en les déchargeant de la déchéance 
adamique, devenait une véritable hé- 
résie, et n'avait rien de commun avec 
celle que nous allons exposer à titre 
seulement de simple hypothèse, qui 
n'a nullement nos adhésions, mais 
qui se trouverait, d'autre part, étran- 
gère à toute hérésie. 

M. Agassiz a cru remarquer, ainsi 
que nousle dirons au mot agespaléon:- 

T0L0GIQUES DE L'ESPÈCE HUMAINE, dans 

quelques ossements d'hommes, dontil 
croit pouvoir faire remonter l'exis- 
tence à des époques géologiques ex- 
cessivement anciennes, se mesurant, 
par des chiffres approchant de cent 



(! ) Les matérialistes prétendent que l'homme est 
une production de la nature ; ce qui, dans le sens 
qu'ils attachent à ce mot, veut dire qu'il a élé formé 
sans dessein par les différentes combinaisons 
de la matière en mouvement. 

a Lanature, dénuée do sentiment et d'intelligence, 
a donc produit cet être merveilleux dont la consti- 
tution étonne également l'anatomîste et le philo- 
sophe ! La terre a donc fait l'homme comme le 
bourgeois-gentilhomme fait de la prose, c'est-à-dire 
sans le savoir I ces millions de parties qui forment 
le corps humain ont donc été dispersées jadis sur 
le globe, se sont rencontrées on ne sait quand 
ni comment, se sont entre-heurtées, attirées, re- 



poussées ; puis, après bien des essais, se sont ran- 
gées tout juste daus le bel ordre où nous les voyons ; 
ordre qui surpasse tout ce que l'art a pu produira 
et tout ce que l'esprit peut concevoir 1 Mais ce n'est 
pas là le plus étonnant. Ces mômes atomes de brutv 
et de morts qu'ils étaient, ont pi odnit,par leurs com- 
binaisons fortuites, la vie, le sentiment et la faculté 
de raisonner. Pour s'épargner la peine de former & 
si grand» frais chaque individu, ils se Boot arran- 
gés en mâle et femelle, de manière à pouvoir désor- 
mais étendre leur espèce par la voie de la généra- 
tion. C'est enfin à leurs impulsions réciproques, & 
leur gravitation mutuelle, que l'on doit l'invention 
delà parole, des sciences et des arts. Si ce système 



ADA 



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mille ans, certains caractères qui an- 
nonceraient une différence spécifique 
avec ceux des hommes d'aujourd'hui, 
et ceux de tous nos âges historiques. 
Supposons que cela fût démontré, que 
s'en suivrait-il? 

Il s'en suivrait seulement qu'avant 
la race adamic/ue, qui est, depuis les 
temps antédiluviens, la seule race hu- 
maine existante, et la seule à laquelle 
s'applique l'histoire de la Genèse, et 
tout ce qui en découle, principalement 
la rédemption par le Christ, Dieu au- 
rait fait apparaître et laissé se déve- 
lopper sur la t^rre, avec les autres 
animaux, un animal hipède ethimane, 
qui eût été une dernière transition 
de ses créations des « âmes vivan- 
tes, » pour arriver à celle de l'homme 
véritable, du véritable Adam. 

Or, une telle lrypothèse, étant com- 
plètement en dehors de notre huma- 
nité, quel que tût, d'ailleurs, l'état 
psychologique de ces races ou de 
cette race préadamique^ n'aurait rien 
d'alarmant pour l'orthodoxie chré- 
tienne, et pourrait même servir à le- 



ver cerhiiîr's tffii-cuRès relatives not} 
pas aux faits fondamentaux du récit 
mosaïque, car nous verrons que ces 
faits sont de tout point confirmés par 
les sciences modernes, mais seulement 
à une antiquité chronologique d'une 
race de bipèdes qui surpaierait de 
beaucoup celle qui résulte des ré- 
cits dont nous parlons. On pourrait 
dire que tous ces fossiles humains, 
de beaucoup antérieurs au déluge, que 
l'on trouve ou plutôt qu'il parait que 
l'on trouve et que l'on trouvera 
probablement jusque dans le : pliocène, 
qui estle dernier des terrains tertiaires, 
mais n'apparlientpas encore aux ter- 
rains qnaternaires, ne sont point des 
fossiles de la race adamigue existante 
aujourd'hui et depuis quelques mil- 
liers d'années sur le globe, mais seu- 
lement des fossiles d'une ou de plu- 
sieurs races prêaâamîques complète- 
ment étrangères à notre genre hu- 
main qui a subi la révolution dilu- 
vienne et qui a été l'objet de la res- 
tauration par Jésus-Christ. 

Nous ne signalons cette idée que 



[1U 



parait monstrueux à la raison, il faut avouer qu'il 
plaît moins à l'imagination que les brillants illusions 
de la mythologie... » 

« Si la nature ou la matière a produit tous ces 
corps organisés, plantes, animaux et hommes, d'où, 
vient que, depuis qu'un l'obterve, elle ne produit 
plus rien de pareil ? la pâture a-t-elle donc chan- 
gé ? pourquoi cette uiêiiïe rencontre d'atomes, qui 
fit jadis tant de mervedles, n'a-t-elle plus lieu, et 

fiourquoi s'obstioe-t-elle à laisser anx êtres organisés 
e soin de se reproduire eux-mêmes ? n 

a Les anciens qui étaient aussi ignorants en histoire 
naturelle qu'eu physique, pouvaient emire qu'un ani- 
mal se formait comme le sel, par la juxtaposHion de 
différentes molécules réunies en vertu de certaines 
forces de r"]>pnrt. Il leur était permis de OQJijïcJm- 
rer qu'une masse de boue, imprégnée et êtdiuuU'ée 
par les rayons du soleil, peut s'aniuiaiisir, tuut 
comme lisse persuadaient que les insectes, tes gre- 
nouilles, les crapauds et les lézards qu'ils trouvaient 
dans la famre dn Nil, étaient de la boue animée par 
la chaleur. Maïs il est inconcevable que, Jane le dix- 
huitiêuie siècle fl après tontes les découvertes des 
modernes on n'ait pas honte de parler encore 
• otnme les anciens 8* d'étayer un système de phi- 
losophie sur des erreurs dont le peuple même com- 
mence à se moquer. Un animal ne naît que de son 
semblable, c'est la loi uniforme et invariable de la 
nature. Rien de ce qui est organisé ne se forme par 
opposition, pas même le champignon ni la mousse, 
La raison s'unit à l'expérience pour rejeter les gé- 
nérations équivoques. F.lle nous dit qu'un corps or- 
ganisé est un tout qui n'a pu se former succe.-.si ve- 
inent, puisque chaque partie suppose l'existence des 
antres. C'est un système d'un nombre infini de ma- 
chines qui correspondent directement, qui ont entre 
*ues des rapports intimes, qui sont faites les unes 
pour les autres, et dont les forces concourent à un 



but général. Ce tout se développe et augmente de 
volume: mais, entant que machine, il est toujours 
eu petit ce qu'il sera en gra d, de sorte que toutes 
les matières alimentaires ne saliraient y ajouter 
une libre. » 

« Imaginons pour un moment que l'aveugle con- 
cours des molécules de la matière i nu minée ait 
réussi à produire un homme, à l'aide des lois de 
l'impulsion et de l'attraction. Supposons, contre 
toute vraisemblance, que dis-je ? contre toute cer- 
titude, que la nature ne sait plus faite aujourd'hui 
ce qu'elle a su faire en des temps lus reculés. Dévo- 
ronseiifmloutes les absurdités qui entourent et aeciv- 
blenile système de l'athée ; soumettons le bon sens 
au préjugé et l'évidence à l'erreur ; qui est-ce qui 
animera csat andnude, cette matière organiquement 
disposée par les mains du hasard ? qui est-ce qui 
lui donnera la faculté de sentir, de penser, de ju- 
ger et de faire des abstractions? comment est-ce 
que la nature donnera l'intelligence et le senti- 
ment, n'ayant ni sentiment ni intelligence ? Hélas 1 
elle n'est qu'impulsion et gravitation ; et il lui est 
aussi impossible Cle produire par la une seule pen- 
sée, qu'il l'est au néant de créer un seul atome. ■ 

h Les matérialistes croient, en toute simplicité de 
cœur, que le sol delà Laponiea produit le renne, 
parce que cet. animal est indigène à ea paya et qu'il 
ne peut vivre dans un climat pldlfi doux. Qiie dites- 
vous de l'argument ? Voyez-vous ces vers qui fourmil- 
lent clans les cavités d'un vieux fromage. Us y trou- 
vent une nourriture et une chaleur qui leur eonvient ; 
donc c'est ce fromage qui les a produits. Une telle 
conclusion est fort lionne pour l'enfant qui a mangé 
le fromage sans se soucier du ver; maïs elle étonne 
dans un philosophe qui se donne pour capable de 
creuser les idées, et d'interpréter In nature : -» 
Holland, Réflexions philosophiques sur le Système 
de la nature^. 6. Gousekt. 



I 






•/ï 




ADA 

comme une ressource que pourraient 
ne pas dédaigner certains esprits 
qui se trouveraient embarrassés de- 
vant des découvertes paléontologiques 
et les récits de la Genèse considérés 
dans leurs tableaux chronologiques, 
bien que ces tableaux ne s'accordent 
pas, dans les éditions, sur les chiffres, 
et qu'à nos yeux une pure affaire de 
chiffres n'intéresse, comme le dit fort 
bien Burgier quelque part, ni « la 
foi » ni « les mœurs. » Le Noir. 

ADAMITES ou ADAMIENS , secte 
d'anciens hérétiques, qu'on croit avoir 
été un rejeton des basilidiens et des 
carpocratiens, sur la tin du second 
siècle. 

Selon saint Epiphane, ils prirent le 
nom d'adiimitcs, parce qu'ils préten- 
daient avoir été rétablis dans l'état 
dénature innocente, être tels qu'Adam 
au moment de sa création, et par 
conséquent devoir imiter sa nudité. 
Ils détestaient le mariage, soutenant 
que l'union conjugale n'aurait jamais 
en lieu sur la terre sans le péché, et 
regardaient la jouissance des femmes 
en commun comme un privilège de 
leur prétendu rétablissement dans 
la justice originelle. Quelque incom- 
patibles que fussent ces dogmes infâ- 
mes avec une vie chaste, quelques- 
uns d'eux ne laissaient pas de se 
vanter d'être continents, et assuraient 
que si quelqu'un des leurs tombait 
dans le pécbé de la chair, ils le chas- 
saient de leur assemblée, comme 
Adam et Eve avaient été chassés du 
paradis terrestre pour avoir mangé 
du fruit défendu ; qu'ils se regardaient 
comme Adam et Eve, et leur temple 
comme le paradis. Ce temple, après 
tout, n'était qu'un souterrain, une 
caverne obscure , ou un poêle dans 
lequel ils entraient tout nus, hommes 
et femmes, et là, tout leur était per- 
mis, jusqu'à l'adultère et à l'inceste, 
dès que l'ancien ou le chef de leur 
société avait prononcé ces paroles de 
la Genèse, c. 1 , y 22, Crescite et mul- 
tiplieamini. Théodoret ajoute que , 
pour commettre de pareilles actions, 
ils n'avaient pas môme d'égard à 
l'honnêteté publique, et imitaient 
l'impudence des cyniques du paga- 
nisme. Tcrtullien assure qu'ils niaient, 



60 



ADA 



avec Valentin, l'unité de Dieu, la né- 
cessité de la prière, et traitaient le 
martyre de folie et d'extravagance. 
Saint Clément d'Alexandrie dit qu'ils 
se vantaient d'avoir des livres secrets 
de Zoroastre ; ce qui a fait conjecturer 
à M. de Tillemont qu'ils étaient livrés 
à la magie. Tom. 2. pag. 280. 

Cette secte infâme fut renouvelée 
dans le xn e siècle par un certain Ten- 
dème, connu encore sous le nom de 
Tanchelin, qui sema ses erreurs à 
Anvers, sous le règne de l'empereur 
Henri V. Les principales étaient, qu'il 
n'y avait point de distinctions entre 
les prêtres et les laïques, et que la for- 
nication et l'adultère étaient des ac- 
tions saintes et méritoires. Accompa- 
gné de trois mille scélérats armés, il 
accrédita cette doctrine par son élo- 
quence et par ses exemples; sa secte 
lui survécut peu, et fut éteinte par le 
zèle de saint Norbert. 

D'autres adamites reparurent en- 
core dans le quatorzième siècle, sous 
le nom de turlupins et de pauvres 
frères, dans le Dauphiné et la Savoie. 
Ils soutenaient que l'homme, arrivé 
à un certain état de perfection, était 
affranchi de la loi des passions, et que, 
bien loin que la liberté de l'homme 
sage consistât à n'être pas soumis à 
leur empire, elle consistait au con- 
traire à secouer le joug des lois di- 
vines. Ils allaient tout nus, et com- 
mettaient en plein jour les actions les 
plus brutales. Le roi Charles V en Qt 
périr plusieurs par les flammes : on 
brûla aussi quelques-uns de leurs li- 
vres à Paris, dans la place du marché 
aux Pourceaux, hors de la rue Saint- 
Honoré. 

Un fanatique, nommé Picard, natif 
de Flandre, ayant pénétré en Allema- 
gne et en Bohême au commencement 
du quinzième siècle, renouvela ces 
erreurs, et les répandit surtout dans 
l'armée du fameux Zisca. Malgré la 
sévérité de ce général, Picard trom- 
pait les peuples par ses prestiges, et 
et se qualifiait (Us de Dieu. Il préten- 
dait que, comme un nouvel Adam, il 
avait été envoyé dans le monde pour 
y rétablir la loi de nature, qu'il fai- 
sait surtout consister dans la nudité 
de toutes les parties du corps et 
dans la communauté des femmes. Il 



ADA 61 

ordonnait à ses disciples d'aller nus 
par les rues et les places publiques ; 
moins réservé à cet égard que les 
anciens adamites qui ne se permet- 
taient cette licence que dans leurs 
assemblées. Quelques anabaptistes 
tentèrent en Hollande d'augmenter 
ie nombre des sectateurs de Picard; 
mais la sévérité du gouvernement les 
eut bientôt dissipés. Cette secte a 
aussi trouvé des partisans en Pologne 
et en Angleterre; ils s'assemblaient 
la nuit, et l'on prétend qu'une des 
maximes fondamentales de leur so- 
ciété était contenue dans ce vers : 

Jura, perjura, secretum proderenoli. 

Mosheim, qui a examiné de près 
l'histoire de ces fanatiques, pense que 
le nom de Picards ne leur venait pas 
d'un cbef ainsiappelé, mais quec'était 
une corruption du nom de legghards 
ou bigyhards. Voyez ce mot. Leur 
maxime capitale était que, quiconque 
use d'habits pour couvrir sa nudité, 
et n'est pas capable de voir sans émo- 
tion le corps nu d'une personne d'un 
sexe différent du sien, n'est pas en- 
core libre, c'est-à-dire, suflisamment 
dégagé des affections corporelles. Il 
était impossible qu'avec un pareil 
principe, suivi dans la pratique, il ne 
se passât rien de criminel dans leurs 
a-semblées. Aussi Mosheim n'est point 
de l'avis de Basnage, qui a voulu jus- 
tifier les Picards ou adamites de Bo- 
hème, et qui les a confondus avec les 
Vaudois. Trad. de l'Histoire ecclcsias. 
de Mosheim, t. 3, page 472. 

Quelques savants sont dans l'opi- 
nion que l'origine des adamites re- 
monte beaucoup plus haut que l'éta- 
blissement du christianisme : ils se 
fondent sur ce que Maacha, mère 
d'Asa, roi de Juda, était grande prê- 
tresse de Priape, et que, dans les sa- 
crifices nocturnes que les femmes fai- 
saient à cette idole obscène, elles pa- 
raissaient toutes nues. Le motif des 
adamites n'était pas le même que celui 
des adorateurs de Priape ; et l'on a vu, 
par leur théologie, qu'ils n'avaient 
pris du paganisme que l'esprit de 
débauche, et non le culte de Priape. 
Beugieh. 



ADI 



ADÉODAT. {Théol. hist. pap.) —Le 
règne de ce pape n'eut rien de re- 
marquable. Il était de Rome, il fut 
élevé au Saint-Siège en 672; et il 
l'occupa quatre ans. Ce ne fut pas, 
ainsi que le prétend l'encyclopédie 
d'Ersch et de Gruber, sous son pontifi- 
cat que les Lombards abandonnèrent 
l'arianisme et revinrent à l'Eglise ;ce 
fait avait eu lieu deux générations 
plus tôt par l'influence de Théodelinde. 
Ce pape est quelquefois désigné sous 
le nom d'Adéodat II. C'est ce qui arrive 
quand on change le nom du pape 
Deusdedit en celui d'Adéodat I. 

Le Noir. 

ADESSENAIRES, nom formé par 
Pratéolus du verbe latin adesse, être 
prései.t, et employé pour désigner les 
hérétiques du seizième siècle, qui 
reconnaissaient la présence réelle de 
Jésus-Christ dans l'eucharistie, mais 
dans un sens dilférent de celui des 
catholiques. 

Ces hérétiques sont plus connus 
sous le nom d' Impanatcurs ; leur secte 
était divisée en quatre branches : les 
uus soutenaient que le corps de Jésus- 
Christ est dans le pain, d'autres 
qu'il est alentour du pain, d'autres 
qu'il est sur le pain, d'autres qu'il est 
sous le pain. Voyez Impanaiion. 
Bergier. 

ADIAPHORISTES, nom formé du 
grec, iS'.dœopoç, indiffèrent. 

On donna ce titre, dans le xvi e siè- 
cle, aux luthériens mitigés, qui adhé- 
raient aux sentiments de Mélanchion, 
dont le caractère pacifique ne s'ac- 
commodait point de l'extrême vivacité 
de Luther. Conséquemment, l'an 
1348, l'on appela ainsi ceux qui sous- 
crivirent à l'intérim que l'empereur 
Charles-Quint avait fait publier à la 
diète d'Augsbourg. Voyez Luthériens. 

Cette diversité de sentiments parmi 
les luthériens causa entre leurs doc- 
teurs une contestation violente : il 
était question de savoir : 1° s'il est 
permis de céder quelque chose aux 
ennemis de la vérité dans les choses 
purement indifférentes, et qui n'inté- 
ressent point essentiellement la reli- 
gion; 2° si les choses que Mélanchton 
et sespavtisans jugeaient indifférentes 














AD1 



62 



l'étaient véritablement. Ces dispu- 
teurs, qui appellaient ennemis de la 
vérité tons ceux <|uine pensaient pas 
comme' eux, n'avaient garde d'avouer 
que les opinions ou les rite* auxquels 
ils étaient attachés, étaient indiffé- 
rents au tond de la religion. Voyez 
Méla.ncutoniëns. Behgieh. 

ADI-BOL'DDHA. {Thvol. ntktt. scien. 
hist.) — A'h -Houddlin est le nom du 
premier être dans la théologie boud- 
dhiste, espèce d'hérésie du bralmia- 
ni-rne qui consista principalement a 
abolir les castes, sur lesquelles était 
foinlé tout l'organisme social de ce 
culte antique des contrées qu'arrose 
le Stage. Adi-Bouddha s'incaiiie, 
pnur se manifester, dans les boud- 
espèees d'homines-dieux qui 
apparais-ent -uns la tonne humaine 
ci qui opèrent les réformes dont l'hu- 
manité a besoin. Le motmi (moine; 
Çakta fut une de ces manifestations, 
les plus êminentes, et il revient per- 
pétuellement sur la terre, au moins 
d'après la croyance des lamas du 

Tlnhet, dans les houddhas vivants du 

palais de Lhassa. Unique fois que ce 
souverain spirituel, qui est le grand 
lama, meurl. en jette le sort sur tous 
les villages de lacontlée. puis, dans le 
i[iie le sort a désigné, sortons 
les enfants. L'enfanl sur lequel le 
sort tombe, est alors emporté dans le 
palais de la capitale, et il n'en sortira 
plus jusqu'à ce qu'il meure : c'est le 
Bouddha vivant, l'Adi-bouddha in- 
carné , la résurrection de Çakia- 
mouni, que nul ne voit plus autre- 
ment qu'en quelques rares appari- 
tions dans une niche qui s'ouvre 
devant te public à certains jours de 
fête. 

Ne faut-il pas qu'il y ait dans l'hu- 
manité une idée bien enracinée du 
principe fondamental sur lequel re- 
pose le Christianisme, pour que l'on 
en trouve de pareils symboles dans 
les cultes qui lui sont le plus étrangers. 

Et ce n'est pas seulement Àdi-mmd- 
dlui, le premier être des bouddhistes, 
qui s'incarne de la sorte pour sau\ el- 
le genre humain ; c'est aussi Brahma, 
l'être unique, la cause et l'essence 
,1,. tontes choses, des brabmani-l«'s 
:.-, sectateurs de l'orthodoxie 



ADO 

primitive, qui a ses incarnations, ses 
avalars. La première manifestation 
de Brahma est brahmâ (par a long), 
qui fut le créateur des mondes, et 
enmèmetemps, la première personne 
de la triuité ; Brahma fut brahmâ 
pour créer, puis il s'incarna à diver- 
ses reprises pour sauver les hommes, 
sous des noms et des formes diverses 
qui ne furent autre chose que des 
dieux-hommes, kriclma fut un de ces 
avatars. 

Telle est l'idée fondamentale de 
toute la mythologie hindoue; on la 
retrouve partout dans les poèmes, 
dans les offices religieux, dans les 
emblèmes, dans les hymnes sacrées, 
dans le- m; ulp turcs et dansles tableaux. 

Expliquer donc un tel phénomène, 
qui k'esl pas non plus sans avoir ses 
variantes, plus ou moins surchargées, 
dans les autres cultes de l'antique 
Orient, tous bien antérieurs au Chris- 
tianisme, saus avoir recours à l'exis- 
tence d'une idée, quelle qu'en soit l'o- 
rigine, d'une intervention surhumaine 
dans les choses de la terre, poussée 
jusqu'à son plus fort paroxisme, qui 
est l'homuie-dieu. Le Nom. 

ADJURATION. Commande meut qia 
l'on lait au démon, delà part de Dieu, 
de sortir du corps d'un possédé, ou de 
déclarer quelque chose. 

Ce motestdérivé du latin adjurare. 
conjurer, solliciter avec instance; et 
l'on a ainsi nommé les formules 
d'exorcisme, parce qu'elles sont pres- 
que toutes conçues en ces termes : 
Adjura te, spiritus immunde, per 
Lit tait vivum, ut. etc. 

Dans le DirUniiuuire de Jurispru- 
d ni . , l'on a blâmé les curés qui fout 
des adjunitioïis vu d^* exorcismes con- 
tre les orages et contre les animaux 
nui-ibles; nous en parlerons au 
mot ExoncisME. Beugier. 

ADOXAI, est parmi les Hébreux un 
des noms de Dieu; il signitie mmi 
Srôpww. Les massorètes ont mis sous 
le nom que l'on lit aujourd'hui, Jc- 
luiiiik, les points qui conviennent aSix 
consonnes du mot Adonai, parce 
qu'il était défendu, cher les Juite, de 
prononcer le nom propre de Dieu, et 
qu'il n'y avait que le grand prêtre qui 



ADO 



o3 



ADO 



eût ce privilège, lorsqu'il entrait 
dans le sanctuaire. Les Grecs ont aussi 
mis le nom Adonai à tous les endroits 
où se trouve le nom de Dieu. Le mot 
Adonaï est tiré de la racine don, qui, 
dans toutes les langues, signifie élé- 
vation, grandeur, au propre et au 
ligure. Les G rocs l'ont tiaduitparKûpto; 
et les Latins par Dominas. 11 s'est dit 
aussi quelquefois dos hommes, comme 
dans ce verset du ps. 104, Cunslituit 
mm l)umiiuiin dohiiis auœ, en parlant 
des honneurs auxquels Pharaon éleva 
Joseph. Voy. Génébrard , Le Cler , 
Cappel, De nomiue Dei tetruçirnin. 
Beruier. 

ADOPTIENS, hérétiques du hui- 
tième siècle, qui prétendaient que 
Jésus-Christ, en tant qu'homme, 
n'était pas iils propre ou lils naturel 
de Dieu, mais seulement son lils adop- 
tif. C'était renouveler l'erreur de Nes- 
torius. 

Cette secte s'éleva sous l'empire de 
Charlemagne, vers l'an. 778, à cette 
occasion : Elipand, archevêque de To- 
lède, ayant consul lé Félix, évèque 
d'Urgel, surlatiliation deJésus-Chnst, 
cet évêque répondit qoeJésus-Qiïist, 
en tant que Dieu, est véritablement et 
proprement tils de llieu, engendré 
naturellement par le Père; mais que 
Jésus-Christ, en tant qu'homme ou 
lils de Marie, n'est que tils adoplifde 
Dieu ; décision à laquelle Elipand sous- 
crivit. Le pape Adrien, averti de cette 
erreur, la condamna dans une lettre 
dogmatique adressée aux évèques 
d'Espagne. 

On tint, en 791, un coneile à Nar- 
bonne, où la cause des deux évèques 
espagnols fut discutée, mais non déci- 
dée. Félix se rétracta, puis revint à 
ses erreurs; et Elipand, de son côté, 
ayant envoyé à Cliarleinagne une pro- 
fession de foi qui n'était pas ortho- 
doxe, ce prince lit assembler un con- 
cile nombreux à Francfort, en 794, où 
la doctrine de Félix et d'Elipand fut 
condamnée, de même que dans oe lui 
deForli, de l'an 795, et peu de temps 
après dans le concile tenu à Rome 
sous le pape Léon 111. 

Félix d'frgel passasa vie dans une 
alternative continuelle d'abjurations 
et de rechutes, et la termina dans l'hé- 



résie ; il en fut de môme d'Elipand. 

Geoffroy de Clairvaux impute la 
même erreur a (■illierl de la Poirée; 
Scot et Durand semblent no s'être pas 
assez éloignés de cette opinion, qui 
parait retomber dans celle de Nesto- 
rius. 

L'erreur dont nous parlons fut ré- 
fulée avec succès par saint Paulin, 
patriarche d'Acruilùc-, et par Alcuin. 
Dans la vie que Madrissi a donnée du 
premier, il a discuté plusieurs ïaiis 
concernant Elipand et Félix d'Irgcl, 
qui n'avaient pas encore été suffisam- 
ment éclaircis. Histoire de l'Eglise 
ytdtic, t. 5, an. 797, 799. 

Bergier 

ADOPTION, dans le sens théolo- 
gique, est la grâce que Dieu nous 
u faite par le baptême ; ce sacrement 
nous imprime le caractère d'enfants 
adoptifs de Dieu, de frères de Jésus- 
Christ, d'héritiers du bonheur éter- 
nel : droit précieux duquel sont pri- 
vés ceux qui ne sont pas baptisés. 
« Voyez, dit aux fidèles l'apôtre saint 
» Jean, quelle bonté Dieu le Père 
» a eue pour nous, de nous accorder 
» Le non» et les droits d'enfants de Dieu. 
» I Jottn., c. 3, f i. Or, continue 
» saint Paul, si nous sommes enfants, 
» nous sommes aussi héritiers de 
» Dieu, cohéritiers de Jésus-Christ. » 
Iiuia., e. 8, f 17. Dieu est le père de 
tous les hommes, puisqu'il e.4 le 
créateur et lo bienfaiteur de tous, non- 
seulement dans l'ordre de la nature, 
mais dans celui de la grâce ; il ne 
refuse à aucun les secours néces- 
saires et suturants dont il a besoin 
pour parvenir au salut. Dieu est néan- 
moins plus particulièrement le Père 
des chrétiens, puisqu'il leur donne, 
par le baptême, une nouvelle nais- 
sance, et qu'il leur accorde des grâces 
de salut plus puissantes et plus abon- 
dantes qu'an reste des hommes. Voyez 
Enfant de Dieu. Bergier. 

ADORATION, ADORER. Ce terme, 

pris dans sa signification littérale, si- 
gnifie porter la main à. la bouche, 
baiser sa main par un sentiment de 
vénération. Dans tout l'Orient ce geste 
estime des plus grandes marques de 
respect et de soumission: -il a été 



tri 


















ADO 64 

en usage à l'égard de Dieu et à l'é- 
gard des lioiunies. Il est dit dans le 
livre de Job, c. 31, f 17 : « Si j'ai 
» regardé le soleil dans son éclat, et 
» la lune dans sa claité ; si j'ai bai- 
» sema main avec une joie secrète, 
» ce qui est un très-grand péché, et 
» une manière de renier le Dieutrès- 
» haut. » Dans le troisième livre des 
Rois, c. 19, f 18 : « Je nie réserverai 
» sept mille hommes qui n'ont pas 
» fléchi le genou devant Baal, et 
» toutes les bouches qui n'ont pas 



ADu 



» baisé leurs mains pour l'adorer. 
Minulius Félix dit que Cécilius pas- 
sant devant la statue de Sérapis, baisa 
sa main, comme c'est la coutume du 
peuple superstitieux. Ceux qui ado- 
rent, dit saiut Jérôme, ont coutume 
de baiser la main et de baiser la terre ; 
les Hébreux, selon le génie de leur 
langue, mettent le baiser pour l'ado- 
ration: il est dit, Ps. 2, f 12, 
« Baisez le fils, de peur qu'il ne s'ir- 
» rite », c'est-à-dire, adorez-le, etsou- 
mctlez-vous à son empire. 

Pharaon parlant à Joseph, lui dit : 
« Tout mon peuple baisera la main 
» à votre commandement. 11 recevra 
» vos ordres comme ceux du roi. » 
Abraham adore le peuple d'Hébron, 
Ben., c. 23, ^ 7 et 12. La Sunamite 
adore Elisée qui avait ressuscité son 
lils, IV Reg., c. 4, f 37, etc. Dans 
ces divers passages, le terme adorer 
ne signilie certainement pas la même 
chose ni la même espèce de culte. 

Lorsqu'il est employé à l'égard de 
Dieu, il signifie le culte suprême qui 
n'est dû qu'à Dieu seul ; lorsqu'il est 
mis en usage à l'égard des idoles, 
c'est un acte d'idolâtrie ; si l'on s'en 
sert à l'égard des hommes, ce mot 
n'exprime qu'un culte purement ci- 
vil. La mèiiie équivoque a lieu dans 
l'hébreu comme dans les autres lan- 
gues. 

Baiser la main, fléchir les genoux, 
se prosterner, sont des signes exté- 
rieurs, dont le sens varie selon l'in- 
tention de ceux qui les emploient. 

C'est donc mal à propos que les 
protestants se sont élevés contre notre 
croyance, parce que nous disons ado- 
rer la croix, et que nous donnons des 
marques de respect à la vue de ce 
signe de notre rédemption. Il est évi- 



dent que nous ne prenons pas alors 
le terme d'adoration dans le même 
sens que par rapport à Dieu, que ce 
culte se rapporte à iéius-Christ 
Homme-Dieu ; qu'il ne se borne ni à la 
matière, ui à la ligure de la croix. 
Voyez l'Exposition de la Foi catholique 
par Bossuet. 

Vainement ils disent que Dieu seul 
doit être adoré ; si par là ils enten- 
dent honoré comme Etre suprême, cela 
est vrai ; s'ils entendent honoré com- 
me être respectable, c'est une fausseté. 
Le culte, l'honneur, le respect, doi- 
vent èlre proportionnés à la dignité 
des personnages auxquels ils sont 
adressés, et il serait absurde de sou- 
tenir que le respect n'est dû qu'à 
Dieu. Voyez Culte. 

Ils disent et répètent sans cesse 
que nous adorons les saints, leurs 
images, leurs reliques. C'est toujours 
la même équivoque. Nous honorons 
les saints, et nous leur témoignons 
du respect, mais non le même respect 
qu'à Dieu ; nous respectons leurs 
images, à cause de ce qu'elles repré- 
sentent, et leurs reliques, parce qu'el- 
les leur ont appartenu ; mais nous 
ne les adorons pas, si par adorer l'on 
entend le culte suprême. Quand 
quelques auteurs catholiques, peu 
exacts dans leurs expressions, au- 
raient mal appliqué le terme d'adora- 
tion, cela ne prouverait encore rien ; 
puisque notre croyance est clairement 
exposée dans tous nos catéchismes. 

VOIJVZ PAGANISME, § XI. 

Une autre grande question entre 
les protestants et nous, est de savoir 
si l'on doit adorer l'Eucharistie ; cela 
dépend de savoir si Jésus-Christ y 
est véritablement, ou s'il n'y est pas. 
Voyez Eucharistie, § IV. 

Un nomme encore adoration l'hom- 
mage que les cardinaux rendent au 
pape après son élection, et une ma- 
nière extraordinaire d'élection, qui 
se fait lorsque la foule des cardinaux 
va subitement se prosterner devant 
l'un d'entre eux et le proclame pape. 
Ces termes équivoques ne peuvent 
induire en erreur que ceux qui ne 
font pas attention aux bizarreries 
du langage, ou qui veulent se tromper 
eux-mêmes par l'abus des termes. 

Au mot Paganisme, § XI, nous 



àdr 



65 ADR 



réfuterons la notion que quelques 
protestants ont voulu donner de l'ado- 
ration, afin de persuader que les 
catholiques adorent les saints et les 
images. Bergier. 

ADORATION PERPÉTUELLE . 

(Théol. hist. confr.) — Nous emprun- 
tons au dict. Encycl. de théol. cath. 
l'explication suivante de cette pieuse 
institution : 

« Il y a dans beaucoup de diocèses 
une confrérie dont le but est d'ado- 
rer le Saint Sacrement, de telle sorte 
qu'il n'y ait pas une heure du jour 
ni de la nuit durant laquelle au moins 
une personne ne soit en prière devant 
le Saint Sacrement exposé. A cette 
fin on distribue les lieux et les per- 
sonnes en un certain ordre ; on mar- 
que à chacune des personnes qui pren- 
nent part à la dévotion l'heure à la- 
quelle elle se rendra dans l'église 
désignée pour y adorer en silence. 
Cette pratique est fréquente aussidans 
les couvents. La pensée qui en est 
la base est à la fois extrêmement ten- 
dre et essentiellement catholique. C'est 
une imitation des saints anges, dont 
l'occupation est d'adorer sans inter- 
ruption le Seigneur ; c'est une pieuse 
anticipation sur la béatitude future. 

En France on nomme Sacramen- 
taires les jeunes filles qui se sont as- 
sociées en vue de l'adoration perpé- 
tuelle du Saint Sacrement de l'autel. » 
Le Noir. 

ADRAMÉLEC. Voy. Samaritains. 

ADRLA.N1STES. Théodoret met les 
adrianistes au nombre des hérétiques 
qui sortirent de la secte de Simon le 
magicien ; mais aucun autre auteur 
n'en parle. Théodoret, livre I. des 
Fables hérétiques, c. 1. 

Les sectateurs d'Adrien Hamstédius, 
l'un des novateurs du seizième siècle, 
furent appelés de ce nom. Il ensei- 
gna premièrement dans la Zélande, 
et ensuite en Angleterre : que l'on 
était libre de garder les enfants du- 
rant quelques années sans leur con- 
férer le baptême ; que Jésus-Christ 
avait été formé de la semence de la 
femme, et qu'il n'avait fondé la reli- 
gion chrétienne que pour certaines 
I. 



circonstances. Outre ces erreurs et 
quelques autres pleines de blas- 
phèmes, il souscrivait à toutes celles 
des anabaptistes. Pratéol. Svonde, 
Lindan. - Bergier. 

ADRIEN. (Théol. hist.pap.) — L'his- 
toire ecclésiastique nous présente six 
papes sous le nom d'Adrien. 

ADRIEN I, né àRome, fut élu en 772, 
fut l'ami intime de Charlemagne et 
régna 24 ans. Assiégé dans Rome par 
le roi des Lombards, Didier, ilfutdé- 
livré par le roi franc qu'il avait ap- 
pelé àson secours, et fut dotépar lui en 
774denouvellespossessions ajoutéesà 
celles qu'il tenait déjà de son père 
Pépin le Bref. Charlemagne visita une 
seconde fois l'Italie en 776 pour dé- 
fendre Adrien contre les ducs de Na- 
ples et de Bénévent et beaucoup d'au- 
tres ennemis. Il y revint eucore en 
781. Bientôt après, l'impératrice Irène 
invita Adrien à convoquer le 7' con- 
cile œcuménique, 2 e de Nicée, pour 
terminer la controverse des images-; 
Adrien accéda volontiers à cette de- 
mande, envoya au concile des légats 
et confirma ses décisions (787). Cette 
année même Charlemagne revint à 
Rome pourla quatrième fois; il pro- 
testa avec les Francs contre le concile, 
mais n'en resta pas moins l'ami da 
pape; celui-ci mourut en. 787, et le 
grand roi le pleura amèrement; ce 
fut lui qui composa en distiques latins 
l'épitiphe qu'on peut encore lire à 
Rome sur son tombeau. Adrien fut 
un des principaux pontifes du règne 
desquels prend date l'indépendance 
de Rome et la puissance de la pa- 
pauté. 

ADRIEN II, élu en 867, régna 
quatre ans. « Il avait déjà refusé deux 
fois, dit M. Héfélé, la dignité pontifi- 
cale, à laquelle le désignaient ses 
vertus, sa pureté, sa bienfaisance, et 
il la refusait une troisième fois, mal- 
gré l'unanimité de l'élection, quand 
la ferme volonté du peuple le déter- 
mina à accepter. Il avait soixante- 
quinze ans. Voigt dit, dans l'Encyclo- 
pédie d'Ersch et Grubert, qu'il y avait 
précisément alors à Rome des dépu- 
tés de Louis le Débonnaire. Chacun 
devine que c'est un anachronisme ; car 
Louis le Débonnaire mourut en 840. 







mm 




ADR 



66 



ADR 








Au moment de l'élection d'Adrien, 
c'était Louis H, fils de Lothaire [•» et 
petit-fils de Louis le Débonnaire, qui 
régnait. Adrien II fut le successeur 
du grand pape Nicolas 1 er , quilui lé- 
gua la guerre contre Lothidre II, duc 
de Lorraine, coupable d'avoir illéga- 
leinent répudié sa femme. Trompé 
par Lothaire, qui lui avait promis 
par serment qu'il n'aurait plus de 
commerce avec Waldrade, sa femme 
illégitime, Adi'ien le releva de l'ex- 
communication 1 1 lui donna de sa 
main la communion. Lothaire étant 
mort peu de temps après [869), sa fin 
prématurée fut considérée comme un 
châtiment de son mensonge, et lacon- 
sidéralion du Pape s'accrut par cette 
espèce de jugement de Dieu. Adi'ien 
agit en vrai Pape dans la lutte des 
Carlovingiens, au sujet de la Lor- 
raine, lorsque la mort de Lothaire II 
en eut rendu la possession vacante; 
il éleva publiquement la voix eu la- 
veur de l'héritier légitime, l'empereur 
Louis II, que ses oncles Charles le 
Chauve et Louis le Genuaniqueavaiint 
dépouillé de son héritage. Il défendit 
aussi vigoureusemeut contre Ilinc- 
mar, archevêque de Reims, la supré- 
matie papale, et entre autres ce prin- 
cipe: « qu'un évèque ne peut être 
déposé que par le Pape, et non pu 
un synode provincial. » Il ne vit pas 
la fin de cette dispute, étant mort en 
872. C'est sous son pontitic.it qu'eut 
lieu la grande lutto avec Photius de 
Constant inople. » 

ADRIEN IlI,éluen8Si, ne régna que 
seize mois. La lutte avec Photius con- 
tinua sous son pontilicat. Adrien 
avait formé le projet d'élever, à la 
mort de Charles le Gros, un grand 
d'Italie à la royauté de ce pays ; mais 
il mourut avant Charles, en se ren- 
dant à une diète d'Allemagne, 

ADRIEN IV, petit mendiant an- 
glais, fut admis comme domestique 
au couvent de Saint-Rufus, près d'A- 
vignon; il ne tarda pas à devenir 
frère, il fut ensuite élu abbé du cou- 
vent. Ses religieux s'étant plaints 
au pape de sa sévérité, Eugène III, 
disciple de S. Bernard, éleva Adrien 
à la dignité de cardinal légat en Nor- 
vège. En 1154, élu Pape à l'unani- 
mité, il eut à soutenir la -fameuse 



lutte contre Frédéric Barberousse 
durant laquelle il mourut, le I er sep- 
tembre U59. Il avait eu également 
a lutter contre Guillaume I" roi de 
Sicile, et l'avait obligé à reconnaître 
solennellement lasuzeraineté du Pape 
sur ce royaume, qui, dès l'origine de 
la puissance normande en Italie, 
avait été déclaré fief papal. A cette 
époque aussi le fameux Arnauld de 
Brescia avait, dans Rome même, atta- 
qué la puissance temporelle des Pa- 
pes et trouvé beaucoup d'adhérents 
parmi les Romains, mais Adrien, par 
l'interdit qu'il prononça contre la ville, 
obligea celle-ci à chasser le tribun 
démocrate, lequel tomba entre les 
mains de Barberousse. Adrien recou- 
vra lapoEseesion temporelle de Rome. 

ADRIEN V, de la famille des Fies- 
que, de Gènes, était le neveu du Pape 
Innocent IV; il monta malade sur le 
Saint-Siège (1276) et mourut trente- 
huit jours après. 

ADRIEN VI était issu d'un artisan 
d'Utrecht; son savoir lui valut une 
chaire à l'université de Louvain, et 
l'honneur d'être choisi en 1507 par 
l'empereur d'Allemagne Maximilien 
1er pour être le précepteur de son 
petit-fils Charles, depuis Charles- 
Quint. Adrien gagna tellement la fa- 
veur de son royal élève qu'en 1515, 
lorsque la mort de Ferdinand le Catho- 
lique devint imminente, Charles en- 
voya Adrien en Castille, avec la 
mission d'observer de près les disposi- 
tions de l'Espagne et de prendre pos- 
session du royaume au nom de son 
maître, au moment où Ferdinand 
mourrait. 

Celui-ci étant mort le 23 janvier 
1516, et le cardinal Ximénès, arche- 
vêque de Tolède, désigné dans le 
testament de Ferdinand comme ré- 
gent du royaume jusqu'à l'arrivée 
de Charles, ayant voulu s'emparer 
du gouvernement, Adrien parut avec 
un document signé de la main de 
Charles, qui le nommait, en cas de 
décès du roi, au nom du prince hé- 
réditaire, régent de Castille. Une lutte 
paraissait inévitable ; mais les ju- 
ristes rendirent une décision favora- 
ble aux prétentions de Ximénès. Le 
cardinal proposa à son adversaire de 
s'en remettre à la décision de Charles 



ADS 



67 ABU 



lui-même pour le choix de celui qui 
serait régent en Espagne jusqu'à son 
arrivée et d'administrer ensemble 
jusqu'à ce moment. Charles décida 
que Ximénès remplirait les fonctions 
d'administrateur du royaume, et 
Adrien celles de son envoyé. La 
même année 1516, Adrien, sur la pro- 
position de Ximénès, fut élu évèque 
de Tortose, en Espagne, et grand in- 
quisiteur d'Aragon. Néanmoins les 
rapports des deux prélats n'étaient 
pas toujours bienveillants. Aussi, lors- 
qu'en 15 17, Adrien fut nommé cardi- 
nal, Ximénès s'efforça de l'éloigner 
des Castilles ,mais n'en vint pas à bout. 
Et en 1522 Charles, devenu empe- 
reur d'Allemagne, après avoir nommé 
Adrien administrateur du royaume, 
le fit élire Pape. «Adrien, dit M. Hé- 
félé, pensaitarrèter lesprogrès de la ré- 
forme en abolissant divers abus de 
l'Église et de la cour romaines ; car le 
vieux professeur de théologie pensait 
que la dogmatique luthérienne ne pou- 
vait être prise au sérieux par person- 
ne, qu'elle n'avait qu'une valeur d'op- 
position, en ce qu'elle attaquait des 
abus réels dans l'Église, et que, ces 
abus détruits, les Luthériens en vien- 
draient bientôt à abandonner leur 
doctrine de la grâce. Il se trompait, 
ne voyait en général la chose que par 
le dehors, et ne serait point parvenu 
à apaiser l'orage déchaîné, lors mô- 
me qu'il aurait pu réaliser des plans 
de réforme qui ne portaient que sur 
des détails. Adrien mourut après un 
an et demi de règne, le 14 septembre 
1523. Ce pontife savant, pieux, ver- 
tueux, s'était montré, comme prince, 
inférieur aux circonstances. Il fui peu 
regretté. » 

C'est ce pape qui avait fait un trai- 
té de théologie dans lequel il se pro- 
nonçait formellement contre l'infailli- 
bilité du pontife romain. Devenu pape, 
il fit rééditer ce même traité sans y 
rien modifier;son opinion n'avait pas 
changé. Mais il n'émit aucune décision 
ex cithedra dans le sens de sa ma- 
nière de voir, et cela seul importe. 
Le Nom. 

ADSO. (Théol. hist. biogr. et bi- 
bliog. — Un des principaux écrivains 
ecclésiastiques du X° siècle, abbé, 



de Monticr-en-der; il reçut l'instruc- 
tion dans le couvent de Luxeuil, pro- 
fessa à Toul, dirigea le couvent de 
Montier depuis 900, et se distingua 
par son zèle pour l'Église , par la 
gravité de ses mœurs, par sa science 
et par ses écrits. Il lut aussi prédi- 
cateur. Il mourut en 992 dans un 
pèlerinage à Jérusalem. 

Adso composa des hymnes, fit un 
arrangement métrique du II e livre des 
dialogues du pape Grégoire, écrivit 
plusieurs Vies de Saints, et une lettre 
à la reine Gerbcrge sur l'Antéchrist. 
Le Noir. 

ADULTÈRE, crime de ceux qui 
violent la fui conjugale. Les juris- 
consultes ne donnent ordinairement 
ce nom qu'à l'infidélité d'une per- 
sonne mariée ; mais les théologiens 
appellent aussi adultère le crime d'u- 
ne personne libre qui pèche avec 
une personne mariée ; parce que 
l'une et l'autre coopèrent à la viola- 
tion de la foi jurée ; si tous deux 
sont mariés, c'est alors un double 
adultère. Aussi la loi de Moïse, qui 
condamne à la mort les adultères 
de l'un et de l'autre sexe, Levit., c. 
20, jfr 10 ; Deut., c. 22, f 22, n'exem- 
pte point de la peine le coupable 
non marié : la loi du décalogue, qui 
défend à tout homme de convoiter la 
femme de son prochain, n'excepte 
personne, non plus que la décision 
portée par Jésus-Christ, Math., c. 5, 
y 28 ; que celui qui regarde une 
femme pour s'exciter à de mauvais 
désirs, a déjà commis l'adultère dans 
son cœur. Saint Paul s'exprime d'une 
manière aussi générale, en di ant 
que si une femme, pendant la vie de 
son mari, habite avec un autre hom- 
me, elle sera coupable d'adultère. 
Rom., c. 7, } 3. 

La sévérité de ces lois et de cette 
morale est évidemment fondée sur 
l'intérêt de la société. S'il y a un 
crime capable de troubler l'ordre pu- 
blic et de faire commettre d'autres 
forfaits, c'est celui dont nous pai : ms. 
Plus les devoirs qu'impose l'état lu 
mariage sont grands, plus il importa 
que cet engagement soit sacré et 
inviolable. Les droits des deux con- 
joints sont égaux ; quel que soit celui 



■ 



1 






§ 



m 



M 












A.DU 



U8 





des deux qui les foule aux pieds, il 
est, aux yeux de Dieu et de la reli- 
gion, coupable du même crime. A la 
vérité, l'infidélité de la femme en- 
traine des conséquences plus fâ- 
cheuses, puisqu'elle l'expose à placer 
dans sa famille un enfant adultérin, 
qui enlèvera injustement aux enfants 
légitimes une partie de leur héri- 
tage, et qui sera pour le mari une 
charge do plus. Mais, d'autre part, 
un mari infidèle, quelle que soit la 
personne à laquelle il s'attache, fait 
à son épouse l'injure la plus sensi- 
ble, et à ses entants un tort irrépa- 
rable ; il n'est pas rare de voir des 
pères perfides témoigner, pour les 
fruits de leur débauche, plus d'atta- 
chement que pour ceux de l'union 
conjugale. 

Ce crimeunefois commis, Une reste 
plus d'estime, plus de confiance, plus 
de tendresse mutuelle entre les époux; 
le lien qui devait faire leur bonheur 
leur devient insupportable. De lànais- 
sent les divisions éclatantes, les sépa- 
rations scandaleuses, les diffamations 
réciproques, les haines déclarées entre 
les familles. A quels excès ne sont pas 
c p ;blcs de porter la jalousie, la ven- 
geance, la fureur? Quels exemples 
pour des entants qui auraient dû 
trouver des modèles de vertu dans 
ceux de qui ils ont recule jour ! Quelle 
reconnaissance, quelrespeclpeuvent- 
ils avoir pour eux? 

Lorsque -les mœurs d'une nation 
sont dépravées, que l'irréligion, le 
luxe, l'épicurcisme ont éLouffé tous 
les sentiments et perverti tous les 
principes, ce désordre ne peut pas 
manquer de devenir commun; l'on 
n'enrougit plus, et l'onferme lesyeux 
sur toutes les conséquences. L'on dis- 
serte alors et l'on déclame contre l'in- 
dissolubilité du mariage; on soutient 
la jusiiee et la nécessité du divorce. 
t.'ii crime peut-il donc rendre néces- 
saire un autre crime? C'est augmenter 
le mal, au lieu d'y remédier. Voyez 
Divorce. 

Je us-Christ, plus sage que tous les 
di. -éclateurs, a pris le seul moyen 
efficace de le prévenir, eu fermant 
toutes les avenues qui peuvent y con- 
duire, en condamnant le simple désir 
de l'impudicité ; pour conserver les 



ADU 

corps chastes, dit saint! eau Chrysos- 
tome, il s'est attaché à purifier les 
âmes, t. 7, Ilom. 17, in Matlh. En ré- 
tablissant le mariage d us sa sainteté 
primitive, il a voulu bannir les dé- 
sordres qui le rendent malheureux. 

Le sentiment commun des théolo- 
giens protestants, est que ce divin 
maître a permis le divorce ou la rup- 
ture du mariage, en cas d'adultérc; 
nous prouverons le contraire au mot 
Divorce. 

Certains critiques ont été scandalisés 
de ce que Jésus-Christ ne voulut pas 
condamner la femms adv.lt 're. Joann., 
c. 8,^ 3. S'il l'avait condamnée, ces 
censeurs téméraires déclameraient 
encore plus forL. 1° Le San : m n'était 
ni juge ni magistrat ; il ne voulut pas 
seulement en faire les fonctions pour 
accorder deux frères qui contestaient 
sur leur héritage. Lue., c. 12, f 14. 
2° Les scribes et les pharisiens, qui 
accusaient cette femme, ne l'étaient 
pas non plus ; ce n'était point le zèle 
pour l'observation de la loi qui les fai- 
sait agir, mais le désir do tendre un 
piège au Sauveur. Dès qu'ils virent 
que leur hypocrisie était démasquée, 
il se retirèrent tout confus. 3° En 
usant dïndulgcuce envers l'accusée, 
il n'était pasauxmagislratsle pouvoir 
de la punir, si elle était vérilablcm Mit 
coupable, et ce n'était point à lui de 
poursuivre sa condamnation ; il était 
venu, non pour perdre les pécheurs, 
maispour les sauver. 4° En disant aux 
accusateurs: Que celui d'entre vous qui 
est sans péché jette la première pierre, 
il ne décidait pas qu'il faut être sans 
péché pour juger un criminel, puis- 
que encore une fois il n'y avait point 
là déjuges, et que celte femme n'avait 
été ni convaincue ni condamnée. Si 
tel avait été le sens de sa réponse, les 
scribes et les pharisiens ne se seraient 
pas tus ; mais elle leur lit sentir que 
Jésus-Christ connaissait leurs motifs 
et leur dessein; c'esteequiles couvrit 
de confusion, et les fit retirer l'un 
après l'autre. 

Cette histoire manquait autrefois 
dans plusieurs exemplaires de l'évan- 
gile de saint Jean; saint Augustin et 
d'autres auteurs ont pensé qu'elle avait 
été omise exprès par des copistes, qui 
craignaient que l'on n'en tirât acs 



ADY 



conséquences fâcheuses comme font 
aujourd'hui les incrédules. Fausse 
prudence, mais qui heureusement n'a 
pas eu de succès. Cette narration nous 
fait admirer la sagesse et la charité du 
Sauveur; elle ne peut inspirer une 
fausse confiance aux pécheurs mais 
seulement leur apprendre que s'ils se 
repentent, Jésus-Christ est toujours 
prêt à leur pardonner. C'est encore 
une bonne leçon pour les zélateurs 
hypocrites qui déclament contre la 
négligence et la douceur des magis- 
trats, pendant qu'ils seraient eux- 
mêmes en danger d'être punis, si les 
lois étaient observées à la rigueur. 
Bergier. 

ADVERSITÉ. Voyez Affliction. 

/EGIDIUS DE VITERBE. [TMol. 
hist. biogr. et bibliog.) — Il fut géné- 
ral de l'ordre des Augustins, très- 
fort sur le grec et sur l'hébreu, pré- 
dicateur et poète. Il assista, en 1512, 
au concile de Latran, fut nommé 
cardinal en 1517, fut successivement 
c -, êque d'un grand nombre de diocèses, 
et légat dans plusieurs cours ; enfin, 
il devint en tb23 promoteur de son 
ordre et, pour comble de dignités, pa- 
triarche deConstantinople. Il mourut 
à Rome en 1342, quand il semblait 
destiné à la tiare. 

On trouve dans Marténe un choix 
de ses écrits, Collect. Nov. t. III. M. 
Dûx indique les suivants : « Historia 
ri'jinti annoram per tutklem Psalmos 
êvjcsta; le même ouvrage porte aussi 
le titre: de Sseculorum dùpositione ; 
le manuscrit s'en trouve à Rome chez 
les Augustins. Cet ouvrage est iden- 
tique encore avec celui que plusieurs 
savants intitulent : Commentarius in 
quosdam Psalmos; puis : Commentarius 
in L. Sententiarum usque ad dist. 17, 
ad mentem Platonîs. — Epistokirum 
famiiiarum ad Gabrielem Venetum li- 
ber, et ditiersarvm ad diverses lib. VI. 
Ensuite : Erfogse sacrx très ; bictiona- 
■rium, sive liber radicum Hebr. ; Anno- 
ta tkmes in tria priera capila Genescos ; 
Lltcllus de Ecclcsiœ ineremeuto ; Liber 
(lialngorum cl oraiio quam in prinei- 
pio concilii Laterancnsis, anno 1512, 
habuit. Ce discours se trouve dans les 
actes de ce concile, dans la Collection 



G9 ÀER 

des Conciles de Hardouin, t. IX, p. 
1576. Il y a aussi dans Montfaueon'î';» 
Biblioth. Mss., t. II, p. 779) l'écrit: 
Informatio contra Lutheranam seetam 
pro Sedis apostoliese auctoritate, etc., 
Conf. Alb. Fabricii Bibl. Lut., t. I. 



p. 24. 



Le Noir. 



JENEAS SYLVIUS. V. Pie II. 

AÉRIENS. Sectaires du quatrième 
siècle, qui furent ainsi appelés d'Aé- 
rius, prêtre d'Arménie, leur chef. 
Les aériens avaient à peu près les 
mêmes sentiments sur la Trinité que 
les ariens; mais ils avaient de plus 
quelques dogmes qui leur étaient pro- 
pres et particuliers ; par exemple, que 
l'épiscopat n'est point un ordre dif- 
férent du sacerdoce, et qu'il ne donne 
aux évêques le pouvoir d'exercer au- 
cune fonction qui ne puisse être faite 
par les prêtres. Ils fondaient ce senti- 
ment sur plusieurs passages de saint 
Paul et singulièrement sur celui delà 
première épitre à Timothée, c. 4, ^ 
14, où l'apôtre l'exhorte à ne pas né- 
gliger le don qu'il a reçu par l'imposi- 
tion des mains des prêtres. Sur quoi 
Aérius observe qu'il n'est pas là ques- 
tion d' évêques, et qu'il est clair par ce 
passage que Timothée reçut l'ordina- 
tion par la main des prêtres. 

Saint Epiphane, Hxrcs. 75, s'élève 
avec force contre les aériens, en faveur 
de la supériorité des évêques. Il ob- 
serve judicieusement que le mot près- 
byterii, dans saint Paul, renferme les 
deux ordres d'évèques et de prêtres, 
tout le sénat, toute l'assemblée des 
ecclésiastiques d'un même endroit, et 
que c'était dans une pareille assem- 
blée que Timothée avait été ordonné. 
FoyesPitE-BYiÈHE, Evêque. 

Les disciples d' Aérius soutenaient 
encore, après leur maître, que les 
prières pour les morts étaient inutiles ; 
que les jeûnes établis par l'Eglise, et 
surtout ceux du mercredi, du vendredi 
et du carême, étaient superstitieux; 
qu'il fallait plutôt jeûner le diman- 
che que les antres jours, et qu'on ne 
devait plus célébrer la Pàque. Ils ap- 
pelaient par mépris antiquaires, les 
fidèles attachés aux cérémonies pres- 
crites par l'Eglise et aux traditions 
ecclésiastiques. Les aériens se réuni- 



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rent aux catholiques pour combattre 
les rêveries de cette secte, qui ne sub- 
sista pas longtemps. Tillemont, Hist. 
cccîés., t. 9, p. 87. 

Comme la plupart des erreurs sou- 
tenues par Aérius ont été renouvelées 
par les protestants, ilestde leur intérêt 
de justifier cet hérétique. Us disent 
que son principal but était de réduire 
le christianisme à sa simplicité pri- 
mitive. « Ce dessein, dit Mosheim, est 
» louable ; mais les principes qui y 
» portent et les moyens que l'onem- 
» ploie sont souvent répréhensibles à 
» plusieurs égards, et tel peut avoir 
» été le cas de ce réformateur. » Hist. 
ecclésiast., 4 e siècle, 2 e part., c.3, § 
21 . Ainsi, selon Mosheim, Aérius pou- 
vait avoir tort pour la forme, mais il 
avait raison pour le fond. « Son opi- 
» nion, dit-il encore , plut beaucoup 
» à plusieurs bons chrétiens qui 
» étaient las de la tyrannie et de 
» l'arrogance de leurs évèques. » 

Mais nous soutenons que ce réforma- 
teur, très-semblable à ceux du seiziè- 
me siècle, était répréhensible et con- 
damnable à tous égards. 1° Elait-ce 
à un simple prêtre, sans autorité et 
sans mission, de vouloir réformer la 
croyance et la pratique de l'Eglise 
universelle? S'il croyait y apercevoir 
des innovations et des abus, il pouvait 
faire des représentations modestes et 
respectueuses aux pasteurs auxquels 
il appartenait d'y pourvoir; mais se 
révolter contre son évêque, lui dé- 
baucher ses diocésains, se séparer de 
l'Eglise pour devenir chef de secte et 
de parti, c'est une conduite condam- 
née par les apôtres, et que rien ne 
peut excuser. 2° Le motif qui faisait 
agir Aérius était connu : c'était la 
jalousie contre son évêque et le dépit 
de ne lui avoir pas été préféré pour 
remplir le siège de Sébaste; on en 
était convaincu par ses discours et 
par toute sa conduite. 3° Cet héréti- 
que n'attaquait point des abus nou- 
vellement introduits, mais des usages 
aussi anciens que le christianisme. 
Saint Epiphane, en le réfutant, lui 
oppose la tradition primitive, cons- 
tante et universelle de toute l'E- 
glise chrétienne, Hseres. 75. Vouloir 
supprimer ou changer ces notions et 
ces usages, ce n'était pas réduire le 



7t AFF 

christianisme à sa simplicité primitive, 
mais créer un nouveau christianisme. 
Au quatrième siècle il était aisé de sa- 
voir quel avait été le christianisme de- 
puis les apôtres. 4° Une preuve que ceux 
qui s'attachèrent à Aérius n'étaient 
pas de bons chrétiens, c'est que cet 
hérétique n'admettait pas la divinité 
de Jésus-Christ; aussi ses sectateurs 
et lui furent-ils chassés de toutes les 
églises, réduits à s'assembler dans les 
campagnes et dans les forêts. 5° Au- 
cune secte hérétique n'a jamais man- 
qué de regarder les pasteurs légitimes 
comme des tyrans et des arrogants ; 
mais aucun chef de secte n'a jamais 
manqué non plus de s'arroger une 
autorité plus absolue et plus tyranni- 
que que celle des évêques; témoin 
Luther et Calvin. Il est fâcheux qu'Aé- 
rius, un de leurs précurseurs, ait été 
universellement condamné comme 
novateur; cet exemple aurait dû les 
rendre plus sages. Voyez Novateurs. 
Bergier. 

AÉROSTATIQUE, AÉROSTATION. 
(Théol. mixt. scien.phys. et indust.) 
V. Ballons. 

AÉTIENS. Voyez Anoméens. 

AFFINITÉ, parenté par alliance. 
On trouvera dans le Dictionnaire de 
jurisprudence la distinction des diffé- 
rentes espèces d'affinité, et des divers 
degrés dans lesquels c'est un empê- 
chement dirimant du mariage. 

Affinité spirituelle. Espèce d'al- 
liance que contractent avec leur fil- 
leul ceux qui lui servent de parrain 
et de marraine au Baptême ; ils la 
contractent encore avec le père et la 
mère du baptisé ; de même celui qui 
baptise est censé contracter une al- 
liance ou affinité spirituelle avec le 
baptisé et avec ses père et mère. C'est 
un empêchement de mariage sur le- 
quel il faut consulter les canonistes. 
Voyez aussi l'Ancien Sacramentaire par 
Grandcolas, 2 e part., p. 23. La même 
affinité se contracterait par le sacre- 
ment de Confirmation, si c'était en- 
core l'usage d'y prendre des parrains 
et des marraines. Bergier. 

AFFIXES, PRÉFIXES, SUFFIXES. 
{Théol. mixt. scten. philol.) — On 



AFF 



71 



AFF 



nomme ainsi de petits mots, le plus 
souvent courts et composés d'une 
seule syllabe , mais pouvant aussi 
être composés de plusieurs, qui s'a- 
joutent, dans les langues flexives, à 
d'autresmots, de manière à faire corps 
avec ceux-ci et à former un nouveau 
mot qui n'exprime l'idée du premier 
qu'avec une modification intro- 
duite par Vaffixe. 

Dans les langues sémitiques, prin- 
cipalement dans l'arabe, et dans l'hé- 
braïque pour laquelle nous faisons 
cet article, il y a des affixes comme il 
y en a dans nos langues; quand nous 
disons par exemple faire et tefavre, 
re est un affixe qui marque la répéti- 
tion; mais ils ne sont pas de môme 
espèce, et l'affixe principal de ces lan- 
gues est le pronom personnel qui, 
quand il est employé aux cas obliques, 
par exemple : Tenez à moi, s'attache 
au mot dont il est le complément, en 
devient inséparable et forme avec lui 
un mot nouveau. Cela n'empêche pas 
ce pronom d'être souvent isolé. Dans 
l'hébreu, il y a des affixes qui ne sont 
pas de mise en prose et qui ne s'em- 
ploient que dans la poésie, ou dans le 
style poétique. 

Ce n'est pas seulement le pronom 
personnel qui peut jouer le rôle d'af- 
f,xe; dans la plupart des langues flexi- 
ves, et même agglutinantes, le verbe 
être fournit des désinences pour la 
conjugaison des autres verbes j comme 
Dieu, dont ce verbe est le gi-and nom, 
{Jehovah de hava être), fournit tout, 
dans la réalité, à ce qui n'est pas lui. 

Dans la langue turque, qui est le 
type principal des agglutinantes ou 
agglomérantes, le pronom possessif 
est exprimé par certaines syllabes, 
parfois réduites à de simple lettres, 
qui s'ajoutent au mot principal, et 
qui s'infléchissent avec ce mot ; c'est 
une vraie flexivité que possède déjà 
cette langue et qui la rapproche des 
flexives tout agglutinante qu'elle soit, 
(v. agglutinantes), ce qui prouve que 
les langues ne diffèrent pas autant 
qu'on le prétend quelquefois. Nous 
verrons, au mot 'philologie comparée, 
que les monosyllabiques elles-mêmes 
ne sont que des langues agglutinantes 
embryonaires,et qu'on y peut trouver 
déjà quelque commencement de 



flexion. Ceci milite en faveur de l'u- 
nité primitive du langage. 

Les préfixes ne sont que des affixes 
qui se placent en avant du mot dont 
ils modifient le sens, et c'est encore 
dans les grammaires sémitiques que 
cette dénomination est la plus em- 
ployée, parce que les affixes s'y pla- 
centplutôt au commencement du mot 
qu'à la fin. 

Celle de suffixes est employée par 
opposition à la précédente ; les suffixes 
se placent à la fin du mot. Ainsi toutes 
nos désinences de déclinaison et de 
conjugaison sont des suffixes. 

Dans la langue sanscrite, d'où nos 
langues proviennent presque directe- 
ment, il y a trois sortes de suffixes : 
les krudanta qui se mettent après les 
radicaux pour former les noms pri- 
mitifs ; les unadi, qui se mettent 
après les noms primitifs pour en va- 
rier le sens ; et les taddhita qui se met- 
tent après des mots qui déjà ne sont 
plus ni radicaux ni primitifs pour en 
faire des dérivés ; ces derniers suffixes 
sont surtout employés pour former 
les noms patronymiques. Il y a une 
grande logique et une sublime éco- 
nomie dans cette langue, mère des 
nôtres, et sans doute la fille d'une pre- 
mière langue commune ; elle est plus 
belle que toutes celles qui en sont 
sorties. En fait de langage, comme 
en fait d'art, les faits connus ne pré- 
sentent point le progrès dans l'huma- 
nité; ils accusent, au contraire, la dé- 
cadence, et c'est le contraire dans les 
sciences et dans l'industrie. Remontez 
en imagination jusqu'à cet âge dont 
il est dit que l'homme primitif « donna 
à chaque chose le nom qui lui conve- 
nait, » qui la peignait le mieux, en 
suivant la progression indiquée par 
les faits d'art littéraire, (les anciens 
poèmes) et par les faits philologiques 
(les anciennes langues) vous êtes con- 
duit au « paradis terrestre » de 
Moïse, à « l'âge d'or » des Grecs, aux 
« délices d'Adima et d'Eva » dans 
l'ile de Ceylan du brahmanisme, à lœ 
« sagesse et aux vertus des anciens, » 
du philosophe chinois. Le Noir. 

AFFLICTION. Nous laissons aux. 
philosophes les réflexions que la rai- 
son peut nous suggérer sur l'utilité 



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72 AFF 



des afflictions, et dont nous nous ser- 
rons pour répondre aux blasphèmes 
des athées contre la Providence et 
contre la bouté divine. Notre travail 
, doit se borner à démontrer ce que la 
révélation nous enseigne sur ce point. 
Déjà, au temps de Job, les afflictions 
des justes étaient un sujet de scandale 
pour ceux qui se piquaient de rai- 
sonner. Ses amis lui soutenaient que 
Dieu ne l'aurait point affligé s'il n'a- 
vait pas élé pécheur : le saint homme 
leur répond et justifie la Providence : 
t'est le plus ancien exemple de dis- 
pute philosophique dont l'histoire 
nous donne connaissance. 1° Job fait 
parler le Seigneur pour apprendre 
aux hommes que sa conduite et ses 
desseins sont impénétrables, et qu'il 
n'en doit compte à personne, e. 9, f 
38. Nous ne connaissons ni l'intérieur 
des hommes, ni ce que Dieu fera pour 
eux dans la suite ; il y a donc bien de 
la témérité à juger de sa providence 
par le moment présent. 

2° Il pose pour principe que l'hom- 
me n'est jamais exempt de tout péché 
aux yeux de Dieu, ibid., y 2. Les 
afflictions qu'il éprouve peuvent donc 
toujours être le châtiment de ses fau- 
tes. 3° Job soutient que Dieu dédom- 
mage ordinairement en ce monde le 
juste affligé, cap. 2 1 , 2i, 27 ; et il en est 
lui-même un illustre exemple. 4° Il 
compte sur une ï ic à venir. « Quand 
» Dieu m'ôterait la vie, dit-il, i'espé- 
». rerais encore en lui... Les leviers de 
» ma bière porteront mon espérance, 
» elle reposera avec moi dans la pous- 
» sière du tombeau. C. 13, f 15; c. 
17, f. 16, Hebr. Après avoir déploré 
la brièveté de la vie de l'homme, il dit 
an Seigneur : « Accordez -lui donc 
» quelques momentsderepos, jusqu'à 
» celui auquel il attend , comme le mer- 
» cenaire, le salaire de son travail. » 
C. 14, f. 6. 

Mais ces vérités capitales, qui fai- 
saient déjà la consolation des patriar- 
ches, ont été mises dans un plus 
grand jour par Jésus-Christ; c'est lui 
qui, par ses leçons et par son exemple, 
a fait comprendre aux hommes qu'il 
faut acheter le bonheur éternel par les 
souffrances, et qui a su apprendre aux 
justes à remercier Dieu des afflictions. 

D'ailleurs, l'Ecriture sainte nous fait 



sentir que celte vie ne peut pas être 

le temps de récompenser la vertu et 
de punir tous les crimes. 1° Cette con- 
duite ôterait aux justes le mérite de 
la persévérance et de la confiance en 
Dieu, bannirait du monde les vertus 
héroïques, rendrait l'homme esclave 
et mercenaire. Elle ôterait aux pé- 
cheurs le temps eL les moyens de faire i 
pénitence et de se corriger. Un être 
aussi faible, aussi inconstant que 
l'homme, doit-il être ainsi traité? 
2° Souvent une action qui parait loua- 
ble, a été faite par un motif criminel, 
elle est plus digne de punition que de 
récompense; souvent un délit, qui 
parait mériter des supplices, est par- 
donnable, parce qu'il a été commis 
par surprise, par faiblesse, par er- 
reur. Est-il utile à la société que tous 
les crimes secrets soient dévoilés 
par un châtiment éclatant? Qui ose- 
rait souhaiter pour lui-même cette 
Providence rigoureuse? 3° Il faudrait 
que notre vie lui éternelle sur la terre; 
quand les peines de ce monde pour- 
raient suffire pour punir tous les cri- 
mes, la félicité de cette vie est trop 
imparfaite, pour être le salaire de la 
vertu. i° Il faudrait des miracles con- 
tinuels pour mettre les justes à cou- 
vert des fléaux qui sont universels, et 
pour empêcher les pécheurs de pros- 
pérer par leur industrie et par leurs 
talents naturels. Ceux qui accusent 
la Providence sont donc ucs insensés. 
Dès qu'il est établi par la révélation 
que quand Dieu nous affligé, c'est 
par miséricorde; qu'il veut par là 
nous purifier en ce monde, alin de 
nous pardonner et de nous récom- 
penser dans l'autre; nous sommes 
encore plus obligés de le bénir dans 
les afflictions que dans la prospérité. 

IÎERGIER. 

AFFRANCHI, en latin liherlinus. Ce 
terme signifie proprement un esclave 
mis enliberté. Dans les Actes des apô- 
tres il est parlé de la synagogue des 
affranchis, qui s'élevèrent contre saint 
Etienne, qui disputèrent contre lui, 
et qui montrèrent beaucoup de cha- 
leur à le faire mourir. Les interprètes 
sont partagés sur ces libertins ou af- 
franchis : les uns croient que le texte 
grec, qui porte libertini, est fautif, 



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73 



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et qu'il faut lire libystini, les Juifs de 
la Libye voisine de l'Egypte. Le nom 
libertini, n'est pas grec; et les noms 
auxquels il est joint dans les Actes, 
font juger que saint Luc a voulu dé- 
signer les peuples voisins des Cyré- 
néens et des Alexandrins; mais cette 
conjecture n'est appuyée sur aucun 
manuscrit ni sur aucune version que 
l'on sache. Joann. Drus., Çornel. à 
Lupid. MUl. 

D'autres croient que les affranchis 
dont parlent les Actes étaient des 
Juifs que Pompée et Sosius avaient em- 
menés captifs de la Palestine enltalie, 
lesquels ayant obtenu la liberté s'é- 
tablirent à Rome, et y demeurèrent 
jusqu'au temps de Tibère, qui les 
en chassa sous prétexte de supersti- 
tions étrangères qu'il voulait bannir 
de Rome et d'Italie. Ces affranchis 
purent se retirer en assez grand nom- 
bre dans la Judée, et avoir une syna- 
gogue à Jérusalem, où ils étaient 
lorsque saint Etienne fut lapidé. Les 
rabbins enseignent qu'il y avait dans 
Jérusalem, jusqu'à quatre cents syna- 
.11 .'s, -ans compter le temple, (Mcu- 
m nias, Lyrcm, etc. Mais il pouvait y 
avoir en Afrique une colonie nom- 
mée libertina, puisqu'à la conférence 
de Garthage, c. 116, deux évèques, l'un 
catholique, l'autre donatiste, prirent 
lous deux le titre à'Episcopus Eccle- 
SiSB iiicriintnsis, 

Bergier. 

AFFRE (Denis-Auguste), {thêol. hist. 
iiog.) archevêque de Paris, mort vic- 
time de son dévouement au rétablis- 
sement de la paix dans les terribles 
journées de juin 1848. Il s'exposa li- 
brement et avec un esprit de sacri- 
fice admirable pour cette sainte cause, 
sans manifester aucun parti politi- 
que, et il mérite par conséquent, sans 
contestation possible, le titre de mar- 
tyr que tout le monde lui a donné. 
Nous empruntons, avec attendrisse- 
ment, à M. Gams l'excellente biogra- 
phie, a vecnotieebibliographique, qu'il 
a donnée de cethonnête, savant, digne, 
ferme et saint archevêque, dansle dic- 
tion, encyclop. allem. de théol. cathol. 
traduit en français par I. Goschler. 

« Denis-Auguste Affrc, évêque mar- 
tyr de Paris, né dans la petite ville de 



Saint-Rome-de-Tarn (dans l'Aveyron)» 
le 27 septembre 1793. Il fut parfaite- 
ment élevé par sa mère, sœur d'uir 
directeur bien connu du séminaire de 
Saint-Sulpice, Denis Boyer. Il fit sous 
la direction de son oncle de solides 
études, fut nommé avant d'avoir i'âge 
pour recevoir la prêtrise, professeur 
de philosophie au séminaire de Nan- 
tes, ordonné prêtre le 10 mai [818, 
etentra dans la congrégation de Saint- 
Sulpice, qui le chargea d'un cours de 
dogme. Il fallut cependant qu'il se re- 
tirât de la société sulpicienne peu de 
temps après, ses études ayant grave- 
ment altéré sa santé. Il revint à Paris 
en octobre 1820, trop faible encore 
pour se livrer à un travail assidu, et 
accepta biplace d'aumônier de l'hos- 
pice des Enfants-Trouvés. Il publia, 
avec Laurentie et quelques autres 
amis, une feuille périodique, sous le 
titre de : France chréthmte. En 1821, 
Mgr Soyez, nouvel évoque de Luçon, 
diocèse dans lequel s'agitait la « petite 
Église » .persévérant dans son schisme, 
appela l'abbé Affre comme grand vi- 
caire. Denis Affre quitta Luçon en 1822 
et devint vicaire général de Mgr de 
Chabons, évêque d'Amiens. 11 y eut 
toute la charge de l'administration et 
lutta avec une victorieuse énergie 
contre des abus depuis longtemps en- 
racinés. Lorsque, en 1831 , leroi Louis- 
Philippe vint à Amiens, le grand vi- 
caire lui tint un discours libre et har- 
di. Plus tard il voulut se. retirer de 
l'administration, quand il fut nommé 
chanoine et vicaire général honoraire 
de Paris (1831). 

« En 1836,1'évêque de Strasbourg, 
Mgr Le Pape de Trévern, demanda 
Denis Affre comme coadjuteur. L-*, 
Gouvernement retarda celle nomina- 
tion jusqu'au 9 décembre 1839, mal- 
gré Jcs demandes réitérées dcl'évôque. 
Quelques jours après, L'archevêque de 
Paris, MgrdeQuélon, succomba à une 
longue maladie, et Denis Affre fut 
nommé, avec MM. Morel et Auger, vi- 
caire général capitulaire, et cinq mois 
plus tard archevêque de Paris. Il fut 
consacré dans la métropole de Notre- 
Dame le août 1810. 

« Le'nouvel archevêque s'occupa d'a- 
bord de réorganiser les études, dont 
il rédigea le plan selon ses vues. Il 






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créa les conférences ecclésiastiques et 
l'institution des hautes études, au- 
jourd'hui florissante, des Carmes. Il 
prit une part active à toutes les œu- 
vres de Êaenfeisance, visita fréquem- 
ment les hôpitaux, s'intéressa surtout 
à l'œuvre des orphelins du choléra. Sa 
fermeté politique est connue; il parla 
à plusieurs reprises, dans des ré- 
ceptions publiques, chez le roi, en fa- 
veur de la célébration du dimanche, 
de la liberté d'enseignement, se mit 
à la tête de l'épiscopat français dans 
le conflit élevé contre le monopole de 
l'éducation universitaire durant les an- 
nées 1843-1845, se prononça avec une 
grande vigueur contre l'intention 
qu'avait le Gouvernement de faire du 
Chapitre de Saint-Denis une pépinière 
de futurs évoques politiques, et fut 
cause de la ruine de ce projet. 

«Lorsqu'enjuinl8481aguerrecivile 
éclata dans Paris, l'archevêque reçut 
une lettre lui mandant qu'il pouvait 
mettre fin à l'effusion du sang s'il pa- 
raissait comme pacificateur entre les 
armées qui luttaient avec acharne- 
ment depuis trois jours. Le général 
Cavaignac rendit l'archevêque atten- 
tif aux dangers qu'une semblable ten- 
tative lui ferait courir. « Ma vie a peu 
de prix, reprit l'archevêque; je la sa- 
crifierai sans regret. » Ayant obtenu 
la cessation du feu, il parut sur la 
barricade qui s'élevait à l'entrée de 
la rue Saint-Antoine et voulut parler; 
mais, un coup de fusil s'étant fait en- 
tendre, les insurgés se crurent trahis, 
tirèrent sur la Garde mobile, qui ri- 
posta. Au même instant l'archevêque 
fut atteint d'une balle et tomba sur le 
trottoir. « Ne me vengez pas, mes 
amis, dit-il à ceux qui t'entouraient ; 
il 7 a eu assez de sang répandu ; puisse 
le mien être le dernier 1 » On le porta 
à l'hospice des Quinze-Vingts, ou il 
reçut les derniers sacrements avec 
une touchantepiété et un parfait aban- 
don. Lorsque le combat eut cessé, l'ar- 
chevêque fut porté sur un brancard 
dans sa demeure, oùil expira le 27 juin. 
Le 28, l'Assemblée constituante expri- 
ma publiquement sa reconnaissance 
et ses regrets. Pie IX pleura la mort 
de ce Denis, évêque de Paris, qui 
avait donné, comme celui d'autrefois, 
sa vie pour ses brebis. Le 7 juillet on 



AFR 



célébra solennellement les obsèques 
du prélat. 

« Denis Affre a laissé sept écrits 
dont nous citerons : Traité des Ap- 
pels comme d'abus; Traité de la Pro- 
priété des biens ecclésiastiques, 1837; 
Introduction philosophique à l'étude du 
Christianisme. L'Ami de la Religion 
recevait souvent des articles de lui. 
Conf. Henri de Riancey, Mgr Affre, 
archevêque de Paris, esquisse biogra- 
phique; l'abbé Cruïce (supérieur de 
l'école des Carmes), Vie de Denis- Au- 
guste Affre, archevêque de Paris; Bir 
bhographie catholique, décembre 1849. 
J.-B. Glaire, Voy. Nouvelle Biographie 
universelle, parDidot-Hœfer, 1. 1, 1832; 
Gams, Histoire ecclésiastique du dix- 
neuvième siècle, t. II. 

« On a élevé à l'évêque martyr, 
dans sa ville natale, un monument 
auquel l'évoque de Rodez a invité tous 
ses collègues dans épiscopat à prendre 
part. » Le Noin. 

AFRICAINS, AFRIQUE. On ne sait. 

pas certainement qui est celui des 
apôtres, ou de leurs disciples, qui a 
pn'ohé le premier la religion chré- 
tienne sur les côtes de l'Afrique. 
Quelques auteurs ont écrit que c'était 
Fapôtre saint Simon ; d'autres sou- 
tiennent que le christianisme ne s'est 
établi dans cette partie du monde 
que vers l'an 120 de notre ère. Il y 
avait fait en peu de temps de très- 
grands progrès, puisqu'au cinquième 
siècle on y comptait plus de quatre 
cents évoques. Les Vandales, qui pour 
lors se rendirent maîtres de l'Afri- 
que y établirent l'arianisme ; mais 
Us en furent chassés sous Justinicn, 
l'an 533. Dans le siècle suivant, les 
Sarrasins ou Arabes mahométans l'ont 
subjuguée, et en ont banni le chris- 
tianisme. Voyez Fabricius, Salut, lux. 
Evang., c. 44, p. 702. 

Pour comprendre jusqu'à quel 
point le christianisme avait changé 
le génie et le caractère des Africains, 
il n'y a qu'à comparer les mœurs 
des anciens Carthaginois et celles 
des Barbaresques d'aujourd'hui avec 
celles qui régnaient dans ce même 
climat du temps de Tertullien, de Saint 
Cyprien.de saint Augustin. Le même 
phénomène se voyait en Egypte, et 






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subsiste encore aujourd'hui, chez les 
Abyssins ; c'est Lien une preuve 
qu'il n'y a dans l'univers aucune con- 
trée où le christianisme ne puisse s'é- 
tablir et se conserver, et que la sain- 
teté de cette Religion peut.triompher 
dans tous les climats. 

A la vérité, lorsque l'on fait atten- 
tion à l'excès du rigorisme de Tertul- 
lien, à l'obstination avec laquelle les 
évêques & Afrique refusèrentpendant 
longtemps de reconnaître comme va- 
lide le baptême donné par les héréti- 
ques, aux fureurs atroces des dona- 
tistes et de leurs circoncellions, aux 
mœurs de la plupart de leurs évèques, 
à la dureté avec laquelle s'expriment 
plusieurs conciles de ce pays-là, on 
■voit qu'en général le caractère africain 
ne gardait point de mesure, et donnait 
presque toujoursdans l'excès. Salvien, 
de Provid., 1. 8, n. 2 et suiv., fait des 
mœurs de cette partie du monde un 
affreux tableau ; il soutient que l'ir- 
ruption des Vandales est une juste 
punition des crimes des Africains. On 
est tenté de croire que, pour conser- 
ver longtemps le christianisme dans 
ce pays-là, il fallait un miracle aussi 
grand que celui que Dieu avait fait 
pour l'y établir. Cependant il y a 
subsisté pendant près de six cents 
ans, en y comprenant le siècle entier 
pendant lequel l'arianisme des Van- 
dales y a dominé ; notre Religion n'y 
a été entièrement détruite qu'en l'an 
709, lorsque les mahométans, pour 
achever la conquête de ['Afrique, pas- 
sèrent tous les chrétiens au fil de )'é- 
pée. Hist. de l'Acad. des Inscript., 
t. 10,w/-12,p. 206. 

Aujourd'hui même une très-grande 
partie de l'Afrique serait chrétienne, 
s'il était possible de vaincre plusieurs 
obstacles qui s'opposent au succès 
des missions. 1° Dans plusieurs con- 
trées de ce vaste continent le climat est 
meurtrier pour les Européens ; plu- 
sieurs des tentatives que l'on a faites 
pour y établir des missions, n'ont 
abouti qu'à faire périr les mission- 
naires ; comme à Madagascar, au 
Congo, à Loango dans la Guinée, etc. 
11 faudrait des naturels du pays pour 
jr établir solidement la Religion chré- 
tienne. 2° Les relations que les mis- 
sionnaires européens sont forcés d'en- 



tretenir avec la nation qui les protège, 
les rendent suspects aux Africains, 
qui redoutent beaucoup le génie con- 
quérant, l'ambition, la rapacité et le 
tonimpérieux desnations de l'Europe. 
3° La politique détestable de celles- 
ci les a souvent portées à croiser le 
succès des missions ; parce que si les 
Africains embrassaient le christia- 
nisme, ils ne vendraient plus leurs 
compatriotes, et l'on n'aurait plus de 
nègres pour cultiver les colonies de 
l'Amérique. 4° Le caractère de la plu- 
part de ces peuples méridionaux est 
extrêmement léger, et à peu près 
semblable à celui des enfants ; ils 
sont très-sensibles au moindre intérêt 
temporel ; ils renoncent à la Reli- 
gion aussi aisément qu'ils l'embras- 
sent, dès qu'ils y trouvent le moindre 
avantage. Etat présent de la Religion, 
etc., pag. 222 et suiv. 

Mosheim, qui n'a négligé aucune 
occasion de déprimer les travaux et 
les succès des missionnaires catholi- 
ques, a cependant été forcé de rendre 
justice au zèle héroïque avec lequel 
les capucins se sont livrés aux missions 
de V Afrique. Hist. eccl., xvu c siècle, 
sect. l re , § 18. Behgier. 

AFRIQUE (Conciles d'). (Théol. hist. 
concil.). — Ces conciles sont en géné- 
ral peu avérés et encore moins connus ; 
il y en a pourtant qui le sont assez 
pour que l'on sache les points qui y 
furent traités; ce furent principale- 
ment l'hérésie pélagienne, la contro- 
verse donatiste et celle du baptême 
des hérétiques. Saint Augustin fut 
l'âme de presque tous ces conciles 
dont voici la liste avec la date et le 
nom du souverain pontife sous lequel 
ils eurent lieu ; 

Conciles. Années. Papes. 

Afrique 217 Zéphirin. 

Carth. 1 254 Cornélius. 

Carth. II 233 Cornélius. 

Afr. I 257 Etienne. 

Afr.II;Carth.I,II,III 238 Etienne. 

Carth. I 300 Marcel I". 

Carth. II 308 Marcel I". 

Carth. I 348 Jules I". 

Carth. II et III 397 Sirice. 

Carth. IV et V 398 Anastasel" 

Afr. I 399 Anastase I er 







AGI 76 

Conciles. Années. Papes. 

Afr. II et III 40 1 Anastase I" 

Afr. I : 403 Innocent I" 

Afr. II 404 Innocent I or 

Afr. III et IV 405 Innocent!" 

Afr. V et VI 408 InnocentI" 

Afr. VII 409 Innocent I ' 

Afr. VIII 410 Innocent I" 

Conciliai), afr. des 

Donatistes 414 InnocentI ' 

Afr. Boniface I . . . . 418 Zosime. 

Carth. VI 419 Zosime. 

Carth. VII 419 Célestin. 

Afr 424 Célestin. 

Afr 535 Jean II. 

Afr 640 Théodore. 

Le Noir. 

AGAG, roi des Amalécites. Saùl, 
vainqueur de ce roi, l'avait épargné 
contre l'ordre exprès du Seigneur; 
Samuel indigné le mit à mort devant 
le tabernacle. I Rcg., c. 15, ^ 33. 
On reproche à Samuel ce meurtre, 
non-seulement comme un acte de 
cruauté, mais comme un sacrifice de 
sang humain offert à Dieu. 

Il n'était point là question de sacri- 
fice, mais d'exécuter l'ordre de Dieu, 
et de traiter un ennemi dans toute la 
rigueur du droit de la guerre, tel 
qu'il était connu et suivi pour lors. 
Loin d'agir par un motif de cruauté, 
Samuel veut punir Agag de ses 
cruautés. « De même, lui dit-il, que 
» ton épée a privé les mères de leurs 
» enfants, ainsi ta mère sera privée de 
» toi. Saùl lui-même reconnut qu'il 
avait eu tort d'épargner Agag. Ibid., 

Mais les incrédules forment contre 
Samuel une accusation plus grave, 
c'est d'avoir élé la cause de cette 
guerre : rien ne leur parait plus in- 
juste que d'avoir engagé Saùl à ex- 
terminer entièrement les Amalécites, 
sous pré texte que, quatre cents ans au- 
paravant, leurs ancêtres avaient refusé 
aux Israélites, sortant de l'Egypte, le 
passage sur leurs terres. 

Est-ce là véritablement tout le crime 
des Amalécites ? Non-seulement ils 
avaient refusé le passage, mais ils 
étaient tombés sur ceux des Israélites 
qui étaient restés en arrière, épuisés 
de faim et de fatigues, et les avaient 
massacrés sans îaison et sans crainte 



AGÀ 

de Dieu. Voilà pourquoi Dieu donna 
aux Israélites l'ordre suivant : « Lors- 
» que le Seigneur vous aura donné le 
» repos dans la terre qu'il vous a pro- 
» mise, vous exterminerez de dessous 
» le ciel le nomd'Amalec. » Deuter., c. 
25, ^ 17. Ce même ordre avait déjà 
été donné au moment que les Ama- 
lécites vinrent attaquer les Israélites. 
Exod., c. 17, y 8 et 14. Sous les juges, 
ils se joignirent deux fois aux Moabites 
et aux Madianites, pour mettre les 
possessions des Israélites à feu et à 
sang. Jud., c. 4, Jf 13; c. 6, ^ 3. 
Ils avaient donc mérité la vengeance 
qui fut exercée contre eux, et Samuel 
était bien fondé, à demander que l'or- 
dre du Seigneur fût exécuté à la ri- 
gueur. 

Mais pourquoi, disent nos censeurs, 
exterminer non-seulement les hom- 
mes, mais les animaux ? Parce que 
Dieu l'avait ainsi ordonné ; parce que 
les Amalécites avaient agi de même 
envers les Israélites, Jud., c. 6, ^4; 
parce qu'en épargnant le bétail, les 
Israélites auraient paru agir par cu- 
pidité, et non par obéissance à l'ordre 
de Dieu. Bergieh. 

AGAPES, du grec iy&ny, amour : 
repas de charité que faisaient entre 
eux les premiers chrétiens dans leurs 
assemblées, pour cimenter la concorde 
et l'union entre les membres du même 
corps, et pour rétablir du moins aa 
pied des autels la fraternité détruite 
dans la société civile par la trop grande 
inégalité des conditions. 

Dans les commencements ces agapes 
se passaient sans désordre et sans 
scandale ; il le parait parce que saint 
Paul en écrivit aux Corinthiens, Epist. 
I, c. 11. Les païens, qui n'en connais- 
saient ni la police ni la fin, en prirent 
occasion de faire aux premiers fidèles 
les reproches les plus odieux. On les 
accusa d'égorger des enfants, d'en 
manger la chair, de se livrer dans 
les ténèbres à l'impudicité ; le peuple 
crédule ajouta foi à ces calomnies. 
Mais Pline, après des informations 
exactes, en rendit compte à Trajan, 
et assura que, dans les agapes, tout 
respirait l'innocence et la frugalité. 

L'empereur Julien, quoique ennemi 
déclaré des chrétiens, convenait que 



AGA 



77 



leur charité envers les pauvres, leurs 
agapes, le soin que leurs prêtres pre- 
naient des misérables, étaient un des 
principaux attraits par lesquels Usen- 
gagaient les païens à embrasser leur 
religion. GEuv. de Julien, édit. de Spart- 
h iul, p.30o. 

Les pasteure, pour bannir toute 
ombre de licence, défendirent que le 
baiser de paix par lequel s'unissait 
l'assemblée, se donnât entre les per- 
sonnes de sexe différent, et qu'on 
dressât des lits dans les églises pour 
y manger plus commodément ; mais 
divers autres abus engagèrent insen- 
siblement à supprimer les agapes. 
Saint Ambroise y travailla si efficace- 
ment, que dans l'Eglise de Milan, l'u- 
sage en cessa entièrement. Dans celle 
d'Afrique, il ne subsista plus qu'en 
faveur des clercs, et pour exercer l'hos- 
pitalité envers les étrangers ; mais ce 
ne fut pas sans peine que saint Au- 
gustin vint à bout de faire supprimer 
à Hippone cette coutume de manger 
dans l'église, abus qui avait été dé- 
fendu par le concile de Laodicée, 
can. 18 ; il fut obligé de prendre toutes 
les précautions et d'user de tous les 
ménagements possibles. Mena, de Til- 
Icm-, tom. 13, pag. 206. 

Il y a eu entre les savants plusieurs 
constestations pour savoir si la com- 
munion de l'eucharistie se faisait 
avant ou après le repas des agapes; 
il parait que dans l'origine elle se fai- 
sait après, afin d'imiter plus exacte- 
ment l'action de Jésus-Christ, qui 
n'institua l'eucharistie et ne commu- 
nia ses apôtres qu'après la cène qu'il 
venait de faire avec eux. Cependant 
l'on comprit bientôt qu'il était mieux 
de recevoir l'eucharistie à jeun, et il 
parait que cet usage s'établit dès le 
second siècle ; mais le troisième con- 
cile de Carthage, en l'ordonnant ain- 
si, excepta le jour du jeudi saint, au- 
quel on continua de faire les agapes 
avant la communion. L'on en conclut 
que la discipline, sur ce point, ne fut 
pas d'abord uniforme partout. Biiig- 
iiam, Orig. Eccles.,\. la, c. 7, §7. 

Quelques écrivains prétendent que 
ces agapes étaient une coutume em- 
pruntée du paganisme ; c'était un des 
reproches de Fauste le manichéen. 
Ils ne font pas attention que les 



AGA 

Juifs étaient dans l'usage de manger 
des victimes qu'ils immolaient au 
vrai Dieu, et qu'en ces occasions ils 
rassemblaient leurs parents et leurs 
amis. Le christianisme, qui avait pris 
naissance parmi eux, en prit cette 
coutume, indifférente en elle-même, 
mais bonne et louable par le motif 
qui la dirigeait. Les premiers fidèles, 
d'abord en petit nombre, se considé- 
raient comme une famille de frères, 
vivaient en commun : l'esprit de cha- 
rité institua ces repas, où régnait la 
tempérance; multipliés par la suite, 
ils voulurent conserver cet usage des 
premiers temps; les abus s'y glis- 
sèrent, et l'Eglise fut obligée de l'in- 
terdire. 

Saint Grégoire le Grand permit aux 
Anglais nouvellement convertis de 
faire des festins sous des tentes ou des 
feuillages, au jour de la dédicace de 
leurs églises ou des fêles des martyrs, 
auprès des églises mais non pas dans 
leur enceinte. On rencontre aussi 
quelques traces des agapes dans l'u- 
sage où sont plusieurs églises cathé- 
drales ou collégiales de faire, le jeu- 
di saint, après le lavement des pieds 
et celui des autels, une collation dans 
le chapitre, le vestiaire et même dans 
l'église. St. Grég., Ep. 71, 1. 9; Baro- 
nius, ad ann. 57, 377, 384; Fleury, 
Hist. eccles., t. 1, p. 64, 1. I. 

Beugier. 

AGAPÈTES. C'étaient, dans la pri- 
mitive Eglise, des vierges qui vivaient 
en communauté, et qui servaient les 
ecclésiastiques par pur motif de piété 
et de charité. 

Ce mot signifie bien-aiméc, et, 
comme le précédent, il est dérivé du 
grec. 

Dans la première ferveur de l'Eglise 
naissante, ces pieuses sociétés, loin 
d'avoir rien de criminel, étaient né- 
cessaires à bien des égards. Le petit 
nombre de vierges qui faisaient, avec 
la mère du Sauveur, partie de l'Eglise 
et dont la plupart étaient parenteo de 
Jésus-Christ ou de ses apôtres, ont 
vécu en commun avec eux comme 
avec tous les autres fidèles. Il en fut 
de même de celles que quelques apô- 
tres prirent avec eux en allant prê- 
cher l'Evangile aux nations ; outre 



I 




■ 






AGA 



78 



AGA 





qu'elles étaient probablement leurs 
proches parentes, et d'ailleurs d'un 
âge et d'une vertu hors de tout soup- 
çon, ils ne les retinrent auprès de leurs 
personnes que pour le seul intérêt 
de l'Evangile, afin de pouvoir par 
leur moyen, comme dit saint Clément 
d'Alexandrie, introduire la foi dans 
certaines maisons, dont l'accès n'était 
permis qu'aux femmes. On sait que 
chez les Grecs leur appartement était 
séparé, et qu'elles avaient rarement 
communication avec les hommes du 
dehors. On peut dire la même chose 
des vierg.es dont le père était promu 
aux ordres sacrés, comme des quatre 
filles de saint Philippe, diacre, et de 
plusieurs autres. Mais, hors de ces 
cas privilégiés et de nécessité, il ne 
paraît pas que l'Eglise ait jamais souf- 
fert que des vierges, sous quelque 
prétexte que ce fût, vécussent avec des 
ecclésiastiques autres que leurs plus 
proches parents. On voit par ses plus 
anciens monuments qu'elle a toujours 
interdit ces sortes de sociétés. Tertul- 
lien, dans son livre sur le Voile des 
vierges, peint leur état comme un en- 
gagement indispensable à vivre éloi- 
gnées des regards des hommes; à plus 
lorte raison, à fuir toute cohabitation 
avec eux. Saint Cyprien, dans une de 
ses Epitres, assure aux vierges de son 
temps, que l'Eglise ne pouvait souf- 
frir non-seulement qu'on les vît loger 
sous le même toit avec des hommes, 
mais encore manger à la même table : 
le même saint évêque instruit qu'un 
de ses collègues venait d'excommu- 
nier un diacre pour avoir logé plu- 
sieurs fois avec une vierge, félicite ce 
prélat de cette action comme d'un trait 
digne de la prudence et de la fermeté 
épiscopale; enfin les Pères du concile 
de Nicée défendent expressément à 
tous les ecclésiastiques d'avoir chez 
eux de ces femmes qu'on appelait sub- 
introductx, si ce n'était leur mère, 
leur sœur, ou leur tante paternelle, à 
l'égard desquelles, disent-ils, ce serait 
une horreur de penser que des minis- 
tres du Seigneur fussent capables de 
violer les droits de la nature. 

Par cette doctrine des Pères, et par 
les précautions prises par le concile 
de Nicée, il est probable que la fré- 
quentation des agapètes et des ecclé- 






siastiques avait occasionné des désor- 
dres et des scandales. C'est ce que 
semble insinuer saint Jérôme, quand 
il demande avec une sorte d'indigna- f 
tion : TJndé agapetarurn pestis in Ec- 
clesiam introivit? C'est à cette même 
fin que saint Jean Chrysostome, après 
sa promotion au siège de Constanti- 
nople, écrivit deux petits traités sur 
le danger de ces sociétés; et enfin le 
concile général de Latran sous Inno- 
cent II, en 1 1 39, les abolit entièrement. 

Les protestants et tous ceux qui ont 
écrit contre le célibat des clercs, ont 
fait grand bruit des scandales qui na- 
quirent de la fréquentation des aga- 
pètes avec les ecclésiastiques ; il 
semble, à les entendre, que cet abus 
était très-commun, que les lois de 
l'Eglise ne furent pas suffisantes pour 
le déraciner, et qu'il fallutpourcela re- 
courir à l'autorité des empereurs; ils 
ont^ répété vingt fois le mot de saint 
Jérôme que nous venons de citer. 

C'est ainsi que, par des exagéra- 
tions ridicules, on trompe les lecteurs. 
1° Ces déelamateurs ne font pas at- 
tention que la fréquentation dont 
nous parlons avait lieu avant qu'il y 
eût une loi générale du célibat pour 
les ecclésiastiques; cette loi ne fut pas 
même portée dans le concile de Nicée, 
qui défendit aux clercs promus aux or- 
dres sacrés de retenir chez eux des 
personnes qui ne fussent pas leurs 
proches parentes ; ce n'est donc pas 
la loi du célibat qui donna lieu à leur 
soeiété avec les agapètes, ou femmes 
sous-introduites. 2° Tous les exemples 
que l'on a pu citer de ce scandale se 
réduisent à deux ou trois, à celui de 
Paul de Samosate qui retenait chez 
lui deux jeunes personnes, et ce fut 
une des causes de sa déposition; et à 
deux diacres dont parle saint Cyprien 
dans ses lettres, et qui furent excom- 
muniés par leur évèque. Ces châti- 
ments exemplaires n'étaient pas fort 
propres à persuader aux clercs qu'ils 
pouvaient être scandaleux impuné- 
ment. Les autres scandales que saint 
Cyprien reprochait à des vierges ne 
regardaient pas les ecclésiastiques; du 
moins il n'y a rien dans ses expres- 
sions qui le témoigne. 3° Quand il 
ne serait arrivé dans toute l'Eglise àca 
sujet qu'un seul scandale danscin- 



AGA 



79 



AGA 



quante ans, c'en a été assez pour don- 
ner lieu aux lois qui ont été faites 
"50urle prévenir, soit parles conciles, 
joit par les empereurs ; et il ne s'en- 
suit point pour cela que le désordre 
ait été commun. Ne sait-on pas que 
le moindre soupçon formé contre la 
conduite d'un ecclésiastique connu, 
suffit pour exciter une grande rumeur 
et faire parler tout le monde? 4° Lors- 
que saint Jérôme s'est élevé contre 
les liérétiques et leur a reproché leurs 
désordres, nos adversaires le regar- 
dent comme un déclauialeur, et lui 
refusent toute croyance; ici, parce 
qu'il tonne contre les ecclésiastiques 
de son temps, ils argumentent sur ses 
expressions comme sur des paroles 
sacramentelles. Et voilà comme les 
protestants et les incrédules, leurs 
élèves, ont traité l'histoire ecclésias- 
tique ; un seul fait désavantageux au 
clergé, qu'ils peuvent citer, est pour 
eux un triomphe ; vingt exemples de 
vertu ne leur paraissent mériter au- 
cune attention. 

Le nom d'agapétes fut encore don- 
né, vers l'an 3f>3, à une secte de gnos- 
tiques qui était principalement com- 
posée de femmes. Celles-ci s'atta- 
chaient les jeunes gens, en leur ensei- 
gnant qu'il n'y avait rien d'impur pour 
les consciences pures. Une de leurs 
maximes a était de jurer et de se 
» parjurer sans scrupule, plutôt que 
» de révéler les secrets de la secte. 
» On a vu régner le même esprit par- 
» mi tous les hérétiques débauchés. 
Saint Aug., Hier. 70. 

Il ne faut pas confondre les aga- 
pètes avec les diaconesses. Voyez Dia- 
conesse. 

Beegier. 

AGAPET. (Théol. hùt. pap.) — 
Deux papes ont porté ce nom. 

AGAPET I, romain de naissance, fut 
élu pape en 533. L'Italie était encore 
entre les mains des Ostrogoths ; mais 
leur domination penchait vers son 
déclin ; le faible Théodat, cherchant 
à sauversa couronne, même aux con- 
ditions les plus désavantageuses, 
parvint à décider, par l'entremise du 
sénat de Rome, le Pape Agapet à faire 
un voyage à Constantinople, pour 
obtenir de Justinien la prolongation de 



la paix entre l'empereur et les Goths. 
« Agapet, dit M. Fritz (1), accom- 
pagné de cinq évêq'ues et de plusieurs 
autres ecclésiastiques, se rendit en 
effet à Constantinople, après avoir 
fait mettre en gage les vases sacrés de 
l'église Saint-Pierre, afin de payer les 
frais de son voyage. Justinien avait 
envoyé plusieurs évoques et hauts 
fonctionn aires de la cour au-devant du 
Pape, pour le recevoir avec les hon- 
neurs dus à son éminente dignité; 
toutefois , dès la première entrevue, il 
avait nettement déclaré qu'il n'entre 
rait dans aucune espèce de négocia- 
tion. Dès lors le Pape n'eut plus à 
traiter que des intérêts sacrés de la 
religion en général et de ceux de l'É- 
glise d'Orient en particulier. L'Euty- 
chien Anlhirue avait été, contre toute 
espèce de droit ecclésiastique, tran- 
sféré du siège de Trapésonte (Tré- 
bizonde) à celui de Constantino- 
ple; Justinien et plus encore sa 
femme pressaient instamment le Pape 
de recevoir Anthime dans la commu- 
nion de l'Église. Agapet ne s'y montra 
disposé que sous la condition qu'An- 
thime renoncerait à son erreur et 
retournerait à son Église épiscopale 
de Trapésonte. Ni les promesses de 
Théodora ni les menaces de Justi- 
nii'unepurentl'ébranler: «Je croyais, 
dit-il ouvertement, me trouver de- 
vant un empereur chrétien ;je vois que 
je suis en présence de Dioclétien. » 
Ce langage hardi produisit son effet; 
l'empereur céda, et comme Anthime, 
espérant des temps meilleurs pour 
lui, ditl'érait de renoncer à sa dignité 
patriarcale et de renier son erreur, un 
concile réuni par les soins d'Agapet 
élut Menas, aussi remarquable par 
son savoir que par sa piété ; il fut sacré 
évêqueparle Pape lui-même et placé 
sur le siège de Constantinople. 

Agapet mourut au moment où il 
commençait une enquête contre dif- 
férents évêques entachés d'Eutychia- 
nisme, à Constantinople même, 530. » 

AGAPET II, également né à Rome, 
fut élu Pape en 946. « Le dixième 
siècle, dit le même biographe, est, on 
le sait, un des plus décriés dans l'his- 



0) Encycl. thcol. calh., trad. de l'allom. par 
Gowhler. 



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AGA 



80 



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toire. L'élat politique et religieux de 
l'Italie était profondément alléré, et 
le Saint-Siège gémissait dans l'abais- 
sement le plus déplorable, sous la 
domination honteuse des femmes, 
maîtresses de Rome et particulière- 
ment sous celle d^ Marozia. Il est dou- 
blement consolant, dans des temps 
si malheureux, de voir apparaître des 
hommes qui rendent un énergique 
témoignage à la vérité et à la justice, 
el qui cherchent à ramener et à di- 
rlgi rieurs contemporains dans la voie 
du bien. Agapet II fut un de ces 
hommes. Béranger, marquis d'Ivrée, 
luttait depuis longtemps contre Hu- 
gues , roi d'Italie et d'Arles, et contre 
son fils et successeur Lothaire, lors- 
que le Pape crut de son devoir d'a- 
paiser les différends de ces princes; 
m lis il eut si peu de succès que 
Béranger empoisonna Lothaire, et 
réduisit en captivité sa veuve Adélaïde 
qui refusait d'épouser Adalbert fils 
de Béranger. Toutefois, ce qu' Aga- 
pet avait vainement tenté fut accom- 
pli parOthonle Grand, que le Pape 
avait appelé d'Allemagne. Mais ce 
Pipe prit plus à cœur encore d'a- 
paiser un différend religieux qui s'é- 
tait élevé tant en France qu'en Alle- 
magne. En 92o, Herbert, comte de 
Wrmandois, avait fait installer son 
fils Hugues, enfant de cinq ans, sur 
le siège archiépiscopal de Reims, ce 
que le trop fameux Pape Jean X avait 
toléré. Lorsque, six ans plus tard, le 
roi Rodolphe eut vaincu Herbert et 
conquis Reims, il fit élire le moine 
Artold, et Jean XI, quoique Hugues 
■vécût encore, ne manqua pas de re- 
connaître cette élection. Dès lors com- 
mença une longue et violente lutte 
entre Hugues et Artold, et, comme 
la victoire ne restait pas toujours du 
même côté, il advint que Hugues et 
Artold prirent alternativement pos- 
session du siège de Reims. Cependant 
Artold se décida à supplier le Pape de 
convoquer un concile national, qu'A- 
gapet réunit en effet à Ingelheim, 

Eres du Rhin. Othon le Grand et 
ouis, roi de France, s'y rendirent, 
et le concile se prononça en faveur 
• d' Artold. Hugues fut excommunié et 
les décisions du concile furent con- 
firmées par le Pape. — Les deux 



AGA 

archevêques de Lorch et de Sulzbour" 
se disputaient la prérogative de mé- 
tropolitain. Agapet décida que Lorch, 
ayant été le siège d'un archevêché 
avant l'invasion des Huns, continue- 
rait à jouir de cette prérogative, 
maintenant que la paix lui était ren- 
due, et qu'ainsi l'archevêché de Lorch 
comprendrait dans sa province ecclé- 
siastique la Pannonie orientale, avec 
le pays des Avares, des Moraves et 
des Slaves, tandis que l'archevêché 
de Salzbourg embrasserait la Pan- 
nonie occidentale. » (1) Agapet II 
mourut en 9o6, après un règne glo- 
rieux de dix années. Le Noir. 

AGASSIZ (Louis.) (Théol. hisL liog. 
et lioliog.) — Ce célèbre naturaliste 
suisse, devenu américain, est né en 
1807, à Orbe dans le canton de Vaud, 
d'un ministre protestant. Il s'est im- 
mortalisé par beaucoup d'ouvrages 
d'histoire naturelle et de paléontolo- 
gie, dans lesquels, ne faisant point du 
concession au positivisme matérialiste 
et athée de notre âge, il sait admi- 
rer et faire admirer la sagesse pro- 
fonde des plans du créateur. Dans un 
de ses derniers ouvrages : de l'espèce 
et de la classification en zoologie, Pa- 
ris 1869, in-8°, traduit par "Vugcli et 
revu par l'auteur, il pose cette ques- 
tion : « des forces aveugles suffisent- 
elles pour rendre compte de l'appari- 
tion de la vie sur la terre? » et il 
la résout négativement. La classifi- 
cation n'est point arbitraire ; elle n'est 
encore qu'imparfaitement connue ; 
de plus en plus on la pénètre, peut- 
être parviendrait-on à la connaître 
parfaitement, etplus on la connaîtra, 
plus on admirera la sagesse de celui 
qui l'a conçue; elle est le résultat 
d'une combinaison profonde, elle ne 
peut être autre chose (chap. i, § 1 et 
chap. n) ; il y a quatre types auxquels 
tout se rattache, les vertébrés, les 
articulés, les mollusques et les rayon- 
nés ; parmi les infusoires, les uns ap- 
partiennent aux rayonnes, les autres 
aux mollusques ; mais il y a évidem- 
ment dans cette classification, qui 
est donnée par la nature et qui n'est 
point un jeu de notre esprit, choix 

(1) lbid. 



AGA 81 

libre de la part du créateur; et les 
types ont été tellement fixés par lui 
que les milieux et les temps n'y ont 
rien changé ; les quatre types sont 
restés types ; il y a là une volonté de 
la cause première qui s'exécute, et que 
nous, observateurs, sommesforcés de 
reconnaître. Ces créations d'ailleurs, 
n'ont pa» été toutes, d'après Agassiz, 
simultanées, comme le veut M. Flou- 
rensjmais la succession des créations, 
dans l'ordre de la vie, n'a pu résulter, 
comme le prétend Darwin, de perfec- 
tionnements héréditaires; point de 
type primitif unique, mais quatre 
ayant apparu simultanément, en ce 
sens, qu'il y a eu, dès l'origine, des 
individus de ces quatre types; 
quant aux classes, deux d'entre elles, 
les acalèphes et les insectes, n'ont 
apparuque plus tard ; toutes les autres 
avaient eu des représentants dès le 
commencement; or les unes n'ont pas 
pu engendrer les autres ; comment, 
par exemple, les inférieures subsé- 
quentes (acalèphes et insectes) au- 
raient-elles pu venir des supérieures? 
tout cela se déduit rigoureusement, 
d'après Agassiz, de l'état présent de 
la science d'observation, l'hypothèse 
de Darwin et la classification de Hœc- 
kel fondée sur cette hypothèse, sont, 
dit-il, en contradiction avec cette 
science certaine; et, quanta l'homme, 
il ne peut être venu d'aucun animal, 
d'aucun au motus de ceux qui exis- 
tent, à cause surtout de ses facultés 
morales; car ce naturaliste, qui res- 
tera probablement le premier de 
notre temps, fait presque exception au 
milieu des autres qui négligent, dans 
l'homme, la partie psychologique. 

Telles sont les principales idées 
que développe et soutient M. Agassiz 
dans cet ouvrage récent ; on y retrouve 
la proclamation des causes finales, et 
l'aveu formel du savant, que plus son 
observation de la nature vivante est 
approfondie, plus elle lui montre de 
signes incontestables de plans in- 
telligents. C'est le cas de lui appliquer 
la parole de Bacon : « La science lé- 
gère peut mener à l'athéisme, la 
science profonde et sérieuse ramène 
l'homme à Dieu. » 

Les principaux ouvrages d' Agassiz 
eont une Histoire naturelle despoissons 
I. 



AGA 



d'eau douce de l'Europe centrale, Neuf- 
châtel, 1839,avecpl. etlégendes expli- 
catives en français, anglais et alle- 
mand ; Recherches sur lespoissons fossi- 
les, 15 vol. grand. in-8° et 400 pi. in- 
folio, Neufchâtel 1 833 à 41 ; Description 
des échinodermes fossiles de la Suisse; 
Monographie d' échinodermes vivants et 
fossiles; Études critiques sur les mol- 
lusques fossiles; Mémoire sur les mon- 
des de mollusques ; Monographie des 
poissons fossiles du vieux grés rouge. 

Mais surtout les suivants : Études 
sur les glaciers, Neufchâtel, 1840; JVou- 
velles études sur les glaciers, avec at- 
las, 1847, — M. Agassiz explique dans 
cet ouvrage le transport des blocs erra- 
tiques (v. ce mot), par le déplacement 
d'énormes monceaux de glace, dont 
il rattache la formation à l'hypothèse 
d'un refroidissement subit et total du 
globe qui aurait précédé immédiate- 
ment la période actuelle de la créa- 
tion. C'est de là qu'est venue ce qu'on 
a appelé la période glacière. Il passa 
de longues années à explorer les Al- 
pes pour vérifier sa théorie — ; une 
Zoologie générale, et esquisses générales 
de zoologie contenant la structure, le 
développement, laclassification, etc., de 
tous les types d'animaux vivants et 
détruits, p. MM. Agassiz, A. Gould et 
Max. Perty, Stuttgard, 1854 et années 
suivantes ; enfin une Bibliograpltie zoo- 
logique, Londres, 5vol. in-8°,enanglais. 

M. Agassiz quitta en 1840 la Suisse et 
l'Europe pour aller prendre, en Amé- 
rique, possession d'une chaire à New- 
Cambridge près Boston. Le Nom, ■ 

AGATHON (S). (Théol. hist. pop.) — 
Ce pape ne régna que trois ans et demi, 
de 078 à 681 ; mais ce fut sous son 
règne que l'empereur Constantin Po- 
gonète, de concert avec le Saint-Siège, 
convoqua contre les monothélitesle 6" 
concile œcuménique de Constantino- 
ple. Et ce fut dans ce concile que fut 
déclaré le dogme des deux natures et 
des deux volontés, la divine et l'hu- 
maine, en Jésus-Christ. Jusqu'à cette 
époque l'usage était que la ville de 
Rome envoyât 300 solidi à l'empereur 
de Constantinople pour la contirma- 
tionde chaque nouvelle élection papa- 
le ; Agathon obtint de Constantin qu'il 
y renonçât. Le Nom. 

6 







9^1 



m 





AGE 8 

AGED'ORETAGEDEFER. {Tkêol. 
mixt. philos, et scien.) — V. adam et 
evë, etc. 

AGE DE LA PIERRE, DU BRONZE, 
DU FER, DU RENNE, DES GLACES. 
(Théol. mixt. scien. anthropol.) — 
V. Ages paléontologiques de l'es- 
pèce EUMAINE. 

AGES. ( Théol. mixt. philos, scien.) 
— Tous les êtres créés portent avec 
eux une marque inamissible de leur 
origine par création, marque dont 
l'être éternel tout seul est exempt : 
ce sont les tiges par lesquels ils pas- 
sent et qui constituent leur dévelop- 
pement lui-même, disons plutôt l'es- 
sentialité de leur existence. Celui qui 
n'a pas de commencement ne sau- 
rait partir d'un premier terme pour 
compter ses jours, ses années, ses 
siècles ; il n'y a ,pour lui ni siècles, ni 
années, ni jours, il est, c'est tout ce 
qu'on en peut dire, et c'est tout ce 
qu'il dit de lui-même : ego sum qui 
sum. Mais il en est autrement de la 
créature ; quelque .parfaite qu'elle 
soit, il y a entre elle et le créateur 
une infranchissable distance qui con- 
siste précisément en ce que l'existen- 
ce d'un point de départ, duquel elle 
partira pour se juger elle-même plus 
jeune ou plus vieille, lui soit essen- 
tielle. De là les âges. 

Comme nous sommes sans cesse 
plongés dans un ensemble de choses 
créées et dans un ensemble qui 
est le nôtre, nous assimilons aux 
développements de cet ensemble hu- 
main, les autres développements ; 
nous rapportons tout à nous, et c'est 
ce qui explique pourquoi on retrouve 
dans toutes les traditions et dans tous 
les livres les plus antiques, la divi- 
sion des âges du monde, des âges de 
laiterre, et des âges de tous les êtres 
organiques et inorganiques, organi- 
ques surtout, qui se développent sur 
la terre, à commencer par l'homme, 
■en quatre âges, correspondant aux 
■quatre saisons, lesquelles ne sont 
pourtant, sous l'équateur, que deux 
étés et deux printemps. Nous croyons 
que cette division n'est fondée que sur 
les apparences, et qu'en réulité il n'y 
a que trois âges, qui sont l'enfance, 



! AGE 

la jeunesse et l'âge mur. Il n'y a point 
de vieillesse à. propremeut parler; il 
n'y a qu'une mort apparente, un 
sommeil qui nous fait passer d'un 
état dans un autre état. 

Mais laissons le développement de 
cette idée pour d'autres articles qui 
viendront en leur lieu, par exemple 

au mot TRINITÉ DANS LA CRÉATURE, et 

commençons seulement à en faire 
une application à la division de l'u- 
nivers et aux grandes phases de son 
évolution. 

L'univers se présente à nous sous 
trois grandes catégories: 1° le cosmos, 
avec ses corps immenses dont nous 
apercevons quelques-uns dans les 
étoiles et dont fait partie le soleil qui 
nous chauffe avec tout son monde de 
planètes ; 2° la terre même que nous 
habitons; 3° l'espèce principale qui 
se développe sur la terre, l'homme. 

Or chacune de ces trois catégories 
d'êtres créés a ses trois âges ; il y a 
les trois âges cosmologiques du monde 
des astres ; il y a les trois âges géologi- 
ques du globe terrestre; il y a les trois 
âges paléontologiques de l'espèce hu- 
maine sur ce globe. 

Nous allons faire trois grands arti- 
cles successifs soi' ce triple objet, ju- 
geant plus utile et plus intéressant 
pour le lecteur de les lui présenter 
à la suite les uns des autres, et se 
complétant les uns par les autres de 
manière à former trois ensembles, 
qui soient pour lui équivalents à trois 
traités inséparables : le premier de 
cosmologie biblieo-scientifique, le second 
de géologie biblieo-scientifique, le troi- 
sième d'anthropologie paléontologique 
biblieo-scientifique. Le Noir. 

AGES (les trois) COSMOLOGIQUES, 

OU LES TROIS JOURS DE LA COSMOLOGIE 
BIBLIQUE DEVANT LA COSMOLOGIE SCIEN- 
TIFIQUE moderne. (Théol. mixt. scien. 
cosmol.) 

Le trop fameux Proudhon — je dis 
trop fameux, parce qu'il n'a que trop 
réussi à pousser les classes lettrées 
qui le comprennent à -demi, et les 
classes illettrées qui ne le compren- 
nent pas du tout, dans la voie des 
philosophies positivistes qui ne veu- 
lent s'occuper que de ce qui frappe 
les sens, — a écrit, dans songrand ou- 



AGE 



83 



AGE 



yrage De la justite dans la Révolution 
et dans l'Eglise, à la page 1S8 du 
tom II e (6 e étude, oliap. m rx), les 
lignes suivantes : « Ce qui arrive à 
l'Eglise avec la science économique 
n'est que la répétition de ce qui lui 
est arrivé tant de fois avec les autres 
branches du savoir humain, une con- 
tradiction de plus qui se dresse devant 
elle, une nouvelle redoute delà raison 
contre la foi. Elle en a vu bien d'au- 
tres. Un jour, c'est l'astronomie qui 
lui dérange son ciel ; le lendemain, 
c'est la géologie qui bouleverse sa Ge- 
nèse ; après, la linguistique donne un 
démenti à son histoire de la dispersion 
babélique ; voici l'économie qui con- 
tinue la tranchée et tout à l'heure la 
justice donnera l'assaut. » 

Il eût été difficile de reproduire en 
moins de paroles, et plus fidèlement, 
l'éternelle objection qui se résume 
dans l'argumentation suivante : « Vous 
aviez une astronomie, une géologie, 
une anthropologie, et ainsi des autres 
branches de la science humaine ; or, 
cette science même, en se perfection- 
nant réfute et détruit la vôtre ; vous 
êtes donc vaincus, vous êtes morts. » 
Nous répondrons par la démons- 
tration des trois propositions sui- 
vantes : 

La première, qu'il n'y a, dans l'en- 
seignement biblique, aucune profes- 
sion scientifique officielle ni en as- 
tronomie , m en géologie , ni en 
anthropologie, pas plus qu'en physi- 
que, en chimie, en linguistique, etc. ; 
Laseconde, que la cosmologie, qua- 
lifiée par vous, à tort ou à raison, de 
biblique et d'ecclésiastique, n'est pas 
plus le fait de la religion chrétienne 
que celui des autres religions, mais 
qu'elle est, en réalité, la cosmologie 
du genre humain tout entier ; 

La troisième, que, quoi qu'il en fût 
de ces deux premières assertions, s'il 
y a une cosmologie biblique, cette 
cosmologie est, en fait, identique à 
celle de la science, en sorte que le 
progrès scientifique n'a abouti, en fin 
de compte, qu'à faire de la Bible, à ce 
point de vue,uneplus parfaite exégèse. 
I. Ni la Bible ni l'Eglise n'ont eu 
la prétention d'offrir aux hommes 
un enseignement scientifique; elles 
n'ont eu que celle de leur présenter 



une morale religieuse avec quelques 
dogmes révélés, qui sont les fonde- 
ments de cette morale. Quant à la 
science humaine, elles l'ont toujours 
laissée maîtresse d'elle-même, ont 
invariablement suivi ses progrès, sans 
se mêler à ses travaux, et n'ont cessé 
de conformer leur langage, enmatière 
scientifique, à celui qui était accepté 
par tout le monde. 

Quand l'auteur du poëme philoso- 
phique de Job, par exemple, met 
dans la bouche de Dieu ce discours, 
d'une sublimité sans égale, par lequel 
il interpelle Job sur les mystères de 
la nature, sur la terre, sur l'océan, 
surle jour etla nuit, sur les météores, 
sur les constellations des pléiades, 
d'Arcturus, du Scorpion, sur l'étoile 
du soir et du matin, sur les influences 
du firmament, sur les instincts, les 
industries, les forces et les beautés 
de certains animaux, tels que le che- 
val, sur Behemoth et sur Leviathan, 
cet auteur inspiré vise-t-il le moins 
du monde à faire un cours de science? 
Il proiite seulement de la science de 
son temps, _ de ce qu'elle disait alors 
des merveilles de la nature, qu'il 
appelle en témoignage de la grandeur 
de Dieu, pour arriver à une conclu- 
sion de morale religieuse sur le pro- 
blème du mal immérité dans ses rap- 
ports avec la Providence. Il pourrait 
donc, au point de vue scientifique, 
répéter des erreurs ; le but de son 
enseignement n'en serait pas com- 
promis, et ce ne serait pas lui qui en 
porterait la responsabililé, mais seu- 
lement la science de son époque qu'il 
prend telle qu'il la trouve et dont il 
profite pour développer sa thèse 
philosophique. 

Il en est de même de Moïse et de 
sa Genèse. Nous verrons plus loin, 
quand nous ferons passer cette cos- 
mologie devant les traditions anti- 
ques, que l'auteur inspiré n'a fait que 
résumer, dans un sublime sommaire, 
ce que se transmettait le genre hu- 
main sur ses origine?, sur celles du 
globe qu'il habite et sur celles de 
l'univers , d'une manière à poser, 
comme fondements de la religion, 
l'unité de Dieu, la création, la dé- 
chéance de l'humanité dans ses pre- 
miers pères, sa restauration future, 




■ 






,*! 



s/* 











AGE 



84 



et à édifier sur ces bases toute la mo- 
rale religieuse qui en découle. Il 
pourrait donc encore se rencontrer, 
dans ce tableau, sous le rapport pu- 
rement scientifique, des expressions 
inexactes conformes au langage uni- 
versel, dont le fondateur religieux ne 
serait pas plus responsable, qu'il n'est 
responsable, entant qu'historien, des 
crimes dont il fait l'histoire. Son but 
n'est pas d'établir une cosmologie 
scientifique, une géologie scientifique, 
une anthropologie scientifique ; son 
but est de fonder, en l'appuyant sur 
les traditions du genre humain, une 
religion pure ou plutôt une restaura- 
tion de la religion pure primitive qui, 
parla suite des siècles, s'était altérée ; 
et comment le ferait-il avec plus d'au- 
torité sur les hommes et d'efficacité, 
qu'en prenant pour point de départ 
leurs propres croyances traditionnel- 
les relativement à leurs origines ? 

Plus tard l'Eglise chrétienne est ve- 
nue reprendre et accomplir la même 
mission, à la suite et à l'imitation de 
son divin fondateur, qui avait, lui 
aussi, dans son enseignement évan- 
gélique, suivi la même méthode, ne 
s'occupant pas davantage de la science 
humaine, mais parlant selon celle de 
son temps et profitant parfois, dans 
sesparaboles, des choses de la nature, 
comme la robe dé" la fleur et l'instinct 
de l'oiseau, et de celles de la société, 
comme la ruse de l'économe infidèle, 
telles qu'elles se présentent à pre- 
mière vue, pour faire ressortir et in- 
culquer aux hommes quelque vérité 
morale. Mais qu'il nous suffise de 
trancher ici toute difficulté en rappe- 
lant le témoignage de l'Eglise elle- 
même, que nous avons longuement 
discuté dans notre dissertation préli- 
minaire, lorsqu'elle a défini et déli- 
mité son infaillibilité religieuse au 
concile du Vatican. 

« C'est pourquoi, nous attachant 
fidèlement à la tradition qui remonte 
au commencement de la foi, pour la 
gloire de Dieu notre Sauveur, pour 
l'exaltation de la religion catholique 
et le salut des peuples chrétiens, nous 
enseignons et définissons, avec l'ap- 
probation du saint concile, que c'est 
un dogme divinement révélé ; que le 
pontife romain, lorsqu'il parle ex ca- 



AGE 

thedra, c'est-à-dire lorsque, remplis- 
sant la charge de pasteur et docteur 
de tous les chrétiens, en vertu de sa 
suprême autorité apostolique, il dé- 
finit une doctrine sur la foi ou les 
mœurs, devant être tenue par l'Eglise 
universelle, jouit pleinement, par l'as- 
sistance divine qui lui a été promise 
dans la personne du bienheureux 
Pierre, de cette infaillibilité dont le 
divin Rédempteur a voulu que son 
Eglise fût pourvue en définissant sa 
doctrine sur la foi ou sur les mœurs ; 
et, par conséquent, que de telles défi- 
nitions du pontife romain sont indé- 
formables, etc. »' 

Rien ne saurait être plus clair; le 
pape et le concile ne s'attribuent la 
compétence et l'infaillibilité que sur 
les matières concernant la foi et la mo- 
rale catholiques, et ils déclarent que 
cette" attribution, implicitement mais 
clairement exclusive de tout ce qui 
est étranger à cette foi et à cette mo- 
rale, est conforme à la tradition qui 
remonte auœ origines de la foi chré- 
tienne. La conclusion à tirer d'une 
telle déclaration, c'est que la science 
humaine est et a toujours été mise 
par l'Eglise elle-même à part et en 
dehors de sa compétence. 

N'allons cependant pas trop loin. 
Qu'arriverait-il si la science, libre 
dans son domaine, se trouvait con- 
duite, par des observations et des 
déductions de son ressort, fondées du 
moins en apparence, àdes conclusions 
qui impliqueraient contradiction et 
négation de certains points de doc- 
trine essentiels à la dogmatique ou à 
la morale catholique, par exemple 
celui de l'unité originelle de la race 
humaine, point essentiel à l'enseigne- 
ment religieux de l'Eglise de Rome 
sur la déchéance et la rédemption? 
Oh ! alors, cette Eglise ne ferait plus 
ce qu'elle à toujours fait et ce qu'elle 
fera toujours relativement au progrès 
scientifique, c'est-à-dire accepter ce 
progrès et mettre son langage en 
harmonie avec les découvertes. Elle 
se lèverait devant la science humaine 
et lui dirait : « Tu dois ici briser l'or- 
gueil de tes flots si tu veux rester 
dans mon sanctuaire; mon dogme 
est l'arche sainte à laquelle on ne 
touche pas sans mourir à la vie que 









■ 



AGE 

je donne. Si tu persistes dans ta né- 
gation, tu ne m'appartiens plus ; tu es 
anatkème. » 

C'est en vue de cette supposition, et 
pour en prédéterminer les consé- 
quences si le cas s'en trouvait, que 
le même concile du Vatican, tout en 
laissant à la science pleine liberté, 
porte le canon suivant : « Si quel- 
qu'un dit que les sciences humaines 
doivent être traitées avec une telle 
liberté que l'on puisse tenir pour 
vraies leurs assertions quand même 
elles seraient contraires à la doctrine 
révélée, ou que l'Eglise ne peut les 
proscrire ; qu'il soit analhème. » 

Assurément l'Eglise a bien le droit 
de rejeter de son giron celui qui nie 
quelqu'un des fondements de son 
symbole, à quelque titre que ce soit, 
aussi bien à titre de savant qu'à tout 
autre titre. Elle a bien le droit de 
refuser d'admettre jamais la négation 
d'une des affirmations qu'elle tient 
pour ses axiomes. Mais pourquoi nous 
placerions-nous, nous autres théolo- 
giens initiés à la science humaine, 
nous autres savants initiés à la théo- 
logie, dans une supposition contraire 
aux faits? Avec des si conditionnels 
on peut élever sur toute chose des 
difficultés insolubles. Evitons ces vai- 
nes discussions; prenons simplement 
les faits scientifiques sérieusement 
observés et démontrés, et voyons donc 
s'il existe entre la science sérieuse et 
la Bible une vraie contradiction. S'il 
n'en existe aucune, que devient l'ob- 
jection toujours ressassée? Que de- 
vient la redoute, dontparle Proudhon, 
de la raison contre la foi? 

Nous venons de prouver notre pre- 
mière assertion. Nous venons de 
prouver par le témoignage de l'Eglise 
elle-même que, de tout temps, depuis 
a naissance de la foi dans le monde, 
la religion considérée et dans ses 
livres sacrés et dans l'interprète offi- 
ciel de ces livres, ne prétendit donner 
aux hommes niunccosmologic sienne 
m une géologie sienne, ni une an- 
thropologie sienne, ni aucune expo- 
sition scientifique sienne étrangère à 
sa dogmatique et à sa morale. C'est 
avoir coupé par lapoignéel'argumeut 
dans la main de ses ennemis. De par 
la science, disaient-ils, la Bible et 



35 



AGE 



1 Eglise sont vaincues, sont mortes. 

Mais, pour être vaincu, encore faut-il 
avoir été sur le terrain? Elles n'y sont 
point allées; elles n'ont présenté au- 
cun enseignement scientifique ; elles 
n'ont pas eu leur astronomie, leur 
« ciel »'; comment la science l' aurait- 
elle bouleversé ?.. Vous avez dégainé 
contre le vide; vous avez cru saisir 
la proie, vous n'avez atteint que l'om- 
bre. 

Mais nous irons plus loin; nous 
accepterons le récit des origines du 
monde qui forme le début de la Ge- 
nèse mosaïque, tel qu'il se présente, 
et nous le ferons comparaître avec 
orgueil devant le tribunal de la science 
humaine, de cette science dans son 
passé traditionel, de cettescience dans 
son présent devenu véritablement 
scientifique. 

Passons donc à la seconde asser- 
tion. 

II. S'il y avait des reproches à 
faire à ce tableau de notre Genèse, 
ces reproches ne retomberaient pas 
spécialement sur son auteur; ils s'a- 
dresseraient aux traditions primitives 
dn genre humain tout entier, car la 
partie fondamentale de cet exposé de 
la création du ciel et de la terre se 
retrouve, exactement la même, dans 
toutes ces traditions antiques. 

Avant de passer rapidement en re- 
vue les principales de ces traditions, 
détachons du récit mosaïque les ver- 
sets qu'on peut appeler cosmologi- 
ques, traduisons-les littéralement, et 
posons ces passages comme type ob- 
jectif de l'étude à laquelle nous allons 
nous livrer. Ces versets sont les huit 
premiers, concernant les deux pre- 
miers jours, une partie du neuvième; 
concernant le troisième jour, enfin le 
quatorzième et les suivants jusqu'au 
dix-neuvième concernant le quatrième 
jour. Tout le reste se rapporte à la 
géologie et à. l'anthropologie. (V. les ; 
deux articles qui font suite à celui-ci.) ! 

« Dans le principe Dieu créa le Ciel 
et la Terre. 

« Or, la terre était inconsistante et 
vide (inanis et vacua) ; et les ténèbres 
étaient sur la face de l'abîme; et l'es- 
prit de Dieu était porté sur les eaux. 

« Et Dieu dit : Se fasse la lumière. 
Et la lumière se fit. Et Dieu vit la lu- 










AGE 



mière ; il vit qu'elle était bonne. Et il 
sépara la lumière des ténèbres. Et il 
apjiela la lumière Jour, et les ténèbres 
Nuit. Et, du soiret du matin, se lit un 
jour. 

« Dieu dit aussi : Se fasse le firma- 
ment au milieu des eaux ; et qu'il 
divise les eaux des eaux. Et Dieu fit 
le firmament ; et il divisa les eaux qui 
étaient sous le firmament de celles qui 
étaient au-dessus du firmament. Et il 
se fit ainsi. Et Dieu appela le firma- 
ment Ciel. Et se fit, du soir et du ma- 
tin, un second jour. 

« Or, Dieu dit : que s'amassent en 
un lieu les eaux qui sont sous le ciel; 
et qu'apparaisse l'aride. Et il se fit 
ainsi ; et Dieu appela l'aride Terre, et 
les amas des eaux, il les appela Mers. 

Et Dieu vit que c'était bon Et 

se fit, du soir et du matin, un troisième 
jour. 

« Alors Dieu dit : se fassent des lu- 
minaires dans le firmament du ciel ; 
et qu'ils divisent lejmiretla nuit ; et 
qu'ils soient en signes et mesures des 
temps, jours et années ; qu'ils luisent 
dans le firmament du ciel et illumi- 
nent la terre. Et il se fit ainsi. Et Dieu 
Ut deux grands luminaires : un lumi- 
naire plus grand pour présider au 
jour et un luminaire plus petit pour 
présider à la nuit, et les étoiles. Et 
il les plaça dans le firmament du ciel 
pour luire sur la terre et présider au 
jour et à la nuit et diviser la lumière 
et les ténèbres. Et Dieu vit que c'était 
bon. Et se fit, du soiret du matin, un 
quatrième jour. » 

Tel est le tableau cosmologique de 
Moïse. Or, ce tableau sommaire, dans 
ses traits principaux, ne diffère pas 
de ceux qui nous ont été transmis par 
les livres sacrés de toutes les reli- 
gions et par les traditions de tous les 
peuples. Citons, autant que nous le 
permettra l'économie de cet article. 

Le législateur brahmanique, Ma- 
nou, dont l'ouvrage, au moins dans 
cette partie, ne peut, d'après les plus 
sérieuses critiques, être postérieur à 
dix siècles avant Jésus-Christ, com- 
mence ainsi sa Genèse : 

« L'univers n'était que ténèbres et 
chaos. 

« Loi, le grand pouvoir, l'existant 
par lui-même, lui, que l'esprit seul 



86 AGE 

peut concevoir, l'indécouvert, 1 in- 
compréhensible..... etc. Lui, l'esprit 
suprême., etc., produisit d'abord les 
eaux. » 

Et ce lui, qui est l'esprit de Dieu, 
est souvent appelé Narayana, c'est-à- 
dire : « celui qui se meut sur les eaux, » 

« Les eaux, dit encore Manou, ont 
été appelées Nara, (espritdivin) parce 
qu'elles ont été l'ayana (le premier 
lieu de mouvement) de iVara. Il (Brah- 
ma) a été, en conséquence, appelé 
Narayana, celui qui se meut sur les 
eaux.) » 

Les Védas et les Pouranas présen- 
tent des propositions nées delamèm« 
idée. « Ton esprit, est-il dit à Dieu 
dans ces derniers, esprit mystérieux, 
force immense, puissance insondaf 
Me , avant la période de créa- 
tion était-il errant sur l'eau, 

puisqu'on t'appelle Narayana'! » 

Toutes les cosmogonies de l'Inde, 
qui sont très-nombreuses, posent d'a- 
bord le principe philosophique de 
Dieu, l'être absolu, et même celui 
d'une trinité, puis racontent, en y 
mélangeant du panthéisme et du po- 
lythéisme, une formation primordiale 
de l'univers en plusieurs époques, 
dont la première est une confusion 
de toutes choses, un chaos. Viennent 
ensuite le ciel, la lumière, la terre, 
l'atmosphère et les astres. 

Les Bouddhistes ont une cosmogo- 
nie fondée sur une division en quatre 
âges, formant ce qu'ils appellent le 
jour de Brahma, son jour de travail 
et de manifestations ; chacun de ces 
âges renferme dos millions de mil- 
lions d'années; le premier est appelé 
l'âge de formation et se subdivise en 
plusieurs périodes dont la première 
est celle des eaux. Le jour et la nuit 
ne viennent que plus tard, puis les 
végétaux , les animaux et enfin 
l'homme. 

Les Chinois remontent, comme les 
autres peuples, à un chaos primitif, 
duquel sortent le ciel et la terre, qui 
d'abord sans forme au sein de ce 
chaos, prennent ensuite des formes, 
lesquelles subissent, après, des méta- 
morphoses pour aboutir au dernier 
des pouvoirs de la création, qui 
est l'homme. 

LeZend-Avesta,deZoroastre, après 



■ 



AGE 



87 



la création des génies dont les uns 
restent bons et les antres deviennent 
mauvais, assigne à la formation de 
notre globe en particulier, an sein du 
ebaos, six époques, dont les premiè- 
res sont celle du ciel, celle des eaux 
et celle de la terre. 

Les Phéniciens, d'après les frag- 
ments de Sancboniatou conservés par 
Eusèbe et parPbilonde Biblos, avaient 
une cosmogonie traditionnelle d'après 
laquelle, avant cet univers, existait 
le chaos; ce chaos fut animé parj'es- 
prit ; le mélange mat en résulta ; puis 
se fit une fermentation générale; et 
de cette fermentation sortirent, épo- 
ques par époques, les diverses par- 
ties du ciel et notre globe terres- 
tre. 

D'après les traditions mythologiques 
des Egyptiens, la formation du monde 
commença par le feu et la lumière ; 
il se fit un refroidissement; de ce re- 
froidissement sortirent les eaux, ce 
qui explique l'espèce de proverbe 
égyptien que la mer fut engendrée par 
le feu, et aussi ce que dit Aristote, que 
la salure de ses cauxvient de cendres 
et de matières calcinées. Pins tard, ré- 
gna le soleil, fils du feu, puis succes- 
sivement les plantes, les animaux et 
enfin l'homme. 

La sombre mythologie des Etrus- 
ques, presque révélée ou, du moins, 
grandement éclairée, par les décou- 
vertes modernes de leurs nécropoles, 
assignait à la création six grands 
âges, dont les quatre premiers étaient 
ciel et. terre, firmament, les eaux, les 
astres. Les animaux et l'homme ne 
viennent que les derniers. 

La mythologie des Scandinaves, 
une des plus confuses, distinguait 
encore des séries de formation à par- 
tir d'un état de confusion universelle : 
glaces, fusion des glaces ; êtres vivants ; 
inondations ; enfin l'homme et la 
/emnie. 

Les traditions mexicaines assi- 

tnaient quatre âges à la formation 
u monde : celui de la terre, celui du 
feu, celui du vent et celui de l'eau. 
Quant aux traditions de la Grèce et 
de Rome, demandez-les à leurs phi- 
losophes et à leurs poètes. 

Thaïes, par exemple, disait que 
« toutavajj, commencé parl'eau et par 



AGE 

la nuit. » Et Virgile exposait ces tra- 
ditions dans ces beaux vers : « Il 
(Silène) chante comment les princi- 
pes de toutes choses, la terre, l'air, 
l'eau et le lluide du feu étaient jadis 
confondus dans un vide immense; 
comment de ces premiers éléments 
se formèrent tous lesêtreset le globe 
môme de ce monde ; comment le sol, 
moins ferme en naissant, se durcit 
peu à peu, força Nérée àse renfermer 
dans ses limites et prit lui-même 
mille formes diverses; comment, 
après, l'univers ébloui vit briller son 
premier soleil, les nuages s'élever 
pour retomber en pluie, etc. » On 
remarquera que Virgile, dans ce pas- 
sage, ne fait lui-même apparaître le 
soleil que tard, longtemps après le 
fluide du feu, et après laséparation de 
la terre d'avec les eaux. 

Platon, dont l'honnête génie, loia 
de mépriser les traditions antiques 
universelles, qui ne sauraient être 
fabuleuses que dans les formes my- 
thiques qu'elles peuvent revêtir, les, 
recueillait avec soin pour les dé- 
gager, autant que possible, de leurs- 
altérations, les ramener à leur pu- 
reté originelle et s'en servir comme 
de flambeaux et comme de soutiens: 
pour sa philosophie. Voici un échan- 
tillon du magnifique langage par le- 
quel il les reproduit et se les assimile 
dans le Timée. 

« L'éternel créa le monde, et quand 
cette image des êtres intelligibles 
eut commencé à vivre et à se mou- 
voir, Dieu, content de son ouvrage,, 
voulut le rendre plus semblable; 
encore au modèle et lui donna quel- 
que chose de cettenatureimpérissable.. 
Mais comme la création ne pouvaiti 
ressembler en tout à l'idée élernelle, 
il fit une image mobile de l'éternité; 
et, gardant puur lui la durée indivi- 
sible, il nousen donna l'emblème dir- 
visible que nous appelons le temps, 
le temps créé avec le cieldont lanais- 
sante fit tout à coup sortir du néant 
les jours, les nuits, les mois et les- 
années, ces parties fugitives de la vie 
mortelle. Nous avons tortde dire, en- 
parlant de l'éternelle essence: Elle 
fut, elle sera ; ces formes du temps ne 
conviennent pas à l'éternité; elle est, 
voilà son attribut. » 







AGE 



88 



AGE 









C'est ici le Jehovah do Moïse, son 
je suis celui qui suis; c'est aussi l'é- 
tant toujours, l'aion d'Aristote. Pla- 
ton continue : 

« La parole et la pensée de Dieu, 
voulant ainsi créer le temps, le so- 
leil, la lune, et les cinq planètes al- 
lèrent dans l'espace en mesurer la 
marche rapide et parcourir oblique- 
ment les sept routes que Dieu leur 
avait tracées... — Mais à peine les 
astres furent-ils lancés dans la route 
où ils s'en vont mesurer le temps.... 
chacun d'eux suivit le mouvement 
oblique qui lui est propre, maitrisé 
par celui d'une âme universelle.... 
Alors du jour et de la nuit se forma la 
première et la plus simple division du 
temps.... Le créateur donna aux gé- 
nies des étoiles un corps de feu pour 
les rendre plus éclatants et plus beaux, 
la forme circulaire pour qu'ils fussent 
semblables à l'univers même .... Il 
leur assigna aussi deux mouvements, 
l'un qui les fait tourner sur eux-mê- 
mesdansuneinfatigablepersévérance, 
l'autre qui les attire par l'impulsion 

irrésistible de la cause première 

Ainsi parurent ces dieux fidèles à la loi 
qui les rend presque stationnaires, 
tandis que les génies des planètes, nés 
avant eux, se promènent dans l'im- 
mensité. La terre, notre mère com- 
mune, qui, par son mouvement de 
rotation autour de l'axe du monde, 
produit incessamment les jours et les 
nuits, naquit la première des créatures 
célestes Son auteur, pour ache- 
ver l'ouvrage, continua de reproduire 
le modèle suprême, et tout ce que 
l'intelligence peut concevoir d'êtres 
vivants fut créé par sa pensée dans 
le ciel, dans notre atmosphère, au 
sein des eaux et sur la terre. 

Vient enfin la création de l'homme, 
« qui doit être soumis à la vertu, être 
le roi de la terre et réunir à un corps 
périssable un principe d'immortalité,» 
mais cette partie, avec les dernières 
| paroles que nous venons de citer, con- 
' cerne la géologie et l'anthropologie, 
i Et Platon termine son tableau par 
ces mots, que rend vraiment sublimes 
leur position même à la suite de 
l'expbsé du travail de Création des 
mondes: «Et le Créateur n'était pas 
sorti de l'éternel repos. » 



Nous savons, au reste, par des 
études modernes plus approfondies 
de documents qu'avait fait oublier, 
durant le moyen âge, le règne abso- 
lu de YAlmageste de Ptolémée, que le 
système du double mouvement de la 
terre, et du soleil au centre, avait fait 
partie de l'antique astronomie des 
Chaldéens et de celle de Pythagore, 
que Platon, dans sa vieillesse surtout, 
l'avait accepté, — Aristote le lui re- 
proche — et que Philolaûs le pro- 
fessa un peu plus tard de la manière 
la plus explicite. 

En résumé: 

Dieu, première cause. 

Un chaos originel, représenté com- 
me un océan d'eaux confuses, incu- 
bé par l'esprit de Dieu. 

Un développement de formes dans 
ce chaos, sous l'influence de l'esprit 
et de la parole. 

Un progrès dans le débronillement 
des ^ choses, dans l'épanouissement 
des êtres ; progrès se marquant par 
de grandes divisions qu'on appelle 
jours, Ages, ou de tout autre nom. 

Une apparition de la lumière au 
sein des ténèbres et une séparation 
des solides et des liquides, avant 
même la formation ou du moins 
l'apparition des astres. 

Un grand rôle attribué au feu et à 
la lumière ainsi qu'à l'eau dans la 
série des développements. 

Voilà les traits fondamentaux de cette 
cosmologie des traditions, commune 
à tous les peuples. Les différences ne 
portent que sur des détails et plutôt 
sur la forme dans l'exposition que 
sur les choses elles-mêmes. 

Nous sommes donc en droit de 
répondre à nos adversaires : « Vous 
accusez l'Eglise chrétienne et ses li- 
vres sacrés! Mais, en particularisant 
de la sorte votre accusation, vous 
êtes injustes : c'est contre la tradition 
primitive tout entière que vous devez 
diriger vos attaques; c'est au genre 
humain tout entier que vous devez, 
intenter votre procès devant la science 
moderne. Attaquez tous les peuples, 
toutes les religions, toutes les philo- 
sophies, tous les Platons de tous les 
temps, tous les enseignements popu- 
laires de l'antiquité, dans leur pensée 
commune. Mais ce n'est pas ainsi 









AGE 



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AGE 



que vous pratiquez la guerre. Vous 
n'oseriez soutenir que l'accord uni- 
versel, sous tant de formes diverses 
et de la part de tant de pays et de 
tant de siècles qui n'ont pu s'enten- 
dre, puisse tomber sur de pures chi- 
mères ; c'est à dessein que vous n'en 
considérez que les fractions ; vous di- 
visez, pour essayer de vaincre; et, vous 
attaquant au Christianisme en parti- 
culier, vous essayez de faire croire 
que la Bible et la religion chrétienne 
ont fait bande a part. La tactique 
serait bonne si elle ne reposait sur 
un mensonge. La Bible et le Christia- 
nisme n'ont fait que joindre leurs 
voix, mais pourtant avec une diffé- 
rence : Moïse, parmi tous, a été le 
plus clair, le plus compréhensible, le 
plus à la portée des foules ; et il a, 
du moins, déchargé son tableau des 
absurdités puériles qui déparent la 
plupart des autres tableaux ; car on 
est étonné de voir leurs auteurs étaler 
souvent d'énormes difformités à côté 
des émissions les plus sublimes de la 
philosophie la plus profonde. 

III. Arrivons à notre troisième et 
dernière assertion et à l'examen 
scientifique de cette cosmologie des 
premiers âgesde l'humanité. Mettons- 
la, sous sa forme mosaïque, en pa- 
rallèle avec la science moderne. 
D'abord ne la confondons pas avec 
le système du monde ptoléméen, qui 
régna sans conteste, dans notre Eu- 
rope, pendant trefze siècles à peu 
près, presque à l'égal d'un axiome. 
Ce système plaçait la terre au centre 
du grand tout, la déclarait absolu- 
ment immobile, échelonnait autour 
d'elle la lune, le suleil, les planètes et 
les étoiles, faisait décrire aux premiers 
de ces astres des révolutions diurnes 
avec des vitesses dilférentes, mais 
impossibles en réalité, et tourner, 
d'une pièce, en 24 heures, tout le ciel 
des étoiles lixes. Quant aux perpétuels 
déplacements de position des planètes, 
grand embarras ; il les expliquait par 
des cercles particuliers appelés ép (cy- 
cles qu'il faisait décrire à ces astres, 
en même temps qu'ils tournaient 
autour de la terre, ce qui amenait 
une inextricable complication. Or, 
bien que cette théorie soit conforme 
aux mouvements apparents, aucun 



de ses points essentiels, n'est supposé 
nécessairement par l'antique cosmo- 
logie. Prise dans Moïse, cette cosmo- 
logie n'en dit rien, nous venons de le 
voir, et nous le verrons encore mieux 
plus loin. Prise dans les livres sacrés 
des religions extra-chrétiennes, elle 
n'affirme pas non plus ces divers 
points ; et, considérée dans les expo- 
sés qui nous en sont venus des Chal- 
déens, et qu'en ont donnés les Pytha- 
gore, les Platon, les Philolaùs, si 
parfois elle parait mettre le soleil en 
compagnie des planètes et de la lune, 
elle assigne clairement à la terre le 
mouvement de rotation sur elle-même, 
seule explication rationnelle du jour et 
de la nuit, et même elleluidonne sou- 
vent, dans Philolaùs et Aristarque de 
Samos par exemple, d'une manière 
formelle le mouvement de translation. 
On peut dire que le système de Coper- 
nic ne fut qu'une restauration du 
système du monde le plus antique, 
professé surtout parles Chaldéens. 

Il est vrai que la cosmologie de 
Ptolémée, pendant qu'elle régna dans 
la science européenne , c'est-à-dire 
depuis l'apparition de ce glorieux 
astronome jusqu'aux Copernic, aux 
Descartes, aux Kepler, aux Galilée et 
aux Newton, fut acceptée par l'Eglise ; 
mais ce fut uniquement parce qu'elle 
était devenue populaire, parce qu'elle 
était incontestée parmi les savants, 
aussi bien que parmi le peuple; et 
si on peut reprocher à l'Église, ainsi 
que nous l'avons vu dans la disserta- 
tion préliminaire, d'avoir trop vi- 
goureusement défendu cette cosmo- 
logie, en condamnant celle de Coper- 
nic dans Galilée et dans Kepler, il 
ne faut pas oublier que, d'après ses 
propres déclarations œcuméniques, 
elle sortait en cela des matières de 
foi et de morale auxquelles elle a 
toujours limité sa compétence. Cette 
cosmologie nouvelle ptoléméenne n'é- 
tait qu'une grande reculade sur la cos- 
mologie antique, elle n'était qu'une 
aberration de l'esprit humain singu- 
lièrement contraire au bon sens, 
contre laquelle protestèrent, du reste, 
la plupart des Pères grecs, en restant 
au moins fidèles à la rotation diurne 
du globe terrestre de Pythagore et 
de Platon. Elle enlevait au créateur 



I 



^ 



in 










AGE 



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m 








la sagesse qui distingue toutes ses 
œuvres. C'est ce que pressentirent, en 
plein moyen-âge, quelques rares es- 
prits tels que Roger Bacon et Alphonse 
X roi de Castille ; ce dernier, s'étant 
fait, un jour, expliquer par ses astro- 
nomes, les mouvements des astres 
selon le système reçu, trouva ces 
mouvements tellement impossibles 
et tellement contraires à la raison, 
qu'il leur dit avec beaucoup de ma- 
lice et de finesse : « Si Dieu, messieurs, 
m'avait appelé à son conseil lorsqu'il 
créa votre univers, les choses eus- 
sent été dans un ordre meilleur et 
surtout plus simple. » Alphonse en 
avait bien j ugé ; mais ce n'était pas Dieu 
qui s'était trompé; c'était Ptolémée, 
c'était l'astronomie. Attendons Co- 
pernic, attendons Kepler; et nous au- 
tres, plus heureux, nous comprendrons 
la magnificence des œuvres de Dieu. 

D'ailleurs, la critique d'Alphonse 
n'aurait pas eu sa raison d'être s'il 
ne se fût agi que de la cosmologie de 
Moïse et de l'antiquité. Faisons enfin 
comparaître devant les sciences mo- 
dernes cette cosmologie dans ses di- 
vers âges, telle que nous l'avons litté- 
ralement traduite de la Genèse, et dé- 
barrassée des interprétations systéma- 
tiques postérieures. 

Dans le principe Dieu créa le ciel et la 
terre. 

Gfi début n'est qu'un sommaire avec 
une profession monothéiste, sublime 
dans sa. simplicité-, du dogme philo- 
sophique <!e Dieu et de ta création. 
Il n'implique aucune idée qui puisse 
attrister la science qui nous occupe ; 
il rejette seulement l'athéisme et 
pose, pour force motrice, la cause pre- 
mière sans laquelle non-seulement 
rien ne s'explique, mais tout devient 
impossible et absurde. 

Or, la terre était inconsistante et vide ; 
et les ténèbres étaient sur la face de 
l'abîme ; et l'esprit de Dieu était porté 
sur les eaux. 

Cela n'est pas encore un premier 
âge; ce n'est qu'un point de départ. 

Or, ces paroles pourraient avoir 
trois sens : elles peuvent d'abord 
s'appliquer à l'état primitif de tout 
l'univers, c'est-à-dire de l'ensemble 
de tous les systèmes planétaires dont 
les étoiles fixes sont les soleils, en- 



AGE 

semble dans lequel la terre est com 
prise; elles peuvent s'appliquer à 
notre système planétaire en particu- 
lier, lequel est notre monde, à nous 
habitants de ce globe terrestre, et 
dans lequel ce globe est encore com- 
pris; elles peuvent, enfin, ne s'appli- 
quer qu'à notre globe, à cette terre 
proprement dite qui, dans son dé- 
veloppement particulier, commença 
par être un chaos dans lequel l'eau 
et le feu jouèrent le plus grand rôle 
pour l'amener peu à peu à l'état dans 
lequel l'homme la trouva quand il y 
apparut. Mais en restreignant à ce 
dernier sens, exclusif de ce qui n'est 
pas la terre, ces antiques paroles, 
nous les rendrions seulement appli- 
cables à la géologie qui va être plus 
loin l'objet d'une étude à part ; d'ail- 
leurs, l'expression la face de l'abime 
est bien grandiose pour ne convenir 
qu'à la terre, et les versets suivants, 
où il s'agit des astres, indiquent assez 
bien qu'il faut leur donner plus d'ex- 
tension. D'un autre côté, sinousles ap- 
pliquions à tout l'univers, nous croi- 
rions les étendre au delà de leur ac- 
ception naturelle, que l'on sent, à 
la lecture du récit génésique, se bor- 
ner à ce qui concerne l'homme. Ce 
qui le concerne spécialement, ce n'est 
pas, d'une part, seulement la terre ;. 
ce ne sont pas, d'autre part, tous les 
mondes ; c'est le monde dans lequel 
il est plongé, monde qui se compose 
de la terre qui le. porte, de l'atmos- 
phère qu'il respire et qui entoure la 
terre, de la lune, son satellite, qui 
éclaire ses nuits, des planètes et des 
comètes qui sont les objets de ses 
admirations , du soleil qui est la 
grande source de sa lumière et de sa 
chaleur, et enfin, mais comme pur 
spectacle, comme vue transmondaine, 
comme simple aperçu des frontières 
des autres mondes, de ces étoiles, en 
apparence fixes, dont son œil aper- 
çoit les plus rapprochées. C'est donc 
notre système solaire et planétaire 
en particulier, rien de moins, rien 
de plus, que nous considérons comme 
étant l'objet de la cosmologie mo- 
saïque. Notre examen scientifique 
du récit de sa création et de son dé- 
veloppement sera, de la sorte, beau- 
coup mieux fixé. 



AGE 



91 



AGE 



Voilà donc la terre, à son origine, 
inconsistante et vide. C'est une niasse 
vainc, qui n'a ni poids, ni plénitude. 
Elle est confondue, dans un chaos 
sans consistance, avec les éléments du 
soleil, des planètes, de la lune, de son 
atmosphère, de ses océans, de tout 
ce qui doit sortir un jour de cette 
universelle confusion ; c'est un im- 
mense abîme, un océan d'éléments 
neutres qui ne se distinguent pas les 
uns des autres et dans lequel n'ap- 
parait aucune différence entre la lu- 
mière et les ténèbres. Les ténèbres 
sont sur la lace de cette masse sans 
forme, de ces eaux troubles etvagues; 
et cependant l'espritde Dieu se repose 
dessus pour les féconder, puisqu'il 
va bientôt en faire jaillir la lumière, 
puis tous les êtres. Un vide, une 
inanité, un ténébreux abîme, des eaux 
cosmiques, et le souffle de Dieu, l'es- 
prit de vie, qui va rendre tout cela 
fécond ; voilà les seules idées que 
suggère ce magnifique verset. 

Or, n'est-ce pas là toute la science 
moderne la plus avancée jusqu'à pré- 
sent ?Que dit-elle cette science dans son 
hypothèse, la plus accréditée et déjà de- 
venue presque populaire, qui est tvlle 
deLaplace, d'Herscbel, d'Arago, d'A- 
lexandre de Humboldt, d'Ampère 
qui y ajoute seulement les actions 
chimiques, et de tous nos savants 
modernes ? 

Elle dit que notre système avec son 
soleil et tous ses globes confondus en 
un, ne fut, à l'origine, qu'une masse 
cosmique assez semblable à une im- 
mense comète ou à une nébuleuse, dans 
laquelle reposaient pêle-mêle, les élé- 
ments des choses, ceux de la matière 
brute et ceux delà matière impondéra- 
ble, ceux des corps et ceux des forces, 
ceux des fluides, électromagnétique, 
lumineux, calorique, et ceux des subs- 
tances inorganiques et organiques, 
tous à l'état neutre et encore indis- 
tincts. Elle dit que cette primitive na- 
ture constituait un abîme chaotique, 
vaste océan des principes élémen- 
taires, sans aucune chose formée. Elle 
dit enfin qu'un mouvement universel 
d'attractions, de répulsions, d'affini- 
tés, de rotations centripètes, d'impul- 
sionseentrifuges, mouvement principe 
de vie, était imprimé dans cette masse 



cosmique... Mais par qui, s'il vous 
plaît?.... l'antique tradition vous ré- 
pond, ô science : « Par l'esprit de force 
et de vie, par l'esprit de Dieu qui l'en- 
veloppait et la pénétrait. » et tous les 
sages, de ceux du Jourdain à ceux du 
Gange età ceux du Céphise, vous répè- 
tent : « Oui, c'est par lui, l'esprit su- 
prême, l'existant par soi, la grande 
âme, le narayana, Dieu enlin qui tout 
crée, tout meut, tout féconde. ■> Or, 
qu'avez-vousà mettre à sa place, si vous, 
prétendez, là-dessus, délonner dans 
le concert,?., Serait-ce que VOUS vous 
passeriez die la cause, tout en gardant 
L'effet, ce qui ïernati dirait à dire que, 
tout en la posant dans son œuvre 
par la supposition niènie de celle-ci, 
vous la nieriez, l'élimineriez, ou fer- 
meriez les yeux sur elle. Oh! si c'est 
ainsi que vous raisonnez , le bon 
sens du genre humain sera plus exi- 
geant que vous. Toujours est-il que, 
sur l'état primordial du cosmos, vous 
avez travaillé quatre mille ans pour 
dire, en tin de compte, exactement 
ce que disaient, en quelques mots 
sublimes, les anciens et Moïse. 

Poursuivons. 

Et Dieu dit : Se fusse la lumière. Et 
la lumière se fit. Et Lieu vit la lumière;' 
il vit qu'elle était bonne; et il divisa la 
lumière des ténèbres, et il appela la 
lumière Jour, elles ténèbres .Xuit. Et, du 
soir et du matin, se fit un jour. 

Voilà le premier àgc de notre cos- 
mos planétaire. 

Le mouvement n'a pas cessé de se 
faire dans la grande niasse cosmique 
sous l'impulsion de l'éternelle parole, 
de la force motrice première et per- 
manente. Or, le premier clfet de la fer- 
mentation générale est la sécrétion 
des fluides qui deviendront les forces 
du monde, leur séparation d'avec les 
matières brutes qui se rangeront 
bientôt, sous l'action des forces, par 
ordre de pesanteur et de densité, 
Mais, cette division, comment se ma- 
nifeste-t-elle et devient-elle visible, 
si ce n'est par l'apparition de la lu- 
mière cosmique ? La science la plus 
avancée ne préjuge-t-clle pas aujour- 
d'hui l'unité homogénique des fluides 
impondérables ? L'électricité, le ma- 
gnétisme , la chaleur, l'attraction 
elle-même, ne sont-ce pas pour elle au- 






1 
1 

a 








AGE 



02 



tant de manifestations d'un même 
fluide éthérédontla vibration percep- 
tible à la vue est la lumière ? Le ca- 
lorique a sa lumière, l'électricité a sa 
lumière, l'attraction newtonnienne, 
quand le progrès aura plongé à de 
nouvelles profondeurs, aura sa lu- 
mière. La lumière est donc la mani- 
festation commune de toutes les for- 
ces cosmiques, ou mieux de la force, 
et il est rationnel autant que scienti- 
fique de donner à toutes ces vertus 
de l'univers, la dénomination généri- 
que de lumière, par opposition aux 
matières brutes et opaques qui sont 
les ténèbres et la nuit ? Il faut bien 
que, dans la proposition : il sépara la 
lumière des ténèbres, le mot ténèbres 
soit pris au figuré pour signifier quel- 
que chose de positif; autrement la 
proposition reviendrait à celle-ci : 
séparer la lumière de l'absence de lu- 
mière, ce qui n'a pas plus de sens que 
cette autre proposition : séparer l'être 
du néant qui est l'absence de l'être. 
Chose étrange autant que mys- 
térieuse! voici la cosmologie de l'en- 
fance des âges qui nous donne l'appa- 
rition de la lumière comme ayant 
été le premier pas du chaos vers 
les formations, et qui nous la pose 
dans le monde avant le soleil et les 
autres astres. Pendant quatre mille 
ans, on ne comprendra rien à cette 
contradiction : la lumière avant le 
foyer lumineux. Patience I il viendra 
un génie qui s'appellera Descartes et 
qui précisément soutiendra que la lu- 
mière ne vient pas du soleil, qu'elle 
n'est que l'ondulation d'un fluide exis- 
tant partout, comme le son n'est 
qu'une onde aérienne; deux siècles 
et demi se passeront en discussions et 
recherches sur les deux théories, car- 
tésienne et newtonnienne, des ondu- 
lations et des émissions lumineuses : 
mais ce sera la première qui, enfin, 
aura gain de cause. Or, dans ce 
triomphe tout récent de notre Des- 
cartes sur ce problème est impliqué 
le triomphe de Moïse et de la tradition 
antique ; et dans les modernes théories 
de l'unité radicale des fluides impondé- 
rables^) se prépare un nouveau triom- 

(I) Cotte tbéirie a été eiposée Jinsuo livre spé- 
cial par le savant abbé Moigno. 



AGE 

phe de la vieille cosmologie biblique. 

Ainsi donc, dégagement progres- 
sif, dans la masse informe et confuse, 
des forces cosmiques qui sont la lu- 
mière, d'avec les autres éléments 
cosmiques, opaques et lourds, qui 
sont les ténèbres ; immense atmos- 
phère lumineuse, chaude, électro-ma- 
gnétique et attractive vers un centre 
commun, avant que les globes lumi- 
neux soient encore suffisamment per- 
fectionnés quant à leurs enveloppes 
pour devenir eux-mêmes des foyers 
de vibrations lumineuses ; par consé- 
quent distinction de ce qui est jour 
et de ce qui est nuit, et séparation de 
l'un d'avec l'autre; enfin cette pre- 
mière évolution des choses, qui part 
des ténèbres chaotiques et qui abou- 
tit au matin de notre monde, à sa 
première aurore, mesure un premier 
jour; non pas un jour solaire, puis- 
que le soleil n'existe pas encore, 
mais un jour cosmique, dont la du- 
rée peut être énorme, un jour dans 
l'espèce de ce jour de Brahma des 
traditions de l'Inde, qui équivaut 
à des millions de millions de nos 
jours et de nos années. 

N'est-ce pas notre enseignement 
cosmologique le plus avancé, pré- 
senté par les traditions de l'Orient et 
plus clairement traduit par Moïse 
que par tous les génies, quarante 
siècles à l'avance ? 

Dieu dit aussi : Se fasse un firma- 
ment au milieu des eaux, et qu'il divise 
les eaux d'avec les eaux. Et Dieu fit le 
firmament, et il divisa les eaux qui 
étaient sous le firmament de celles qui 
étaient au-dessus du firmament. Et il se 
fit ainsi. Et Dieu appela le firmament 
ciel. Et se fit, du soir et du matin, un 
second jour* 

Voilà le second âge. 

Quelles sont donc ces eaux qui 
sont au-dessus et au-dessous du firma- 
ment, et qu'est-ce que ce firmament 
qui les divise, second échelon franchi 
parla progression cosmologique ? Déjà 
nous avons vu cette expression les eaux 
signifier tout autre chose que les eaux 
réelles d'aujourd'hni, signifier ce que 
nous avons appelé les eaux cosmiques, 
assemblage confus de tous les éléments 
dont la nature entière devait se com- 
poser, dans lequel elle devait se dé- 



AGE 

brouiller, d'où elle devait jaillir. Nous 
sommes trop près encore de ce pre- 
mier état pour que la même expression 
ne conserve pas ce sens allusionnaire 
et comparatif. Il s'agit donc encore des 
eaux cosmiques se modiliant par un 
second progressus. Là dessus, ce nous 
'.emble, point de difficulté. Mais 
sm'est-ce que ce firmament, ce ciel, 
qui se place au milieu de ces eaux et 
les divise en eaux supérieures et en 
eaux inférieures par rapport à la terre, 
ou, du moins, à ce qu'elle commence 
d'être? 

Le mot de l'énigme fut longtemps 
introuvable; on se perdait dans la 
mesquine interprétation des mers par- 
dessous, des nuages par-dessus et de 
l'air dans l'intervalle ; tout cela, jugez 
combien c'était logique, avant que les 
mers se fussent encore formées, que 
la terre aride eût apparu et que les 
luminaires existassent. Les théories 
cosmologiqucs modernes devaient le- 
ver le mystère. Nous en sommes à la 
formation première des globes du 
système, à la distinction qui s'établit 
entre le corps central, qui est le so- 
leil encore opaque et les planètes éga- 
lement opaques, au sein de l'immense 
éther, père des fluides, et qui est la 
1 umière. Ce firmament n'est donc autre 
chose que l'espace lui-même, l'espace 
impondérable qui va toujours se dé- 
gageant de plus en plus entre les corps 
lourds et les séparant : c'est aussi l'at- 
mosphère terrestre qui commence de 
se former. Les grands corps sont tous 
en fusion et à l'état liquide au sein de 
l'espace fluide ; ils y forment déjà des 
océans, de grandes eaux très-chaudes, 
incandescentes, de formes ellipsoïda- 
les, exécutant des mouvements de 
rotation sur elles-mêmes, de transla- 
tion autour du point central, et sou- 
mises, dans leur entité propre, à d'au- 
tres mouvements, sortes de marées 
immenses dont celles de nos grandes 
.jeaux d'aujourd'hui sont de faibles 
-images. Ce sont donc encore des eaux. 
S La terre est, comme les autres, une 
{fusion incandescente qui va, désor- 
, ! mais, de plus en plus, se refroidir ; elle 
pst, tout entière, liquide, quoique 
déjà séparée et formant un globe. 
Pour l'observateur, qui se suppose sur 
*lle, elle n'est qu'une masse d'eaux 



93 



AGE 



inférieures, pendant que les autres 
globes sont des masses d'eaux supé- 
rieures ; et, entre les deux est le firma- 
ment, l'étendue fluide qui les sépare. 
Tâchons de nous bien représen- 
ter cette étendue cosmique dans la- 
quelle, par un premier progrès, se 
sont déjà distingués l'impondérable 
du pondérable, le lumineux de l'opa- 
que, la lumière des ténèbres, le jour 
de la nuit. Cet océan originel que ne 
cesse d'incuber l'esprit de mouvement, 
et qu'enveloppe et pénètre la lumière 
éthérée, vague, sans foyers précis, 
n'a d'abord été que le soleil primitif, 
père de toutes choses, comprenant 
tout ce qui formera les planètes ses 
filles. Un mouvement gyratoire uni- 
versel s'est déterminé dans cet en- 
semble, et a marqué le centre, qui 
restera le noyau du soleil, le plus 
opaque et le plus lourd de tous les 
globes du système, qui servira de lest 
et de point d'attache autour duquel 
ils exécuteront leurs mouvements de 
translation pendantque lui-même con- 
tinuera sa rotation et que chacun d'eux 
gardera aussi la sienne, conséquence 
fixée de la première rotation univer- 
selle, qui se sera décomposée en rota- 
tions particulières. Nous sommes au 
moment où tout cela se produit, où 
se forment les globes opaques au sein 
de la vague lumière, par décomposi- 
tions de mouvement etdétermmations 
defoyers. Mais tout est liquide encore, 
et les atmosphères commencent de se 
dégager par les rangements mêmes des 
matières selon leur ordre de densités. 
Les refroidissements continus qui se 
font sont une autre cause de la forma- 
tion de ces atmosphères. Lecosmolo- 
gue antique ne s'occupe pas de tous 
ces détails; il voit seulement les 
grandes masses qui passent de l'état 
gazeux à l'état liquide ; il écrit, d'ail- 
leurs, pour les habitants de la terre, 
et il rapporte tout à ce point particulier 
de l'espace. Or, pour ce point spécial, 
un moment vient où, après avoir passé 
par diverses transformations, il est 
devenu lui-même, un globe en fusion 
et s'enveloppe de son atmosphère. 
C'est à ce moment intéressant pour 
l'homme, que Moïse s'arrête. Déjà la 
couche aériforme, qui deviendra plus 
tard l'atmosphère respirable, l'en- 



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1 



si 








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AGE 

toure comme un vêtement ; des phé- 
nomènes semblables se produisent 
autour des autres planètes, et selon 
des proportions beaucoup plus im- 
menses, autour du soleil, qui, sans 
cesser encore d'être ténébreux, est en 
voie de composer ses atmosphères, 
qui deviendront un jour des atmos- 
phères enflammées. Ce qui sépare 
et séparera désormais, de mieux en 
mieux, les uns des autres, tous ces 
grands corps, ce qui sépare et sépa- 
rera surtout cette terre liquide inean- 
descenle, de l'ensemble des autres 
masses IriquJées comme clic, c'estl'es- 
pacc fluide avec cette atmosphère ter- 
restre à travers laquelle le rayon lu- 
mineux se Attirera, se tamisera, se 
rétractera, se décomposera, se pola- 
risera, se livrera à mille jeux qui 
composeront, pour l'homme, cette en- 
veloppe si licite, aux nuances intimes, 
qu'il appellera le ciel; c'est donc la 
détermination de ce lirmament entre 
la masse océanique de lateire, ou les 
eaux intérieures, et les autres masses 
océaniques, ou les eaux supérieures, 
àétermiHatwm qui est une consé- 
quence de la formation même des 
globes en fusion commençant déjà de 
se refroidir assez pour dégager des 
vapeurs atmosphériques, c'est cenou- 
veau progressus qui fixe l'attention du 
narrateur, lui l'ait mettre dans la 
bouche de Dieu, le second fiât, fiât 
firrnurncnlum in medio aquurum, et 
marque pour lui le deuxième jour 
cosmique, qui est le deuxième âge. 

En voici venir un autre : « Or Dieu 
dit : Que s'amassent en un lieu les eaux 
qui sont sous le ciel; et qu'apparaisse 
l'aride. Et il se fit ainsi. Et Dieu ap- 
pela l'aride Terre, et les amas des cau.r, 
il les appela Mers. Et Dieu vit que c'é- 
tait bon Et se fit, du soir et du 

matin, un troisième jour. 

Mais ce troisième progrès n'est que 
pour la terre ; il n'est que géogéni- 
que, et il constituera le premier âge 
de la géogénie proprement dite, c'est- 
à-dire de notre globe en- particulier. 
IS'ous y reviendrons donc dans l'arti- 
cle suivant. Cependant il présente 
aussi un point de vue qui est cosmo- 
logique et qu'on peut rapporter soit 
au crépuscule du second âge cos- 
mogénique, soit à l'aurore du troi- 



9-i 



AGE 



sième. Nous devons le développer. 
La terre, aussi bien que les autres 
planètes, aussi bien que le soleil lui- 
même, s'est refroidie, dans sa croûte, 
assez pour devenir solide ; elle a sé- 
crété ses eaux véritables, ses eaux de 
notre époque, mais par l'action de sa 
chaleur trop forte encore, les a dis- 
persées autour d'elle en vapeurs ; or 
ces vapeurs se sont peu à peu conden- 
sées et l'ont couverte d'une udoros- 
phère ; son atmosphère aérienne s'est 
perfectionnée par là même, s'est pu- 
rifiée sous l'action des forces physi- 
ques et chimiques; les matières mi- 
nérales les plus lourdes de sa subs- 
tance ont pris leur place à son centre ; 
elle s'est composée enfin, comme nous 
le dira la géologie ; durant le refroi- 
dissement et la solidification de la 
croûte sous les eaux, se sont formés 
les éléments volcaniques des grands 
soulèvements, se sont chargées ces 
mines cosmiques qui vont accidenter 
sa surface, et pousser les chaînes de 
montagnes avec les continents, comme 
ces petits volcans, leurs derniers ves- 
tiges, qui fonctionnent enoore sous 
nos yeux poussent parfois dans nos 
mers, de nouveaux ilôts ; et vient un 
moment où, les explosions se faisant 
sur la grande échelle, se forment, par 
grandes boursoufflures, ces monta- 
gnes, ces vallées, ces terres sèches, 
toutes les inégalités de la pellicule. 
C'est alors que les eaux, partout ré- 
pandues jusques là, s'amassent dans 
les bas-fonds et forment les mers, 
tandis que les Lieux hauts, qui sont 
l'aride, la terre à proprement parler, 
apparaissent. Ils se couvrent, comme 
nous le verrous en géologie, d'une 
grande végétation primitive, espèce 
de végétation de serre chaude sous 
l'action de la lumière confuse, caries 
astres ne sont point encore apparus 
comme points lumineux. Et voilà la 
lin du second âge cosmique, qui est 
la séparation des continents d'avec 
les eaux géologiques, comme le matin 
du même jour a été la séparation du 
lirmament d'avec les globes liquides, 
et comme le premier avait été la sé- 
paration des fluides, ou de la lumière, 
d'avec les matières brutes au sein des 
eaux chaotiques qui avaient été le 
point de départ. Celte lin du second 






*■ ' 



AGE ! 

Ûge, Moïse la décrit par -une phrase : 
Qmgregsntw aquœ qux sub cœlo sunt 
in uiium lueum, et appareat arida. 

Arrivons au quatrième jour, qui 
n'est que le troisième de la série cos- 
mugénique. 

k Alors Dieu dit : Se fassent des lu- 
minaires (huis fa firmament du ciel; et 
qu'ils dkiaent le jour et la nuit; et 
qu'ils soient en signes et (mesures des) 
temps, jours et années ; qu'ils luisent 
dans le firmament du ciel et illuminent la 
t< !r:. Et il se fit ainsi. Et Dieu fit dimx 
grands luminaires : un luminaire plus 
< pour présider au jour, et un lu- 
miuairr plus peti./ pour présider à la 
nuit; et les étoiles. Et il les mit dans 
lu firmament du ciel pour luire sur la 
terre et présider au jour et à la nuit 
et dioiser la lumière et les ténèbres. Et 
Dieu vit que c'était bon. Et se fit, du 
sair et du matin, un quatrième jour. 

Voilà le troisième âge du grand 
cosmos, puisque celui qui précède 
est principalement géologique; c'est 
le troisième dgc du ciel, c'est son âge 
mûr, pendant lequel il prend pos- 
session de ses globes lumineux, les 
fait briller pour la terre dans une ma- 
gnifique splendeur. 

Nous avons vu l'expression les eaux, 
moditier trois fois son acception pour 
arriver à signitier les eaux telles que 
nous Lee voyons aujourd'hui; le sens 
progressait avec la chose : c'était, en 
premier lieu, l'océan chaotique, c'était, 
en second lieu, les océans liquides 
des globes en fusion ; c'était entin 
noire océan de l'époque actuelle. 

Nous avons vu, de même, les ex- 
piv.s-ions lumière et jour, signifier d'a- 
bord leslluides impondérables, l'éther 
partout répandu, par opposition aux 
ténèbres et à la nuit qui étaient la 
matière opaque. Ces expressions vont 
signifier maintenant ce qu'elles signi- 
fient aujourd'hui, depuis que le soleil 
a pris sa qualité lumineuse, ainsi que 
les étoiles, par rapport à la terre, et 
depuis que la lune et les planètes ont 
acquis leurs propriétés réiléchis- 
santes. 

Jusqu'à présent durait encore le 
règne de la grande lumière phospho- 
rescente, et les globes ne cessaient 
de se parfaire ; ce règne est iini; les 
astres deviennent des luminaires, des 



5 AGE 

foyers lumineux. Le soleil a composé 
son atmosphère incandescente, et 
cette atmosphère, devenue parfaite, 
acquiert la vertu de mettre en vi- 
bration le iluide éthéré qui remplit 
tout l'espace; la lune et les planètes 
se sont assez refroidies et consolidées, 
elles ont acquis la propriété de réilé- 
chir, par la surface, les rayons du 
grand astre; elles deviennent aussi, 
par ce moyen, des flambeaux. Les 
étoiles, qui sont des soleils, n'ont pas 
subi, par rapport à nous, des change- 
ments intrinsèques dignes d'être si- 
gnalés, mais leur lumière, pendant le 
règne de la lumière vague qui a pré- 
cédé, ne nous parvenait pas plus 
qu'elle ne nous parvient maintenant 
durant le jour, puisque oette lumière 
vague constituait un grand. jour per- 
manent dont nous ne conservons que 
des restes dans les lumières météori- 
ques, chimiques, électriques, diil'é- 
rentes de celle du soleil ; elles devien- 
nent visibles désormais durant la nuit. 
En un mot, apparitions des luminai- 
res, non point parce qu'ils n'auraient 
existé jusque là en aucun sens, mais 
parce qu'ils commencent de .rempla- 
cer, comme foyers de vibration ou 
comme surfaces de réflexion, la lu- 
mière vague aux dépens de laquelle 
il se sont eux-mêmes perfectionnés ; 
ils sont mis en signes, dit Moïse ; ils 
deviennent visibles. Ce sont ces corps 
qui vont désormais faire le jour et la 
nuit, mesurer les mois et les années. 
Le récit inspiré ne dit pas, il est vrai, 
les différences réelles entre le soleil, 
les planètes, la lune et la terre, il ne 
dit point, par exemple, que c'est la 
rotation de la terirequi, en présentant 
alternativement au soleil toutes les 
faces de son orbe, fait en réalité, le 
joui-; il s'en tient au spectacle des ap- 
parences perçues par les habitants de 
la terre. Mais n'avons-nous pas en- 
tendu Arago, par exemple, commencer 
toujours son cours d'astronomie par 
plusieurs leçons sur les mouvements 
apparents des globes de notre système, 
avant d'entreprendre l'explication des 
mouvements réels ? Moïse n'a qu'un 
but, celui de faire sentir à l'homme 
sa dignité devant son créateur, au sein 
de l'univers, et il n'a pas besoin, pour 
atteindre ce but, d'aller au delà des 



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AGE 



96 



sensations ; mais il ne dit rien, non 
plus, qui soit inconciliable avec le sys- 
tème de Copernic. Pas un mot n'est 
là pour affirmer que la terre est au 
centre ou qu'elle est immobile en réa- 
lité. Les apparences seulement sont 
décrites, ainsi que les rôles des princi- 
paux globes du système relativement 
aux conditions de vie des habitants de 
la terre. Et les écrivains sacrés du sê- 
mifesme qui se sont inspirés de ce ta- 
bleau primitif n'en ont pas tiré, non 
plus, avec une clarté affirmative, 
pareilles conclusions. L'auteur des 
Proverbes, par exemple, chantant dans 
le plus beau des langages, la sagesse in- 
créée, réternel/ogos, lui fait même dire 
des mots qui peuvent s'entendre de la 
rotondité de la terre ou de tout le sys- 
tème et d'une suspension dans l'es- 
pace du centre de gravité de la terre 
qui en est le fondement. « J'étais avec 
Dieu , dit la sagesse , quand il suspendait 
les fondements de la terre, quando ap- 
pendebat fundamenta terne, j'étais avec 
lui composant toutes choses, je me 
jouais avec lui dans l'orbe des mon- 
des, ludens in orbe terrarum. Et, pour 
en revenir à Moïse et mettre sur lui 
notre dernier mot, son récit donnerait 
plutôt à conclure l'immobilité du so- 
leil ; il représente tout le système so- 
laire comme un temple à Dieu, c'est 
ce que paraissent indiquer les expres- 
sions, luminaria, qu'il emploie ; or, 
ce luminare majus, ce grand lustre, 
qui est le soleil, est-il naturel qu'il se 
promène, dansl'esprit du poète sacré, 
à l'entour du temple qu'il éclaire, et 
n'est-il pas plus convenable de sup- 
poser qu'il reste immobile à sa place, 
donnant, tout à l'entour, sa chaleur et 
sa lumière ? 

Ici se termine notre étude de la 
cosmologie mosaïque comprenant les 
trois grands âges cosmiques, époques 
indélinies de la nature, se divisant 
chacune en soir et matin, soir de la 
période qui a précédé, matin de celle 
qui doit suivre, se liant toutes par là 
même, s'engendrant les unes les 
autres par des séries continues 
et commençant toujours par le soir, 
parce que la première a commencé 
avec le soir du chaos primordial, qui 
n'a pas dû compter pour un âge ni 
pour un jour. 



AGE 

Des savants ont appelé ces séries 
de développements des époques, d'au- 
tres les appelleront des évolutions, 
d'autres des périodes etc ; nous les 
avons appelées âges cosmiques; Moïse 
les avait nommées jours ; et lui seul en 
avait fait trois exactement, puisque, 
dans ses six jours, trois seulement se 
rapportent au cosmos solaire et pla- 
nétaire, le premier, le deuxième et 
le quatrième, les trois autres, à savoir 
le troisième, le cinquième et le sixième 
devant se rapporter à notre globe 
lui-même, et, parmi ces trois derniers, 
le troisième, placé entre les deux der- 
niers du cosmos, devant former le 
premier des âges géologiques. C'est ce 
qui restait encore à découvrir aux 
savants du siècle des lumières. 

Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, n'a- 
vons-nous pas acquis, par cette étude 
même, le droit de juger sévèrement 
la phrase du critique : « Un jour c'est 
l'astronomie qui lui dérange son 
ciel?.... » Si la Bible, en effet, avait 
eu la prétention de présenter, dans 
son antique tableau, un système scien- 
tifique du monde, ce n'eût certes pas 
été pour aboutir à « déranger son 
ciel » que l'astronomie, quarante 
siècles durant, eût observé le firma- 
ment et couvert de chiffres ses tables ; 
c'eût été, au contraire, pour aboutir 
à le confirmer et à en rendre compré- 
hensible la sublime profondeur, puis- 
que tel est, après tout, le résultat de 
ses travaux. Le Noir. 

AGES (les trois) GÉOLOGIQUES, ou 

LES TROIS JOURS DE LA GÉOLOGIE BIBLI- 
QUE DEVANT LA GÉOLOGIE SCIENTIFIQUB 

moderne. (Théol. mixt. scien. cosmol. 
et géol.). 

Nous venons de répondre, dans 
l'article qui précède, à l'objection de 
nos adversaires, que Proudhon résu- 
mait lorsqu'il disait en parlant de 
l'Eglise : « un jour c'est l'astronomie 
qui lui dérange son ciel. » Celui-ci 
a pour but de répondre à l'autre ob- 
jection, qui lui est toute semblable, 
et que le même auteur concentre dans 
cette proposition : « Le lendemain, 
c'est la géologie qui bouleverse sa 
Genèse. » 

Nous ne répéterons pas cette ré- 
ponse générale ; que ni la Bible ni 



AGE 97 

le Christianisme n'ont jamais entendu 
présenter aux hommes un enseigne- 
ment scientifique; nous ne nous éten- 
drons pas, non plus, sur les traditions 
primitives du genre humain qui pa- 
raissent se rapporter à d'antiques ré- 
volutions géologiques, elles se con- 
fondent avec celles qui se rapportent 
à la cosmologie, et nous venons d'en 
donner une idée presque suffisante 
dans l'article qui la concerne. Nous 
passerons donc immédiatement au 
développement de notre titre, à l'é- 
tude directe de la géologie de la 
Genèse, comparée avec la géologie 
scientifique moderne, telle que nous 
la présentent nos géologues en se fon- 
dant sur l'observation. 

Il est nécessaire, pour atteindre 
notre but, de donner d'abord un ré- 
sumé succinct de la géologie scienti- 
fique ; nous ferons voir ensuite que le 
récit de Moïse est en parfaite har- 
monie avec elle. 



AGE 



I 



EXPOSE 



GÉOLOGIE 



SOMMAIRE DE LA 

SCIENTIFIQUE. 

Avant de décrire les terrains géo- 
logiques, quelques notions générales 
sont nécessaires pour servir d'intro- 
duction à l'esprit du lecteur. 

1° Les couches concentriques de 
matières dont se compose l'écorce 
terrestre augmentent, en moyenne, 
de densité en approchant du centre ; 
on le constate déjà en les étudiant 
aux profondeurs que l'on a pu attein- 
dre jusqu'à présent, et qui sont de 
400 mètres environ-, on le constate 
bien mieux en étudiant les montagnes 
dont les sommets sont composés de 
matières correspondantes à celles qui 
sont placées à 15 ou 20 lieues sous 
le sol, et dont les flancs présentent 
les coupes, en épaisseur, des couches 
superposées à ces matières, s'éche- 
lonnant les unes au-dessusdes autres. 
Qu'elles se soient formées par sou- 
lèvements ou par abaissements en- 
vironnants, le phénomène s'explique 
également par le dénudement pro- 
gressif de leurs sommets. D'ailleurs, 
il résulte de calculs basés sur cer- 
taines lois astronomiques que ce n'est 
pas le lieu d'exposer ici, et sur les dif- 
férences d'oscillation du pendule de 
I. 



1 éqiiateur au pôle, calculs qui don- 
nent la densité générale du globe, que 
le globe est occupé, au centre, par 
des matières beaucoup plus pesantes 
et beaucoup plus compactes, que les 
plus compactes et les plus pesantes 
de la surface. 

2° 11 est prouvé aussi que la cha- 
leur des couches augmente à mesure 
qu'elles s'enfoncent davantage. A une 
profondeur de 30 à 40 mètres, la tem- 
pérature cesse de varier selon les sai- 
sons et les latitudes, puis elle va s'é- 
levant indéfiniment selon une pro- 
gression proportionnelle à la profon- 
deur. Cette augmentation, d'après 
les calculs de M. Cordier, est de 23 
degrés centigrades, en moyenne, par 
chaque 25 mètres. Les phénomènes 
qui s'observent dans les mines très- 
profondes, les eaux chaudes que don- 
nent les puits artésiens et les sources 
thermales, enfin les volcans viennent 
appuyer ces observations. En suppo- 
sant que la loi de M. Cordier continue 
d'être fixe, on trouve à 2,300 mètres 
la température de l'eau bouillante, et 
au centre une chaleur énorme qui a 
fait supposer que tout y est en fusion. 
Le fait de l'état de fusion est, en ce 
moment même, contesté par quelques 
savants, mais celui de la grande cha- 
leur ne l'est pas. On s'accorde assez, 
du reste, pour croire qu'à une cer- 
taine profondeur, il se fait un équi- 
libre général donnant une tempéra- 
ture uniforme de quelques mille 
degrés. 

3° On conclut de ces faits, que la 
masse entière aura été primitivement 
dans un état complet d'incandescence, 
que la croûte se sera peu à peu re- 
froidie de haut en bas, et qu'elle con- 
tinue de le faire. Les volcans, selon 
le système le plus accrédité, ne sont 
que des cheminées par lesquelles la 
fusion centrale se manifeste à l'exté- 
rieur. Cependant, le refroidissement 
ne se fait plus dans la touche la plus 
externe, d'une manière sensible, le 
soleil fournissant une addition de 
chaleur qui fait compensation. Arago 
a prouvé que, depuis les temps his- 
toriques, la température du globe n'a 
pas changé sensiblement ; il faudrait 
plus de trente mille ans pour que l'in- 
tlueuce, presque nulle déjà, qu'exerce 
7 









1 






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la chaleur centrale sur celle de la 
surface, diminuât de moitié; les cou- 
ches de cette surface, composées de 
matières très-peu conductrices du ca- 
lorique, depuis qu'elles se sont ou re- 
froidies ou formées par sédimenta- 
tion souples eaux, et ensuite asséchées, 
ne laissent presque pas échapper cette 
chaleur interne. 

4. Quand le refroidissement primi- 
tif eut alteiut le dfgré suffisant, des 
vapeurs se dégagèrent sans doute, 
puis se condensèrent autour de la 
surface et retombèrent en eau.ee qui 
donna lieu à un nouvel ordre pen- 
dant lequel l'eau joua le principal 
rôle, le feu central continuant néan- 
moins de jouer le sien par les vol- 
cans. Il en résulta deux séries de phé- 
nomènes qui durent encore: les phé- 
nomènes erupttfs ou volcaniques aux- 
quels se rattachent les soulèvements, 
et \ es phénomènes sédimenteux que re- 
présentent aujourd'hui les alluvions 
de la mer et dés fleuves. On a nommé 
aussi ces derniers phénomènes, phé- 
nomènes neptwniens par opposition 
aux premiers que l'on a nommés 
fMoiùens. Les couches nouvelles qui 
en ont résullé forment, autour du 
globe, nue série de superpositions 
en sens inverse des terrains primitifs 
ignés, c'est-à-dire de bas en haut et 
. sont l'objet d'observations beaucoup 
plus faciles ; ce sont les vraies couches 
géologiques, car les autres pourraient 
être appelées cosmologiques, et ce 
sont elles surtout dont nous allons 
nous occuper. 

Au reste, comme il y a toujours eu 
des phénomènes éruptifs et des ré- 
volutions considérables par boursou- 
flures et brisements de la croûte, on 
trouve beaucoup de mélanges de ma- 
tières ignées, ou massives, a\cc les ma- 
tières sédimenteuses , ou stratifiées. 
Quant à l'épaisseur de ces dernières, 
elle est beaucoup moins considérable 
que celle des premières; si les unes 
n'ont pas moins de 20 à 25 lieues de 
profondeur, les autres présentent en- 
viron, dans leur ensemble, 4, à 5,000 
mètres, ou une Lieue d'épaisseur autour 
du globe. 

b° Les fossiles de végétaux et 
d'animaux ne se trouvent que dans 
les terrains sédiinenteux, ou dans des 



débris de roches volcaniques, laves 
refroidies qui enveloppèrent ces êtres 
au moment où elles se répandirent 
sur des sédiments qui existaient 
déjà. 

6° Les terrains de sédiment sont 
schisteux ou par strates, d'où leur est 
venu le nom de stratifiés, et ils sont 
partout dans le même ordre de su- 
perposition. Les deux dernières expo» 
sitions universelles de l'industrie l'ont 
de nouveau prouvé pour tous les 
lieux du monde. La couche de gypse, 
par exemple, qui est à Paris supé- 
rieure à celle du calcaire grossier, lui 
est supérieure en tous les lieux. Des 
couches existant dans un pays peuvent 
manquer dans un autre ; deux couches 
qui se superposent immédiatement 
dans une localité peuvent, dans une 
autre localité, admettre entre elles 
une couche de nature particulière, 
mais une couche qui, dans un lieu 
sera inférieure à telle autre, lui sera 
inférieure partout. 

7° On arrive à calculer l'âge géo- 
logique des montagnes parles couches 
qui les revêtent et desquelles sort 
leur sommet comme une tète sortirait 
d'un trou pratiqué à travcrsplusieurs 
manteaux superposés. Le bord des 
couches, sur lequel on marche pour 
gravir la montagne, peut être ou re- 
dressé presque verticalement ou coupé 
en biais etallers'amincissant à mesure 
qu'on avance, oucontorsionné ; il peut 
avoir pris toutes sortes déformes par 
suite de bouleversements qu'il a subis, 
et ce sont autant de signes dont l'en- 
semble donne des indications qui pa- 
raissent bien fondées. 

8° Il existe des formations de terres 
nouvelles dans les eaux et des forma- 
tions de montagnes dans les conti- 
nents par soulèvements et abaisse- , 
ments qui ne remontent pas au delà j 
des temps historiques ; il y en a même I 
qui sont très-récentes, par exemple 
les îles d'Iliera, et de Neo-Kaymiueni 
dans le golfe de Santorin ; la dernière 
ne remonte qu'au 23 mai 1707; elle 
exhale encore une odeur sulfureuse et 
le fond du golfe continue de s'élever. 
Il y a aussi, dans les continents, des 
formations de volcans nouveaux, par 
exemple le Vésuve qui lit sa première 
éruption en l'an 79, au temps de 



M 



AGE 99 

Pline, après n'avoir été auparavant 
qu'une délicieuse colline ordinaire, 
qui s'appelait lu Summa; le Monte 
Nuovo, près de Pouzolles, avec sa 
baie nouvelle, résultat d'une fente du 
rivage, lequel se forma tout à coup 
en 1538, est un autre exemple de 
montagne nouvelle. 

9° On appelle formations les en- 
sembles de terrains qui se sont for- 
més par sédimentation sous les eaux 
dans l'intervalle de deux grandes ré- 
volutions, etqui conservent des débris 
fossiles des flores et des faunes qui 
s'y développèrent. Les géologues ad- 
mettaient, comme fait acquis à la 
science, qu'il y avait eu des lamines, 
c'est-à-dire des espaces de temps pen- 
dant lesquels, à la suite de révolutions 
qui avaient tout détruit, la vie s'était 
éteinte. Mais une découverte faite il 
y a peu d'années par les savants an- 
glais, à l'occasion des sondages de 
l'Océan pour la pose des télégraphes 
sous-marins, les a mis en émoi et a 
bouleversé leurs idées sur ce point. 
On a trouvé, contrairement à leur 
croyance, dans las parties de l'Océan 
les plus profondes où ils pensaient 
qu'il n'y avait pas de vie organique, 
des multitudes de petits animaux et 
de coquillages absolument semblables 
à. ceux qui se rapportent aux époques 
les plus anciennes des développe- 
ments géologiques, et dont les espè- 
ces, correspondant à celles dont les 
fossiles marquent ces époques, ne se 
sont point modifiées et vivent ou vé- 
gètent encore aujourd'hui. Celte dé- 
couverte a fait renoncer beaucoup de 
savants a la croyance aux lacunes, et 
en a rallié beaucoup à l'opinion de 
ceux qui soutenaient déjà le dévelop- 
pement continu extrêmement lent et 
l'absence de révolutions universelles 
destructives de tous les êtres vivants 
antérieurs, suivies, longtemps après, 
de nouvelles créations et exubéran- 
ces de vie. 

10° Il existe des traces nombreuses 
de déluges plus ou moins modernes. 
On appelle diluvium le torrenténorme 
le plus récent qui a laissé ces traces, 
ainsi que l'ensemble de ces traces 
elles-mêmes. Les blocs erratiques , 
morceaux de roches transportés d'un 
pays dans un autre, les brèches osseu- 



AGE 



ses, fissures de roches renfermant de» 
stratili cations mêlées d'ossements plus 
ou moins pélriliés et faisant corps 
avec la masse, les cavernes osseuses, 
trous caverneux pleins de débrisd'ani- 
matix, et même d'hommes, roulés et 
accumulés par les eaux avec des terres 
d'alluvion, sont autant de phénomè- 
nes qui appartiennent au diluvium. 

\ 1° Entin, il y a deux points, dans 
la géologie, qui sont plus embrouillés 
et ont été moins étudiés que tous les 
autres : c'est, d'abord ce diluvium lui- 
même dont noU5 venons de parler, 
c'est-à-dire la tin des grandes révo- 
lutions géologiques. M. Elie de Beau- 
mont l'attribue au soulèvement de la 
cordillière des Andes, qui, en repous- 
sant les eaux océaniques à droite et à 
gauche, les aurait forcées d'inonder 
tout l'ancien monde. Nous verrons, 
au reste, que les difficultés qu'onavait 
élevées sur \'dge et la cause de la ré- 
volution neptunienno qui a laissé ces 
traces, tendent aujourd'hui à s'éluci- 
der, et qu'il devient de plus en plus 
certain, par suite surtout de la multi- 
tude d'ossements d'animaux et d'hom- 
mes, ainsi que de restes d'une in- 
dustrie humaine primitive, que l'on 
découvre dans ce diluvium, qu'il n'est 
autre chose qu'un grand monument 
disséminé sur toute la surface du 
globe, du déluge même de Moïse 
et des traditions antiques. 

L'autre point concerne le commen- 
cement des révolutions géologiques ; 
il porte sur ce que quelques-unes ont 
nommé les terrains de transition, et 
quelques autres le système cumbrien. 
Ces terrains ne renferment aucuns 
débris organiques bien qu'ils ne soient 
pas absolument massifs comme le 
granité, le porphyre, etc., mais, qu'ils 
soient, au contraire, lamellcux, schis- 
teux, en un motdi-posés par strates; 
c'est le gneiss qui en forme la plus 
grande niasse ; cette masse est superpo- 
sée à celle du granité, et a bien de 15 
à 20 lieues d'épaisseur tout autour du 
globe, entre les couches sédimenteu- 
ses proprement dites et les terrains in- 
contestablement ignés. C'est cette 
grande couche qui adonné naissance 
aux deux opinions célèbres du méteir- 
morphisme et de l'antimctamorphism.e. 
D'après les métamorphistes, le gueiss 



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, 






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et ses congénères auraient été primi- 
tivement des terrains sédimenteux, 
purement neptuniens, d'où leur tex- 
ture stratitiée ; puis, ayant été soumis 
à une forte chaleur, auraient pris 
le caractère de cristallisation qu'ils 
joignent à celui de stratification. D'a- 
près les antimétamorphistes, ils se- 
raient purement ignés d'origine , au- 
raient été la première couche refroi- 
die, auraient, par conséquent, fourni 
les matières aux premiers sédiments, 
et la couche granitique qui les sup- 
porte auj ourd'hui ne se serait refroidie 
qu'ensuite de haut en bas ainsi qu'elle 
continue de le faire. Leur texture 
par strates est la seule difliculté 
qu'on puisse opposer à ce second sys- 
tème, plus raisonnable à nos yeux 
que le premier, mais il nous semble 
qu'elle peut s'expliquer par les mou- 
vements de marées et de tempêtes 
auxquels fut soumis le globe quand 
il passait de l'état de fusion à l'état 
solide : au reste cette idée nous est 
personnelle, et il ne. faut lui attribuer 
aucune autorité scientifique. 

Nous pouvons maintenant faire no- 
tre résumé. Nous passerons sous si- 
lence une foule de détails, ainsi que 
les classitications compliquées des géo- 
logues, qui dili'èrent beaucoup les 
unes des autres et continueront de 
différer jusqu'à ce que cette science 
soit complètement formée ; nous ne 
signalerons que les grands traits sur 
lesquels on est d'accord. 

Nous remonterons de bas en haut. 

I. Terrains primitifs, ignés, massifs, 
etc., qui occupent la partie la plus rap- 
prochée du centre, qui se montrent en 
général aux sommets des montagnes, 
et dont certains fragments sont par- 
fois rejetés par les volcans les plus 
modernes, lesquels sont les plus pro- 
fonds. C'est 1 e granité et sescongénères. 

Au-dessus de cette série de roches 
se place la grande couche de gneiss 
et de ses congénères dont nous avons 
parlé; elle présente un caractère 
douteux, paraissant tenir à la fois à 
deux ordres différents, au règne du 
feu et au règne de l'eau, à la forma- 
tion cosmologique primitive et à la 
formation vraiment géologique qui 
a succédé et qui s'est faite principa- 



lement par sédimentation. On ne 
trouve dans cette grande série in- 
termédiaire aucuns débri s organiques. 
Cette absence appuie fortement, à 
notre avis, l'opinion de ceux qui pen- 
sent qu'elle résulta du premier re- 
froidissement et que l'eau ne fut pour 
rien dans sa formation. Les métamor- 
phistes répondent : « qu'il serait possi- 
ble que l'absence de fossiles dans ces 
terrains dépende de quelque cause, 
telle que la destruction par la chaleur 
résultant d'énormes masses de roches 
ignées épanchées auprès et même au- 
dessusde ces couches non fossilifères » 
(Milne Edwards et Achille Comte.). Ils 
disent aussi qu'il peut y avoir absence 
de toute flore et de toute faune durant 
cette première période, qui dut être 
très-longue et qui fut, selon eux, une 
période de sédimentation sous les 
eaux. Mais ni l'une ni l'autre de ces 
réponses ne sont naturelles. Com- 
ment la vie organique nese serait-elle 
pas développée pendant un si long 
temps durant lequel ses conditions 
de développement auraient été les 
mêmes qu'elles vont l'être dans la pé- 
riode suivante? et si elle se développa, 
comment n'en resterait-il aucune 
trace? 

Il est vrai que, dans ces derniers 
temps, on a cru reconnaître quelques 
indices de ce qu'on a nommé les ani- 
maux aurore dans des roches qu'on 
peut rattacher aux étages supérieurs 
de cette couche; maisrien n'est moins 
certavn que ce qui concerne ces ani- 
maux aurore et il est encore plus 
douteux que les roches où ils se trou- 
vent appartiennent aux congénères 
du gneiss ; ils peuvent, si facilement, 
être classés dans des terrains plus 
modernes. 

II. Terrains sédimenteux organifè- 
res. — La division la plus naturelle 
qu'on en puisse donner jusqu'à pré- 
sent est celle-ci: terrains primaires; 
terrains secondaires; terrains ter- 
tiaires ; et terrains quaternaires. 

1° Terrains primaires, correspon- 
dant à la première période organique. 
Ce sont les chistes-ardoises, les cal- 
caires de transition, etc. lisse pré- 
sentent avec le caractère de sables, 
vases et d'autres matières déposées 
dans les eaux. Ils annoncent aussi 



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uns origine marine, et leur époque 
paraît être marquée parun long séjour 
d'eaux salées sur toute ou presque 
toute la surface du globe. Ils sont 
par couches horizontales non paral- 
lèles à celles des terrains précé- 
dents, ce qui indique que ceux-ci fu- 
rent bouleversés par d'immenses 
soulèvements avant qu'ils se for- 
massent. Leurs couches les plus infé- 
rieures ne renferment que très-peu de 
fossiles. D'autres en sont très-riches 
et présentent, dans toutes les parties 
des deux continents, d'immenses dé- 
pôts de végétaux et surtout d'animaux 
marins. Les végétaux sont des fucus; 
les animaux appartiennent tous aux 
classes inférieures et sont très-diffé- 
rents de ceux d'aujourd'hui: éponges, 
polypes, quelques mollusques, encri- 
nes, trilobites, etc., que l'on croyait 
n'avoir plus maintenant d'analogues 
avant les derniers sondements dont 
nous avonsparlé, lesquels en ontrévélé 
un nombre incalculable dans les fonds 
les plus bas de nos océans actuels. Aux 
dernières expositions, la collection 
des fossiles du Canada etde l'Australie 
montrait dans le terrain paléozoïque 
qui appartient à cette première série, 
de superbes trilobites, desmollusques, 
( cumularia, productifs ,pentameiius,J 
et des végétaux (sigilluria, lepidoden- 
dron,) qui prouvaient l'analogie par- 
faite de formation des deux mondes 
à la même époque. 

Dans ces terrains primaires, point 
de reptiles ni d'ammonites ; aucun 
des animaux qui vont apparaître dans 
la période suivante. Cependant, nous 
devons dire qu'à l'étonuement des 
géologues, il a été découvert, dans ces 
dernières années, quelques débris de 
vertébrés, appartenant à une famille 
de poissons de mer complètement 
éteinte, dans des roches qu'il parait 
très-difficile de ne pas rattacher à 
cette antique formation. 

2° Terrains secondaires. — Les sé- 
diments qui forment ces terrains sont 
antérieurs au soulèvement des Pyré- 
nées. Ils commencent avec la houil- 
le (I) et finissent avec la craie. On les 

(i) Le terrain houiller, selon la dénomination 
de Beudant et d'Onu lins d'Halloy, système, ou 
groupe carbonifère d'à Tes eell de Mnpuhiaon, de 
la Bêche et Cordier, cukuire carbonifère et g rès 



subdivise de diverses manières. La 
meilleure division générale nous pa- 
raît être celle-ci : terrain secondaire 
inférieur, terrain secondaire moyen, 
et terrain secondaire supérieur. 

Le terrain secondaire inférieur, qui 
est principalement carbonifère, sem- 
ble bien venir après une révolution 
qui détruisit les trilobites. Les assises 
de vieux grés rouge sont les plus 
basses. Celles du calcaire houiller y 
occupent la partie moyenne, et celles 
des grés, des argiles schisteuses et de 
la houille pure, la partie supérieure. 
Les assises de houille ont souvent 
éprouvé des ruptures d'horizontalité, 
et présentent des failles qui trompent 
les mineurs. Le vieux grés rouge con- 
tient peu de fossiles et ces fossiles 
appartiennent presque tous à des es- 
pèces marines. On y trouve le cepha- 
laspis poisson bizarre dont la tête 
ressemble à un bouclier. Le calcaire 
carbonifère possède des polypiers, 
des mollusques ammonites à coquille 
en spirale, des spirifères à coquille 
en éventail, des encrines ayant eu la 
propriété d'ouvrir et de fermer leur 
tentacules, quelques trilobites encore, 
enfin des poissons, et beaucoup de 
métaux. La houille n'est elle-même, 
tout entière, que des amas de végétaux 
et de graisses animales qui , sous 
l'influence des actions chimiques se 
sont transformés en la matière que 
nous brûlons aujourd'hui. La mer, 
alors très-peu profonde, mais partout 
répandue , était parsemée d'iles couver- 
tes de végétations gigantesques. Ces 
végétations, dont la paléontologie a 
classé déjà des centaines d'espèces, 
appartenaient en grande partie àdeuï 
classes, la classe des cryptogames vas- 
culaires et la classe des phanérogames 



houiller selon MM. Dufrenoy et Élie de Beanmont, 
est classé même par beaucoup de géologues dans 
la série primaire comme la terminant on haut. Ou 
verra par la suite que cette classification est encore 

fdns conlorme que la nôtre a la division de la géo- 
ogie mosaïque en trois âges dont le premier cor- 
respondrait aux terrains primaires ; le second, aux 
terrains secondaires ; et le troi ième, aux terrains 
tertiaires. Puis, viendrait la trilogie des âges an- 
thropologiques correspondants aux terrains quater- 
naires. Si nous ne suivons pas tout-à-fuit cette clas- 
sification , c'est que celle que nous donnons, blets 
qu'elle n'eu diffère pas au fond, nous parait, dans 
sa forme, uu peu mieux correspondre à la science. 

Lii Nota. 



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dicotylédones. Il y avait des fougères 
arborescentes qui s'élevaient à 50pieds 
de hauteur, tandisqu'aujourd'hui elles 
nes'élèvent, même dans les zones tor- 
rides, qu'à 8 ou 10 pieds. D'autres 
plantes, qui n« sont plus que des 
herbes, atteignaient 70 pieds. On y 
trouve jusqu'à, des branches et des 
troncs d'arbres, et beaucoup d'espèces 
de conifères perdues. Des poissons 
singuliers, dont le corps est couvert 
de grosses plaques solides ressemblant 
à la carapace des tortues et qui ont 
des caractères de reptiles, s'y rencon- 
trent aussi avec des mollusques d'eau 
douce, des insectes, des scorpions, etc. 
Toutes ces espèces diffèrent de celles 
de nos jours. 

C'est à cette époque du développe- 
ment géogéniqne que se révèle la plus 
grande exubérance de végétation; 
c'est l'apogée de la flore antique. Et 
l'on peut juger de la vigueur avec 
laquelle la terre a produit cette flore 
à sa surface, lorsque, d'une part, on 
sait que l'épaisseur des couches du 
terrain houiller, très-variable an reste 
selon les lieux, atteint en Angleterre 
et au Canada jusqu'à 3,000 et 3,200 
mètres, et qu'en Espagne, selon M. de 
Verneuil, cette épaisseur approche de 
4,000 mètres, et lorsque, d'autre part 
on est obligé de se représenter ces 
couches comme exclusivement for- 
mées d'accumulations de végétaux 
dont les assises se réduisaient, pour 
devenir ce qu'elles sont aujourd'hui, 
d'une manière énorme. 

Cet apogée du règne végétal aura 
pour pendants deux apogées sembla- 
bles du règne animal dans deux dos 
époques suivantes. Nous aurons soin 
d'en faire l'observation. 

Le terrain secondaire moyen se 
compose de grés bigarrés, de calcaires 
conchy liens, de marnes irisé* s. — Trois 
roches qui portent le nom commun 
de trias — de magnésies, de gyt>ses ou 
pierres à 'plâtre, de dépôts considéra- 
bles de sel gemme, qui ont fait don- 
ner à tout l'étage le nom de satifére. 
Il garde des traces de torrents immen- 
ses et d'épanchements volcaniques. Le 
nouveau grés rouge et ses accessoires 
y forment des couches de 200 mètres 
d'épaisseur. Les montagnes des Vos- 
ges et de la Forêt Noire paraissent 



contemporaines de cette formation. 
Les horizontalités sontpourtantmoins 
tourmenlées que dans les terrains 
antérieurs, mais elles sont aussi quel- 
quefois soulevées. Le nouveau grés 
rouge possède peu de fossiles; il ve- 
nait après une destruction. Le cal- 
caire magnésien a des fucus, des zoo- 
phytes, des mollusques et des pois- 
sous. Les premiers reptiles et les 
premiers oiseaux paraissent remonter 
à cette époque ; on a trouvé dans le 
grés rouge d'Ecosse des empreintes 
de pas de tortues, dans d'autres ro- 
ches triasiques des débris de croco- 
diles et de quelques autres sauriens, 
et dans un grés rouge d'Amérique 
des empreintes de pattes d'oiseaux. 
Nous ne sommes pourtant pas encore 
arrivés à la découverte de l'oiseau 
complet dont le type étrange , pé- 
trifié dans une roche jurassique, re- 
cevra le nom d'archéoptéryx ; mais 
quelle différence entre les chances de 
conservation des cadavres d'animaux 
aquatiques et celles de conservation 
des cadavres d'oiseaux; ces derniers 
restent exposés à l'air où ils se dis- 
solvent. Le grés bigarré fournit les 
indices d'une reprise de végétation; 
les espèces qu'on y trouve sont pour 
la plupart différentes de celles du 
terrain houiller, et terrestres. Le cal- 
caire conchylien tire son nom de ce 
qu'il se compose, pour aiusi dire, de 
coquilles; il contient des ammonites, 
des bélemnites, des térébratules, des 
huîtres, des étoiles de mer, des encri- 
nes, des langoustes, des poissons et des 
ossements de reptiles. Les marnes 
irisées n'ont presque pas de fossiles. 
Le terrain secondaire supérieur 
parait être postérieur aux soulève- 
ments duMorvan. Une nouvelle faune 
se révèle, faune de reptiles aquati- 
ques gigantesques à formes bizarres. 
Les couches qui le composent sont 
le calcaire à gryphites, (coquilles voi- 
sines des huîtres,) le grès du lias et le 
lias, la terre à foulon et l'oolithe. Ces 
terrains garnissent, en particulier, 
les flancs du Jura, et ont reçu, pour 
cette raison, la dénomination géné- 
rale de terrains jurassiques. Ils ren- 
ferment peu de végétaux, qui sont 
pour la plupart des conifères, mais 
beaucoup d'animaux, innombrable 



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103 



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population d'ammonites, de bélem- 
nites et autres mollusques, de crus- 
tacés, voisins de nos homards et de 
nos écrevisses, d'oursins, de gripbées 
et autres zoophytes ; débris d'in- 
sectes et ossements d'oiseaux, qui 
présentent pour type l'archœoplérix. 
Ce qui frappe davantage, ce sont les 
grands sauriens, le mégatosaure, espèce 
de lézard grand comme notre ba- 
leine, l'ichthyosaure, de la même taille, 
armé de rames au lieu de pattes, le 
plésiosaure, à la petite tèle de serpent 
au bout d'un cou d'une longueur 
énorme, le ptérodactyle., lézard de la 
grosseur d'un cormoran, armé d'ailes 
comme nos chauves-souris ; enlin cro- 
codiles monstrueux, et monstrueuses 
tortues. Un fragment de mâchoire in- 
férieure semble indiquer un premier 
mammifère, quoique le règne des 
mammifères ne commence que dans 
les terrains tertiaires. 

C'est là ce premier apogée du. 
règne animal que nous avons an- 
noncé ; et celui-là consiste dans un dé- 
veloppement sans mesure des grands 
animaux aquatiques, sauriens et vo- 
latiles. Ce sont ces être* monstrueux 
qui se partagèrent, durant cette pé- 
riode, l'empire du globe terrestre. 

Entre les terrains secondaires que 
nous venons d'analyser et les tertiaires 
que nous allons aborder tout à 
l'heure, se place une série douteuse 
tenant à la fois des uns et des autres, 
la série crétacée. Elle parait être 
subséquente à une grande révolution 
qui aurait détruit les grands sau- 
riens, et eu pour cause des soulève- 
ments dont le mont d'Or, le mont Pi- 
las, les Cévennes, l'Erzebirge en Saxe, 
feraient partie; les Pyrénées ne se 
forment pas encore. Ces terrains cré- 
tacés comprennent le tuffeau de Rouen, 
le grès vert, la craie blanche de 
Champagne, etc ; il y a des assises qui 
sont marines, et d'autres qui sont la- 
custres et tluvialilcs. La mer et l'eau 
douce se partagèrent, à cette époque, 
une grande partie de la surface du 
globe. Toujours beaucoup de mollus- 
ques; des poissons d'espèces diffé- 
rentes de celle des terrains précédents; 
fossiles -'égétaux assez nombreux de 
monocotylédons et de conilèies; tor- 
tues nouvelles et nouveaux sauriens, 



presque aussi grands que leurs pré- 
décesseurs, dont le crocodile de Meu- 
don est un type ; le mosasaure, sorte 
de monitor à palettes natatoires, de 
vingt-cinq pieds de long, en est une 
autre ; on trouve aussi des reptiles 
terrestres, l'Iiylœosaure, sorte de lézard 
de même longueur que le précédent 
à dos hérissé de dents le long de l'a- 
rête, l'iguanodon, sorte d'iguane her- 
bivore, long de 60 pieds et vingt fois 
gros comme les iguanes d'aujour- 
d'hui. Ossements d'oiseaux aquati- 
ques de l'ordre des éebassiers. 

Le soulèvement des Pyrénées et 
d'autres montagnes n'eut lieu que de 
longs siècles après le règne dont les- 
sédiments crétacés nous ont conservé 
les médailles; car il fallut à ces sédi- 
ments le temps de se former en englo- 
bant tous ces débris fossiles; on peut 
d'ailleurs observer, sur les lianes de 
ces monts, des couches de ce terrain, 
crétacé qui sont redressées par leur 
soulèvement, ainsi que celles des ter- 
rains précédents qui sont au-dessous,, 
tandis que les assises de formation, 
postérieure à ces montagnes sont au. 
pied étendues horizontalement sans 
avoir été dérangées. 

3° Terrains tertiaires. — Cesterrains 
sont postérieurs au soulèvement des 
Pyrénées et antérieurs à l'apparition 
de l'homme, ainsi qu'aux plus an- 
ciennes alluvions diluviennes propre- 
ment dites. Les mers occupent moins 
d'espace. Les mammifères deviennent 
abondants, et tous les êtres orga- 
niques, quoique différant encore. 
d'espèce avec ceux de notre âge, 
présentent, cependant, le mode d'or- 
ganisme aujourd'hui en usage. Ce 
sont les mêmes genres. 

On les divise encore en trois séries: 
la série inférieure qui, dans ces der-. 
niers temps, a pris le nom d'eocéne; 
la série moyenne, qui a pris le nom 
de miocène, et la série supérieure, la. 
plus voisine du diluhium, qui a pris, 
le nom de pliocène. 

Le terrain tertiaire inférieur, ou 
l'éocène, se compose de l'argile 
blanche de Londres, de l'argile plas- 
tique et du calcaire siliceux des envi- 
rons de Paris, du calcaire grossier de 
Paris, du gypse ou pierre à plâtre 
de Montmartre, etc. Le calcaire gros- 



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AGE 



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AGE 



sier révèle une formation dans des 
eaux peu salées; les coquilles qu'il 
contient sontfluviatiles ou terrestres ; 
le gypse est surmonté de sables ma- 
rins mêlés de coquilles d'imitres et 
de débris de poissons. Les chaînes de 
la Loire et de l'Allier et celles de la 
Corse et de la Sardaigne paraissent 
postérieures à ces terrains. Citons, 
parmi les fossiles de cet âge, le palco- 
therium, et l'anoplotherium, espèces 
de pachydermes trouvés à Mont- 
martre et reconstruits par Cuvier, et 
de très-grands rongeurs, qui vivaient 
sur les bords du golfe qui couvrait 
l'emplacement de Paris, tandis que 
ce golfe était habile par de grands 
cétacés, des multitudes de polypes, 
de mollusques et des poissons. Les 
fleuves qui se jetaient dans ce golfe 
en diminuaient beaucoup la salure. 
Les débris d'oiseaux et de reptiles 
terrestres et aquatiques ne manquent 
pas non plus. 

Le terrain tertiaire moyen, ou le 
miocène, se compose des grès de 
Fontainebleau, des molosses de la 
Suisse, des terrains tertiaires de Bor- 
deaux, des talus de la Touraine, etc. 
Il parait être postérieur aux mon- 
tagnes de Corse et à un premier sou- 
lèvement des Alpes dont fait partie le 
mont Viso, et antérieur à un second 
soulèvement des Alpes qui comprend 
tous les pics grandioses de la chaîne 
occidentale et la chaîne du Valais vers 
l'Autriche. Les animaux terrestres et 
aquatiques sont très-nombreux et se 
rapprochent de plus en plus de ceux 
de nos jours : beaucoup des mêmes 
mollusques peuplent encore nos mers. 
Apparaissent les proboscidiens, les 
mastodontes, les pakotheriums, les au- 
thracotheriums, les lophidions et autres 
mammifères perdus, les rhinocéros, 
les hippopotames, les hyènes, des 
singes d'espèces particulières, (1) etc. 
Ledinotherium, le plus grand des ani- 
maux terrestres qui ait existé appar- 
tient au miocène ; il est à peu près 
certain qu'il portait une trompe 



(1) On commença d'en découvrir vers 1837. Vingt 
ans «près, M. Lartet en trouva un Je très-graDtTe 
taille et de Tonne élancée, qu'il rattacha aux si- 
miens dont lo cb ni| anzé, l'orang ontanff, le gibbon 
et le gorille sont des espèces. Denui- 1857, les dé- 
couvertes eu ce geure se soot multipliées. 



comme l'éléphant; mais ses défenses 
énormes étaient recourbées vers la 
terre et, chose bizarre, placées sur 
la mâchoire inférieure. C'est encore 
dans le miocène qu'apparaît l'Hippa- 
rion que l'on a considéré comme le 
père de nos chevaux, lesquels vont 
apparaître dans le pliocène et surtout 
dans le dihnium; il a trois doigts dé- 
veloppés tandis que nos chevaux ont 
le métatarse composé d'un seul os 
apparent; mais il faut ajouter que, 
dans le fœtus du cheval, les doigts 
sont distincts, ils se soudent durant 
le développement, laissant plus tard 
quelques traces de leur existence 
primitive dans les filets. Le ruminant 
de cette époque, que M. Baudry a 
nommé tout dernièrement, le paloeo- 
reas, présente un phénomène ana- 
logue dans le pied de devant surtout; 
il semble que cet organe, chez ces 
animaux, va en se simplitiant à me- 
sure qu'ils approchent de notre âge; 
pour les cornes, c'est l'inverse, les 
ruminants sont d'abord sans cornes, 
puis les cornes prennent un grand 
développement qui se continue dans 
notre époque. Dans le miocène les 
oiseaux deviennent très-abondants, 
ainsi que le constate en ce moment 
M. Alphonse Milne Edwards, qui se 
livre depuis douze ans à des études 
spéciales sur l'ornithologie paléonto- 
logique. 

Le terrain tertiaire supérieur, ou le 
pliocène, est postérieurau plus grand 
soulèvement des Alpes, et sa forma- 
tion se termine par le soulèvement 
des Andes, si la science aboutit à justi- 
fier l'hypothèse de M. Elie de Beau- 
mont, consistant à donner pour cause 
au dituvium ce soulèvement, qui au- 
rait fait le nouveau monde en tout ou 
en partie. On y remarque surtout des 
sédiments lacustres, tels que les sa- 
bles de la Bresse, le dépôt d'OEnin- 
gen, célèbre par sa richesse en fos- 
siles de végétaux et d'animaux, ceux 
de la plaine de Buenos-Ayres, ce- 
lui d'Efelsheim en Bavière,etc.Onyre- 
marque aussi des alluvions anciennes, 
qu'on nomme terrains clysmiens et 
qu'il est parfois difficile de distinguer 
des terrains quaternaires et du dernier 
diluvium. L'Europe change d'aspect, 
elle devient un continent sur lequel 






AGE 



105 



AGE 



ne se forment plus de sédimentations 
marines, excepté surles côtes. Mais il 
y a de vastes sédiments lacustres; 
c'est dans celui d'QEningen appar- 
tenant au bassin de Constance, que 
fut découvert par Scheuchzer le fos- 
sile de la fameuse salamandre homo 
diluviitestis, surdaquellenous revien- 
drons un peu plus loin, à propos de 
l'apparition de l'homme. On a trou- 
vé de nombreux amas de bois fossile, 
provenant d'arbres presque sembla- 
bles à ceux de nos contrées, beaucoup 
de coquilles d'eau douce. On peut à la 
fois rapporter à cette série, ou rat- 
tacher au diluvium, les brèches et 
les cavernes osseuses où abondent les 
restes d'hyènes, d'ours, d'éléphants ve- 
lus, de mastodontes, de rhinocéros, 
d'hyppopotames, de bœufs, d'antilo- 
pes, dont les genres existent encore, 
mais dont les espèces sont perdues. 
Plusieurs de ces genres vivaient alors 
dans les coatrées boréales et tempé- 
rées, tandis qu'on ne les trouve plus 
aujourd'hui que dans les pays chauds. 
Le sol du bois de Boulogne, près Pa- 
ris, est rempli de restes d'éléphants 
qui s'y développaient et qui n'ont ja- 
mais été vus dans ces lieux depuis les 
temps historiques. On remarque dans 
certaines cavernes et fentes de ro- 
chers, telles que celle de Kirkdale en 
Angleterre, des restes de grands car- 
nassiers entourés d'ossements d'ani- 
maux plus petits dont ils faisaient 
leur proie, et sur lesquels leur dent a 
parfois laissé son empreinte. Un mam- 
nii'ère gigantesque de l'ordre des éden- 
tés nommé le megaiherium a été 
trouvé dans les sédiments de Buenos- 
Ayres ainsi que le crâne d'un rongeur, 
le toxodon, qui ne ressemblait guère 
à nos lapins, puisqu'il était gros 
comme un éléphant. On fait chaque 
jour dans ces terrains de nouvelles 
découvertes; c'est ainsi qu'on trouvait, 
il y a quelques années, un oiseau gi- 
gantesque dans le terrain deParis. 

Ce fut pendant la formation des 
terrains tertiaires que se développa 
cette seconde faune géologique si 
puissante, que nous avons encore an- 
noncée; mais elle diffère de la pre- 
mière en ce qu'elle est terrestre au 
heu d'être aquatique. Elle fut telle- 
ment exubérante, à en juger par les 



traces qu'elle a laissées dans les cou- 
ches qui se sont formées pendant son 
règne, qu'on s'est demandé comment, 
étant principalement herbivore etfru- 
givore, la végétation contemporaine 
put lui fournir la quantité de nour- 
riture suffisante. On a répondu 
que, les espèces étant très-nom- 
breuses, et ayant des régimes et des 
goûts différents, l'un vivant de fruits, 
un autre de feuilles, un autre d'écor- 
ces, un autre de racines, il n'y avait 
rien de perdu et il y avait assez pour 
tous. 

4°. Terrains quaternaires ou ter- 
rains modernes. Comme nous l'avons 
dit, il y a encore de grandes confu- 
sions entre beaucoup de ces terrains 
et ceux qui appartiennent au plio- 
cène. Ils sont postérieurs à une révo- 
lution qui aura mis à sec les grands 
lacs et contribué à former les ter- 
rains clysmiens, les terrains de trans- 
port anciens, les grandes vallées de 
dénudation auxquelles ont été enle- 
vés des blocs erratiques énormes que 
l'on retrouve quelquefois à 3,000 
pieds d'élévation ; et ils nous sont, 
d'ailleurs, contemporains en ce sens 
que silesuns paraissent avoir immé- 
diatement précédé l'apparition de 
l'homme, les autres ont continué 
de se former depuis cette apparition. 
Nou* ne pouvons donner une clas- 
sification définitive de ces terrains qua- 
ternaires — ils seraient mieux nom- 
més plioceno- quaternaires — parce 
qu'une telle classification n'existe pas 
encore. Tout ce que l'on peut dire, 
dans l'état présent de la science , 
c'est que tous les phénomènes étu- 
diés indiquent l'action d'un torrent 
énorme, appelé le diluvium, ayant 
laissé de grandes traces d'une direc- 
tion à peu près uniforme du nord au 
sud, etayantprobablement détruit ces 
multitudes d'animaux dont nous re- 
trouvons les restes dans les cavernes 
osseuses. Le diluvium nous a long- 
temps paru trop ancien pour être le 
résultat du déluge historique et tra- 
ditionnel ; mais nous sommes aujour- 
d'hui à peu près forcé de reconnaître, 
ainsi qu'on le verra dans le troisième 
de ces articles consécutifs, qu'il n'est 
autre chose que l'effet de ce déluge 
lui-même, qui, d'une part, a laissé sur 



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AGE 



106 



AGE 



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toute la face du globe des traces qui 
prouvent avec éloquence la véracité 
du récit mosaïque, mais qui, d'autre 
part, parait devoir être reporté plus 
haut que ne le taisaient les traditions 
humaines consignées dans les anciens 
livres. Cette question sera traitée 
dans ce troisième article dont nous 
venons de parler. 

ISousconsidéierons donc tous les ter- 
rains antérieurs au diluvium comme 
antédiluviens, c'est-à-dire antérieurs 
au déluge traditionnel, le diluvium 
comme formant lui-même les terrains 
diluviens proprement dits, et nous ap- 
pellerons postdiluviens les véritables 
terrains quaternaires modernes qui 
sont, depuis le déluge, en voie de 
formation. 

Ces terrains sont les deltas et autres 
alluviuns des lleuves, tels que le delta 
du Nil, relui du Rhône, celui du Pô, 
celui du Biississipi, etc. ; les îlots des 
Sauves, comme lesiles de la Seine ; 
les dunes de sables, ou alluvions de 
la mer dont les lits fournissent des 
données suffisantes pour calculer les 
siècles el les années qu'elles ont mis 
à se foi nier; les alluvions lacustres 
qui Uniront par remplir les lacs dans 
lesquels elles se forment ; les dénu- 
daliuns et érosions des montagnes 
avec les atterrissements qui se font à 
leurs bases; les dépressions progres- 
sives que subissent les buttes de sel 
gemme, telles que celle de Cardona 
en Espagne et celles des bords de la 
Mer-Morte qui salent de plus en plus 
ses eaux ; lesmweanes, ou accumula- 
tions de détritus que déposent les 
glaciers aux pieds des montagnes où 
ils se fondent, accumulations très- 
régulières ; les tourbières, qui pren- 
nent d'autant plus de ressemblance 
avec la bouille qu'elles deviennent 
plus anciennes; il y en a qui for- 
ment des îlots flottant augré du vent ; 
les îles madréporiques, telles que les 
îles de corail de la mer du sud; il y 
en a qui peuvent remonter aux plus 
anciens temps géologiques, et il con- 
tinue de s'en former sans cesse ; les 
concrétions, telles que les stalactites et 
les stalagmites et le travertin de 
Rome formé de matières calcaires 
qui s'aggrègem avec des sables et 
des débris organiques; enfin, Y humus 



ou la terre végétale, qui va toujours 
en augmentant par l'accumulation 
des détritus organiques et des débri 
des roches, dont la surface est sou 
mise à l'action des éléments physi- 
ques, mécaniques et chimiques 

Ces terrains quaternaires propre- 
ment dits et pour la plupart post- 
diluviens, portent des traces de l'exis- 
tence de l'homme et do tous les ani- 
maux actuellement existants , soit 
comme déhris organiques, soiteomme 
reliques de travaux ou d'industrie; 
mais les terrains diluviens , ou le 
diluvium, et même peut-être quel- 
ques autres plus anciens encore, et 
antédiluviens, parmi ceux que nous 
avons qualifiés de plioccno-quater- 
naires, en contiennent aussi. 

Or, nous arrivons, avec tous les ter- 
rains à fossiles d'hommes, à une autre 
sériede dé\eloppementsetd'àges, qui 
paît de l'apparition de l'homme sur 
la terre, et par conséquent du 6 e des 
jours de Moïse , inclusivement pris, 
ainsi que nous allons le voir : c'est 
la série des âgrs anthropologiques, 
laquelle fera l'objet de l'article qui 
suivra celui-ci. 

II 

HARMONIE DE LA GÉOGÉNIE DE MOÏSE ET 
DE SES TROIS AGES AVEC LA GÉOGÉMB 
SCIENTIFIQUE. 

Nous avons vu dans le cosmologie 
mosaïque un verset, se rapportant au 
troisième jour, et à ce qui fut fait 
dans cette période antérieure à celle 
de l'apparition des astres qui ne vient 
qu'au quatrième rang d'ancienneté ; 
et nous avons dû qualifier, à la fois, 
ce passage de cosmogénique et de 
géogénique. Nous avons vu de même 
les séries de terrains commencer, à 
partir d'en bas, c'est-a-dire, à partir 
de ce qui fut le premier élat de la sur- 
face du globe, par ces couches massives 
innées, primitives, que nous avons 
du qualifier, tout à la fois, de géolo- 
giques et de cosmologiques. C'est un 
premier point de ressemblance qui 
est sans importance, mais qui ré- 
sulte cependant d'une correspondance 
parallèle des deux exposés, l'exposé 
biblique et l'exposé scientifique, avec 
la réalité qui rend elle-même impos- 
sible l'établissement d'une déinar- 



AGE 



107 



AGE 



cation positive. C'est à partir de ce 
verset, plus amphibie encore que les 
autres, qui; noua allons reprendre le 
tableau de la (ienèse. 

Nous avons vu aussi la difficulté 
qu'il y aurait, en ne prenant même 
que le texte, à entendre par les jours 
de la création des jours pareils aux 
nôtres, des jours de 24 heures, puis- 
que les trois premiers n'ont ni le so- 
leil ni la lune pour les déterminer. Re- 
nonçons doue à donner ce sens au 
mot jour, entendons par ce mot des 
périodes indéterminées ; par ceux-ci, 
le soir et le matin, la lin d'une période 
antécédente et le commencement 
d'une période suivante; et nous al- 
lons voir l'haï monte se faire d'elle- 
même avec une facilité merveilleuse. 
Suivons notre méthode adoptée, et 
mettons d'abord sous nos yi ux la tra- 
duction littérale du passage tout en- 
tier. 

a Or, Dieudit : Que s'amassent en un 
lieu les eaux qui sont sous le ciel ; et 
qu'app, iroisse l'aride. Et il sefitainsi, 
Et Dieu appela l'aride terre, et les 
amas des eaux, il les appela mers. 
Et Dieu vit que c'était bon. Et il dit: 
Que la terre germe de l'herbe verte 
et faisant semence et du bois pomi- 
fère faisant fruit selon son genre, dont 
la semence soit en lui-même sur la 
terre ; et il se lit ainsi. Et la terre pro- 
duisit de l'herbe verte et faisant se- 
mence selon son genre et du bois fai- 
sant fruit et ayant toute semence se- 
lon l'espèce. Et Dieu vit que c'était 
bon. Et du soir et du matin se lit un 

troisième jour 

ÉNouspas&ensl'œawedu quatrième 
jour qui n'est que cosmogénique.) 

« Or, Dieu dit aussi : Que les eaux 
produisent le reptile à âme vivante 
et le volatile sur la terre sous le fir- 
mament du ciel. Et Dieu créa les 
grands poissons, (cete grandia) et 
toute âme vivante et active qu'avaient 
produite les eaux dans ses espèces, et 
tout volatile selon son genre. Et Dieu 
vit que c'était bon. Et il les bénit di- 
sant : Croissez et multipliez,. et rem- 
plissez les eaux de la mer. Et que les 
oiseaux multiplient sur la terre. Et du 
soir et du matin se fit un cinquième 
jour. 

«Dieu dit aussi : Que la terre pro- 



duise les animaux vivants dans leur 
genre, les juments, elles reptiles, et 
les bêtes de terre selon leurs espèces. 
Et il se fit ainsi. Dieu lit les hôtes de 
terre selon leurs espèces, et les ju- 
ments, ettout reptile de terre dans son 
genre. Et Dieu vit que c'était bon. 

« Et il dit : Faisons l'homme à notre 
image et similitude ; et qu'il préside 
aux poissons de la mer, et aux vola- 
tiles du ciel, et aux bêtes, et à toute la 
terre. » (vers. 9 à 13 et 20 à 26.) 
Reprenons. 

« Dieu dit : Que s'amassent en un. 
lieu les eaux qui sont sous le ciel. » 
(v. 9.) 

Voilà le début du premier des trois 
âges géogéniques, lequel s'enlace dans 
les deux derniers de la cosmogénie. 
Nous avons, dans le précédent arti- 
cle, expliqué ces paroles : Les eaux qui 
sont sous le ciel ; les eaux en vapeur se 
sont condensées et sont retombées peu 
à peu sur la surface terrestre refroidie, 
dont la croûte est celle couche de 
gneiss et de ses congénères, qui sont 
les matières les plus légères dont se 
composait le globe, les autres étant 
allées vers le centre selon leur ordre 
de densité. Pendant ce temps, les 
couches immédiatement inférieures au 
gneiss (granits, porphyres, etc.) ont 
commencé de se l'uriner par le refroi- 
dissement continu fie haut en bas ; et 
sesontaccumulées dans l'intérieur les 
grandes mines cosmiques, éléments 
des grands volcans qui vont faire appa- 
raître les premières montagnes. 

C'est à ce point que Moïse prend 
l'œuvre de Dieu. On pourrait enten- 
dre même à la rigueur que ce premier 
lieu où s'amassent les eaux du ciel est 
unique, et que c'est toute la surface 
du globe. 
« El qu'apparaisse l'aride, » (v. 9.) 
Cette parole correspond aux pre- 
miers soulèvements établissements, 
aux premières contorsions que subit 
la croûte de gneiss sous l'action des 
charges volcaniques intérieures. L'a- 
ride se montre ça etlà, il sort du sein 
des eaux, et les eaux, qui étaient ré- 
pandues tout à l'entour, s'accumulent 
dans tous les lieux bas. Mais il y a eu, 
par suite du mouvement des eaux, 
des agitations de l'air, des actions 
physiques et chimiques, des ravine- 



■M 



S 



AGD 



d08 



AGE 



mentsde la surface, et des réductions 
du gneiss. — L'analyse de cette roche 
nous montre qu'elle renfermait les ma- 
tières suffisantes pour la composition 
dessédinicnts — en terrains de diverses 
natures ; ces terrains se sont formés 
sous les eaux, et nous obtenons ainsi 
les premières assises sédimenteuses 
dans lesquelles se développera la vie. 

« Et il se fit ainsi. Et Dieu appela 
l'aride terre, et les amas des eaux, il 
les appela mers. Et Dieu vit que c'é- 
tait bon. » (v. 10.) 

C'est la matinée du même jour : 
Dieu en a fait l'œuvre par ses volcans ; 
il a par eux séparé l'eau d'avec la 
terre sèche, et dès lors les amas d'eau 
et les lieux élevés prennent leurs 
noms : mers et terres. Et l'œuvre est 
trouvée bonne. Elle renferme, en 
effet, les éléments de tous les épa- 
nouissements qui vont se succéder 
dans la longue série des ûçjrs géologi- 
ques. Remarquons, avant d'aller plus 
loin, la magnitique progression de 
l'écrivain sacré. Premier jour cos- 
mologique : séparation de la lumière 
d'avec les ténèbres, c'est-à-dire selon 
notre interprétation, séparation des 
fluides impondérables, forces cosmi- 
ques, d'avec les matières brutes. Se- 
cond jour cosmologique : séparation 
des eaux inférieures d'avec les eaux 
supérieures par l'étendue entre elles 
du lirinament éthéré, et selon notre 
interprétation, séparation de la masse 
liquide de la terre d'avec les autres 
masses liquides et lluides du soleil et 
des planètes antérieurement confon- 
dues, par le moyen du vaste espace, 
ou éther libre, qui est le firmament. 
Matin du premier jour géologique 
qui est compris dans le troisième de 
la série générale : séparation des 
terres et des mers, c'est-à-dire selon 
notre interprétation conforme à la 
science géologique, apparition des 
terres arides au sein des mers par les 
premiers soulèvements volcaniques, 
et, par là même, accumulation des 
mers dans les lieux les plus déprimés. 
Tout lecteur avouera que la progres- 
sion, en se rapprochant ainsi de la 
terre pour, à la fin, se fermer sur 
l'homme, est vraiment admirable ; 
elle choisit bien les grands traits qu'il 
convient de faire ressortir. 



Arrivons au soir de ce. troisième jour, 
qui est le premier de la géogénie : 

« Et Dieu dit : Que la terre germ» 
de l'herbe verte et faisant semence, et 
du bois faisant fruit, etc. » (v. 1 1.) 

Le lecteur n'a pas oublié celte vé- 
gétation gigantesque de fougères ar- 
borescentes de 00 pieds de hauteur, et 
d'autres plantes et arbres en propor- 
tion, qui couvre les iles et dont les dé- 
tritus ont produit nos houillères, pre- 
miers terrains secondaires, nousrévé- 
lant danstoutesleszunes actuelles une 
végétation très-supérieure à celle de 
nos tropiques. C'est bien encore un trait 
frappant à décrire, c'est bien là cette 
« herbe verte » (la végétation gran- 
diose des fougères-monstres, descryp- 
togames énormes aux palmes ver- 
doyantes), et ce « bois pomilère » fai- 
santfruit (lavégétalion plus grandiose 
encore des phanérogames, dont les des- 
cendants de notre ûge, nos conifères 
d'aujourd'hui, portent ces fruits que 
nous appelons pommes de pin), vigou- 
reuse émergescence du règne végétal 
qui suppose, pour se produire, des 
conditions autres que celles de nos 
jours. Moise donne implicitement la 
raison de ces conditions différentes 
en plaçant cette création avantl'appari- 
tion du soleil à la terre. On comprend 
un aussi fastueux étalage de vitalité 
arborescente dans l'immense bâche 
des îles abreuvées par les eaux et vi- 
vifiées par une atmosphère de lumière, 
de chaleur et d'électricité : chaleur 
partout , point de régions glacées ; aussi 
trouve-t-on les grands cryptogames 
jusque dans les contréespolaires. Chose 
curieuse I les houilles, qui nous four- 
nissent aujourd'hui le gaz qui nous 
éclaire, sont, d'après Moïse, plus vieil- 
les que le soleil. 

On dira: Mais n'avons-nous pasvu 
apparaître déjà des végétaux et des 
animaux? les terrains primaires nous 
ont présenté des fucus, des polypes, 
des éponges, des mollusques, on parle 
même d'un poisson ; il est vrai que 
ce sont des végétaux et des ani- 
maux marins, ce qui suppose que les 
eaux salées couvraient toute la sur- 
face, et que, conformément au récit 
mosaïque, il n'y avait pas encore eu 
formation des îles; mais ce n'en était 
pas moins une première flore et 



AGE 



109 



AGE 



ine première faune sous les eaux 
salées, antérieure à celte création de 
la grande végétation terrestre de l'his- 
^torien sacré. 

I Nous répondons que Moïse, s'il ne 
fparle [ oint de ce premier dévelop- 
pement organique, ne le nie pas; il 
ne fait que le passer sous silence, 
fidèle à sa méthode de négliger les 
détails et de ne s'arrêter qu'aux 
grands traits. D'autre part, puisque 
nous abandonnons le sens des créa- 
tions subites et instantanées pour ad- 
mettre celui des créations par longs 
développements successifs, on peut 
comprendre que la parole qui ré- 
sume l'ensemble embrasse à la fois 
le commencement, le milieu et la lin 
de la production végétale. Cette pa- 
role ne parle pas d'animaux; mais il 
n'y a pas dans la nature de grande 
végétation sans qu'elle soit accompa- 
gnée de productions animales, de 
même qu'il n'y a point de produc- 
tions animales sans végétation ; l'un 
est le complément de l'autre, et, se- 
lon les lois de notre terre, l'un ne va 
jamais sans l'autre, avec cette diffé- 
rence pourtant que le végétal est 
plus nécessaire à l'animal que l'a- 
nimal ne l'est au végétal ; aussi Moïse 
résume-t-il la création du végétal 
avant celle de l'animal. Quand il va 
nous résumer, de même, la création 
de l'animal, il ne parlera point de vé- 
gétaux et cependant il y en aura. 
Enfin, s'il ne parle point des fucus 
et des coquilles de mer qui ont pré- 
cédé, c'est que ce détail ne devait 
point être signalé dans un sommaire 
comme le sien, lequel doit célébrer 
seulement les points frappants. Ces 
fucus et ces coquilles, bien qu'en 
nombre immense, se développent 
humblement cachés sous les eaux ; il 
ne signalera que le développement 
grandiose de la végétation terrestre 
après l'apparition des iles. 

Nous avons vu, dans l'article pré- 
cédent, ce que c'est que le quatrième 
jour dans le récit de la Genèse. C'est 
un regard jeté dans les cieux pour en 
résumer le troisième âge; les lumi- 
naires paraissent, et viennent chan- 
ger sur la terre les conditions de la 
vie; désormais il y aura le jour et la 
nuit régulièrement marqués par les 



astres ; c'est bien encore un trait ca- 
pital qui ne devait point être omis 
dans le tableau sommaire, et qui va- 
lait bien la détermination d'un jour. 

Arrivons au cinquième, qui sera 
le second âge géologique. 

« Dieu dit : Que les eaux produi- 
sent le reptile à âme vivante et le 
volatile sur la terre sous le firma- 
ment du ciel. Et Dieu créa les grands 
poissons (cote grandia) et toute âme 
vivante et active, qu'avaient produite 
les eaux, dans ses espèces, et tout 
volatile selon son genre. Et Dieu vit 
que c'était bien. » (v. 20, 22.) 

Voilà le début de la seconde pé- 
riode de la géogénie. Le tableau est 
magnifique. On croit assister à la se- 
conde exubérance de vie de la na- 
ture, à cette expansion excessive de 
la vie animale correspondante à celle 
de la vie végétale qui a eu son temps. 
C'est le règne animal dans sa jeu- 
nesse. Mais c'est un règne animal 
aquatique; ce sont les eaux qui le 
produisent ou plutôt qui depuis long- 
temps sont en voie de le produire, 
puisque Moïse dit : qu'avaient pro- 
duite les eaux. Ce sont ces reptiles 
d'eau, ces grands cétacés, cete gran- 
dia, et ces volatiles qu'il n'est pas 
nécessaire de prendre pour des oi- 
seaux proprement dits. N'avons-nous 
pas trouvé, vers la fin des terrains 
secondaires, avec les déhrisdes grands 
sauriens, le ptérodactyle, par exem- 
ple, qu'on avait d'abord pris pour un 
oiseau et qui, tout lézard qu'il fût, 
étendait de grandes ailes et volait 
comme une chauve -souris mons- 
trueuse? Il était un de ces volatiles 
qu'ontproduits les eaux, et ne décou- 
vrit-on que ce type, c'en serait asseï 
pour nous faire supposer une nom- 
breuse population amphibie et aqua- 
tico-aérienne telle, dans ses espèces, 
que celles de nos jours n'en puissent 
donner l'idée ? 

Moïse ajoute, pour marquer mieux 
encore l'exubérance du développe- 
ment : 

« Et il les bénit, disant : Croissez 
et multipliez, et remplissez les eaux 
de la mer. Et du soir et du matin 
se lit le cinquième jour. » (v. 23.) 

Ne semble-t-il pas, à l'entendre faire 
parler Dieu de la sorte à ces « reptiles 




,!• 




AGE 



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AGE 



■ 



à âme vivante », à ces « cete grandia » 
à ces « âmes vivantes et actives, ani- 
mant vioeiUem atqae motabilem, qu'ont 
produites les eaux » à ces « volatiles 
sous le firmament », que nous assis- 
tions à un envahissement de la na- 
ture par ces monstres, et aux combats 
grandioses de ces énormes sauriens, de 
ces grands reptiles aquatiques, de ces 
reptiles vol. uns, de ces mègalosaures, 
de ces plésiosaures, de ces crocodiles 
géants, de ces ptérodactiles des ter- 
rains jurassiques dont Caviar nous a 
reconstruit les squelettes? La terre 
s'est reposée depuis la grande végé- 
tation; des révolutions l'ont renou- 
velée; et voilà que les eaux, en- 
graissées par les détritus d'un long 
règne , produisent cette population 
titanesque des amphibies avec la- 
quelle l'homme et les animaux d'au- 
jourd'hui ne pourraient vivre. S'il 
apparaît quelques mammifères, vers 
la tin de cette époque, ils passent 
inaperçus; le règne de ces derniers 
aura son avènement plus lard. Mais, 
il y aura aussi dc-i oiseaux, du moins 
des oiseaux aquatiques ; Moïse le dit 
en finissant : 

« Et que les oiseaux multiplient sur 
la terre. » [ty 22.) Nuusen avonstrouvé 
quelques ossements avec des débris 
d'insectes, dans les mêmes assises, 
ainsi que des empreintes de leurs pas 
marqués sur le grès. Ils signalent latin 
dece cinquième jourde Moïse, second 
dge de la géologie, auquel correspon- 
dent les terrains secondaires, salilères, 
jurassiques, crétacés, puisque dans 
leurs antiques reliquaires, ils nous • 
conservent les restes pétrifiés de toute 
la production organique de cet âge, 
en reptiles, cétacés, poissons, vola- 
tiles amphibies, et oiseaux, produc- 
tion plus étonnante encore que la 
flore monstrueuse du jour précédent. 

Passons au sixième, qui est le troi- 
sième dge de la géologie, et commen- 
çons par le matin de ce jour. 

« Dieu dit : Que la terre produise 
les animaux vivants dans leur genre : 
les juments, les reptiles et les bêtes 
de terre selon leurs espèces; et il se 
fit ainsi. Dieu fit les bètes de terre 
selon leurs espèces, et les juments et 
tout reptile de terre dans sonsenre. Et 
Dieu vit que c'était bien. » (^ 24, 23.) 



Dieu ne dit plus : que tes eaux pro- 
duisent; il dit que la terre produise; 
c'est qu'en elfet, nous avons vu, dans 
l'époque primitive de la géologie, 
correspondante à la fin du second 
jour du cosmos, la géographie natu- 
relle du globe changer sa manière 
d'être ; sa surface ne consiste plus en 
un vaste océan parsemé d'Iles ; les 
continents se sont dessinés; et ce sont 
maintenant les sédiments mis à sec 
qui vont produire les principales 
flores et les principales faunes. La 
triple série des terrains tertiaires, 
l'éocène, le miocène et le pliocène, 
nous montre dans ses assises une nou- 
velle production, très-abondante en- 
core, de végétaux et d'animaux, mais 
surtout d'animaux herbivores ne res- 
semblant plus à celle que nous ont 
révélée les assises supérieures des 
terrains secondaires. Ces nouveaux 
animaux appartiennent aux classes 
et aux genres qui régnent aujour- 
d'hui ; ils n'en dilfèrent que par des 
caractères spéciliques et ceux de nos 
jours pourraient n'en être que des 
variétés qui, à la longue, se seraient 
constituées en nouvelles espèces , 
comme le soutiennent les naturalistes 
qui croient aux modifications spéci- 
fiques des types. Quoi qu'il en soit, 
nous avons vu apparaître dans les 
terrains tertiaires une grande abon- 
dance de mammifères et les reptile3 
de terre, reptilia terrse, s'y sont trouvés 
aussi. Pachydermes, grands rongeurs, 
éléphants, rhinoréros, hippopotames, 
hyènes , antilopes, ours , premiers 
types du cheval, bœufs, etc. Nous y 
avons vu les vraies bètes de terre, 
bestias terrx, dont nous avons fait, 
depuis, des jummita. La production 
en a été si grande que les naturalistes 
se sont demandé si la végétation était 
même suffisante pour la nourriture 
de tous ces êtres. C'est donc encore 
une phase caractéristique et saisissante 
dans la série des développements, et 
Moïse, selon le plan de son tableau, 
ne pouvait l'oublier. 

Voici enfin le soir du sixième jour, 
qui sera la clôture du troisième dge 
géologique. 

« Dieu dit: Faisons l'homme à notre 
image et similitude; et qu'il préside 
aux poissons de la mer et aux vola- 



r*<i 



■■ 









■ 



AGE 



tii 



AGE 



tilcs du ciol, et aux bêtes, et à toute la 
terre. » {} 2G —31.) 

C'est te résumé : habitants des eaux, 
reptile aqu.se, première création ani- 
male; les mollusques et les zoophites 
peuvent être compris dans cette créa- 
tion, ils pourraient même aussi être 
qualiliés, par extension, de reptiles 
aeau. Habitants de l'air, tant amphi- 
bies volants qu'oiseaux, et tout ce qui 
vole, volatile sub firmumento cœli, se- 
conde création animale. Habita ntsde la 
terre, bestiœ terrx, reptile terrx, troi- 
sième création animale. La création 
végétale ne sera pas non plus, oubliée 
dans la reprise, (voyez \cf 20.) Quant à 
l'I i nui me il e-l 1" bTiii'r,oii dnmoinsle 
contemporain des derniers, et à cause 
de 1 uiii.uiu.il> e Ju rôle qu'il jouera, 
il est mis à part ; son règne commence 
et il va présider. Puis Dieu se repose, 
se retire en quelque sorte comme s'il 
abdiquait en faveur de son image, et 
comme s'il voulait lui dire par son 
silence, plus énergiquement encore 
que par sa parole : « Toi, tu as l'in- 
telligence, tu as la liberté; règne 
maintenant sur mes créations, mais 
non point sur ton semblable; respecte 
mon image! » 

Or, n'avons-nous pas vu les fossiles 
humains se montrer les derniers. Ils 
n'apparaissent que dans la série des 
terrains quaternaires, ou, tout au plus 
avec le mammouth, dans ces terrains 
tertiaires voisins i les quaternaires, que 
nous avons qualiliés de plioceno-qua- 
ternaires, et dont l'étude est encore 
imparfaite. 

11 y a donc vraiment une harmonie 
admirable entre lagéologie biblique et 
tes révélations de la géologie scientifi- 
que; et loin que Prou dhon ait eu raison 
de dire de la religion chrétienne, que 
la géologie bouleverse sa genèse, il 
aurait dû reconnaître que la géologie 
ne fait que développer cette genèse 
même, la mettreenév i lenceetfoumir 
les bases à sa véritable interprétation. 
Cet accord est, d'ailleurs, avoué par la 
science impartiale ; nous en citerons un 
exemple entre mille : « c'est à tort, dit 
M. Milne Edwards, que quelques au- 
teurs onteru trouver dans ces faits cons- 
tatés par la géologie, des arguments 
contre lerécit de la création que Moïse 
nous a transmis dans les saintes écri- 



tures. Un des géologues les pins sa- 
vants de l'époque actuelle, le docteur 
Buckland a fait voir qu'il n'existait 
dans ce récit rien qui ne s'accordât 
parfaitement avec les découvertes de 
la science, et que les difficultés que 
quelques personnes ont cru y ren- 
contrer dépendent de ce qu'on avait 
mal interprété le texte biblique. » 

L'ouvrage de Buckland, dont parle 
Milne Edwards, porte pour titre : Delà 
géologie et de la minéralogie dans leurs 
rapports avec la tftêologie naturelle. 
Il a été traduit de l'anglais par M. 
Doyère. 

Si nous cherchions dans les autres 
livres sacrés, nous ne manquerions pas 
d'expressions qu'on pourrait pren- 
dre, sans peine, pour dos allusions 
aux merveilles de Dieu dont nous ve- 
nons d'esquisser si rapidement un 
tableau scientitique. Citons-en quel- 
ques exemples : 

Lorsque Moïse lui-même s'écrie, 
dans le deutéronome, en faisant par- 
ler Dieu : « Le feu a été allumé dans 
ma fureur; il bridera jusqu'au plus pro- 
fond de l'enfer ; il dévorera la terre 
avec son germe ; il consumera les fon- 
dements des montagnes, (xxm, 22;) 
n'est-il pas permis de voir dans ces 
paroles une allusion aux mouvements 
volcaniques et au feu central dont 
nous avons parlé? 

Il en est de même de ces paroles du 
prophète Nahum : « Par lui les mon- 
tagnes ont été commotionucrs, les colli- 
nes ont été désolées, la terre a frémi, 
et tout l'orbe, et tout ce qui l'habitait; » 
c'est ce qui est arrivé bien souvent 
durant les trois âges géologiques. 

Voici qui est encore plus formel : 
c'est le Psalmistequi parle : Les eaux 

siégeront sur les montagnes les 

monts s'élèvent et les vallées s'abais- 
sent.... tu places les monts comme une 
limite que les eaux ne franchiront 
point. Elles ne retourneront point sur 
leurspaspour couvrir la terre, (ps. cm, 
8.) Si les eaux ne doivent pas retour- 
ner sur leurs pas pour couvrir la 
terre, c'est donc qu'elles l'ont déjà 
couverte. Avant que les montagnes ne 
fussent formées, dit encore le Psal- 
miste, ou marne la terre et l'orbe tout 
entier, tu es, à Dieu ! (ps. lxxxix, 2,) C'est 



I 




91 

I 







A.GE 



U 



professer des formations naturelles de 
montagnes sur la terre, et même une 
formation naturelle de la terre elle- 
même; quant à ce qu'il entend par 
l'orbe entier, pourquoi ne serait-ce 
pas le système solaire? Lorsque Da- 
vid chante les fondements de la terre 
révélés et mis à découvert, (ps. xvm, 
16,) ne peut-on pas entendre le rap- 
pel, par les volcans antiques, des ter- 
rains primitifs à la surface ? 

Quand L'Ecclésiaste nous dit qu'il 
n'y a rien de nouveau sous le soleil, 
qu'une race passe, qu'une autre lui 
succède et que la terre demeure ; que ce 
qui a été autrefois est ce qui doit être à 
l'avenir; que ce qui s'est fait, c'est ce 
qui doit se faire encore; qu'on ne se sou- 
vient plus de ce qui aprécédé et que, de 
même, les choses qui viendront après 
nous seront oubliées, (1, 9 à 11 ;) nous 
ne pouvons nous empêcher de penser 
aux successions que nous révèle la 
géologie. Et lorsque Job fait dire à 
Dieu : Qui a enfermé la mer dans ses 
digues, lorsqu'elle se ruait de son pro- 
pre sein ?.... Qui racontera les disposi- 
tions des deux, et qui fera dormir leur 
concert, quand la poussière s'épandait 
sur la terre et que ses glèbes se conso- 
lidaient ? cela nous rappelle involon- 
tairement le passage de Virgile que 
nous avons cité dans l'article précé- 
dent ; et il nous semble, à de pareilles 
lectures, voir, après les torrents des 
déluges géologiques, se former et se 
durcir les assises sédimenteuses par 
les dépôts successifs de la poussière 
des terrains ignés, sous les lois anti- 
ques du cosmos. 

Il en est de même, au reste, si 
nous nous plaçons au point de vue 
des vieilles traditions, lorsque nous 
lisons, par exemple, dans Manou, 
qu'il y a des créations et des destruc- 
tions de mondes sans nombre ; que l'être 
suprême accomplit ces choses avec au- 
tant de facilité que si c'était un jeu, 
répétant sans cesse les créations dans la 
vue de répandre le bonheur; lorsque 
nous nous rappelons les immenses 
périodes de toutes les cosmogonies 
orientales, celles des Dirmans dans 
lesquelles le feu et l'eau opèrent les 
destructions, celles des Egyptiens, 
toutes celles de l'Inde, qui donnent 
au monde terrestre, avant l'âge pré- 



2 AGE 

sent, trois longs âges séparés par des 
cataclysmes universels; celles du mage 
Béroze, qu'il ne faut pas confondre 
avec l'historien du même nom, qui 
prophétisait un nouveau cataclysme 
accompagné à la fois, d'un embrase- 
ment et d'un déluge universels ; celles 
des Chaldéens qui parlaient d'une 
longue suite de siècles après le 
chaos, pendant laquelle la terre avait 
donné naissance à des monstres de 
toute forme, de ioute grandeur et de 
toute structure. 

Il en est de même enfin, lorsque, 
feuilletant notre patrologie , nous 
trouvons des Pères de l'Eglise qui,- 
avec saint Justin et saint Grégoire de 
Naziance, croyaient à la théorie géo- 
génique des longues périodes. 

Avant de passer au troisième ar- 
ticle, qui doit traiter des trois âges 
de l'espèce humaine elle-même, résu- 
mons les deux qu'on vient de lire : 

Le cosmos, d'après Moïse, nous a 
présenté trois grands âges qui se sont 
succédé sans solutions de continui- 
té comme les âges d'un être orga- 
nique. 

Séparation, dans la masse primitive 
du chaos, des fluides étherés impon- 
dérables, lumineux, électriques, ma- 
gnétiques, attractifs, calorifiques, 
forces cosmiques en un mot, qui sont 
la lumière, d'avec les matières brutes, 
opaques, pondérables, étendues, di- 
visibles et mesurables, qui sont les 
ténèbres : premier âge cosmique, qui 
est l'enfance du cosmos. 

Séparation des corps célestes, incan- 
descents, fluides puis liquides, qui 
sont, à cette date de leur développe- 
ment, les océans célestes, ou les eaux 
supérieures, d'avec la terre, fluide puis 
liquide elle-même, et enfin solide par 
sa croûte, mais d'abord incandescente, 
appelée à cette date de sa formation 
les eaux inférieures, au moyen du 
firmament immense, éthéré, étendu 
dans l'intervalle: second âge cosmi- 
que, qui est la jeunesse du cosmos. 

Enfin, perfectionnement des corps 
célestes jusqu'à la propriété de rendre 
apparente par leurs photosphères, 
la lumière en divers foyers, en vi- 
brant le lluide éthéré, ce qui en fait 
des luminairestels que nousles voyons 



AGE 



m 



AGE 



aujourd'hui : troisième âge cosmique, 
qui est l'âge mùr du cosmos. 

La science, dans son explication de 
la formation des mondes, la plus avan- 
cée jusqu'à nos jours, nous a présen- 
té le même enseignement, avec cette 
seule différence, laquelle est toute en- 
tière à l'avantage de Moïse, que Moïse 
a introduit plus explicitement qu'elle 
ne l'a fait encore, la division en trois 
liges. 

Le globe de la terre, d'après Moïse, 
nous a encore présenté trois grands 
dges qui se sont succédé comme ceux 
du cosmos, sans solution de conti- 
nuité et en s'engendrant les uns les 
autres . 

Formation des terrains primitifs 
ignés; formation des eaux sur toute 
la surface; formation des premiers 
sédiments ; séparation des mers et des 
terres par les soulèvements volcani- 
ques ; enfin production la plus exu- 
bérante du règne végétal, dans la 
grande végétation dont les terrains 
sédimenteux carbonifères, qui sont 
les plus anciens des couches secon- 
daires ou même les derniers des 
couches primaires, nous donnent au- 
jourd'hui les restes emmagasinés à 
brûler durant nos hivers : Tel est le 
premier âge géogénique, l'enfance de 
la terre, que nous révèlent de concert 
Moïse et la science moderne avec 
celte différence, tout entière encore 
à l'avantage de Moïse, que la science 
n'ose pas faire remonter ces forma- 
tions avant la visibilité primitive du 
soleil et que Moïse ne manque pas 
plusd'avoircette audace qu'il n'a man- 
qué d'avoir celle de faire apparaître 
la lumière avant le soleil et les autres 
astres ; on dira peut-être que c'est 
une erreur, mais comme la science 
lui a déjà donné raison sur une de ces 
audaces , ainsi qu'à Descartes , en se 

Î>rononçaut pour la tbéorie des ondu- 
ations, il est au moins à présumer 
qu'elle le justifiera de même un jour 
sur l'autre 

Formation de l'abondante faune des 
animaux d'eau, des grands sauriens, 
des grands volatiles aquatiques, des 
grands amphibies, et plus ou moins 
probablement des grands oiseaux les 
plus antiques ; en d'autres termes, 
I. 



exubérance, portée à son maximum, 
du règne animal : Voilà le second 
âge géogénique, la jeunesse de la 
terre, dont les terrains secondaires, 
depuis l'éocène jusqu'au pliocène, en 
passant par le miocène, nous conser- 
vent aujourd'hui les médailles fossi- 
les, et que la science moderne nous 
a révélé près de quatre mille ans après 
que Moïse l'avait décrit en quelques 
paroles, qui , pendant quatre mille ans, 
n'avaient pas été comprises." 

Enfin, production des animaux 
terrestres et de l'homme: Voilà le 
troisième âge géogénique, l'ûge mùr 
de la terre, dont les derniers terrains 
du pliocène et les terrains quaternaires 
antédiluviens et diluviens nous gar- 
dent les débris. 

Mais l'homme est apparu; il est 
apparu, et Dieu se repose ! il lui cède 
la place pour dominer son globe et 
tous ses habitants; l'homme, en effet, 
est créé dans un étatde simplicité, mais 
d'innocence et de grandeur en puis- 
sance ; comment pourrait-il en être 
autrement de ce roi futur du monde 
sortant des mains de Dieu? Il faut 
bien qu'il soit dans l'état d'innocence, 
et par conséquent dans le bonheur, 
dans le paradis terrestre. Dieu ne 
lui doit point, il est vrai, cette force 
élémentaire, ni ce bonheur sans 
peine; il aurait pu le créer autre- 
ment ; mais il veut le faire ainsi pour 
qu'il règne ; tous les hommes sont 
des rois. 

Aussi, Moïse s'arrête-t-il à ce point 
capital des formations géogéniques; 
et allons-nous voir se développer une 
troisième série de nouveaux jours que 
l'homme lui-même va faire en réa- 
lisant ses développements anthropo- 
géniques, mélangés de bien et de 
mal. Ce sera la série des trois dges 
de l'humanité, sur laquelle nous al- 
lons interroger seulement, dans un 
dernier article, la science paléontolo- 
gique moderne, en indiquant toute- 
fois les autres sources soit scientifiques, 
soit philosophiques, soit théologiques,' 
qui peuvent nous fournir des rensei- 
gnements. 

Le Nom. î 

AGES (les trois) PALÉONTOLO- 
GIQUES de l'espèce humaine, on, 














AGE 



114 



AGE 



l'anthropologie biblique devant l'an- 
thropologie PALËO.NTOLOGIQUE MOUER- 

nb. (Théal. mixt. scien. yéol. paléont. 
et antkropol.) 

I 

-.E RÉCIT MOSAÏQUE. 

Après que la Genèse nous a peint, 
en traits d'une majesté sublime, les 
formations du monde astronomique, 
puis les formations géologiques du 
règne végétal et du règne animal à 
la surface du globe que nous habi- 
tons, elle passe, comme il suit, à sou 
épopée de l'apparition de l'iiomnie 
sur la terre : 

o Dieu lit les bêtes de terre selon 
leurs espèces, et les juments, et 
tout reptile de terre dans son espèce. 

« Et Dieu vit que c'était bien. 

« Et il dit : Faisons l'homme à 
notre image et similitude, qu'il pré- 
side aux poissons de la mer et aux 
oiseaux du ciel, et aux bètes, et à 
toute la terre, et à tout reptile qui 
se meut sur la terre. 

« Et Dieu créa l'homme à son 
image. Il le créa à limai;!; de Dieu. 
Il les créa mâle et femelle. 

t Et Dieu les bénit et leur dit. 

« Croissez et multipliez-vous , et 
remplissez la terre, et soumettez-la, 
et dominez sur les poissons de la 
mer, et sur les oiseaux du ciel, et sur 
tous les animaux qui se meuvent sur 
la terre. 

« Et Dieu dit : Voilà que je vous ai 
donné toute herbe portant graine sur 
la terre, et tous les arbres ayant, en 
eux-mêmes la semetiee de leur es- 
pèce, aiin qu'ils vous soient en nour- 
riture, et à tous les animaux de La. 
terre, et à tous les oiseaux du ciei, 
et à tout ce qui se meut sur la terre 
ayant une âme vivante, afin qu'ils 
aient pour se nourrir. 

« Et il le lit ainsi. 

« Et Dieu vittoutesles choses qu'il 
avait faites; et elles étaient très-bon- 
nes. 

« Et se fit, du soir et du matin,. Le 
sixième jour. » (Genèse, i, 2:5- à 31) 

Viennent ensuite, les tableaux plus 
détaillés dte la création de l'homme 
et de la formation de la femme, puis 
ceux du paradis terrestre, de l'état 
d'innocence, de la tentation par le 



serpent, de la chute des premiers hu- 
mains, de la promesse d'une victoire 
de la femme sur le serpent, du dé- 
veloppement de la race adanikrae 
par les patriarches, de la corruption 
générale,, du déluge qui envahit jus- 
qu'aux montagnes, de Noé et du vais- 
seau sauveur, de la tour de Babel et 
de la multiplication des langues. 

Telle est l'anthropologie biblique, 
dont nous entreprenons de démontrer 
L'harmonie avec l'anthropologie scien- 
tifique des temps modernes. 

Cette anthropologie indique la re- 
prise d'une série nouvelle de trois 
âges, qui vont se développer pour le 
genre humain, comme les trois jours 
cosmiques se sont développés pour 
le cosmos, comme les trois jours géo- 
géniqnes se sont développés pour le 
globe de la terre. Il y a assez dans le 
récit pour Les indiquer tous les trois : 

Le premier de ces trois âges de 
l'homme, en tant qu'humanité, fait 
suite à la fin du sixième jour, le troi- 
sième' de La gôul >gie (création des 
nni.'rjaux terrestres et de l'homme), 
et iL consiste dans le paradis terrestre 
ou l'état d'innocence, chanté, d'ail- 
leurs, sous le nom à k àge d'or ou sous 
d'autres noms, par tous les poètes du 
monde antique. 

Le second est l'état de dégénéres- 
cence qui lui succède ; rien ne saurait 
mieux ressortir du récit mosaïque. 

Et le troisième est suffisamment 
indiqué par la parole d'espérance 
adressée au serpent, mais concernant 
la femme : « Un jour elle te brisera 
la tète, ipsaconteretcaput tuum. » On 
ne saurait mieux peindre en trois 
mots,, la victoire future delà femme 
par le fils de la femme sur le mal. Ce 
troisième âge qui est celui de la res- 
tauration, c'est ï'àge chrétien, c'est ie 
règne du Christianisme, sous lequel 
L'humanité atteindra peu à peu Les 
apogées de sa puissance et de sa 
gloire, par le triple côté, moral et re- 
ligieux, philosophique et scientifique, 
politique et industriel. 

Le premier, c'est la simplicité de 
1' enfance, mais aussi son innocence et 
son bonheur, avec tout le développe- 
ment futur en puissance. 

Le second, c'est la jeunesse qui suit 
la déchéance avec ses boutes et ses 






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grandeurs, ses énergies et ses fai- 
blesses, ses luttes, ses misères. 
Le troisième, c'est l'âge mûr. 
Or, nous n'avons pas à nous occu- 
per ici du premier d". ces trois âges ; 
l'état d'innocence et du Paradis ter- 
restre constitue le premier des objets 
de la théologie pure. 

Nous n'avons pas, non plus, à nous 
occuper du troisième, de la restaura- 
tion par Jésus-Christ et par le Chris- 
tianisme ; c'est encore un des objets de 
la théologie pure, son objet le plus 
capital. 

Ce n'est pas à dire, pourtant, que 
ces deux âges, celui du début et celui 
du dénouement auquel nous appar- 
tenons, nous autres chrétiens, lequel 
a devant lui des siècles inconnus à 
parcourir, soient, absolument et sous 
tout rapport, du domaine de la théo- 
logie pure. Ils présentent de nom- 
breux points d'attache aux sciences 
humaines , que nous discuterons 
quand l'occasion s'en présentera. 
Déjà nous avons fait voir dans l'ar- 
ticle Adam, que l'état d'innocence, 
de l'âge d'or, n'étayait pas seulement 
sa certitude historique sur le récit 
de Moïse, mais qu'il l'étayait égale- 
ment sur les histoires et les traditions 
profanes universelles. Le même , 
nous trouverons dans le Christia- 
nisme, sous le règne duquel sont, 
depuis 18 siècles.en voie de se faire 
les grandes conquêtes de l'homme 
sur les éléments, mille et mille choses 
sur lesquelles ces sciences seront appe- 
lées à exercer leur compétence, et 
nous verrons qu'elles l'exerceront 
toujours en sa faveur ; mais ce n'est 
point ici le lieu d'aborder ces détails ; 
c'est pourquoi nous devons pour le 
moment renvoyer à la théologie 
pure. 

M ne nous reste donc a étudier, dans 
cet article du moins, par les moyens 
que nous présenteront les sciences, 
que le second âge, et à montrer qu'il 
n'y a point de contradiction réelle 
entre ce que nous en dit l'historien 
sacré et ce que les sciences nous en 
ont appris jusqu'à ce jour. 

Or, ce second âge de l'espèce hu- 
maine se subdivise lui-même en 
trois âges que nous révélera, autant 
qu'elle le peut dans l'état présent de 



ses progrès, la paléontologie. Ce se- 
ront les périodes que l'on a nommées 
l'âge de la pierre, l'âge des métaux et 
l'âge de l'industrie historique. 

Mais, ne devançons pas ; nous avons 
voulu seulement ouvrir une échappée 
de vue générale au lecteur sur le 
chemin que nous avons à parcourir. 

Commençons par éliminer du nom- 
bre des difficultés réelles les points 
secondaires qui, en vertu des princi- 
pes que nous avons déduits, dans 
notre dissertation préliminaire, des 
détinitions du concile de Trente et 
surtout de celles du concile du Vati- 
can, ne sont point importants pour 
un chrétien ni pour un catholique, et 
par réduire la thèse que nous avons, 
à soutenir à ses points capitaux. 

Soutiendrons-nous une chronolo- 
gie quelconque qui ne ferait remon- 
ter l'apparition de l'homme sur la 
terre qu'à quelques milliers d'années 
que l'on déterminerait sur les vies 
des patriarches ? Non, ces chiffres 
n'intéressent en rien la foi et la pa- 
role chrétiennes, ainsi que nous ver- 
rons Bergier en faire plus d'une fois 
la judicieuse remarque Les trois textes 
eux-mêmes de notre Pentateuque , 
l'hébreu , le samaritain et celui des 
septante, ne s'acordent pas sur ces 
chiffres , et si l'on rapproche des 
chronologies sémitiques les chronolo- 
gies des autres peuples, les diversités 
deviennent beaucoup plus considé- 
rables. Nous ne soumettrons pas ces 
détails à un examen, que nous ne 
pourrions appuyer sur aucune base 
solide ; nous les mettrons simple- 
ment à l'écart, nous abstenant de les 
juger, de les attaquer ou do les dé- 
fendre. 

Nous agirons de même à l'égard 
destableaux plus ou moins poétiques, 
dont la partie littérale et matérielle 
a été et peut être longuement discu- 
tée; tout cela n'a point, pour cette par- 
tie de notre théologie mixte, une im- 
portance réelle ; tout cela n'importe 
point non plus, d'une manière sé- 
rieuse, à la foi ni à la morale chré- 
tienne. L'art étudie ces formes au point 
de vue du beau, et c'est par l'entre- 
mise de l'art qu'elles ont exercé et 
qu'elles exerceront leur influence en 









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faveur de cette foi et de cette morale. 
La science n'a point à s'en occuper. 

Quels sont les points qui intéres- 
sent la science, et que nous avons à 
défendre? les voici : 

Si nous réduisons les récits de la 
Genèse des sémites, qui est devenue 
la nôtre, à ses articles fondamentaux, 
les seuls vraiment sérieux, nous al- 
lons aux affirmations suivantes : 

1° Constitution des espèces anima- 
les après celle des espèces végétales, 
et notamment de l'espèce humaine, 
t Que les eaux produisent.... que la 
terre produise... a dit Dieu dans la 
Genèse, les cete grandia... les ju- 
menta... les reptiles, et les volatiles 
aquatiques et terrestres... chacun dans 
son espèce... et enfin : « faisons 
l'homme. » 

2° Unité des races humaines, telles 
qu'elles existent aujourd'hui et con- 
courent à former le genre humain 
présent : toutes ces races descendent 
d'un seul couple. 

3° Identité originelle distincte de 
l'espèce humaine. L'homme n'estpas, 
comme le prétendent aujourd'hui 
beaucoup de positivistes, tels que l'An- 
glais Darwin, un animal perfectionné, 
par exemple un singe, qui,aprèsavoir 
été lui-même un grand perfection- 
nement sur des types antérieurs des- 
quels il serait sorti durant les longs 
âges de la lutte du fort contre le faible 
pour le triomphe vital du premier, 
s'est erilin élevé jusqu'à l'huma- 
nisme, tandis que d'autres singes, à or- 
ganisation moins puissante, se sont 
arrêtés dans leur développement. 

4° Apparition de l'homme dans le 
même âge que les animaux terrestres 
désignés par les expressions bestias 
terrx, jumenta, reptile terrse, « les bê- 
tes de terre », « les juments », « le 
reptile de terre », c'est-à-dire ceux 
qui ne sont venus qu'après le règne 
des eaux et dont l'existence avait be- 
soin de la terre ferme pour se réali- 
ser. La création de l'homme à l'image 
de Dieu est bien, dans le tableau, 
posée la dernière ; mais elle a lieu, 
comme celle de ces sortes d'animaux, 
le sixième jour, c'est-à-dire dans la 
même période qui est la sixième gé- 
nérale, la troisième géologique et le 
début (le lapremière anthropologique. 



5° Un état d'imperfection et de mi- 
sère de la race humaine, que, d'une 
part, la paléontologie nous révèle à 
l'origine de l'humanité, et que la phi- 
losophie, abstraction faite de la théo- 
logie pure, ne concilierait pas faci- 
lement avec l'idée qu'elle se fait de 
Dieu, sans une invasion du mal moral 
et une dégénérescence primitive qui 
en soit la conséquence. 

6° Un grand déluge qui bouleverse 
la surface du globe et en détruit les 
habitants, mais qui ne vient qu'après 
un développement considérable de 
l'espèce humaine et des autres espè- 
ces qui lui ont été contemporaines, 
soit qu'elles l'eussent déjà précédé, 
soit qu'elles eussent commencé de 
régner avec lui, en sorte que, si nous 
trouvons dans le sol des restes qui 
accusent le passage de ce grand cata- 
clysme, ces monuments géologiques 
doivent nous révéler en même temps 
l'existence antérieure de ces espèces, 
l'espèce humaine comprise. 

7° Enii n, unité primitive de langage, 
à laquelle succédera une diversité 
d'idiomes qui sera appelée la confu- 
sion des langues. 

Tels sont les faits capitaux de notre 
anthropologie biblique. Tout le reste, 
ainsi que nous l'avons dit. est de peu 
d'importance, à tout pointde vue, dans 
la partie scientifique surtout de notre 
théologie mixte, et doit être négligé, 
comme affaires d'art, de forme pure, 
de^ précautions de législateur, ou 
même de difficultés graphologiques, 
bien explicables lorsqu'il s'agit de 
livres antiques jui ont passé par des 
copies très-mystérieuses dans des lan- 
gues assez mystérieuses elles-mêmes, 
avant de se fixer définitivement sous 
les formes graphiques qu'ils ont au- 
jourd'hui. 

Si donc, convoquant toutes les 
sciences modernes qui peuvent avoir 
quelque rapport à ces sept grands 
faits primordiaux qui constituent toute 
l'anthropologie biblique, avec tout ce 
qui s'y rattache, nous trouvons qu'elles 
concourent à les établir tous, nous 
am'ons vraiment édifié notre thèse de 
l'harmonie de l'anthropologie biblique 
avec l'anthropologie scientifique, et 
aurons renversé à la fois les construc- 
tions antichrétiennes des nouvelles 



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écoles qui se pavanent dans le mot 
usurpé de philosophies positivistes. 

II 

CONVOCATION DES SCIENCES. 

Or nous appellerons au secours de 
notre thèse, après l'ontologie qui rai- 
sonne a priori et dont nos savants du 
jour ne veulent plus s'occuper, comme 
s'ils avaient le droit de rayer de leurs 
études cette partie de leur être qui 
s'appelle l'idée, et après la psychologie 
comparée des espèces vivantes, qui 
raisonne aussi bien sur les faits ob- 
servables que toutes les sciences phy- 
siques, mais qu'ils prétendent égale- 
ment chasser de leur domaine, parce 
que les objets qu'elle présente à leur 
étude ne sont point matériels, divisi- 
bles, tangibles et visibles, nous ap- 
pellerons, disons-nous, à la suite de 
ces deux sciences que nous conserve- 
rons toujours, malgré qu'ils en aient, 
au premier rang : 

1° Les sciences historiques, dans 
la limite de leur compétence. 
2° Les sciences philologiques. 
3° Les sciences physiologiques, 
anatomiques et zoologiques. 

4» Entin, les sciences géologiques et 
paléontologiques, qui composent ce 
qu'on nomme aujourd'hui l'anthro- 
pologie proprement dite. 

Mais comme une élude, qui ferait 
passer tour à tour nos grands faits 
devant toutes ces sciences, engendre- 
rait un article qui aurait les dimen- 
sions d'un livre, nous renverrons, 
pour les développements , à des articles 
particuliers, alindenous donner, dans 
celui-ci, libre carrière sur le terrain 
de l'anthropologie paléontologique, 
terrain assez vaste à lui seul pour 
nous retenir longtemps. Posons donc 
seulement sur tout le reste les prin- 
pales idées, avant d'aborder le déve- 
loppement qui fait l'objet direct de 
cette étude. 

III 

GÉNÉRALITÉS ET RENVOIS. 

En ce qui concerne l'unité et l'iden- 
tité originelle de l'espèce humaine 
dans leur rapport avec les sciences 
psychologiques, nous aurions beau- 
coup à déduire ; mais nous en ferons 
un article à part sous le titre composé: 



PSYCHOLOGIE COMPARÉE DES ESPÈCES; 
UNITÉ ET IDENTITÉ ORIGINELLE DE L'ES- 
PÊCE HUMAINE. 

Sur les mêmes faits, les sciences 
historiques se présentent pour ajou- 
ter leur voix. Nous le ferons voir dans 
un grand nombre d'articles, tels que 
celui qu'on a déjà pu lire sous le 
titre Adam et Eve, etc. 

Aux sciences historiques viennent 
se joindre les sciences philologiques, 
qui cherchent l'histoire primitive dans 
l'essence même des langues. Celles-là, 
considérées dans leur progrès le 
plus avancé, établissent en particulier 
l'unité primitive du langage, enmon- 
trant sous les formes diverses des 
idiomes, un fond radical commun qui 
suppose une Lingue mère originelle 
de laquelle toutes ces diversités sont 
sorties. C'est ce que nous démontre- 
rons au mot PHILOLOGIE COMPARÉE DES 
LANGUES ; UNITÉ PRIMITIVE DU LAN- 
GAGE. 

Viennent les sciences physiologi- 
ques, anatomiques et zoologiques. 
Celles-là nous prouveront, contre le 
polygénisme de quelques savants de 
nos jours, l'unité primitive de l'espèce 
humaine, et contre le monogénisme 
universel de Darwin, l'identité dis- 
tincte originelle de la même espèce. 
Non, l'homme ne sera point, devant 
la science sérieuse, un singe perfec- 
tionné, ni le singe lui-même un autre 
animal antérieur en progrès. La phy- 
siologie et l'anatomie nous fourni- 
ront assez de caractères distinc- 
tifs et déterminatifs d'une identique 
unité pour nous conduire à une de 
ces certitudes analogiques qui ne 
trompent jamais. C'est ce que nous 
résumerons dans l'article spécial: 

PHYS1OLOGIEETANAT0M1E COMPARÉES DES 
ESPÈCES; UNITÉ ET IDENTITÉ DE L'ESPÈCE 
HUMAINE. 

Restent les sciences géologiques et 
paléontologiques dans leurs rapports 
avec l'anthropologie ; en d'autres ter- 
mes, reste l'anthropologie paléontolo- 
gique qui va nous conduire aux mêmes 
conclusions sur l'unité et l'identité ori- 
ginelle des espèces et de notre espèce 
en particulier, et de plus à la justi- 
fication de ces autres faits capitaux 
de la cosmogonie mosaïque : la con- 
temporanéité de l'homme aux ani-' 







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118 



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maux terrestres, dont beaucoup d'es- 
pèces sont éteintes et d'autres conti- 
nuent d'exister; un état primitif do 
faiblesse et de misère pendant lequel 
l'industrie humaine se développe pé- 
niblement ; un déluge universel avec 
antériorité de l'homme et des ani- 
maux terrestres à ce déluge. Les mômes 
sciences nous montreront, dans la 
série des développements depuis l'é- 
tat primitif de faiblesse qui ne peut 
guère s'expliquer naturellement que 
par unedégéuérescence, les trois m/es 
dont nous avons parlé, l'cuje de l'in- 
dustrie de la pierre, l'âge de l'indus- 
trie des métaux, l'âge de l'industrie 
historique, qui s'étend de plus en plus 
sous nos yeux, à la domination de 
toute la matière. 

IV 

LE MONOGÉN1SME ANIMAL ET LE POLYGÉ- 
N1SUE DES RACES HUMAINES. 

La géologie et la paléontologie 
tendent à démontrer l'unité et l'i- 
dentité originelle des espèces, et de 
l'espèce humaine en particulier, bien 
plutôt que les deux extrêmes opposés, 
à savoir: un polygénisme de nos races, 
ou un inonogé.nisme animal universel. 

Nous avons donné, dans l'article 
précédent, un sommaire de l'état au- 
quel ces deux sciences sont parve- 
nues jusqu'à ce jour; et le lecteur 
a pu tirer lui-même de ce sommaire 
les observations suivantes : 

Les débris que nous révèlent les 
couches géologiques du globe accu- 
sent des successions de règnes qui 
paraissent aller plus ou moins en 
se perfectionnant dans leurs orga- 
nismes ; ce principe est incontesta- 
ble ; le; organismes les plus antiques 
révélés par les fossiles des couches 
les plus profondes sont moins parfaits 
que les organismes révélés par les 
fossiles des couches supérieures. Il se 
fait un progrès dans les passages 
d'une faune à une autre faune, ce qui 
est conforme aux progrès que Moïse 
nous révèle, lorsqu'il passe d'un jour 
à un autre jour. Mais on ne remarque 
aucuns types de transition d'une es- 
pèce à une autre espèce ; les espèces 
sont toujours fixées dans leur ma- 
nière d'être ; puis elles disparaissent 
pour céder la place à des espèces 



nouvelles , sans qu'aucuns milieux 
plus ou moins insensibles se mon- 
trent dans le passage, en sorte qu'il 
est impossible d'assigner, dans l'es- 
pèce prérédente aucun type com- 
mençant de se transformer et pou- 
vant être considéré comme le père 
plus ou moins rapproché de l'es- 
pèce suivante. Cependant si, comme 
le prétend Darwin dans sa théorie 
des sélections, théorie assez sembla- 
ble à celle de Lamarck, mais enri- 
chie de mille ingéniosités nouvelles, 
fruits d'une puissante imagination, 
toutes les espèces animales étaient 
sorties, parun progrès incessant, d'un 
premier type commun que le créa- 
teur aurait doué du principe de vie, 
selon une expression de la première 
édition de son livre, mais qu'il a re- 
tirée des éditions suivantes, comme 
si la science humaine pouvait ima- 
giner ou découvrir une série de for- 
mations dont la force éternelle et 
créatrice ne serait pas le premier 
moteur, si, disons-nous, les espèces 
s'étaient ainsi formées, serait-il pos- 
sible que la géologie, en nous présen- 
tant dans ses couches des médailles 
pétrifiées de tous les êtres terrestres 
ayant existé depuis des millions d'an- 
nées jusqu'aux époques les plus voi- 
sines de la nô re, ne nous montrât 
aucun de ces types de transition ? 
S'il en eût existé, ils auraient existé 
par multitudes, et nous en trouverions, 
par là même, des multitudes. Que 
dis-je ? nous pourrions échelonner 
tous les animaux, depuis le polype 
jusqu'à l'homme, par degrés insensi- 
bles de transformation, et faire de 
leurs débris un musée qui serait la 
démonstration du système. Loin de 
là : les espèces restent sans modifi- 
cation d'une époque à l'autre, lors- 
qu'elles se perpétuent durant plusieurs 
époques successives, ou bien elles 
disparaissent, probablement sous le 
coup d'un cataclysme , pour faire 
place à d'autres toutes différentes qui 
reparaissent pius tard. Jamais les 
centaures, ni les minotaures, ni les 
sirènes, créés par l'imagination denos 
poètes, ne se montrent; ce sont tou- 
jours des organismes d'une parfaite 
harmonie, chacun dans son espèce, 
pour parler comme le peintre sacré, 



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et d'une harmonie tollo qu'il suffi- 
sait à Cuvier d'avoir un membre pour 
reconstruire l'animal tout entier, et 
que, si un hasard heureux faisait dé- 
couvrir te reste du squelette, il se 
trouvait toujours que les analogies 
du savant, fondées sur les sagesses de 
la nature a lui connues, ne l'avaient 
point trompé. C'était, chaque fois, 
le cas de dire avec Moïse qu'à l'éveil 
de ces âmes vivantes, depuis la pe- 
tite, coquille microscopique jusqu'au 
mégalosaure, au mosasaurc, au di- 
nothére et au mastodonte , qu'elles 
fussent les produits de la terre ou 
des eaux, quam produiront aquœ in 
tpecies suas.... pre kccat U rrn anima/M 
vitsentem m génère sm>..., Dieu avait 
lui-même admiré son œuvre, et vidit 
Deus quod esset buintm. Et si nous 
considérons l'homme en particulier, 
l'homme qui est ici le point de mire. 
car c'est en vue de l'abaisser au ni- 
veau du singe que le système des 
sélections naturelles a été imaginé, 
nous si rames obligé d'entendre la pa- 
léontologie de l'espère humaine nous 
répendre que, quelque haut qu'on re- 
monte vers le type primitif, on ne 
trouve que des squelettes humains 
tout semblables à ceux d'aujourd'hui. 
Nous le constaterons , une fois de 
plus, vers la lin de cette élude, à l'oc- 
casion du fameux troglodyte de Men- 
ton, qui vient d'être placé dans notre 
muséum d'à i.l hropnlogic du jardin des 
plantes de Paris, et qui est un des 
plus anciens. 

Pourrait-on concevoir une réfuta- 
tion plu= complète du darwinisme? 
Aussi l'ingéniosité du savant se trou- 
ve-t-elle ici dans uu tel embarras qu'il 
ose à peine arrêter ses regards sur 
les problèmes que lui jette, de prime 
saut, la géologie. 

Il y a mieux. Nous avons déjà parlé 
d'un fait moderne qui touche à ces 
questions et qu'il importe de rappeler 
ici avec plus de détails. Depuis une 
vingtaine d'années, les gouverne- 
ments d'Angleterre et des Etats-Unis 
ont chargé, le premier de ces gouver- 
nements, le professeur W. Carpentier, 
le second, le capitaine Maury,de pra- 
tiquer des soudages et des dragages 
dans la mer du Nord, dans l'Océan 
Atlantique et dans la Méditemaaéç, 



pour constater les plateaux sous-ma- 
rins pi opres à recevoir les tils télé- 
graphiques; ces sondages ont duré 
cinq années, et ils ont eu pour résul- 
tat, en ce qui est de la question qui 
nous occupe, de constater au fond 
des mers, qu'on avait cru jusqu'alors 
insondables et qu'on a pu sonder 
jusqu'à 8,300 mètres — au sud du 
banc de Terre-Neuve par exemple — 
l'existence de petits coquillages vi- 
vants, appartenant aux f'i!iii»iinifi ; rfs, 
et étant encore aujourd'hui absolu- 
ment les mêmes que ceux des ter- 
rains crétacés, dont l'existence re- 
monte à des millions d'aimées. Déjà, 
il y a trente ans environ, l'on avait 
trouvé, dans des sondages du même 
génie, divers êtres aquatiques doués 
de vie, à des profondeurs beaucoup 
moindres, mais auquelleson avaiteru 
jusque-là qu'il n'y a\ ait rien d'animé; 
ces êtres s'étaient montrés tout sem- 
blables à des types fossiles que la pa- 
léontologie avait déeoiiverls en nom- 
bre intini dans des couches de l'épo- 
que secondaire, c'est-à-dire, antiques 
de plusieurs millions d'années égale- 
ment; il n'y avait aucun changement 
dans les caractères spèeiliques; ces 
êtres vivaient au fond des eaux, eu m me 
ils y vécurent dans les temps antiques 
sans qu'aucune transformation spé- 
citique se soit faite dans leur orga- 
nisme. Ces découvertes jetèrent en 
indicible émoi tous les géologues, 
parce qu'ils avaient cru jusquesdàà 
des destructions universelles de ces 
espèces par suite de cataclysme*! 
destructions qu'ils avaient nommées 
les lacunes géologiques ; quelques-uns 
d'entre eux, qui avaient détonné 
dans le concert en soutenant que 
le développement de la vie n'avait 
jamais eu d'interruption, en lirentleur 
prolit, et de ce nombre lut Darwin; 
mais Darwin se jeta dans l'extrême 
en prétendant que non-seulement les 
règnes n'avaient jamais cessé de suc- 
céder aux règnes, mais que les espè- 
ces elles-mêmes s'étaient modifiées 
parmi progrés continu et s'étaient' 
engendrées les unes les autres en se ( ' 
modifiant. Les découvertes prouvaient \ 
précisément le contraire en montrant 
5, l'état de vie, aujourd'hui encore, 
sans modili ution, des espèces qui 




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existaient telles dans les temps les 
plus reculés. 

Ainsi donc, quoi qu'il en soit des 
deux théories, entendues l'une et 
l'autre raisonnablement , celle des 
lacunes ou interruptions totales d'es- 
pèces vivantes, ou celle du règne de 
la vie sans interruption sous des 
types quelconques, les uns succédant 
aux autres, les uns disparaissant, les 
autres apparaissant, sans qu'il y ait 
jamais eu, sur la surface de notre 
globe, état universel d'inaction et de 
mort, quoi qu'il en soit, disons-nous, 
de ces deux théories, nous avons 
droit de conclure de ces nouvelles 
découvertes, que la géologie s'inscrit 
chaque jour en faux contre le mono- 
génisme animal des positivistes de 
l'école de Darwin, se prononce de plus 
en plus en faveur de la persistnnee 
des caractères spécifiques, et tend, 
par conséquent, comme nous l'avons 
dit dans notre assertion, à établir la 
distinction et l'identité originelle des 
espèces vivantes, aussi bien de l'es- 
pèce humaine que de toutes les autres. 
Nous parlerons bientôt de celle de 
l'homme en particulier. 

En ce qui est de l'hypothèse op- 
posée au darwinisme, celle du poly- 
génisme des races humaines, à la- 
quelle le célèbre Agassiz parait ac- 
céder jusqu'à une certaine mesure, 
en croyant à plusieurs centres de 
formation des races blanche, noire 
et jaune ('), la paléontologie ne sau- 
rait dire grand'chose, attendu, d'un 
côté, qu'à l'inspection d'un débris 
humain très-antique, plus ou moins 
passé à l'état de fossile, il sera tou- 
jours possible de soutenir que ce dé- 
bris appartient à une espèce d'homme 
qui n'avait rien de commun avec la 
nôtre quant à son premier centre de 
formation, et attendu, d'un autre 
côté, qu'il pourrait avoir existé, avant 
l'homme, des animaux qui n'auraient 
été, par leur organisme matériel, ni 
des quadrumanes, ni des quadru- 
pèdes, mais de véritables bimanes et 
bipèdes comme l'homme, sans avoir 
comme lui les propriétés psycholo- 
giques qui constituent véritablement 

(i) M. de Lamennais, dans son esquisse d'une 
philosophie a émis une hypothèse pareille 



l'humanité. Nous en avions posé nous- 
même l'hypothèse, il y a quinze ans, 
dans nos harmonies de la raison et de 
la foi, et, depuis cette date, le célèbre 
Agassiz, quenousavons déjà nommé, 
a cru reconnaître dans quelques os- 
sements, qui paraissent huirains, de 
l'époque tertiaire, des caractères or- 
ganiques accusant une espèce qui 
n'est ni le singe ni l'homme d'au- 
jourd'hui, et qui, dans l'ordre des 
formations géologiques, aurait pré- 
cédé l'homme sur la terre. (V. Ada- 
MIQl'E et Préadamique.) 

Mais cette hypothèse n'a point eu 
de succès devant la science : il est si 
diflicile de constater, dans des débris 
encore si incomplets, dételles diffé- 
rences; et si l'on veut s'abstenir de 
subtilités scientifiques, la conclusion 
à laquelle paraît assez clairement 
pousser l'anthropologie paléontolo- 
gique jusqu'à ce jour, c'est celle de 
l'unité typique de tous les fossiles hu- 
mains qui ont été découverts, quel- 
queanciens qu'ilspuissentètre. Quand 
un type est semblable à un autre 
type, au degré où le sont tous les 
hommes, soit existant aujourd'hui, 
soit n'étant plus révélés à nous que 
par des restes épars, il est naturel de 
supposer qu'ils sont les descendants 
d'un même couple, ainsi qu'on le 
suppose naturellement aussidesautres 
espèces, à quelque antiquité que l'on 
soit forcé de reporter ce couple ori- 
ginel. C'est ce qui arrive, ainsi que 
nous le verrons, pour les débris hu- 
mains trouvés jusqu'à présent. 

Restent quatre faits à démontrer 
par les données géologiques et pa- 
léontologiques, à savoir : la contem- 
poranéité de l'homme et des animaux 
terrestres ; l'état primitif de faiblesse 
et d'imperfection paraissant insinuer 
une décadence antérieure ; la réalité 
d'un dernier déluge universel, ayant 
bouleversé la surface de la terre et 
produit un affreux cataclysme dans 
les espèces vivantes ; enfin l'antério- 
rité de l'existence de l'homme à ce 
dernier déluge. 

Comme ces quatre faits se mélan- 
gent dans les observations qui les 
touchent, nous donnerons d'abord 
un résumé sommaire de toute l'an- 
thropologie paléontologique contern- 






AGE 



121 



AGE 



poraine, et nous tirerons, à la fin, nos 
conclusions biblico-scientifiques. 

V 

Sommaire historique de l'anthro- 
pologie FOSSILE COMTEMPORAINE. 

Depuisun siècle on était grandement 
sot ses gardes contre les mystifications 
auxquelles cette science pouvait ex- 
poser ses adeptes. On était payé pour 
être défiant. On avait trop présente 
la terrible déconvenue que le fameux 
Cuvier, aux premiers débuts de sa 
gloire, avait infligée au non moins cé- 
lèbre Scheucbzer, dont ï'homo diluvii 
testis s'était trouvé n'être, ainsi que 
l'avait déjà reconnu Camper en 1787, 
qu'un reptile. L'histoire en est cu- 
rieuse ; elle vaut la peine d'être ra- 
contée ; la voici : 

M. Scheuchzer, naturaliste allemand 
du dernier siècle, avait trouvé, en 
1726, dans une des roches schisteuses 
d'OEningen, terrains antédiluviens, 
appartenant au pliocène, un crâne 
qu'il avait pris pour un crâne humain, 
et en avait fait grand bruit, l'appelant, 
avec une ignorance pardonnable de 
son temps, l'homme témoin du déluge. 
Si, en effet, c'eût été la relique d'un 
homme, cet homme n'aurait pas été 
témoin du déluge ; il lui eût été bien 
antérieur, puisque le pliocène a de 
très-longtemps précédé le déluge. 
La pierre n'avait éié brisée qu'à l'en- 
droit qui encadrait la tète. Partout 
les idées s'agitaient et les dessins de 
Y homo diluvii testis circulaient. Cuvier 
étudia ces dessins, et étonna les sa- 
vants en prétendant que ce crâne, 
non-seulement n'était pas celui d'un 
homme, mais n'était, ainsi que l'avait 
dit Camper, que celui d'un reptile, 
qu'il appartenait , dans la classe 
des reptiles, à la famille des batra- 
ciens, et, qui plus est, au genre sala- 
mandre, dont il constituait une espèce 
d'une grandeur relativement mons- 
trueuse. La discussion devint écla- 
tante, et Cuvier soutint son dire au 
point d'annoncer publiquement qu'il 
en rendrait la certitude manifeste par 
une étude publique de la pierre elle- 
même. Il se rendit sur les lieux, et, 
enprésenced'une réun ion de savants, 
attaqua le schiste avec le marteau. Or, 
il eut la satisfaction de voir apparaî- 



tre et de faire voir à tous, à mesure 
que ses coups enlevaient des mor- 
ceaux, la suite du squelette jusqu'à la 
queue ; c'était bien la salamandre an- 
noncée ; elle avait 1 mètre 50 cent, de 
longueur, et elle servit de type pour 
l'établissement du sous-genre Andrias 
dont elle est jusqu'à présent la seule 
espèce connue. 

A vrai dire, les schistes d'OEningen 
n'étaient pas tellement anciens qu'il 
ne pût s'y rencontrer des fossiles hu- 
mains, puisque nous serons obligés 
de reconnaître , au moins comme 
probable, la présence de tels fossiles 
dans le pliocène; mais enfin l'homo 
diluvii testis n'était qu'une salaman- 
dre ; et à partir de cette mystification 
scientifique, on avait bien quelque 
raison d'être sur ses gardes en pré- 
sence des découvertes paléontologi- 
ques prétendues humaines; cette dé- 
fiance, au reste, devait être justifiée 
par beaucoup d'autres mystifications 
qui devaient se dévoiler encore. Nous 
n'en citerons qu'une qui n'a été re- 
connue qu'en 1853 et dont Cuvier lui- 
même avait été la victime. Un certain 
Hoffman, chirurgien allemand, avait 
imaginé une industrie qui consistait 
à vendre aux savants, comme de vrais 
fossiles, faisant partie du grand Mosa- 
saurus, — saurien monstrueux des 
carrières de Maêstricht, dont la plus 
grosse fraction figure actuellement au 
musée de Groningue, et dont nous 
avons le reste dans notre muséum de 
Pari*, — des pièces fausses, artificielle- 
ment préparées, formées de morceaux 
habilement assemblés et collés par ses 
propres mains. 

Cuvier avait décrit, analysé et des- 
siné ces pièces ; ces dessins sont encore 
dans ses œuvres; Camper avait agi 
de même, et pourtant avait eu des 
soupçons, puisqu'il avait signalé quel- 
ques morceaux qui lui paraissaient 
artificiellement ajoutés. Enfin M. 
Schlegel, vers 1855, constata positi- 
vement la fraude; la fraude avait por- 
té principalement sur des os du crâne. 
M. Schlegel a tout rétabli dans l'état 
naturel, ne conservant que ce qui était 
de normale provenance. 

Il est donc vrai qu'il y avait lieu de 
craindre des déconvenues de pluo 
d'une espèce, et d'être défiants. Mais 






T^^ 




AGE 



122 



AGE 



la déQance, quand elle s'y mot, va tou- 
jours trop loin. L'on répéta partout 
comme un axiome, qu'il a y avait point 
devrais fossiles humains ;qa'il n'y eut 
pas trace d'homme sur le globe avant le 
déluge ; que le déluge historique n'é- 
tait qu'une i'alile; qu'en fait de cata- 
clysmes de ce genre, il y en avait bien 
eu, et à plusieurs reprises, mais seu- 
lement dans des temps géologiques, 
tels que l'époque du soulèvement des 
Andes, qui avaient précédé, de lon- 
gue date, l'apparition de la race, hu- 
maine sur la terre; que le àtiavium 
était le produit d'un de ces déluges 
anciens; qu'il ne pouvait contenir de 
Trais fossiles de notre •espèce ; qu'an 
un mot, l'apparition de cette espèce 
était beaucoup trop récente pour 
qu'on en put retrouver des bribesdans 
aucune des cooi lies vierges antérieu- 
res aux alluvions lluvialiles ou mari- 
times de l'époque présente. 

Or, ici faisons une halte, pour élu- 
cider la question des fossiles. 

Nous ne nous arrêterons pas à l'ac- 
ception puérile qu'où est convenu, 
cette année même ( IK72), de donner à. 
ce mot; il est entendu entre nos spé- 
cialistes en paléontologie, qu'on ne 
qualifiera plus désormais de fossiles 
que lis neÂes géologiques d'espèces 
éteintes, (ju'un fossile réunisse ou ne 
réunisse p. i> les caractères qui lecons- 
tiluentl'os-ile, d'après I 'ai:cienneinter- 
prétation du mot, s'il appartient aune 
espèce existant encore, ce n'est point 
on fossile. C'est à partir de cette pauvre 
convention qu 'on a cessé tout à coup de 
dire l'homme fossile, parce que tous 
les restes humains qu'on découvre 
sont des restes humains qui révèlent 
Une espèce parfaitement semblable, 
pour tous les points capitaux, a. l'es- 
pèce humaine d'aujourd'hui. Laissons 
ces petites ruses de nos savants pour 
ne point choquer les susceptibilités, 
et étudions le sens sérieux, le sens 
qui restera, du mot fossile. 

Un fossile est un débris organique 
qui, par suite d'un gisement très- 
longtemps prolongé dans un terrain, 
a plus ou moins cliangè de nature, 
sans perdre rien de sa forme primitive 
interne et externe. S'il ne conserve 
plus aucun reste de la matière orga- 
nique qui le constitua primitivement, 



mais qu'il soit vraiment et complète- 
ment fossililié, c'est-à-dire que celte 
matière organique originelle ait été 
peu à peu remplacée, sous l'action des 
agents chimiques, qu'amènent plus 
ou moins selon les lieux les infil- 
trations, par de la silice, auquel cas 
le corps est dit pétrifié, ou par quel- 
que autre concrétion, tellcque ducar- 
bonatede chaux ouun autre sel, alors, 
le débris dont la forme interne et 
externe accuse encore avec évidence 
l'origine organique, porte avec lui un 
certificat d'ancienneté qui n'a point, 
comme nous allons le voir, une valeur 
absolue, mais qui n'est, point sans im- 
portance, surtout si on connaitle milieu 
où il a séjourné pour être lui-même 
très-ancien et n'avoir pas subi de re- 
maniements; c'est alors une véritable 
pétrification qui s'est faite lentement 
et dont l'antiquité pourra être de plu- 
sieurs centaines de mille ans. 

D'autre part, il faut se garder de 
considérer comme des fossiles, les 
simples concrétions de carbonate de 
chaux à la surface des corps, lesquel- 
les se produisent très-rapidement en 
certains lieux, sous l'action de certai- 
nes eaux, d'une manière analogue à 
la formation des stalactites. Dans ces 
cas, le corps conserve, non-seulement 
sa forme, mais encore sa nature com- 
plèie, et il est seulement entouré 
d'une concrétion qui lui donne l'ap- 
parence d'un fossile ; souvent une 
semblable transformation apparente 
s'opère en fort peu de temps ; il suf- 
fit d'un gisement au sein d'infiltra- 
tions chargées de carbonate de chaux, 
pendant un petit nombre de siècles, 
d'années ou même de mois. C'est à 
cette catégorie de phénomènes que se 
rapportent les espèces d'embaume- 
ments naturels des cadavres inhumés 
dans certains cimetières, tels que ce 
lui de Bordeaux d'où l'on a retiré ces 
corps carbonates dont on a fait le 
musée que tous les voyageurs vont vi- 
siter. C'est encore à ce phénomène qu'il 
convient de rattacher les concrétions 
de carbonate de chaux qui se produi- 
sent si promptement dans quelques 
fontaines; il n'y aaucune ressemblance 
entre ces sortes de produits cbimi- 
ques de la nature et les pétrifications 
fossiles. Mais entre les deux extrêmes 



AGE 



123 



AGE 



que nonsvenonsde décrire et d'analy- 
ser, il y a dos fossiles de tout degré, 
de toute espèce et de toute ancien- 
neté. Moins il reste de matière orga- 
nique, plus le fossile est ancien, au 
moins probablement. Nous ajoutons 
probablement , car l'ancienneté ne 
dépend pas seulement du changement 
de matière; il peut arriver qu'un fos- 
sile moins fossile qu'un autre par 
cette qualité, soit cependant plus an- 
cien par suite des conditions de la 
couebe qui lui aura servi de matrice 
durant son gisement, attendu qu'il y 
a des couches beaucoup plus favora- 
bles les unes que les autres à la 
rapidité de la transformation. M. Fi- 
guiercite des pétrifications de coquil- 
les dans leseaux de la. Méditerranée, qui 
pourraient faire croire aune antiquité 
prodigieuse et qui, non-seulement 
nous sont contemporaines, mais sont 
le produit d'un temps très-limité. 

11 faut donc surtout, pour juger 
avec assurance de. l'ancienneté d'un 
fossile, fùt-i] vraiment pétrifié en 
grande partie, ou ne le fût- il presque 
pas encore, connaître la couche géo- 
logique qui l'a conservé; si cette 
couche est certainement vierge, que 
son ancienneté relative soit certaine- 
ment connue par sa classification in- 
contestée dans les séries séilimen- 
teuses, et que le corps en soit cer- 
tainement extrait pour la première 
fois, sans qu'ily ait eu déplacement, re- 
placement ou remuement quelconque 
antérieur, il devient certain qu'il a lui- 
même vécu avant la formation de la 
couche ou du dépôt au sein duquel il 
s'est trouvé ensablé de la sorte. 

Ces principes posés sur la détinition 
des fossiles, nous devons accorder, 
d'abord, ce qu'il y a de vrai dans ce 
qui se répétait depuis un demi siècle, 
qu'il n'y a point de vrais fossiles 
humains ; on n'en a pas encore trou- 
vé, en effet, jusqu'à présent, qui soient 
véritablement et complètement pé- 
trifiés, ainsi qu'on en voit en abon- 
dance, d'une multitude d'espèces ani- 
'males ou végétales; mais on doit 
ajouter qu'il en est à peu près de 
même des animaux terrestres les plus 
voisins de l'homme ou ses contem- 
porains, tels que « les ours, les cerfs, 
les rennes, les chiens, les bœufs, etc., 



etc., des cavernes à ossements: » leurs 
reliques sont à peuples dans un état 
semblable à celles de l'homme dont 
nous allons nous occuper ; ou y re- 
marque encore plus ou moins de 
matière organique; l'émail des dents, 
par exemple, y est en général con- 
servé, ainsi que d'autres éléments 
qui résultent de l'analyse des osse- 
ments de nos jours. 11 y a mieux: 
la matière organique peut même se 
conserver, en petites quantités du 
moins, pendant des temps beaucoup 
plus longs encore ; e'estee qui arrive 
lorsque les milieux dans lesquels les 
débris reposent sont dans certaines 
conditions favorables à cette conser- 
vation; il n'est pas raie, par exem- 
ple, que des os de reptiles, remontant 
jusqu'à la période jurassique, pré- 
sen eut encore aujourd'hui îles quan- 
tités appréciables de matières orga- 
niques; ou ne peut donc tirer des 
certitudes absolues de l'état de pé- 
trilication plus ou moins avancé ni 
pour ni contre l'antiquité géologique, 
bien que pourtant cet état, ainsi que 
nous l'avons dit, soit une première 
donnée scientifique qui fournit de 
très-fortes probabilités, et qui con- 
court avec les autres cii nstances, 

quand elles favorisent l'ancienneté, 
pour la confirmer jusqu'à la certitude. 

Abordons maintenant l'historique 
dont notre sous-titre renferme la pro- 
messe. 

La première découverte en anthro- 
pologie paléontulogique, découverte 
à laquelle on ne lit nulle attention, 
remonte à l'année 1774 : J. F. Esper 
trouva dans la caverne, devenue cé- 
lèbre, de Gailenreuth en Frauconie, 
quelques ossements humains mêlés à 
des débris d'ours et d'autres mammi- 
fères; et vingt-trois ans plus tard, eu 
1797, une nouvelle trouvaille d'une 
autre espèce, faite par M. John 
Frère, vint appuyer les déductions 
qu'Esper avait tirées de la première 
sur l'existence de l'homme avant la 
formation des terrains qui cachaient 
ces débris ; ce furent des armes en 
silex dont le travail, quoique grossier, 
révélait l'homme, et qui gisaient sous 
des couches, non remaniées, du comté 
du Suffolk, mêlées à des fossiles d'es- 
pèces disparues. 





■■^B 




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124 



AGE 



En 1806, la célèbre découverte du 
mammouth, à longs poils, enfermé 
dans les glaces, que l'on conserve en- 
core aujourd'hui au musée de Saint- 
Pétersbourg, et dont notre muséum 
possède un peu de la crinière, venait 
intéresser et activer vivement les re- 
cherches paléontologiques de toutes 
les espèces disparues. M. Joseph de 
Maistre, l'auteur des soirées de Saint- 
Pétersbourg, voyait lui-même cet ani- 
mal et en donnait, dans une lettre, 
les nouvelles suivantes : 

« Au moment où je vous parle, les 
hommes qui savent admirer, peuvent 
admirer à l'aise le mammouth trouvé 
l'année dernière à l'embouchure de la 
Neva, par le 74 e degré de latitude. 
Cet animal était incrusté (notez bien) 
dans une masse de glace et élevé de 
plusieurs toises au-dessus du sol. 
Cette glace s'étant mise à diminuer 
par je ne sais quelle cause physique, 

on a commencé avoir l'animal 

Mais lorsqu'il s'est trouvé entièrement 
dégagé, l'animal a glissé au bord de 
la mer; là il est devenu la pâture des 
ours blancs, et les sauvages ont scié 
les défenses, qu'il n'a plus été possi- 
ble de retrouver. Tel qu'il est cepen- 
dant, c'est encore un trésor qui ne 
peut être déprécié que par l'idée de 
ce qu'on aurait pu avoir. J'ai soulevé 
la tète pour ma part; c'était un 
poids pour deux maîtres et deux la- 
quais. J'ai touché et relouché l'oreille, 
encore tapissée de poils. J'ai tenu sur 
une table et examiné tout à mon aise, 
le pied et une portion de la jambe; 
la peau est parfaitement conservée. 
Les chairs, racornies, ont abandonné 
la peau, et se sont durcies autour de 
l'os ; cependant l'odeur est encore 
très-forte et très-désagréable. Cinq ou 
six fois de suite j'ai porté le nez sur 
cette chair. Jamais l'homme le plus 
volupteux n'a humé les délicieux par- 
fums de l'Orient avec la suavité du 
plaisir que m'a causé l'odeur fétide 
d'une chair antédiluvienne putré- 
fiée.... » 

Sur ces faits et quelques autres, le 
géologue anglais Bucklandfitun tra- 
vail intitulé h<iii/uiœ diluvianse, qu'il 
publia en 1823, dans lequel il donnait 
principalement ladescription delà ca- 
verne de K i nklake , dont quelques légè- 



res indications militaient en faveur de 
l'antériorité de l'homme au déluge. 

M. Tournai, de Narbonne, trois 
années après, rendait publiques des 
trouvailles qu'il venait de faire dans 
une caverne à ossements du départe- 
ment de l'Aude ; ces trouvailles con- 
sistaient dans des os d'auroch et de 
renne travaillés de main d'homme, 
et gisant au milieu de coquilles co- 
mestibles. 

En 1829, M. de Christol, de Mont- 
pellier, fait des fouilles dans les ca- 
vernes de Pondreset de Souvignargues, 
et découvre dans ces cavernes des os- 
sements d'homme mêlésà ceux d'ours, 
de rhinocéros, d'hyènes, etc., et M. 
Marcel de Serres groupe ces faits et les 
discute dans un travail intitulé : Essai 
sur les cavernes. 

A cette époque, il en était encore 
du singe comme de l'homme ; on n'a- 
vait point de singe fossile ; mais voici 
qu'en 1833, M. Lartet, pratiquant des 
recherches dans un dépôt d'eau douce 
appartenant aux terrains tertiaires de 
Sansan, trouve un singe incontes lé ; et 
plusieurs découvertes semblables se 
répètent dans les années suivantes, en 
sorte que le singe fossile n'est plus 
un desideratum scientitique. Puisque 
nous faisons ici une parenthèse pour 
le singe, devançons la série des temps. 
En 1836, on en trouve encore un à 
Saint-Gaudens, lequel est de grande 
taille, et très-élancé, avec des débris 
de macrotherium, de rhinocéros, de di- 
crocerus elegans, etc. C'est M. Fontan 
qui fait cette découverte, et il la fait 
à l'entrée de la plaine de Valentine 
dans des dépôts semblables sas. f aluns 
de la Touraine, lesquels en renfer- 
ment également et sont classés dans 
les terrains tertiaires moyens, appelés 
le miocène. Ce singe fait partie du 
groupe des Simiens à côté du chim- 
panzé, de Vorang, du gibbon et du 
petit-singe fossile de Sansan, le pre- 
mier découvert et nommé par 
Gervais le pliopithecus antiqms. M. 
Lartet a nommé celui de M. Fontan 
le dryopithecus Fontani, de ce qu'il 
parait avoir été principalement grim- 
peur aux arbres, (drus arbre ;pithecos, 
singe, en grec). Plus tard, de 1830 
à 1860, les gisements de Pikermi, 
près Athènes, révéleront de nouveaux 



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AGE 



singes fossiles. M. Albert Gaudry y 
trouvera 20 individus quadrumanes 
avec 23 carnassiers, 2 mastodontes, 
2 dinotheriums , 9 cochons ou sangliers 
gigantesques, 20 rhinocéros , 74 
hipparions (c'est l'animal, avons-nous 
dit, qu'on a cru avoir été l'ancêtre de 
notre cheval actuel), 2 girafes, 11 
helladolheriums, 150 antilopes, et un 
grand nombre de petites espèces. En 
résumé, le singe a maintenant sa pa- 
léontologie ; il a ses fossiles en An- 
gleterre, [macacus eocenus et macacus 
pliocenus d'Owen), en Fiance (nous 
les avons nommés), et en Grèce (mezo- 
pithecus pentelicus). 

Reprenons pour l'homme. 

En 1835, M. Joly, visitant la caverne 
de Nobriguasdans la Lozère, recueille 
un crâne d'ours des cavernes, sur le- 
quel est une trace qui a toute l'appa- 
rence du sillon d'une tlèche, et, à peu 
de distance, un tesson de poterie 
qui garde une empreinte de doigt 
d'homme, indiquant un façonnage 
humain dans une pâte. 

En 1838, M. Schmerling découvre 
dans les deux cavernes à ossements 
d'Engis et d'Enghihoulant deux crânes 
humains avec des dents de rhinocé- 
ros, d'hyène, d'ours, d'éléphant, etc., 
qui paraissaient présenter des traces 
dun travail humain, et avec des silex 
taillés en forme de pointe de flèche 
et de couteau. Le dépôt qui contient 
ces restes porte tous les caractères 
d'un terrain vierge. 

Alors, M. Boucher de Perlhes, d'Ab- 
beville, commençait ses recherches, 
recherches infatigables qui n'ont été 
interrompues que par la mort, il y 
a quelques années, et qui étaient fai- 
tes avec la conviction d'une antiquité 
de la race humaine sur la terre beau- 
coup supérieure à celle dont on avait 
l'idée, ainsi que le témoignent ses 
communications à la Société d'émula- 
tion d'Abbeville, ayant commencé dès 
1836. 

En 1839, il apporte à Paris des 

haches de pierres taillées, trouvées 

■ dans la partie des terrains quater- 

j naires, appelée le diluvium, et con- 

' sistant dans des alluvions produites 

par un déluge que l'on peut croire 

avoir été le déluge traditionnel. Il 

présentait ces reliques de notre in- 



dustrie primitive, au moins préten- 
due, à MM. Brongniart, Flourens, 
Elie de Beaumont, Cordier, Jomard, 
et obtenait d'abord de ces géologues 
des encouragements, auxquels de- 
vait succéder une incrédulité de lon- 
gue durée, laquelle pourtant devait 
plus tard avoir un terme. 

En 1842, M. Godwin Austen an- 
nonce à laSociété géologique de Londres 
qu'il vient de découvrir dans le Kent- 
Hole, parmi des fossiles divers qui 
devaient être antédiluviens, des ob- 
jets travaillés par la main de 
l'homme. 

En 1844, M. Lund, le grand explo- 
rateur des cavernes du Brésil, qu'il 
avait fouillées au nombre de huit 
cents, communique au public ce qu'il 
a trouvé dans l'une d'elles voisine du 
lac de Sémidouro ; c'étaient des os- 
sements d'une trentaine d'individus 
de race humaine, présentant un état 
tout semblable à celui des fossiles d'a- 
nimaux auxquels ils étaient mêlés, 
lesquels étaient ceux d'un singe, ceux 
de plusieurs rongeurs, ceux de plu- 
sieurs pachydermes, ceux de tardi- 
grades, etc. caractérisant tous l'é- 
poque quaternaire ; et M. Desnoyers 
prétend encore le réfuter dans un 
article du Dictionnaire universel des 
sciences naturelles, sur les grottes et 
cavernes. 

En 1847, M. Henry constate, dans 
la caverne de Kent, en Angleterre, des 
restes humains parmi des fossiles 
d'animaux, cachés sous des stalac- 
tites qui s'étaient formés par-dessus, 
depuis l'accumulation de ces osse- 
ments. 

Cette même année, M. Boucher de 
Perlhes publie son premier volume 
des Antiquités celtiques et antédilu- 
viennes, dans lequel ligurent environ 
i 600 planches d'o lijets du même genre, 
que l'auteur a lui-même découverts 
depuis 1836. Ce n'est, au reste, ni 
dans les terrains primitifs, et de tran- 
sition, ni dans les terrains secon- 
daires, ni même dans l'une des trois 
subdivisions des terrains tertiaires, ap- 
pelées Véocéne, le miocène et le plio- 
cène (V. l'article précédent) que M. 
Boucher de Perlhes faisait ses décou- 
vertes, mais seulement dans les ter- 
rains quaternaires, antérieurs aux 



1 










AGE 



12G 



AGE 



alltmons fluviatiles et aux dépôts ma- 
rins, et postérieurs à l'époque gla- 
cière principalement caractérisée par 
les roches striées et les blocs erra- 
tiques. Il pratiquait, en effet, ses 
fouilles dans les terrains d'Abbeville, 
dans ceux de Moulin-Quignon eu par- 
ticulier, qui consistent en couches 
d'alluvions diluviennes, composées 
de lits de graviers, qu'on est convenu, 
en géologie, d'appeler le diluriuin. 

En tSTiu, M. Noulet découvre, dans 
levallon de l'Internat, Haute-Garonne, 
des outils semblables. 

En 1634, M. Rigollot, adversaire 
déclaré, et l'un des plus ardents, de 
M. Boucher de Perthcs, étudiant les 
carrières de Saint-Acheul, près d'A- 
miens, y rencontre des silex travail- 
lés de telle façon qu'il Huit par être 
convaincu, et passe bientôt dans le 
camp du géologue d'Abbeville. 

Eu iii't'.'), plu sieurs géologues d'An- 
gleterre \ ionueul eux-mêmes en Fran- 
ce visiter les cavernes delà Somme, 
entre autres M. t'alconer, vice-prési- 
de la Sw iité <jcoluyi,tjue de Londres, et 
M. Lyell, président de la môme so- 
ciété, et ce dernier déclare le 1ÎJ sep- 
tembre, à son retour, qu'il commence 
à croire à l'homme quaternaire. 

Dans la même année, M. Albert 
Gaudry déclare devantl'Académie des 
sciences que lui aussi a trouvé neuf 
haches en silex avec des dents de 
bœufs et de chevaux dans des cou- 
ches du dikwium. M. Gosse lils- en 
trouve également dans les sablières 
de Grenelle et de l'avenue de la Motte- 
Piquet, à Paris, parmi des os de 
mammouth et de bœuf fossile. On 
constate des faits analogues à Précy- 
sur-Oise, dans le dépôt diluvien de 
Givry ; et M. de Vibraye découvre, à 
Arcy, des ossements humains, no- 
tamment un fragment de mâchoire, 
avec des fossiles d'espèces perdues. 

En 18o'8, pareilles trouvailles, en 
Angleterre, dans les couches infé- 
rieures de la caverne do Bauuiann, 
dans le Harz, par les célèbres géulo- 
guesanglaisMM. PTcstwieh, Faiconer, 
Penquelly et autres. 

En 1860, M. Lartet, passant a!*Au- 
rignac, est conduit dans une grotte 
qui était connue depuis 18 ans, et y 
trouve une multitude d'ossements 



d'ours, de renards, de rennes, d'au- 
rochs, de chevaux etc., et, mêlés à ces 
ossements, des instruments de bois de 
de cerf ou de renne soigneusement 
appointés par un bout et taillés en 
biseau par l'autre bout, un manche 
percé en bois de renne, des silex bien 
taillés en couteaux, poinçons, armes 
diverses , une dent canine d'ours 
grossièrement sculptée en forme de 
tôle d'oiseau et percée d'un trou, 
enfin des os d'ours, de chat sauvage, 
de cerf, de renne, de bœuf, de rhi- 
nocéros, de cheval, de loup et de 
mammouth, soit cassés, soit carboni- 
sés, soil striés et marqués d'entailles r 
qui ne pouvaient provenir que d'ins- 
trumentstranchants. Le mode de frac- 
tionnement des os montre qu'onlesa 
brisés pour en extraire la moelle, et 
lesentaillesqu'ils conservent attestent 
qu'on en a détaché les chairs avec 
ces instruments. Des cendres indi- 
quent aussi un ancien foyer. 

En 18151, M. Alphonse Milne- 
Edwards, découvre, à son tour, dans 
lagrottede Lourdes, département du 
Tarn, des débris de l'industrie hu- 
maine mêlée à des ossements fossiles 
d'une très-haute et incontestable an- 
tiquité. 

Jusqu'à cette date, 1861, les trou- 
vailles de M. de Perlhes avaient con- 
sisté en quelques centaines débâches 
en pierre polie bien caractérisées, 
environ 300, en une vingtaine de 
très-grossières, et en œuvres de l'art 
antédiluvien portant des ligures ou 
des symboles; il y en a qui présentent 
l'image de la tète humaine vue de 
profil, de trois quarts ou de face ; il 
y en a qui présentent celle d'animaux, 
tels que le rhinocéros et le masto- 
donte ; il y eu a enbn qui paraissent 
avoir été des symboles religieux, des 
monnaies d'échange, des signes de 
di.~liiic.tion, etc.; dans les ligures 
d'hommes ou d'animaux, les yeux 
surtout portent un ciselé qui ne 
peut avoir été fait que par la main de 
l'homme. 

Nous ne sommes point de l'avis de 
ceux qui, pour affaiblir une démons- 
tration qui contrarie leurs idées pré- 
conçues, disent que ces restes d'un 
travail quelconque ne révèlent pas 
une industrie bien supérieure à celle 



AGE 



127 



AGE 



d'un nid de loriot, et qui insinue- 
raient par de telles paroles qu'on 
pourrait l'attribuer à des animaux. Il 
y a une si profonde dillerence, à 
notre sens, entre les industries des 
animaux qui en ont le plus, et les 
industi îesde L'homme, qu'au moindre 
produit des unes et des autres, il est 
impossible de les confondre; et ce 
n'est certes pas la perfection de l'œu- 
vre qui constitue cette différence ; 
qu'y a-t-il de plus parfait, dans son 
espèce, que les alvéoles des abeil- 
les, les galeries s luterraines des four- 
mis, les travaux des termites, les 
digues et habitations des castors, les 
nids suspendus de certains oiseaux? 
L'humilie n'en pourrait jamais faire au- 
tant. Ce qui disiingue ce que l'homme 
fait, gras.-ier ou délicat, simple ou 
compliqué, c'est quelque chose d'in- 
déliuissable qui dit : intelligence! 
choix! volonté! caprice! art libre! 
et, à ce signe indélinissable, l'homme 
ne se trompera jamais dans la recon- 
naissance de sou ceuvre. Nous avons 
vu ces produits simples de l'enfance 
des arts, et nous avons dit : l'homme 
a passé par là; nous l'avons dit avec 
la même certitude que si nous avions 
\u gravée sur une écorce d'arbre une 
figure de géométrie ou une épitaphe. 
Ajoutons pourtant qu'il ne s'agit 
pas, dans notre pensée, decertains ob- 
jets douteux, sur lesquels on ne peut 
tomber d'accord, tels que la collec- 
tion de silex que M. l'abbé Bourgeois, 
le savant professeur de géologie de 
Pont-levoy, présentait cette année 
même (1872) au coiujrés internatio- 
nal d'anthropuliKji' préhistorique, tenu 
à Bruxelles, silex qu'il a recueillis 
dans le miocène, et qu'il croit porter 
des traces du travail humain. La com- 
mission, chargée de se prononcer 
sur ces silex, au nombre de trente- 
deux, laquelle était composée de qua- 
torze savants, parmi lesquels M. de 
Quatref iges, s'est divisée à peu près 
par moitié, les uns, dont M. de Qaa- 
trefag s, reconnaissant la main de 
l'homme sur quelques-uns, notam- 
ment sur les poinçons et les racloirs, 
les autres ne l'y reconnaissant point. 
Aussi est-iteontraireaux probabilités, 
ainsi qu'on le verra, de faire remon- 
ter l'homme jusqu'au miocène. Nous 



ne parlons que de la multitude des 
objets de même genre, ou certain 
travail humain est mieux accusé. 

Reprenons notre til : 

En 18112, M. Félix Garrigou, aidé 
de MM. Rames et Filhol, trouva dans, 
les cavernes de l'Ariège des mâchoi- 
res du grand ours et du grand chat 
taillées de manière à former des armes 
terribles au bras de l'hercule qui dut 
s'en servir à l'étal frais. On reconnais- 
sait qu'ils avaient été rongés par les 
hyènes, et leur nombre .s'élevait à plus 
d'une centaine. Une trouvaille à peu 
près pareille, avec des cendres révé- 
lant d'anciens foyers, et des outils et 
ornements de toute sorte, dont la 
multitude était telle qu'on en eût 
rempli des boisseaux, fut iaite par les 
mêmes explorateurs dans la caverne 
de Bruniquel, déporlcment de Tarn- 
et-Garonne. 

En 18U3, le même M. Garrigou 
présentait à la Société géologique de 
France, de semblables débris trouvés 
dans les cavernes de l'IIerm et de 
Bonichéta; et M. l'abbé Bourgeois, 
professeur do géologie, lisait dans la 
même société une note sur les silex 
taillés du diluvium de Pont-levoy. 

Mais on ne portait encore qu'un 
intérêt médiocre à toutes ces nou- 
veautés, lorsque, dans cette même 
année, 1803, arriva ce qui suit : 

Un des terrassiers de M. Doucher 
de Perthes recueille dans la couche 
de sable de Moulin-Quignon, que l'on 
qualiliait de diluvium et de terrain 
quaternaire, à 4 mètres ,'i2 centi- 
mètres au-dessous du sol, une: hache 
en silex et un petit fragment d'os, 
qui, débarrassé île la gangue de terre 
qui l'enveloppait, par M de Perthes 
lui-même, se trouve être une molaire 
humaine. Un autre terrassier, ([uni- 
ques jours après, trouve une nouvelle 
dent et ajoute qu'il apparaît dans le 
gravier quelque chose qui ressemble 
à un os. M. de Perthes se transporte 
sur place, et, en pflésénee de plusieurs 
témoins, retire du terrain, qui était 
vierge sans contestation possible, une 
demi-mâchoire d'homme, très-bien 
conservée et ne présentant aucune 
différence réelle avec les mâchoires 
des hommes d'aujourd'hui, puis, à 
quelques centimètres de celle demi- 



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128 



AGE 



mâchoire, une nouvelle hache en 
silex. Ces découvertes sont suivies 
decellesde deux dents de mammouth, 
de plusieurs haches encore, et entiu, 
dans la carrière de Menchecourt, d'un 
fragment d'une nouvelle mâchoire et 
de six dents séparées. 

A la nouvelle de ces trouvailles, 
de celle surtout de la demi-mâchoire, 
une grande émotion se produisit eu 
Angleterre; plusieurs savants anglais 
vinrent sur les lieux constater l'état 
vierge du terrain ; et M. de Quatre- 
fagesprésental'objetdécouvert à l'Ins- 
titut de France, en lui attribuant une 
prodigieuse antiquité géologique ; 
mais nos voisins crurent voir, bien 
à tort selon nous, dans les déductions 
auxquelles devaient conduire de pa- 
reils faits, une atteinte aux vérités bi- 
bliques et religieuses, et ils nièrent 
la réalité. Les savants des deux pays 
se divisèrent en deux camps, parmi 
lesquels celui de l'incrédulité se com- 
posait principalement d'Anglais. Ce 
fut dans cette situation des esprits 
qu'il fut convenu qu'une espèce de 
congrès scientifique se réunirait au 
muséum d'histoire naturelle de Paris 
pour décider la question autant que 
faire se pourrait. Ce congrès eut 
lieu ; il dura plusieurs jours, et les 
discussions sur l'objet lui-même, que 
l'on alla jusqu'à scier en deux parties, 
tout en tournant à l'avantage de M. 
Boucher de Perthes, ayant encore 
laissé subsister quelques difficultés, 
il fut décidé qu'on se transporterait 
sur les lieux mêmes, à Moulin-Qui- 
gnon. 

Le 12 mai 1 803, on était dans la car- 
rière qui avait été et continuait d'être 
le théâtre des explorations de M. Bou- 
cher de Perthes. MM. Milne- Edwards, 
de QuatreFages, Lartet, Delesso, le 
marquis de Vibraye, membre del'Ins- 
titut, Hébert, Desnoyers, l'abbé Bour- 
geois, professeur de géologie de Pont- 
levoy, Garrigou. Gaudry, de la Noue, 
Alphonse Milne-Edwards, etc., repré- 
sentaient la France scientilique. MM. 
Falconer, Busk, Prestwich et beau- 
coup d'autres représentaient l'Angle- 
terre. M. Carpenter, rappelé à Lon- 
dres par des alfaires indispensables, 
fut le seul qui ne put assister au 
dernier acte ; mais il n'était reparti 



qu'avec le pressentiment d'une dé- 
faite. 

L'examen dura toute une journée, 
pendant que seize ouvriers travail- 
laient dans la carrière, ayant chacui 
leur surveillant assigné parmi les sa- 
vants qui étaient de la partie. On ne 
trouva point un nouvel ossement 
d'homme, mais on trouva de nou- 
velles liacbes; M. Falconer, qui avait 
été un des incrédules, fut invité à 
en retirer une de ses propres mains et 
s'exécuta de bonne grâce. 11 fut cons- 
taté qu'il n'y avait eu aucune fraude ; 
que le terrain était bien véritable- 
ment non remanié ; que les trouvail- 
les y gisaient dans une couche de six 
mètres d'épaisseur au-dessous du sol; 
que la mâchoire avaitété trouvée dans 
la partie la plus inférieure de cette cou- 
che, presque au contact de celle de 
craie qui la suit, et qui commence, 
en ce lieu, la série des autres terrains 
inférieurs ; que c'était bien dans un 
terrain diluvien que le tout avait été 
découvert. Et disons, à l'honneur des 
naturalistes d'outre-Manche , qu'à 
partir de ce jour tous retirèrent leurs 
négations et suspicions précédentes, et 
se rangèrent à l'avis de M. Boucher 
de Perihes, en proclamant sans ré- 
serve aucune : )° la contemporanéité 
des instruments en silex et de la mâ- 
choire fossile ; 2° la parfaite identité 
du gisement avec les terrains qua- 
ternaires appelés le diluvium; 3° en- 
lin , la nécessité de l'existence de 
l'homme avant le déluge qui a pro- 
duit ces alluvions du diluvium et 
amassé de la sorte tous ces débris. Le 
procès verbal dressé et signé le 13 
mai, sur les lieux, porte, entre autres 
choses, ce que tous les membres de 
la commission, Anglais et Français, 
ont reconnu à l'unanimité : « que 
la mâchoire trouvée le 28 mars par 
M. Boucher de Perthes, à Moulin- 
Quignon, est bien fossile ; qu'elle a 
été extraite, par M. Boucher de Per- 
thes lui-même, de ce banc vierge et 
non remanié ; que les haches de silex 
qu'on avait dites fabriquées par les 
ouvriers, sont incontestablement an- 
ciennes, etc. » 

Cependant nous devons ajouter, 
pour tout dire, que M. Elie de Beau- 
mont ne s'est point rangé à l'avis de 



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la commission sur un point capital. Il 
a soutenu et a continué do soutenir 
que le banc de Moulin-Quignon n'ap- 
partient pas, avec certitude du moins, 
au diluvium, à ce diluvium produit 
par le grand déluge ancien qu'il rat- 
tache au soulèvement du nouveau 
monde, mais plutôt à la partie des 
terrains quaternaires, beaucoup plus 
modernes,, qui consistent en alluvions 
fluviatiles particulières. On lui a ré- 
pondu qu'il ne pouvait en être ainsi, 
parce que ce banc forme la crête même 
des coteaux qui dominent la vallée 
de la Somme ; qu'un dépôt iluviatile 
ne pouvait avoir été charrié sur la 
rivière à de telles hauteurs; qu'on ne 
saurait assigner, dans une telle hypo- 
thèse, le point plus élevé d'où les 
eaux débordées eussent pu entraîner 
ces alluvions ; et qu'enliu leur strati- 
fication, nette et tranche, indiquait 
une force tout autre que celle du 
simple débordement d'un cours d'eau 
particulier, par suite d'une abondance 
extraordinaire de pluies ou de neiges. 
M. Elie de Beaumont a répondu par 
des calculs, qui démontrent la pos- 
sibilité rigoureuse de débordements 
modernes qui auraient charrié ces 
bancs de graviers fossilifères, de cer- 
taines éminences distantes de quel- 
ques kilomètres, lesquelles, d'après 
la carte de l'état-major, sont élevés à 
60, 67, 80 et même jusqu'à 100 mètres 
au-dessus du niveau delà mer, tandis 
que celles de Moulin-Quignon ne por- 
tent, d'après la même carte, que 39 
mètres au-dessus de ce niveau. Qui 
aurait le droit d'affirmer, a-t-il ajouté, 
que depuis l'dgre de pierre, et dans des 
temps plus ou moins modernes, quel- 
que crue extraordinaire n'a pas eu 
lieu jusqu'à de tels niveaux, et n'a 
point formé ces alluvions ? 

M. l'abbé Chevalier, curé de Givray- 
sur-Cher et secrétaire de la société 
archéologique de Tours, a appuyé 
M. Elie de Beaumont, en déclarant 
d'une part qu'il n'a jamais trouvé 
pendant qu'il dressait la carte géolo- 
gique et agronomique du département 
d'Indre-et-Loire, de silex ouvrés dans 
les bancs du vrai diluvium, et qu'il 
a, par contre, rencontré à chaque pas, 
des dépôts meubles d'origine mo- 
derne, qui en étaient plus ou moins 



riches. Il a annoncé avoir trouvé sur 
les bords de la Creuse et de la Claise 
cinq ateliers de fabrication d'outils 
et armes en silex dans des alluvions 
meubles tres-superficielles, dont les 
matières consistaient en débris roulés 
de l'étage tertiaire miocène, et en 
d autres débris appartenant à des 
époques modernes ; et il a reconnu, 
dans ces mélangeâmes instruments de 
toute sorte, passant par tous les de- 
grés de fabrication, entre autres uu 
curieux polissoir en silex dont les 
ramures profondes accusent un Ion» 
travail de l'ouvrier pour polir de? 
haches; il a découvert ce dernier 
outil à la surface du sol, à Paulmy 
dans les bois du Chatellier. 

M. le docteur Robert a, a son tour 
appuyé M. Chevalier en donnant 
communication de découvertes sem- 
blables, parmi lesquelles se trouvaient 
même des ossements humains avec 
des débris des animaux des cavernes 
dans des dépôts modernes, tels que 
ceux de Maxeville , qui indiquaient 
des remaniements subséquents locaux 
ayant opéré des mélanges d'objets 
d anciennetés très-diverses. 

Il nous parait tout simple qu'il 
existe beaucoup de ces remanie- 
ments, qui ont tout confondu ; mais 
ce ne sont point là des réfutations de 
1 antiquité probablement homogène 
d'une grande couche très-étendue 
portant tous les caractères d'une vir- 
ginité remontant jusqu'à sa première 
formation, telle que celle de Moulin- 
Quignon. Ce sont d'autres faits, qui 
ont dû se produire et qui se sont pro- 
duits, ce n'est pas celui-là. 

Quoiqu'il en soit, il faut reconnaître 
que l'explication de M. Elie de Beau- 
mont, appliquée au banc de Moulin- 
Quignon lui-même, n'a rien d'impos- 
sible en théorie; mais il est des choses 
qui sont très-possibles mathématique- 
ment et qui n'en sortent pas moins 
des possibilités pratiques de la nature • 
car la nature, elle aussi, a sa pratiqué 
et ses utopies ; dans sa pratique, elle 
ressemble au courant électrique qui 
suit toujours le meilleur conducteur 
et, entre plusieurs hypothèses que 
1 esprit humain pourra bâtir sur ses 
procédés, ce sera toujours aussi la 
plus naturelle qui finira par l'em- 

9 



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porter. À l'inspection de ces dépôts 
réguliers, d'environ 6 mètres d'é- 
paisseur, superposés aux terrains se- 
condaires crétacés — car à Moulin- 
Quignon, il n'y a pas, ou plutôt il n'y 
a plus, de couches tertiaires; d[autres 
révolutions diluviennes antérieures, 
venues sans doute après des soulève- 
ments volcaniques qui auront exhaussé 
la surface, les auront enlevées, comme 
il arrive souvent — à l'inspection, 
disons-nous, de ces grandes couches, 
on pense naturellement qu'elles ne 
sauraient être les résultats de boule- 
versements locaux, ayant pour causes 
des influences hydro-atmosphériques, 
on croit à la réalité d'une des traces 
du grand déluge, d'un vrai diluvium, 
et, quand on est impartial, on ne 
peut empêcher de nallre en soi. 
la conviction, partagée aujourd'hui 
par presque tous les géologues, de 
la solidité de la thèse de M. Boucher 
de Perthes. 

Nous ne sommes pas encore au 
bout de cette revue ; nous ne sommes 
qu'en 1863, et, à cette époque même, 
il est encore des faits à caractère par- 
ticulier que nous n'avons point con- 
signés. 

Nous avons dit que M. Lartet avait 
observé, sur des ossements d'animaux 
de l'époque quaternaire, des traces 
de coups portés à l'aide d'instru- 
ments tranchants. M. Desnoyers, en 
1863, en a trouvé de semblables sur 
des ossements de la fin de l'époque 
antérieure, de l'époque tertiaire, par 
exemple sur les os de Yelephas meri- 
dionatis et du rhinocéros fossile, dé- 
couverts dans les sabloaières de Saint- 
Priest, espèces plus anciennes que 
Yelephas primigenius ou mammouth 
de Sibérie, plus anciennes môme que 
Yelephas antiquus des plus anciens ter- 
rains quaternaires, et remontant jus- 
qu'au pliocène des terrains tertiaires, 
le grand ossuaire fossile duvald'Arno, 
ainsi que les sablonières de Saint- 
Priest appartiennent à ce pliocène et 
sont riches en débris de ces espèces 
antiques, depuis longtemps complé- 
ments éteintes. Or, M. Desnoyers, 
avons-nous dit, trouva dans ces dépôts 
des os du rhinocéros leptorhinus, par 
exemple, qui portaient des cassures 
transversales ne pouvant guère s'ex- 



pliquer que par des coups de haches 
ou d'autres instruments aigus indi- 
quant l'existence de l'homme. Puis, 
aidé de M. Lartet, il visita toutes les 
collections connues de débris fossiles, 
celle de M. Boisvilette, celle du musée 
de Chartres, celle du duc de Luynes, 
la plus riche, celle de notre muséum, 
et il put constater : 1° que ces traces 
se retrouvaient partout, plus oumoins 
nombreuses et accentuées ; 2° qu'elles 
étaient particulières aux animaux se 
développant de l'époque tertiaire 
pliocène aux époques quaternaires ; 
3° mais qu'il n'y en avait pas la 
moindre apparence sur les animaux 
des époques plus anciennes que le 
pliocène, par exemple sur ceux des 
terrains crétacés, jurassiques, etc., et 
même tertiaires éocène et miocène, 
certainement antérieurs, les premiers 
du moins, à l'apparition de l'homme. 
11 faut reconnaître que cette der- 
nière preuve, quoique fournissant des 
probabilités, n'est pas aussi con- 
cluante que les autres ; car ne pour- 
rait-on pas supposer que des chutes 
de cascades, des roulements brusques 
sur des roches aiguës, des frottements 
violents par des glacières et une foule 
d'accidents de ce genre, déterminés 
par le grand cataclysme d'un déluge 
universel,eussent produit ces résultats 
sur les ossements aussi bien que des 
instruments tranchants conduits par 
la main de l'homme, exerçant son in- 
dustrie contre les animaux encore 
vivants auxquels il aurait fait la chasse 
et dont il aurait fait carnage pour 
subvenir à ses besoins? Mous croyons 
devoir laisser la question indécise 
jusqu'à plus amples renseignements 
fournis par des découvertes nouvelles 
qui révéleraient avec certitude la main 
de l'homme. 

M. Boucher de Perthes échangea, 
par rapport aux outils en silex et en 
pierre polie qui ont donné lieu à ladft- 
nominationcT âgedepierre, le premier 
de nos trois âges paléontologiques et 
àlamâchoire de Moulin-Quignon, une 
correspondance dans laquelle il avoua 
que cette mâchoire et tout autre fos- 
sile humain n'étaient pas une preuve 
plus démonstrative de sa thèse que 
les outils eux-mêmes. Nous en avons 
dit assez sur la valeur des preuves 



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131 



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laisséespar l'industrie humaine,quand 
elles consistent dans des marques suf- 
fisantes, pour donner à déduire à nos 
lecteurs que nous sommes du même 
avis. 

Tous les faits que nous venons de 
raconter le plus rapidement possible, 
sont enregistrés dans l'ouvrage de M. 
Lyell, président de la Société géologi- 
que de Londres, intitulé Antiquité de 
l'lwmmc,et traduit en français en 1 863. 
_ Que s'est-il passé depuis cette date? 
C'est ce qui nous reste â résumer 
avant de tirer les conclusions qui ter- 
mineront cet article. 

En 1864-, te 24 avril, M. Boucher de 
Perthes découvre encore, à 3 mètres 
de profondeur, dans une région du 
banc de Moulin-Quignon, parfaite- 
ment intacte, une fraction de sacrum 
humain, puis une petite molaire 
d'homme. 

Quelques jours après, il trouva en- 
core quelques fragments de crâne et 
une portion de dent, puis, au bout 
de quelques jouis, avec un nouveau 
compagnon, une section de crâne 
d'homme longue de 8 centimètres et 
large de 7, laquelle fut suivie d'une 
autre portion de crâne. 

Dans une fouille, on recueillit pour 
la première fois des coquilles mari- 
nes, qui conservaient leur blancheur 
comme les dents humaines, avec deux 
fragments de tibia ou de fémur, une 
portion d'humérus, un os iliaque et 
une vertèbre lombaire. On recueillit 
encore une mâchoire humaine com- 
plète, sauf l'extrémité de la branche 
droite et les dents, à la profondeur 
de 4 V, mètres. Cette mâchoire indi- 
quait,comme la première trouvée, un 
individu adulte et de petite taille. 

Le 17 juin de la même année, M. 
Boucher de Perthes accompagné de 
M. 1 abbé Dergny et de M. le curé 
Martin, ancien professeur de géologie 
au collège de Saint-Riquier, trouva 
un îleum d'homme et les deux parties 
d une mâchoire supérieure, puis enlin 
un crâne d'homme qui conservait pres- 
que entier l'os frontal et les deux pa- 
riétaux. Ce crâne présentait une dé- 
pression étrange à la partie posté- 
rieure. 

Les 9 et 16 juillet, trouvailles nou- 
velles qui déterminèrent M. de Qua- 



trefages à donner communication à 
l'Académie des nouvelles découvertes. 
Ces découvertes de 1 SOi- portaient le 
nombre de tous les objets recueillis 
dans ces gisements à deux cents en- 
viron; elles accusaient des transports 
par des courants qui les avaient rou- 
lées, étaient dans des gangues de 
terre assez fortement collées sur elles, 
en avaient pris la couleur brunâtre et 
étaient appelées, pour cette raison, 
par les paysans de la localité des 
cailloux pourris, tous caractères de 
grande ancienneté et convenant, on 
ne peut mieux, à des accumulations 
diluviennes remontantjusqu'au grand 
déluge. 

Pendant qu'on faisait ces décou- 
vertes, un Samoiède trouvait dans les 
environs de la baie du Tas, sur le bras 
oriental du golfe de l'Obi, uu nou- 
veau mammouth conservé par les 
glaces avec ses chairs, comme celui 
de 1806. M. Charles de Baer, géologue 
russe, ne l'apprit que l'année suivante, 
et l'Académie des sciences de Saint- 
PétersbourgyenvoyaM. Schmidt, pa- 
léontologue très connu. 

En 1865, voici que se présente une 
bien autre découverte : c'est M. Lartet 
qui en a les honneurs ; ce savant à 
trouvé, il y a quinze mois, à cette 
date, dans un gisement fossilifère du 
Périguid mie lame d'ivoire fossile 
qui porte un dessin de mammouth 
ou éléphant à longue crinière pareil 
à celui de Sibérie que possède le 
musée de Saint-Pétersbourg; et il en 
donne un moulage à l'Académie, le 
21 août 1865. La découverte a été faite 
dans les mêmes bancs où l'on avait 
déjà trouvé des bois de renne ornés 
de dessins d'animaux, en gravures 
grossières, mais accusant l'art lui- 
même à sa naissance. La crinière du 
mammouth y était représentée le long 
du cou par des lignes descendantes. 
Et quinze jours après, M. de Vi- 
braye découvre et présente une pièce 
à peu près semblable qu'il vient de 
trouver dans le banc de la commune 
de Tayac(Dordogne), long de 8S0 mè- 
tres et dominant d'environ 10 mè- 
tres le lit de la Vesère. Il ne reste que 
la partie qui porte le dessin de la tète 
du mammouth : c'est un bois de renne 
dont l'une des extrémités est perforée 






I 




Ml 






AGE 



132 



AGE 



d'un trou circulaire ; la tète du mons- 
tre est dessinée dans tous ses détails, 
elle ressemble à la tète de nos élé- 
phants avec des particularités qui l'en 
distinguent très-bien spécifiquement. 

En 1800, un nouvel homme fossile 
est découvert en Alsace, dans la cou- 
che sablonneuse du Lehm, formant 
des plaines et de petites collines au 
pied des Vosges du côté du Rhin, et 
appartenant encore au diluvium de 
l'époque quaternaire, ainsi que le 
prouvent le genre d'atterrissement et 
les fossiles du cerfmegaceros, les mo- 
laires de mammouth, etc. qu'on y ren- 
contre. M. le D r Fandel retire du mé- 
lange, encore vierge, un os frontal et 
un os pariétal appartenant au même 
crâne, et indiquant un sujet adulte 
de taille moyenne ; l'angle facial est 
de 6b degrés. 

En 1867, M. l'abbé Bourgeois trouve, 
dans les couches de Saint-Prest, près 
de Chartres.unc grande quantité d'ins- 
truments grossiers en silex ; ce sont 
des têtes de lances ou de flèches, des 
poinçons, des grattoirs, des marteaux 
etc., gisant à tous les niveaux; mais 
ici, les caractères du gisement sont 
trop vagues encore pour qu'il soit 
possible, selon M. Bourgeois, d'en lixer 
l'dgc. 

Dans la même année, M.Peccadeau 
de l'Isle fait exécuter des fouilles à 
Bruniquel sur les bords dcl'Avcyron, 
sous la saillie d'un des rochers les plus 
élevés de la station, et il recueille deux 
défenses de mammouth dont l'extré- 
mité a été sculptée en forme de tète 
de renne. Il recueille aussi, entre 
autres restes d'un art grossier très- 
antique, un morceau de buis de renne 
sculpté dans une forme qui fait pen- 
ser à l'éléphant, mais qui parait plu- 
tôt le produit d'une imagination fan- 
tasque. 

Ce fut en celte année (1867) que 
tout le monde put voir à l'Exposition 
universelle, dans la galerie la plus 
concentrique, une collection aussi 
complète que possible, de ce qui avait 
été découvert, en anthropologie pa- 
léontologique, depuis cinquante ans, 
en Franco, en Angleterre, en Allema- 
gne, cnSiiècle, en Danemark, eu Italie, 
en Grèce, eu Afrique, et eu Améri- 
que. 



En 1808, on discille dans ia réunion 
annuelle des sociétés savantes sur 
une découverte nouvelle qu'on vient 
de faire dans la Dordogne, se rap- 
portant aux mêmes questions d'an- 
thropologie. Us'agitdc sept squelettes 
d'hommes d'une taille et d'une force 
supérieures aux nôtres, associés, dans 
la station des Eyzies, à des débris de 
la première époque de la faune qua- 
ternaire (âge du mammouth, ou des 
animaux éteints, précédant l'âge du 
renne ou des animaux émigrés). Des 
ossements d'animaux de cette époque 
travaillés de diverses manières, des 
outils en silex, des coquilles perforées 
arrangées en ornements, accompa- 
gnent les squelettes. Les fémurs et les 
tibias sont énormes ; ils sont assez 
fortement courbés, ce qui se voit en- 
core parfois, quoique rarement, chez 
l'homme d'aujourd'hui. Les cubitus 
ressemblent un peu à ceux de quel- 
ques singes, surtout des gorilles ; mais 
le crâne esttrès-développé; il renfer- 
mait un cerveau très-volumineux, et 
le résultat de l'examen des physiolo- 
gistes, c'est qu'il est impossible qu'un 
pareil crâne et un pareil cerveau aient 
appartenu à des singes perfectionnés. 
Plusieurs os de ces curieux squelet- 
tes portent les traces de graves bles- 
sures indiquant des mœurs guerriè- 
res. Un tibia a reçu une contusion 
violente; un frontal également; et 
un des crânes a été perforé par une 
arme de pierre, mais la cicatrisation 
s'est faite, et il y a eu guérison, c'est 
ce qu'atteste l'espèce d'ourlet organi- 
que qui s'est reformé autour de la 
perte de substance. 

Dans la même année, M. Fraas, 
révèle à notre Académie des sciences 
les trouvailles qu'il a faites dans le 
Wurtemberg, à Schussenried. Ce 
sont des ossements et des objets de 
l'industrie humaine primitive s'éle- 
vant au nombre de six cents. Le tout 
était comme jeté pêle-mêle dans une 
grande excavation creusée dans le 
gravier; ce gravier est erratique ; un 
banc de tuf qui le surmonte renferme 
des coquilles fluviatiles existant en- 
core aujourd'hui, et, par-dessus ce 
banc, le tout est recouvert d'une 
couche épaisse de tourbe qui forme 
maintenant le sol et l'humus. Entre 



AGE 



133 



AGE 



le gravier et le tuf sont des débris de 
végétaux, principalement de mousses 
très-bien conservées, que M. Schimfer 
a reconnus pour drs espèces vivant 
aujourd'hui à une latitude de 70 de- 
grés, ou sur les montagnes près des 
neiges éternelles. Les os accusent 
l'époque du renne; ils portent des 
fentes indiquant qu'on en a extrait la 
moelle; les dents sont extraites avec 
soin de leurs alvéoles ; le bœuf et le 
cheval s'y trouvent, avec un ours qui 
n'est pas celui des cavernes, mais 
plutôt l'ours antique de nos jours, et 
divers autres animaux du Nord tels 
que Le glouton, le loup, le renard po- 
laire, le cygne. Tout est septentrio- 
nal : les débris industriels sont des ai- 
guilles, des hameçons, des pointes de 
llèches en os, des pierres plates por- 
tant des traces du feu, et des frag- 
ments de charbon. Point de poteries 
ni d'ossements humains. D'après M. 
Fraas, l'époque originelle du dépôt 
est postérieure a ta période glacière. 
En 1809, M.Dupont, nouveau di- 
recteur du musée de Bruxelles, réus- 
sit a monter, dans l'attitude de la 
marche, le squelette d'un nouveau 
mammouth pareil à celui du musée 
de St. Pétersbourg, qu'on avait trouvé 
dans les glaces, en 1806, dans un tel 
état de conservation avec ses chairs, 
que des chiens s'en nourrirent} celui 
de Bruxelles provient du gisement 
sableux de Lierre, à ISO pas delà 
porte de Malines; les eaux du déluge 
l'avaient enfoui là et ensablé ; il était 
couché sur le flanc droit, la colonne 
vertébrale courbée ; la tète était en- 
tière et portait encore une défense 
énorme. Le monstrueux pachyderme 
a 3 mètres 60 cent, de hauteur au 
garrot, un mètre de plus que l'élé- 
phant des Indes du même musée, et 
sa tète pèse 2S0 kilogrammes ; la dé- 
fense qui reste est longue de 2 mètres 
90 cent. Malgré les difficultés que pré- 
sentait la restauration, — car il n'était 
pas pétrifié suffisamment pour être 
solide, et les pièces se brisaient, — 
M. Dupont a pu la taire si bien qu'au- 
cun des os n'a été percé, et qu'où 
peut maintenant le démonter et le 
remonter en moins d'une heure. Ce 
fait s'ajoute à mille autres qui con- 
cernent la réalité du déluge et celle 



des animaux quaternaires antédilu- 
viens, aujourd'hui disparus. Voici 
pour l'homme : 

Depuis trois ans, à la date où 
nous en sommes, on connaissait une 
grotte, dans le Gard, près de Durfort, 
qu'on avait nommée la grotte des 
morts; on y faisait des fouilles, et 
voici le résumé de ce qu'on en avait 
retiré, au milieu des stalactites élé- 
gantes qui décoraient une voûte en 
forme de dôme, après des déblayages 
très-laborieux: Colliers en os, couteaux 
et haches en silex, un sifflet en os, 
une pierre à aiguiser, des fragments 
de poterie, une clavicule humaine 
traversée d'une lame en bronze qui 
devait avoir donné la mort, deux ou 
trois crânes complets, très-allongés 
relativement et à mâchoires proémi- 
nentes, des javelots, des bouts de 
lances, des llèches avec encoches, des 
dents percées de bmp, de chien, de 
renard paraissant destinées à former 
des pendeloques, une défense de san- 
glier percée de deux trous, un poinçon 
long de S centime Ires, des perles à 
collier, des perles en enivre rouge, 
et même un fragment de lien encore 
adhérent à l'une d'elles, d'autres 
perles en jais, d'autres embellies de 
matières transparentes, telles que 
spath calcaire, de petites pierres pla- 
tes provenant des Alpes, et enfin de 
vrais boutons d'albâtre. Les ossements 
étaient tous humains et enfouis assez 
profondément. La grotte de Durfort 
paraissait être de la même époque 
que celle de Saint-Jean-d'Alcas dans 
l'Aveyron. 

A Paris, la même année, M. Reboux 
recueille, sur les communes de Levai- 
lois, Glichy et Billancourt, des crânes 
et autres ossements humains, enter- 
rés dans une couche qui parait vierge 
à 2 mètres de profondeur, et dont les 
uns sont attribués à l'époque quater- 
naire du mammouth, et les autres à 
l'âge de la pierre polie. Parmi ces os 
est un sacrum droit et différant par 
là. assez notablement, des mêmes os 
dans les races contemporaines surtout 
dans celles du midi de la France. 

C'est alors que, les découvertes de 
ces sortes de statious étant devenues 
déjà fort nombreuses — on en con- 
naissait une centaine pour la période 



I 



AGE 



134 



I 



seulement de la pierre taillée par 
éclats — M. Mortillet eut l'idée d'en 
essayer une classification chronolo- 
gieo-géologique, fondée sur leurs dis- 
tinctions caractéristiques. Voici celle 
qu'il proposa : les unes se caractéri- 
sent parla prépondérance des instru- 
mentsen silex, et les autres, supposées, 
plus récentes, par la prépondérance 
des instruments en os ; chacune de ces 
catégories se subdivise en deux au- 
tres, ce qui établit quatre époques 
dont chacune reçoit le nom de la 
grotte la plus typique; voici ces épo- 
ques: 

i" L'époque de la grotte du Maut- 
tier, commune de Peyzac (Dordogne): 
absence presque complète d'instru- 
ments eu os. Grottes et terrains qui 
s'y rattachent : celle de Pey-de-l'A/.é 
(Dordogne); celle de la Martin 
(Vienne) ; celle de Chez-Pouré (Corrè- 
ze) ; vallées quaternaires de la Somme 
et de la Seine ; gisement de Cœnove 
(Aisne) ; etc. 

2° Epoque de la grotte de Solutré 
(Saône-et-Loire) : encore grande ra- 
reté des instruments en os ; mais plus 
de haches en amande ; les pointes de 
silex se perfectionnent, elles sont 
finement entaillées sur les deux faces. 
Crottes et terrains cpii s'y rattachent : 
les gisements de Langerie-Haute à 
Tayac (Dordogae) et ceux de Pont-à- 
Lesse en Belgique, 

3° Epoque de la grotte d'Aurignac, 
(Haute-Garonne) : les instruments en 
os deviennent abondants ; encore le 
easse-tète en pierre, mais les pointes 
de lances no sont plus en silex, ils 
sont en os ou en bois de renne. Gise- 
ments qui s'y rattachent : la gratte 
de Gorge-d'Ènfer et celle de Cro- 
Magnon 'même localité) ; la grotte de 
la Chaise à Vouthon. 

4° Epoque de la grotte de la Made- 
leine (Turzac, Dordogne) : pointes de 
traits ou de lances en os et en bois 
de renne devenues très-abondantes ; 
leur extrémité inférieure est taillée 
en biseau pour recevoir un manche ; 
nombreux produits artistiques; gra- 
vures et sculptures parmi lesquelles 
des dessins d'espèces éteintes ou qui 
s'éteignent; disparition des débris 
de ces espèces et apparitions très- 
nombreuses d'espèces qui existent en- 



AGE 
le 



core, telles que le renne, mais qu 
ont émigré vers les régions boréales. 
Gisements qui s'y rattachent : celui des 
Eyzies et de Langerie-Basse à Tayac 
(Dordogne) ; celui de Massât (Ariège) ; 
celui du Salève (Haute-Saône) ; celui 
de Furfooz (Belgique) ; celui de Schus- 
senried (Wurtemberg). 

Vient ensuite la période de la pierre 
polie. 

Il faut avouer que tout cela est bien 
hasardé et, en tout cas, ne prouve rien 
de nouveau après les faits eux-mêmes. 
Enregistrons encore pour les années 
1868 et 1869: 1° les trouvailles de M. 
l'abbé Richard sur les hauts plateaux 
du sud de l'Algérie, près des oasis et 
de sources anciennement connues, par 
exemple à Mecta-el-Ouest, au caravan- 
sérail I-Aïn-Ouessera, dans le voisi- 
nage de la trappe de Staouéli; ce sont 
des couteaux, des scies, des grattoirs, 
des pointes de flèches, des marteaux, 
le tout, petit mais très-fin, en silex de 
la même espèce que celui des mon- 
tagnes crayeuses de Laghouat. 2° Les 
trouvailles de M. Berbrugger vers les 
frontières de l'Egypte, au delà de 
l'Aurès: silex taillés; celles de M. Re- 
boud, au-delà du Tell : instruments 
en pierre polie ; et celles de M. Cho- 
pin, aux Chotts, province d'Oran : 
pointes de silex bien taillées ; il y en 
a une au musée de Saint-Germain. 
3° Enfin, les trouvailles faites dans la 
caverne du Goyet (province de Na- 
mur), au sein d'un limon lluviatile 
qui recouvre, sur une épaisseur de 
trois à quatre mèlres, l'aire de la 
caverne ; ce sont des silex taillés en 
couteau, quelques haches présumées 
de même matière, des bois de renne 
formés en dards, des débris nombreux 
de mammouth, de rhinocéros, d'hyène, 
du grand ours , du renne de l'éla- 
phe, du loup, et eniin, chose nouvelle 
depuis certaines communications de 
même ordre de M. Lartet, deux 
bouts de bois de renne travaillés de 
manière à les faire qualifier de bâ- 
tons de commandement; le premier 
porte sur ses deux faces les restes de 
dessins, dont la partie la plus impor- 
tante était sur un prolongement du 
bâton qui est perdu; ce qu'il en reste 
sur une des faces indique un poisson 
qui parait avoir des taches comme 



S^H 



AGE 



133 



AGE 



la truite. Le second n'est pas historié ; 
il était adhérent à une brèche stalag- 
miliquc, dont on a emporté un mor- 
ceau duquel il n'est pas détaché. 

Nous arrivons au terme de cette re- 
vue sommaire, n'ayant plus à signa- 
ler, dans les années de 1870 et 1871, 
que quelques faits qui n'ajoutent rien 
de nouveau à la multitude des faits 
précédents; le principal de ces faits, 
c'est la découverte de la caverne à os- 
sements de Montréjeau dans La Haute 
Garonne. Ce sont MM.Piette et Four- 
cade de Ludion qui ont les premiers 
exploré cette caverne; elle est située 
à 100 mètres au-dessus du niveau de 
li Garonne, qui, comme on le sait, se 
trouve elle-même dans les versants 
des Pyrénées, déjà fort élevée au-des- 
sus du niveau des mers; elle est 
située dans un massif calcaire; elle 
s'ouvre par une entrée de 16 mètres 
de largeur, est profonde de 20 mètres 
et haute de quatre. Le sol est fermé 
d'une assise composée de cendres, de 
cailloux roulés, de fragments de cal- 
caire, et d'ossements en grand nombre 
de renne, de cerf, de sanglier, d'élan, 
de bœuf, de cheval, d'ours, et d'oi- 
seaux. A ces débris sont mêlés des 
silex taillés et quelques ossements hu- 
mains; on y a trouvé un humeras, 
trois radius, un fragment de tibia , 
des côtes, une vertèbre a h et, deux 
mâchoires; on y a trouvé aussi des 
débris de cornes travaillées en pointe 
de flèches, et beaucoup d'aiguilles ou 
poinçons en os, propres à la couture. 
Des os, cassés sur la longueur, portent 
la trace de coups, dont le but était 
d'en faire sortir la moelle. 

La grotte de Gargas, à Aven'ignan, 
(Hautes-Pyrénées) a été encore ex- 
plorée en I872,aumoisd'avril.0n va 
découvert des squelettes d'ours et de 
lions des cavernes et, parmi ces sque- 
lettes, d'autres squelettes, qui, renx- 
là, sont humains et qui ont vécu dans 
cette grotte, au dire de ceux qui les y 
ont trouvés et de la population de la 
localité. On a dû faire là de nouvelles 
fouilles ; aumomentoù nousécrivons, 
nous n'en avons pas encore eu les 
renseignements que nous attendons. 
Mais laissons toutes ces explorations 
pour nous occuper de la double dé- 
couverte qui a été faiie l'année der- 



nière (1872), et qui est la plus cu- 
rieuse de toutes en ce qu'elle cou- 
ronne de la manière la plus éclatante 
toutes les précédentes. Nous voulons 
parler du squelette presque complot 
de la station de Laugerie-Basse, près 
de celle des Eysies, dont nous avons 
parlé, à Tape, et surtout du fameux 
troglodyte de Menton qui li-ure main- 
tenant dans notre muséum d'anthro- 
pologie. Cédons, sur ces deux faits, la 
parole à M. bonis Figuier qui les 
décrit comme ils le méritent dans sa 
Seizième Année Scientifique, qui vient 
de parai! re 27 février In;:; . 

Ce vulgarisateur de la science, sa- 
vant lui-même, raconte comme il suit 
le premier de ces deus faits : 

« A peu de disttn de [ a station 

au chemin defer du Midi, appartenant 
au village des Çysies, à Laugerie- 
Basse, commune de Tavac, dans le 
département de la Dordogne, s'étend 
un escarpement considérable qui do- 
mine la rivière île la Vézère. Ce talus, 
élevé de 12 mètres au-dessus du ht 
de la rivière, et qui n'a pas moins de 
• 00 mètres de longueur, est célèbre 

dans les fastes delà science dtelTiomme 

primitif. Sous son escarpement, qui 
surplombe le cours d'eau, des peupla- 
de, humaines qui remontent jusqu'à 
l'Age du renne, ont fait leur séjour 
pendant une longue série de siècles, 
ei de nombreux vestiges de leur séjour 
lent encore leur présence. La 
ion de Laugerie-Basse a été explo- 
rée depuis dix ans avec un zèle infa- 
tigable par divers naturalistes, entre 
autres par Larlct et Cbristy , par 
M. Brun, par le marquis de Yibraye, 
enfin et plus récemmentpar'MM. Mas- 
senat, Lalande et Cartailbac 

« Les plu. curieuses découvertes 
ont secondé les elfbrts de ces natura- 
listes, car c'est surtout parles fouilles 
opérées à Laugerie-Basse et à la sta- 
tion des Eyzies que l'on doit les con- 
naissances les plus précises que nous 
possédions aujourd'hui sur les mœurs, 
coutumes et particularités diverses 
de l'homme qui vivait à l'âge du 
renne. 

« Une nouvelle découverte a été 
faite en 187 2 à la station de Langerie- 
Basse, par MM. Massenat, Lalande et 
Carlailhac. On y a trouvé un squelette 







Pi 







■n 



AGE li 

entier de l'homme appartenant à l'é- 
poque de la pierre polie. 

« Ce squelette est presque complet. 
La tète était placée du côté de la 
rivière, les pieds vers le rocher. 11 
était allongé sur le côté et tout à fait 
accroupi; la main gauche sous le côté 
gauche de la tête, la main droite sur 
le cou; les coudes touchant à peu 
près les genoux, un pied rapproché 
du bassin. Les os sont presque en 
place ; seulement la colonne vertébrale 
a été écrasée par l'angle d'un gros 
bloc, et le bassin est brisé. MM. La- 
landc et Cartailhac pensent que cet 
homme a dû être enseveli sous un 
éboulcment de rocher. 

« Le corps est placé entre deux 
restes de foyers, ce qui prouve qu'il 
est bien contemporain des objets qui 
l'entourent, et qui sont des ossements 
abondants de bœufs, de chevaux et de 
bouquetins, provenant certainement 
des repas de la peuplade qui vivait 
dans celte localité. 

« Près du corps sont de petites co- 
quilles, qui devaient faire partie du 
vêtement de cet individu. Ces coquil- 
les, accouplées deux à deux, sont des 
espèces de porcelaines propres à la 
Méditerranée et qui manquent à l'O- 
céan. Les habitante de la Dordogne, 
en ces temps reculés, faisaient donc 
des excursions jusque sur les bords 
de la Méditerranée. 

« Ce qui caractérise cette décou- 
verte, c'est la précision des circons- 
tantes géologiques, qui permettent 
de fixer rigoureusement la date de 
l'existence de cet être humain. Le lieu 
où il a été découvert n'a subi aucun 
remaniement, et n'a été soumis à 
aucune atteinte postérieure. 

« Les débris d'espèces animales qui 
accompagnent ce corps, fixent à l'é- 
poque de la pierre polie la date de 
son existence. C'est ce qui a été établi 

Far la discussion qui a eu lieu, à 
occasion de cette pièce, au Congrès 
préhistorique de Bruxelles, au mois 
de septembre 1872. 

« Le squelette trouvé dans la Dor- 
dogne par MM. Massenat, Lalande et 
Cartailhac est déposé aujourd'hui au 
Musée d'histoire naturelle de Tou- 
louse. » 
L'autre découverte a plus d'impor- 



6 AGE 

tance et demande une description 
beaucoup plus détaillée, que M. Fi- 
guier n'a pas manqué de donner, et 
que nous transcrirons à peu près in 
extenso : 

« Les curieux et les amateurs d'his- 
toire naturelle qui désirent jouir d'un 
spectacle qui s'est bien rarement of- 
fert aux savants, n'ont qu'à se rendre 
au Jardin des Plantes et dans la gale-'; 
rie consacrée aux collections de l'an- 1 
tkropologie : ils se verront en face 
d'un véritable et authentique sque- 
lette d'homme primitif, appartenant à 
l'époque du grand ours et du mam- 
mouth, c'est-à-dire à la date de la 
première période de l'apparition de 
l'homme sur la terre 

« 11 a existé un homme primitif, 
c'est-à-dire un être humain, qui fut 
contemporain des grands mammifères 
aujourd'hui disparus du globe, du 
mammouth, du grand ours, du grand 
tigre, du grand cerf, etc., et qui a 
vécu pendant une longue suite de gé- 
nérations successives, à une époque 
bien antérieure à toute civilisation, 
c'est-à-dire à l'âge drs cavernes, à l'âge 
de pierre ou à l'âge des métaux. 

« Decet homme primitif qui remonte 
à l'époque la plus reculée de l'exis- 
tence de notre espèce, le squelette qui 
se trouve aujourd'hui dans les salles 
du Muséum d'histoire naturelle, est 
certainement l'échantillon le plus 
extraordinaire qui ait encore été mis 
au jour. 

n Le temps n'est pas éloigné où, 
pour raisonner sur l'homme primitif, 
sur l'homme fossile comme on l'ap- 
pelait alors, on n'avait que des por- 
tions de crâne plus ou moins incom- 
plètes et d'une origine toujours cou 
tes table. Qui n'a entendu parler du 
crâne d'Engis, du crâne du Neandcr- 
thal, simples fragments de tètes 
osseuses, sur lesquels avait beau jeu 
l'imagination des naturalistes, em- 
pressés de rattacher l'espèce humaine 
à la race des singes ? On se souvient 
encore du bruit que fit la découverte 
de la mâchoire de Moulin-Quignon, 
faite par M. Boucher de Perthes, en 
1863, dans les sables d'Abbeville. Cet 
objet, dont on fit tant de bruit, se 
réduisait à un os maxillaire inférieur. 

« Vint ensuite la découverte des 






ÂGE 

crânes humains dans la grotte de Cro- 
Magnon, puis celle des crânes de So- 
lutré, qui lurent si Lien étudiés par 
M.Pruner-Bey, parLartctct par Féry. 
Mais en tout cela il ne s'agissait <jue 
de petites portions de squelette. Ja- 
mais un individu entier ne s'était of- 
fert aux yeux de l'observateur. La 
seule trouvaille de ce genre qu'on 
puisse opposer à celle de M. Rivière, 
s'est accomplie presque en même 
temps que la sienne. Nous voulons 
parler de ce squelette entier d'homme 
primitif qui a été mis à découvert en 
1872, dans unegrotte de la Dordogne, 
par MM. Massénat, Lalande et Car- 
tailhac, el dont nous avons dit un mot 
dansla note précédente. Mais cesque- 
lette de l'homme primitif appartient 
a une épotpie relativement récente, à 
l'époque de la pierre polie. 11 doit 
dune céder de beaucoup le pas de l'an- 
tiquité au troglodyte de Menton. 

» Comment a été découvert cet an- 
cêtre archiséen ladre de notre huma- 
nité ? Il existe tout près de la fron- 
tière de France et d'Italie, à peu de 
dislance du pont Saint-Louis, une sé- 
rie de cavernes creusées dans l'épais- 
seur de la montagne qui surplombe 
en ee point la Méditerranée, et qui 
fait partie de la célèbre corniche, si 
connue des touristes. Depuis plusieurs 
années ces cavernes étaient explorées 
par deux ou trois naturalistes, qui y 
avaient trouvé un grand nombre 
d'objets de l'industrie primitive, tels 
que haches de silex, pointes de flè- 
ches, poinçonsenos, etc. ; mais aucun 
ossement humain n'y avait encore été 
mis à nu. 

« C'est que les premiers explora- 
teurs dont nous parlons n'avaient fait 
descendre les fouilles qu'à une faible 
profondeur, à deux ou trois mètres 
seulement. Un tout autre résultat a 
été obtenu, lorsqu'un autre chercheur 
plus persévérant a poussé les fouilles 
jusqu'à 7 et 8 mètres de profondeur. 
r « Ce chercheur est M. Rivière. 
Venu d'abord à Menton pour rétablir 
sa santé, M. Rivière fut bientôt pris 
du désir de s'associer aux fouilles 
commencées. lise rendit acquéreur de 
Tune des cavernes, et en entreprit 
l'exploration pour son compte. Bien- 
tôt une mission scientilique, dont il 



137 



AGE 



futinvesli parle minière de l'instruc- 
tion publique, el un crédit qui fut af- 
fecté à cette mission, lui permirent de 
procéder plus facilement à ses recher- 
ches. 

« Un succès imprévu devait les cou- 
ronner. 

« Depuis plus de trois mois, M. Ri- 
vière étudiait le sol de la caverne du 
CœoiUon, creusant chaque jour plus 
profondément, et il était parvenue 
six mètres et demi au-dessous du 
niveau des anciennes fouilles, sans 
avoir recueilli d'autres objets que de 
nombreux instruments en silex, des 
instruments en os, des coquilles ma- 
rines et terrestres, et un grand nom- 
bre d'ossements, de dents et de mâ- 
choires appartenant à divers animaux 
carnassiers, pachydermes, ruminants 
et rongeurs, lorsque, dans la journée 
du 20 mars, il découvrit les. premiers 
ossements d'un pied appartenant à un 
squelette humain. 

« Ce squelette, qui ne put être entiè- 
rement dégagé quaprèshuit jours d'un 
travail non interrompu, était placé 
sur ie côte -anche. Son attitude était 
celle du repos, celle d'un homme que 
la mort aurait surpris pendant le 
sommeil. La tète, un peu plu- élevée 
que le reste du corps et légèrement 
inclinée en bas, reposait suc la partie 
latérale gauche du crâne el de la lace; 
le maxillaire inférieur était appuyé 
sur les dernières phalanges de la main 

gauche. 

« Le squelette était situé dans le 
sens longitudinal de la caverne, à sept 
mètres environ de l'entrée, et près de 

la paroi latérale droite. 

« Le crâne était couvert de nom- 
breuses coquilles percées d'untrou se 
rapportant au genre Tfassa (\nssn ne- 
ritea , et de quelques dents perforées 
par la main de l'homm •. 

« De plus, un Instrument en os, 
long de dix-sept centimètres, terminé 
en pointe d'un côté, et de l'autre par 
une extrémité large et aplatie, était 
appliqué sur le crâne, en travers du 
front. 

« En arrière du crâne et contre l'oc- 
cipital étaient placées deux pointes de 
lance en silex, toutes deux brisées à la 
base, mais à pointe à peu près intacte, 
à bords accidentellement dentelés. 





I 






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AGE 



138 



AGE 



« Le crâne est arrondi et de la plus 
belle forme. 

« L'occipital est fortement déprimé. 
Les os de (a face sont bien conservés ; 
les dents paraissent être au complet : 
elles sont très-usées, indice d'un âge 
avancé. Le maxillaire inférieur est as- 
sez développé ; l'angle de la mâchoire 
très-arrondi. Le crâne a éprouvé un 
léger renversement de gaucho à droite 
et de haut en bas, sur les os de la face. 
« La colonne vertébrale présente 
une incurvation très-prononcée, àcon- 
cavité intérieure, principalement à la 
région dorsale, due à la position du 
corps avant la mort et à la compres- 
sion du thorax. Les vertèbres lombai- 
res sontaplalies et brisées. Le sacrum 
est entier. 

« Le thorax, qui a du subir une 
compression considérable par le poids 
des terres qui le recouvraient , 
est assee farteanest écrasé, les cotes 
res supérieurs 
présentent une flexion prononcée des 
os de l'avanl-bras sur l'humérus. Le 
cubitus et le radius gauches sont 
fracturés au niveau du tiers inférieur. 
La courbure des clavicules est très- 
peu prononcée. 

« Les membres inférieurs, à demi 
fléchis, s'enire-croisent légèrement, 
reposant l'un sur l'autre. 

« Au-dessous des tubérosités de 
1 extrémité supérieure du trbiagauche, 
on a recueilli quarante et une coquilles 
percées d'un trou (les Nussa ntritea 
trouvées sur la boite crânienne), qui 
paraissent avoir fait partie d'un bra- 
celet de la jambe. 

Ces ossements présentaient une 
teinte rougeâtre, due à la présence 
d'une couche très-mince d'oxyde de 
fer. Cette couche était beaucoup plus 
épaisse à la surface du crâne. 

_ La base du crâne, ainsi que la ré- 
gion postérieure du tronc, jusqu'au 
bassin, était appuyée contre quelques 
pierres. Ces pierres paraissent avoir 
servi de points d'appui au corps pen- 
dant le sommeil. 

Quand on examine le crâne de ce 
troglodyte, de cet homme dont l'exis- 
tence ne peut pas remonter au-dessous 
de vingt à vi:;gt-cinq mille ans (1), on 

(1) Il eonvieut de prendre toujours les cli ffres 



reste vraiment confondu de sa res- 
semblance avec les plus beaux crânes 
des races humaines contemporaines 
Dans la salle du Muséum d'histoire' 
naturelle où se trouve ce troglodyte 
à l'âge si vénérable, se voit un sque- 
lette humain ordinaire ; on est frappé 
en comparant les deux crânes et les 
deux faces, de leur analogie. L'an- 
gle facial du troglodyte de Menton 
ne nous a pas paru s'éloigner de 80 
degrés, c'est-à-dire du type des races 
humaines les plus élevées en intelli- 
gence. La beauté de son ovale et la 
proéminence du vertex, enfin le grand 
volume de la partie postérieure du 
crâne, rapprochent cet homme de 
vingt nulle ans de l'homme de nos 
jours. 

Où sont maintenant, nous le de- 
mandons, les tranchantes affirma- 
tions, les déductions téméraires des 
anatomistes allemands, suisses et 
français, concernant la prétendue 
filiation anatomique entre le sin"-e et 
l'homme primitif? Déjà les études 
approfondies du docteur Pruner-Bey 
sur l'homme de Cro-Magnon (Péri- 
gord) et sur celui de Solutrê (Maçon- 
nais) avaient réduit ces assertions 
presque à néant. La découverte du 
troglodyte de Menton leur porte le 
dernier coup ; car maintenant on ne 
raisonne plus seulement sur une tête 
osseuse, mais sur un squelette entier, 
et l'analogie entre ce squelette et ce- 
lui de l'homme de nos jours est telle- 
ment évidente, que toute discussion 
à cet égard serait hors depropos. 

« Il ne resterait plus aux partisans 
de cette ancienne et malheureuse 
conception scientifique qu'à contester 
la date de l'existence du troglodyte de 
Menton. Mais les objets qui environ- 
naient le squelette et qui étaient pla- 
cés soit autour, soit au-dessous de 
lui, permettent de fixer, avec une 
approximation suffisante, l'époque 
où il a vécu. D'après M. Rivière, il 
remonterait à la première période 
de la naissance de l'humanité, c'est-à 
dire à l'époque du grand ours et du 



émis en pareil cas, pour de simples suppositions, el 
c'est dans ce sens que M. Figuier donne celui-ci. 
La science n'est pas encore assez avancée pour pou- 
voir fixer des dates. L B |( 0Ia , 



jjVGE 



139 



AGE 



fcammouth. On a trouvé, en effet, des 
dents du grand ours parmi les objets 
environnant le squelette, niais point 
d'ossements de mammouth. 

o Les objets qui étaient placés soit 
autour, soit au-dessus du squelette, 
étaient, comme nous l'avons dit briè- 
vement tout à l'heure: 

« 1° Une cinquantaine d'instru- 
ments en silex taillé, mais non poli, 
tcL que pointes de flèches, pointes de 
lances et grattoirs; 

a 2° .Un fragment de poinçon en 
Ci, de petite dimension; 

« 3° Une dent incisive de bœuf, 
quelques dents séparées, trois os 
maxillaires intérieurs brisés, appar- 
tenant à des ruminants du genre ccr- 
vus, une dent incisive du sus scrofa, 
deux fragments de côte de bœuf, ainsi 
que d'autres ossements plus oumoins 
brisés, incinérés ou non, et un astra- 
gale de cerf; 

« 4° Des coquilles appartenant aux 
genre"; patella, pectuncutus, cardtum, 
mytilus et pecten Jacobeus. Cette der- 
nière coquille, renfermant encore des 
traces de i I de charbon, était 

placée tout auprès du crâne. Le sol 
était mêlé de nombreuses parcelles 
de charbon et de quelques pierres 
calfiii 

« Quelques naturalistes du Muséum 
d'histoire naturelle étaient disposés à 
fixer à l'âge du renne la date de 
l'existence de ce troglodyte. Mais on 
n'a pas trouvé le plus petit vestige 
d'un ossement de renne dans toutes 
les fouilles de ces cavernes, et les 
instruments en silex qu'on a décou- 
verts par milliers dans les grottes de 
Menton, sont taillés, mais non polis, 
et appartiennent dès lors aux pre- 
miers âges de notre espèce. 

« Une sorte de conflit diplomatique 
s'est élevé à l'occasion de la décou- 
verte de l'homme primitif de Menton. 
En fait, c'est sur le territoire de l'Italie 
qu'existent les grottes explorées par 
M. Rivière, car elles sont situées au- 
delà de la frontière franco-italienne, 
et dès lors leur propriété semblait, à 
quelque titre, pouvoir être revendi- 
quée par l'Italie. C'est ce qui est ar- 
ri\ é, et M. Rivière a eu à lutter contre 
les prétentions des autorités italien- 
nes. Cependant cette difticulté a pu 



être aplanie, et le savant français a 
été remis assez premptement en pos- 
session de sa trouvaille. 

a Nous ne raconterons pas quels 
soins minutieux ont présidé à l'enlè- 
vement de cette pièce remarquable. 
Plus de huit jours de travaux furent 
nécessaires pour soulever, tout d'un 
bloc, et transporter, sans secousse dan- 
gereuse, cet objet précieux qui était 
enfoui an milieu des cendres du foyer 
de la carême, selon l'usage des anti- 
ques peuplades. Lorsque, après saille 
soins et précautions, le squelette, 
reposant toujours sur son lit de cen- 
dres, put 'être placé sur une table 
de buis de sapin el lire hors de la 
grotte, il fallut B'oocuper de son 
transport par le chemin de fer. Les 
difficultés et lient nombreuses et les 
dangers sérieux ; mais (ont a été heu- 
reusement conjuré. La table suppor- 
tant le troglodyte était suspendue par 

quatre eordes au plafond du wagon, 
et M . Rivière ne cessa pas de surveil- 
ler, pendant tout le voyage, l'étal de 

nui précieux eolis. 

« Grâce a ees précautions, tout est 
arma en parfait état, et le Muséum 
d'histoire naturelle, auquel il appar- 
tient désormais, a installé dans fa ga- 
lène d'anthropolopie ce vétéran de 
l'humanité 

« Nous venons d'affirmer que 
l'homme de la caverne de Menton 
appartient à l'époque du grand ours 
ou du mammouth. Ce fait est trop 
capital dans la question pour être 
avancé sans preuves. 

« Les diverses espèces animales 
dont les débris entouraient le sque- 
lette, fixent nécessairement l'époque 
à laquelle cet homme a vécu. Or, il 
se trouve parmi ces espèces des os et 
des dents de grand ours. (Ursus Spe- 
Iseus, de grand chai [Felis tpelxa,) de 
Rhinocéros tichorhinus et d'Ili/xna 
spétxa, toutes espèces qui caractéri- 
sent l'époque du grand ours et du 
mammouth. En nuire, il n'y a pas 
trace d'ossement de renne, ce qui 
prouve que l'époque du renne n'était 
pas encore atteinte; enlin les silex 
qui sont placés près du corps sont 
tous taillés et non polis. 

« Voici, du reste, comment L'auteur 
décrit les espèces animales dont il a 



^* 



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AGE 

recueilli les débris dans le voisinage 
le plus immédiat du squelette. 

« 1° Carnassiers : Felis spelsea, plu- 
« sieurs phalanges ; Ursus spelxus, 
« phalange incinérée ; Ursus, de pe- 
« tite taille , probablement YUrsus 
« arctos; Canis lupus, de grande 
« taille; Erinaceus, maxillaire infé- 
« rieur. 

« 2° Pachydermes : Rhinocéros, 
« fragments de dent molaire ' ; Equus, 
« dent molaire; Sus scrofa, plusieurs 
« dents. 

« 3° Ruminants : Bos primigenius, 
« plusieurs dents molaires et inci- 
« sives et des ossements; Cervus al- 
« ces, une première molaire supérieure 
« droite; Cervus elaphus, des frag- 
« ments de mâchoire, des dents et 
« des ossements, un fragment de bois 
« incinéré; Cervus cunadensis (lequel 
« ne diffère de l'élaphe que par ses 
« dimensions plus grandes), des frag- 
« ments de mâchoires, des dents et 
« des ossements brisés ; un Cervus 
« plus petit que l'élaphe et qui pour- 
« rait être le cerf de Corse, des dents 
« et des mâchoires brisées ; le Cervus 
« capreolus, dents et ossements ; une 
« grande chèvre, Capra primigenia 2 ? 
« des dents et des fragments de mâ- 
« choire en très-grand nombre, ainsi 
« que des ossements brisés ; antilope 
« rupkapra ou chamois, un astragale 
« et deux fragments de mâchoires 
« présentant une troisième molaire 
« à trois collines. 

« 4° Rongeurs : Lepus, une mâ- 
choire inférieure avec ses dents. 

« Parmi les divers animaux dont je 
« viens de faire rénumération, trois 
« surtout, par leur présence autour 
« du squelette, et à des niveaux supé- 
« rieurs à lui, le grand Felis, VUrsus 
« spelxus et le Rhinocéros, dontj'avais 
« déjà trouvé, et antérieurement à 
« l'homme des débris osseux, indi- 
« quent l'époque à laquelle l'homme 
« de Menton a vécu 3 . 



(!}M. E. Rivière avait déjà recueilli, à pins d'un 
mètre au-dessus rie cet homme, deux dents de 
Rhinocéros tichorhinvs , attenant encore ensemble 
et a un fragment de mâchoire. 

(2) Nom donné par M. le professeur Gervais à une 
chevro plus grande et plus trapue que la chèvre ac- 
tuelle. 

(3) M. £. Rvière a trouvé également à uu ni- 



140 



AGE 



« Quant au renne, il n'existe pas 
« dans les cavernes de Menton ; il pa- 
« rait également faire défaut dans 
« toutes les autres cavernes de l'Ita- 
« lie. 

« Parmi les divers objets trouvés 
« auprès du squelette, je citerai prin- 
« cipalement deux lames de couteaux 
« en silex, l'épingle en os taillée dans 
« un radius de cerf, les Nassa neritea 
« du crâne et du jambelet, et les 
• vingt-deux canines de cerf perfo- 
« rées, tous objets qui présentent la 
« coloration rougeâtre que j'ai signa- 
« lée sur toutes lespièces du squelette 
« et principalement sur la tète. Cette 
« coloration est due au peroxyde de 
« fer, peroxyde formé par l'hydrata- 
« tion du fer oligiste dont toute la 
« surface du corps avaitété recouverte 
« après la mort, et indique une inhu- 
« mation. 

« Cette inhumation a eu lieu, mais 
« sans aucun déplacement ; en effet, 
« l'attitude du squelette indique par- 
« faitement que l'homme est mort 
« pendant son sommeil, au lieu et 
« place où je l'ai découvert, c'est-à 
« dire sur un sol formé de cendres, de 
« charbon et de pierres calcinées, et 
« au milieu des détritus de la vie de 
« chaque jour, et sans aucune trace 
« d'éboulement. » 

Nous venons d'inspecter, nous- 
mêrne avec beaucoup d'attention, 
avant de terminer notre article, ce 
squelette humain, et nous ajouterons 
quelques remarques. 

C'est la première fois que nous 
voyons dans notre musée figurer une 
pareille relique sous cette étiquette 
homme fossile, et c'est aussi la pre- 
mière fois qu'un squelette d'homme 
nous parait la mériter. Ces ossements- 
là, tout assemblés qu'ils soient en- 
core, portent un cachet particulier 
d'ancienneté; une pétrification véri- 
table commence de se faire dans leur 
substance ; et supposez-leur cent mille 
ans de plus de gisement à la même 
place, nous sommes convaincu qu'ils 
seraient complètement pétrifiés. 



veau supérieur à l'homme, non-seulement des dents 
d'Hyxna spelxa, dont quelques-unes ont subi l'ac- 
tiou du feu, niais encoi e des coprolithes, c'est-à-dire 
les excréments pétriiiés du mémo animal. 



AGE 



141 



AGE 



D'un autre côté, c'est absolument 
un homme, de moyenne taille, et 
un homme beau ; il n'y a aucune dif- 
férence entre son squelette et les plus 
beaux de la race blanche ; ses dents 
sont jolies, régulières, bien plantées, 
et son crâne est magnifique; il est de 
ceux qui ont renfermé le plus de cer- 
veau ; il est de ceux qui ont engendré 
l'angle facial le plus ouvert, et il y en 
a peu aujourd'hui qui l'égalent à ce 
point de vue. Si l'on trouve un jour 
beaucoup de ces types, loin de dire 
que l'homme primitif se rapproche 
du singe, il faudra dire, à l'inverse, 
que l'homme a plutôt dégénéré vers 
le singe, en descendant son his- 
toire. 

Enfin tout dans ce squelette, pro- 
bablement antédiluvien, sa pose, ses 
formes, les instruments et tous les 
objets qui l'entourent, y compris 
les cendres qui prouvent qu'il con- 
nut l'usage du feu, tout respire en- 
core l'intelligence humaine, moins 
seulement les inventions de la civili- 
sation. 

Oh! oui. Moïse a eu bien raison de 
dire : •producant aqux... producat 
terra... secundum speeies suas... et : 
faciamus homim m. 

Parlerons-nous enfin des habitations 
lacustres des vallées des I\\ renées ana- 
logues à celles de la Suisse , du 
Tyrol, de l'Italie, de l'Allemagne. Ce 
sont des restes de pilotis plantés 
dans des tourbières , et même des 
portions de planchers qui accompa- 
gnent encore ces pieux. M. Garrigou, 
après avoir déblayé la terre labourée 
et la tourbe sur une profondeur de 
près d'un mètre, a découvert un 
reste de plancher formé d'éclats de 
troncs d'arbres , et reposant sur un 
pilotis enfoncé verticalement à une 
profondeur de plusieurs mètres. Les 
entailles que portent les pieux indi- 
quent un travail net et franc qui n'a 
pu être exécuté qu'avec un instrument 
de fer, en sorte qu'un doit, d'après 
lui, ne faire remonter ces étranges 
constructions qu'àl'cije du fer. L'eau 
qui envahissait la place etqui s'élève, 
dans toute l'étendue de la vallée, 
c'est-à-dire, de l'ancien lac, à unniveau 
uniforme, rendait l'exploration im- 
p oibic ù de plus grandes profon- 



deurs. On trouvera de ces restesde tra- 
vaux humains, paraissant remonter à 
l'époque des métaux, dans l'Ariége, 
dans l'Aube, dans les Pyrénées Orien- 
tale-!. Les lacs de Saint-Pé, de Massât, 
d'AngOt, les tourbières des mêmes 
localités, et les alluvions de toutes 
les vallées pyrénéennes ont révélé 
des objets de fer, de bronze et de 
pierre polie qui font pressentir des 
découvertes de ce genre. 

Mais nous nous rapprochons, par 
ces derniers faits, des temps histori- 
ques. 

VI. 
Conclusions sur le déluge et la co- 
existence de l'homme et des animaux 
avant le déluge. 

On avait cru, et nous avions cru 
nous-môme ({Me les couches d'allu- 
vions appelées le diiux ium étaient trop 
anciennes pour pouvoir être considé- 
rées comme des dépôts accumulés 
par les eaux du déluge historique des 
traditions humaines, et nous étions 
porté à y voir 1rs effets d'un déluge 
géologique antérieur, beaucoup plus 
antique Mais, avec la bonne foi que 
tout auteur doit mettre dans ce qu'il 
écrit, nous avouons, à la suite des 
découvertes datant des vingtdernières 
années que nous venons de résumer, 
que le diluvium nous parait avec 
évidence s'appliquer a ce déluge lui- 
même. Comment expliquerait-on, en 
effet, l'existence de ces couches d'al- 
hivion dans tant de lieux à la fois, eu 
France, en Angleterre, en Belgique, 
eu Italie, en Allemagne, en Dane- 
marclc, eu Algérie, en Egypte, au 
désert, en Grèce, en Amérique et 
probablement jusqu'aux extrémités 
de l'Asie où on les trouvera compo- 
sées de même, quand la science d'ob- 
servation y pourra porter ses inves- 
tigations, sans un cataclysme diluvien 
qui aura couvert de ses eaux torren- 
tielles toute la face de la terre et 
aura accumulé des amas dans toutes 
les anfractuosités de lasurface propres 
à les retenir? 

C'est le premier fait d'observation 
qui donne raison aux traditions et à 
Moïse. Les eaux, dit-il, s'élevèrent 
jusques sur les montagnes; n'avous- 
nou ; pas vu, eu cllet, de ces anus 



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AGE 

fossilifères sur toutes les hauteurs ? 
Les Pyrénées n'ont pu< fait exception ; 
uue grotte qui en est remplie et qui 
s'élève à 100 mètres au-dessus de la 
Garonne près de sa naissance, en 
présente un reste qui parle assez 
éloquemment; et plus tard, nous 
n'avons là-dessus aucun doute, inal- 
téré la tendance qu'ont les montagnes 
à se dénuder, et les soulèvements qui 
ont ramené, en ces lieux, les roches 
gramticrues. primitives à la surface en 
place des sédiments, ces lieux eux- 
mêmes nous montreront assez de 
restes des alluvions diluviennes pour 
achever la démonstration «OHMaeneée, 
de la vérité du récit mosaïque, avec 
un te] éclat qu'il n'y aura plus d'ob- 
jcciion possible. 

Moïse dit aussi que tous les hommes 
et tous les animaux qui leur étaient 
contemporains furent détruits; com- 
ment la géologie pourrait-elle mieux 
nous le dire elle-même? elle nous 
montre dans ce diluvium, dont les 
lieux hauts, comme les lieux bas, 
conservent de» fragments, un im- 
iiiL'iiM'ussuairequiru, eloppe le globe, 

et qui n'est qu'un vaste monument 

prouvant aussi bien la destraction 
générale, que les ruines de Ninive 
avec leurs objets d'art ensablés, prou- 
vent la disparition de cette grande 
ville, ou, si l'on aime mieux, que les 
nécropoles de Pompéi et d'IIercu- 
lanum prouvent l'ensevelissement de 
ces cités par la première et la plus 
terrible des éruptions du Vésuve. 

Mais ce n'est pas là la seule conclu- 
sion que nous ayons à tirer de notre 
sommaire historique de l'anthropo- 
logie paleoniolo-ique. Dieu, dit Moïse, 

avait créé le même jour, c'est-à-dire, 
à la même époque géologique, les 
animaux terrestres, notamment ceux 
qui étaient appelés à devenir domes- 
tiques,yame/i(a,ctrhommc;ilsétaient 
donc coexistants, dans leur antériorité 
au cataclysme. Or, n'avons-nous pas 
vu les observations de ces dernières 
années répondre, avec toute la profu- 
sion désirable, qu'il en fut ainsi, puis- 
qu'elles nous montrent partout, dans 
la grande nécropole dadilucium, des 
ossements de tons ces animaux, des 
produits d'arts et d'une industrie qui 
ne peuvent èlre que ceux de l'homme 



142 



AGE 



lui-même, et jusqu'à des ossements 
fossiles d'individus ayant fait partie 
du genre humain de ces temps anti- 
ques. Nous avons vu apparaître de 
toutes ces choses non-seulement dans 
les alluvions du déluge, mais encore 
dans le pliocène dont la formation 
précédait depuis longtemps déjà la 
catastrophe. 

Jamais récit, dans ce qu'il a de fon- 
damental et de vraiment important, 
ne fut mieux confirmé par la science. 

Reste une seule difficulté : celle de 
l'antiquité du déluge, ainsi que de 
l'espèce humaine et des espèces ani- 
males, ses contemporaines avant le 
déhi| 

La réponse est donnée d'avance 
par la logique générale qui se 
déduit, dans notre dissertation préli- 
minaire, du concile de Trente sur 
l'interprétation de l'écriture sainte 
et du concile du Vatican sur l'infailli- 
bilité du Pape et de l'Eglise; la com- 
pétence de toutes ces autorités sur- 
naturelles est limitée par l'Eglise elle- 
même aux choses qui intéressent la 
foi ou la morale. Une question de 
chiffres eu plus ou en moins, s'agit-il 
de milliers de siècles, ne saurait in- 
téresser la foi ni la morale; donc 
nous n'avons point à prendre fait et 
cause pour un chiffre plutôt que pour 
un autre chiffre, et nous ne faisons 
qu'user de notre droit en laissant, là 
dessus, à notre plume une liberté qui 
ne soit limitée que par les déductions 
scientifiques. 

Raisonnons donc, sur ce point, avec 
la science pure. 

Or, d'une part, nous avons MM. De- 
luc , Dolomieu , et surtout Cuvier, 
qui, avant les nouvelles découver- 
tes, avaient fait des observations et 
des calculs dont nous avons donné le 
résumé au mot géologicjues (sciences), 
de notre Dictionnaire des harmonies 
de la raison et de la foi. Ces observa- 
tions portaientsur l'accroissement des 
tourbières, sur celui des lies madre- 
poriques, sur celui des stalactites 
dans les grottes, sur celui de l'humus 
principalement dans les forêts vierges, 
sur les Moraines ou accumulations de 
détritus par les glaciers au pied des 
versants, sur les dénudations desmon- 
tagues, sur les diminutions annuelles 



AGE 



143 



AGE 



des bu Uesde sel gemme, telle que celle 
deCardona, en Espagne, sur les deltas 
des fleuves, sur les dunes de sable des 
bords de la mer aux endroits des cô- 
tes où leur accumulation est régulière, 
et sur plusieurs autres phénomènes 
de même genre qui se réalisent dans 
notre ihjc, et par lesquels il semble 
qu'on puisse juger de la longueur du 
passé ; et les conclusions étaient que 
tous ces phénomènes n'avaient guère 
pu commencer plus haut que cinq à 
sept mille ans, attendu qu'autrement, 
ils seraient plus avancés qu'ils ne le 
sont, et qu'en conséquence le déluge, 
qu'on devait considérer comme leur 
point de départ, ne pouvait guère re- 
monter au delà de cette date. Voici 
les paroles de Cuvier lui-même dans 
un de ses discours : « Je pense donc, 
avec MM. Deluc et Dolomieu, que, 
s'il y a quelque chose de démontré 
en géologie, c'est que la surface de 
notre globe a été la victime d'une 
tndi et soudaine révolution, dont 
late oepeul pas remonter beaucoup 
pins haut que cinq on six mille ans. » 
Si nous pouvions concilier une telle 
conclusion avec les observations ré- 
centes que nous avons groupées plus 
haut, la science géologique se rc- 
trouvcraild'accord avec la cosmogonie 
de Moïse même pour une lixation, 
précise autant que possible, des du- 
rées curon jlogiques. 

Mais notre bonne foi nous force 
d'avouer que cela nous parait bien 
difficile. Exposons d'abord les raisons 
contre qu'allèguent les modernes, en 
ayant soin, presque toujours, de pas- 
ser sous silence les raisonnements de 
Cuvier et ses paroles que nous venons 
de eàter textuellement. 

M. liecquerel, dit-on, a calculé que 
le creusement de certaines vallées du 
Limousin dans un sol do granit a de 
mandé quatre-vingt deux mille ans 
pour arriver à une profondeur de 
2 mètres 50 cent. 

Mais qu'est-ce que cela prouve? ce 
creusement par les ravins actuels, eu 
supposant qu'il n'ait pas eu d'autre 
cause, aurait pu commencer bien 
avant le déluge, qui n'aurait point 
ensablé ces vallées-là, mais au con- 
traire les aurait lavées, et se continuer 
depuis. 



On poursuit : M. Elie de Beaumont 
a calculé qu'une végétation de vingt- 
cinq ans ne peut fournir que 2 milli- 
mètres de houille, ce qui donne 6000 
ans pour un demi-mètre, 12,000 ans 
pour 1 mèlre, et six cent mille ans 
pour une couche de 00 mètres; or 
nous avons va qu'A n'yapas seulement 
des couches de houille de 00 mètres 
ma : s qu'il y en a de 2000, 3000, et' 
peut-être même, de HW0 mètres. ' 

Qu'est-ce que cela prouve encore? 
lescouchea carbonifères appartiennent 
aux terrains primaires ou forment les 
étages les plus anciens des terrains 
secondaires. On ne saurail se mettre 
mieux en dehors de la question, rela- 
tivement au but antireligieux qu'on 
se propose, et, d'autre part, s'enferrer. 
mieux soi-même en confirmant, sans 
s'en apercevoir, ce q Qe nous avons 
déduit du tableau du la Genèse sur 
l'antiquité nécessaire des couches de 
houille, antiquité si grande, d'après 
ce tableau, que la végétation gran- 
diose qui fut le point de départ de 
leur formation, précéda le troisième 
«:/ cosmologique qui fut celui de 
1 apparition du soleil. 

On poursuit encore : Les plus me- 

destes géologues évaluent le temps de 
la formation des couches terrestres à 

six ou sept cents millions d'années. 

Qui vous dit le contraire ? on ne 
vous conteste ni de vous accorde de 
pareils chiffres. On estlà-dessus dans 
1 ignorance. Vais quel rapport voyez- 
vous donc entre ces hypothèses "et la 
: ""- soit du déluge, soitde l'ap- 
parition de l'espèce humaine sur la 
terre? 

Laissons toutes ces ignorances et 
toutes ces faibli sses Je raisonnement, 
dont sont remplies nos publications 
pré entes les plus populaires, et ar- 
rivons a des auteurs sérieux. 

Sir Charles Lyell estime que l'allu- 
vion de la Somme, qui ne remonte 
pas au delà du duuvttnn, ne date pas 
de moins de cent mille aus ; et le 
même auteur calcule que certains 
objets, attestant l'homme, ont été 
trouvés dans le sol de la basse Egypte 
(delta du Nil), sol qui s'exhausse de 
3 '/, pouces par siècle, à une profon- 
deur telle qu'il a fallu soixante-douze 
mille ans pour le former. 



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AGE 



144 



AGE 



M. Agassiz estime aussi à environ 
soixante-douze mille ans le temps qu'il 
a fallu au delta du Mississipi pour s'é- 
lever à la hauteur sous laquelle on 
y a trouvé une relique humaine. 

Ces dernières preuves d'une anti- 
quité très-considérable sont fortes, si 
la base des calculs est fondée. Mais 
n'oublions pas qu'elles ont pour con- 
tre-poids les observations de Cuvier 
qui vont à des conclusions toutes 
contraires et qui sont écrasantes , 
sinon pour ne faire remonter le dé- 
luge qu'à cinq ou six mille ans, selon 
ses expressions, mais pour en limiter 
l'antiquité à des chiffres modérés, par 
exemple de six à dix mille ans. Ces preu- 
ves paraissaient à M. Babinet inat- 
taquables; nous l'avons nous-mème 
entendu, dans des leçons, lesprésenter 
comme impliquant des solutious ir- 
révocables de la question. Prenons 
pour exemple celle qui s'appuie sur 
la colline de sel gemme de Cardona. 
M. Cordier a calculé que cette butte, 
qui est égale à la butte Montmartre 
près Paris, subit, sous l'action dissol- 
vante des pluies, une diminution 
d'un mètre et demi par siècle ; si, 
comme tout paraît l'indiquer, c'est 
le déluge qui l'a dénudée , et que 
le déluge remonte à dix mille ans, 
elle a perdu depuis le cataclysme cent 
fois 1 '/* mètre, soit 150 mètres; or, 
il est à peu près impossible de sup- 
poser qu'elle ait jamais pu s'élever 
jusqu'à une hauteur supérieure de 
150 mètres à celle qu'elle présente 
aujourd'hui, à cause de l'étendue li- 
mitée de sa base au-dessous du sol, 
base qui n'a pas dû changer. 

Ces raisonnements paraissent forts, 
et il en est de même des autres; mais 
ceux de MM. Lyell et Agassiz sur les 
deltas dans le sens contraire le sont 
aussi. 

Y a-t-il, dans les faits nouveaux, 
quelque chose qui soit de nature à 
nous édifier sur cette question d'an- 
tiquité du déluge et de notre espèce? 
les instruments en silex ne disent rien 
autre chose que l'état d'enfance des 
arts et métiers dans les lieux où on 
les trouve ; les divers âges de la pierre 
brute, de la pierre taillée, de la pierre 
polie, des métaux, des os de renne 
sculptés et portant des dessins etc. 



n'ont pas encore atteint une généra- 
lité assez grande ni assez précise pour 
qu'on puisse les attribuer à l'humanité 
toute entière; ils pourraient convenir 
à des peuplades retombées dans la 
sauvagerie comme celles des îles et 
de l'Australie dont il reste encore 
des types de nos jours et qui sortent 
assez promptement de leur dégrada- 
tion soit par destruction violente, soit 
par extinction lente, soit par civilisa- 
tion progressive. D'ailleurs, une telle 
généralité dùt-elle s'établir, qu'il 
resterait à savoir s'il a fallu des siè- 
cles infinis, comme on le suppose, 
pour la réalisation du progrès. L'ima- 
gination est portée à grossir ces sortes 
d'hypothèses, et nous croyons qu'a- 
vec les éléments que l'homme possède 
dans sa nature psychologique, il se 
perfectionne beaucoup plus rapide- 
ment qu'on ne le pense. Quant aux 
ossements fossiles, nous avons vu que 
les commencements de pétrification 
ne sont point une preuve d'une anti- 
quité exorbitante, puisque l'effet 
tient à la nature du milieu où se 
trouve le dépôt et qu'on connaît au- 
jourd'hui certains de ces milieux, tels 
que les eaux de la Méditerranée, on 
la pétrification peut se faire avec ra- 
pidité. L'extinction de certaines es- 
pèces d'animaux demande du temps, 
il est vrai, si l'on en juge par les es- 
pèces qui disparaissent ou tendent à 
disparaître de nos jours; mais ce 
temps dépasse-t-il certaines limites 
modérées? Il ne le semble pas, puis- 
que nous avons vu, par exemple, s'o- 
pérer en un siècle la disparition de 
certains gros oiseaux, tels que l'epior- 
nis, dont nos musées conservent des 
œufs d'une grosseur colossale; un de 
ces œufs trouvé à Madagascar avait 
88 centimètres de circonférence et 
contenait dix litres et demi ; ces oi- 
seaux monstres existaient encore dans 
les forêts de plusieurs grandes îles 
aux 16° et 17 e siècles, et il n'en reste 
plus de trace vivante aujourd'hui : 
plus de choses qu'on ne le croit peu- 
vent se faire en quelques milliers d'an- 
nées. Que sera-ce si l'on est obligé de 
faire intervenir une révolution comme 
celle du déluge? 

Que reste-t-il? La formation des 
sédiments. Cette formation paraît 



AGE 



d4o 



AGE 



demanderdelonïucspériodes, surtout 
si l'on est obligé do reporter l'exis- 
tence de l'homme, avant le dUuoium, 
jusqu'à la fin de la période tertiaire, 
jusqu'au pliocène. C'est ici que nous 
serions portés à voir la meilleure 
preuve d'une antiquité qui ne se 
compterait plus par siècles, mais 
par centaines de siècles. Cependant, 
nous sommes encore obligés de nous 
en tenir aux hypothèses de notre ima- 
gination. Quant au diluvium lui- 
même, qui aura été formé subite- 
ment, comme l'indique avec évidence 
sa composition, par le déluge, nous 
ne voyons pas avec certitude qu'il lui 
ait fallu autant de siècles qu'on veut 
bien le dire pour prendre les tasse- 
ments et les adhérences qu'il pré- 
sente aujourd'hui, et d'autres révolu- 
tions violentes peuvent être supposées 
antérieurement pour expliquer une 
formation semblable des autres ter- 
rains. Les apparences sont néanmoins 
favorables à une très-haute antiquité. 
Voila où notre bonne foi et notre 
impartialité nous conduisent, au joui- 
présent des découvertes. 

Comment concilier avec ces don- 
nées de l'anthropologie géologique, 
les traditions et les histoires qui fout 
toutes, ou à peu près toutes, remon- 
ter le déluge et l'apparition de 
l'homme à un temps très-rapproché 
de nous? Rien ne nous parait [dus 
simple : le déluge, ayant détruit le 
genre humain et tous les animaux 
terrestres, fut une catastrophe tel- 
lement extraordinaire, tellement épou- 
vantable, sortant tellement du cours 
ordinaire des choses, que la mémoire 
eu resta présenti' durant de longs siè- 
cles dans la petite portion du genre 
humain qui repeupla la terre, que 
l'on se transmit ce souvenir comme 
celui d'un événement récentdurant 
très-longtemps, que les premiers livres 
qui furent faits le prirent dans les 
traditions eu cet état de nouveauté 
apparente et, sans se tromper sur les 
vérités fondamentales, lui assignèrent 
des dates diverses sans importance 
. en soi, dénature, d'ailleurs, àfrapper 
les hommes, à se trouver conformes 
aussi aux idées reçues, mais non con- 
formes, en elles-m^mes, à la chrono- 
logie réelle. 

I. 






Nous en avons trop dit sur ce point 
secondaire. La conclusion capitale, 
c est que Moïse, ehiffres mis de côté, 
— ceschiffresprésententdes questions 
de plus d'une espèce, que la science 
d'une part, et l'exégèse, de l'autre, ne 
nous paraissent pas encore assez avan- 
cées pour résoudre — n'a raconté 
que des faits qui sont chaque jour dé- 
montrés de plus en plus par la géo- 
logie et par la paléontologie, à savoir 
le grand déloge et l'antériorité si- 
multanée des animaux terrestres et de 
l'homme à cette révolution du globe. 
VII 

CONCLUSIONS DERNIÈRES. 

Nous avons trouvé, dans le polit 
tableau que nous a laissé Moise, après 
les trois âges de la cosmologie qui ont 
été l'objet d'un article à pari, et après 
les trois dges de la géologie, qui ont 
été l'objet d'un second article à part, 
les trois dyes de l'anthropologie dont 
û a été question dès le début de celui-ci. 
Ces trois âges anthropologiques ont 
eu pour leur âge moyen, correspon- 
dant à la jeunesse d'un être à dévelop- 
pement, Vdge paléontologique qui a 
commencé, d'après Moïse par un état 
de déchéance dans lequel le travail et 
le progrès sont devenus pénibles, « Tu 
gagneras ton pain à la sueur de ton 
front, tu en l'ailleras dans la douleur, » 
et le reste. Or. u'avons-nouspas trouvé, 
aussi haut que nous ayons pu remon- 
ter dans les découvertes paléontolo- 
giques, c'est-à-dire jusqu'au diluvium 
et même jusqu'au pliocène, bien anté- 
neurau déluge, des restes de l'homme 
et de son industrie primitive qui an- 
noncent le travail pénible, la douleur, 
la guerre, lâchasse, la misère? N'y 
eùt-il que le pauvre instrument de 
pierre brute, cet éclat de silex arrangé 
en couteau, en lance, en Hèche, en 
poignard, puis cette pierre polie, 'tail- 
lée en casse tète, aven; h poignée pour 
la main ou l'entaille pour le manche, 
n'en serait-ce pas assez pour nous 
donner à conclure toutes les peines 
qui durent accompagner ces premières 
inventions de notre espèce ? 

Or, un être intelligent et libre, tel 
que l'homme, avait-il pu sorlir aussi 
malheureux des mains du créateur? 
Cela n'est guère probable, bien que 

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146 



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cela ne fût point impossible; et la 
conclusion à tirer de ces indices, 
il' est-elle pas un état de déchéance? 
oui, l'anthropologie paléontologique 
naïvement interrogée par la bonne 
foi du philosophe et du vrai savant, 
leur répond avec une éloquence écra- 
sante : dégénérescence. 

A la suite de ce sous-dge primitif, 
en vient un autre, qui est ou anté- 
diluvien ou postdiluvien — jusqu'à 
présent, il est impossible de résoudre 
scientifiquement un tel problème ; 
Moïse le dit antédiluvien, et la science 
paraîtrait déjà plutôt le dire avec lui 
— mais qui est un grand progrès sur 
le précédent; c'est l'âge de l'emploi 
des métaux. Quand notre industrie 
a trouvé les moyens de façonner à 
son usage le fer, le bronze, î'argeut, 
l'or, elle a nécessairement inventé 
mille autres arts ; elle a vaincu mille 
difficultés, celles qui étaient les plus 
considérables ; elle s'est assujetti le 
feu; elle est dans la voie des grandes 
inventions qui vont, désormais, s'en- 
tr'aider et s'engendrer les unes les 
autres. C'est le second âge durant 
lequel apparaissent les arts d'agré- 
ment, les imitations de la nature, les 
instincts du beau. Il nous en reste 
quelques sculptures et quelques des- 
sins sur des cornes de renne. 

Enfin, après ce second âge, que 
viendra-t-il ? Nous sommes toujours 
dans la jeunesse ; nous sommes en- 
core bien loin du Christianisme. Il 
viendra les industries -plus compli- 
quées des habitations lacustres sur 
pilotis, qui nous paraissent pouvoir 
être considérées comme les plus an- 
ciens monuments de l'architecture 
humaine ; puis se développera, à 
partir de cette époque, toute la série 
historique des cités antiques et des 
anciens arts, avec les grands poèmes, 
les hymnes, les épopées, les drames, 
qui, au point de vue artistique, mon- 
trent le mieux la puissance de l'esprit 
shumain, puisqu'ils atteignent, de 
'prime-saut, un summum qui semble 
'défier tout progrès au delà, et que 
l'art chrétien lui-même ne surpas- 
sera pas. C'est le troisième âge de la 
jeunesse de notre humanité, par le- 
quel elle se constitue en pleine vie 
historique et monumentaire. 



C'est le point auquel nous devons 
nous arrêter. Le Nom. 

AGELLIUS (Antoine.) (Théol. hist. 
biog. et bibliog.). — Il fut.membre de 
la commission que Sixte" V chargea 
de corriger le texte de la vulgaie" 
pour l'édition nouvelle de 1590. Ex- 
cellent exégète, il fit un Commentai r,: 
sur les psaumes et sur les cantiques de 
l'office divin, qui est tombé dans 
l'oubli, mais qui n'en était pas moins 
bon. Il y compare le texte de la 
vulgate à celui des septante et à l'o- 
riginal hébreu. Il composa aussi des 
commentaires sur la plupart des pro- 
phètes. Le Noir. 

AGGÉE, le dixième des douze petits 
prophètes, naquit pendant la captivi- 
té des Juifs à Babylone ; et après leur 
retour, il exhorta vivementZorobabel, 
prince de Juda, le grand prêtre Jésus! 
fils de Josédech, et tout le peuple, -au 
rétablissement du temple ; il leur re- 
proche leur négligence à cet égard, 
leur promet que Dieu rendra ce se- 
cond temple plus illustre et plus glo- 
rieux que le premier, non par l'abon- 
dance de l'or et de l'argent, mais par 
la présence du Messie, C. 2, f 7 et 
suivants. 

Cette prophétie est formelle; les 
ternies ne peuvent pas être plus clairs. 
« Encore un peu de temps, etj'ébran- 
» lerai le ciel, la terre, la mer et tout 
» l'univers, je mettrai en mouvement 
» tous les peuples, etle désiré de toutes 
» les nations viendra. Je remplirai ain- 
» si de gloire cette maison, dit le Sei- 
» gneur des armées : l'or et l'argent 
» sont à moi ; mais la gloire de cette 
» maison sera plus grande que celle 
» de la première, et je donnerai la 
» paix en ce lieu. » 

Le désiré de toutes les nations ne peut 
pas être un autre que le Messie. 

Selon la prophétie de Jacob, il doit 
rassembler les nations; selon les pro- 
messes faites à Abraham, toutes les 
nations de la terre doivent être bé- 
nies en lui ; selon les prédictions d'I- 
saïe, les nations espéreront en lui, et • 
les iles attendront sa loi, etc. Tacite, 
Suétone et Josèphe nous apprennent 
qu'à l'avènement de Jésus-Christ, tout 
l'Orient était persuadé qu'un person 



S^B 



AGG 

nage sorti de la Judée serait le maître 
du monde. A la venue du Sauveur, le 
ciel, la ici a-, la mer ont été ébranlés 
par les prodiges qui ont paru ; le con- 
cert des nages qui ont annoncé sa 
naissance, l'étoile qui l'a indiquée 
aux mages, le ciel ouvert à son bap- 
tême, les ténèbres qui ont couvert la 
■' ■ : ' l s;i mort, son ascension, la 
flesc sate du Saint-Esprit, oui été au- 
tant de prodiges opérés dans le ciel ; 
il a calmé les tempêtes, et a rempli 
toute la Judée de ses miracles. Avant 
sa naissance, les guerres des Juifs 
contre les rois de Syrie ; après sa niorl , 
la conquête de la Judée par les Hu- 
mains, ont mis tous les peuples en 
mouvement. Le second temple était 
beaucoup moins riche que le premier; 
mais il aété sanctilié et honoré par 
la présence du Messie, aui y a opéré 
plusieurs miracles, et qui a prêché 
1 Evangile de la paix. 

Aussi les auteurs du Talmud ont 
entendu comme nous cette prophétie 
de l'avéneineut du Messie. GalaHn, 1. 8, 

C - 9 - ISEItGlER. 

AGGLUTINANTES ou AGGLOMÉ- 
RANTES ( langues ) . [Théol. mi., t. 
Mèen. ijhUut. ) . - Nous verrons, 
dans l'article ruiLOLOcit; compaiu e 
que, dans l'état présent des études 
philologiques, on distingue trois gran- 
des classes de langues, les langues 
mmosyUaMque» qui paraissent être 
les pins primitives, les langues /Za 
ves, qui sout les plus parfaites et les 
plus développées dans leur lexico- 
logie et dans leur grammaire, et 
les langues agglutinantes qui se pré- 
sentent comme un progrès sur les 
premières, sans atteindre encore la 
peiJeclioi) des secondes et qui tien- 
nent le milieu entre les unes <L les 
autres. 

Le caractère principal de celles-ci 
est exprimé par le mot qui les nom- 
me ; ce cametèie consiste eu ce que 
les mots de ces idiomes sont souvent 
formés de plusieurs autres qui leur 
servent d'éléments et de racines, mais 
oui restentreconnaissables et distincts 
dans le mol compo.-.é, et qui ne sont 
pas, comme dans les langues mono- 
syllabiques dont le chinois ait le pre- 
mier type, des monosyllabes o'rdi- 



147 



AUX 



naircment réunis par couples de deux 
seulement, ni. eomme dans les lan- 
gues llexivcs, dont les sémites et les 
indo-européens présentent les plus 
beaux types, des mots polysyllabes 
souvent tondus de manière qu ; il n'en 
reste qu'un en apparence, mais des 
motsplusou moins composés déjà 
qui s unissent sans modifier leur ma- 
nière d'être. Les mots des langues 
«■.HiltiUnnutrs ressemblent à certai- 
ne- expressions composées de nos 
idiomes dans lesquelles les éléments 
sont ordinairement réunis par un 
trait d'union et demeurent parfaite- 
ment reconnaissahlas: tel est le mot 
frmtoOaben, par exemple. Le turc 
es a mettre au premier rang dans 
cette classe. 

Ge phénomène de linguistique nous 
presente-l-il quelque conclusion à 
tirer qui intéresse notre théologie 
mixte ? Oui sans doute, car nous 
wsmras que les trois Bortes de lan- 
-, quel les que soient les (lillèrences 
qmiee distinguent, coBeeurenfàdao. 
ner la conviction de l'existence pri- 
mitif d'une langue uni, pie, de la- 
quelle toutes relies d'allpmrd'hui 
sontsorties, conséquence eu harmonie 
parfaite avec ce que nos liwes a-rés 
nous disent des origines du genre 
humain. ° 

Mais, pour conduire le lecteur à 

8 convieuon par L'étude seule des 

angues, H tant les près M & 

: l ';:'V ce »< r '- ( i !i " nous ferons dans 
1 article proim>: PB OMPAHÉE ' 

nous navons donné, dans celui-ci' 
».pekt exposé qui précède que pour 

lui ouvrir de très-loin, et quelque 

peu que ce soit, la voie, en fui don- 
nant d abord une idée claire qu'il 
puisse retenir, sur les premières dlfie- 

* qui s'observent entre les lan- 
«uverses. -, K Num . 

A-GIOÛflÀPHIE, Voyez Hagiogra- 
phie. 



AGNEAU PASCAL. CV,t la victime 

qu il est ordonné aux Juifs d'immoler 

Q0 "« de leur sortie miraculeuse 

ypte. r^BzPAdCB. Saml Paul 

<l'i auxehrétiens que Jésus-Christ a 
ce immole pour èlre notre a 
pascal, ou notre Pâque. /. Cor., 



I 



m 



Il 







AGN 

f 7. L'Ecriture répète dans ses prières 
ce que saint Jean-Baptiste a dit de 
Jésus-Christ, qu'il est YAgneau de 
Dieu, qui ôte les péchés du inonde. 
Joan., c. I, f 26. Bergier. 

AGNOÈTES, AGNOITES, secte d'hé- 
rétiques qui suivaient l'erreur de 
Théophrone de Cappadoce, lequel at- 
taquait la science de Dieu sur les 
choses futures, présentes et passif ■-. 
Les eunomiens, ne pouvant souffrir 
cette erreur, le chassèrent de leur 
communion, et il se lit chef d'une 
secte à laquelle on donna le nom d'eu- 
nomisphroniens. Socrate, Sozomène 
et Nicéphore, qui parlent de ces héré- 
tiques, ajoutent qu'ils changèrent 
aussi la forme du baptême usitée dan-; 
l'Eglise, ne baptisant plus au nom de 
la Trinité, mais au nom de la mort de 
Jésus-Christ. Cette secte commença 
sous l'empire de Valens, vers l'an du 
salut 370. 

Agnoïtes ou Agnoètes, secte d'eutv- 
cliiens dont Thémistius fut l'auteur 
dans le vi c siècle. Ilssoutenaient que Jé- 
sus-Christ, en tant qu'homme, ignorait 
certaines choses, et particulièrement 
le jour du jugement dernier. 

Ce mot vient du grec &rvoi|v))c, igno- 
rant, dérivé d'ivvoEîv, ignorer, 

Eulngius, patriarche d'Alexandrie, 
qui écrivit contre les agnoîtes sur la 
lin au sixième siècle, attribue cette 
erreur à quelques solitaires qui habi- 
taient dans le voisinai.'.' de Jérusalem, 
et qui, pour la défendre, alléguaient 
différents textes du Nouveau Testa- 
ment, entre autres celui cle saint Marc, 
chap. Ct, y 32 , que nul homme sur 
la terre ne sait ai le jour ni l'heure du 
jugement, ni les anges qui sont dans 
le ciel, ni même le Fils, mais le Père 
seul. Les sociniens seservent aussi de 
ce passage pour attaquer la divinité 
de Jésus-Christ. 

Les théologiens catholiques répon- 
dent, 1° que, dans saint Marc, il n'est 
pas question du jour dujugement der- 
nier, mais du jour auquel Jésus-Christ 
devait venir punir la nation juive 
par l'épée des Romains; 2° que Jésus- 
Christ, même comme homme, n'igno- 
rait pas le jour du jugement, puis- 
qu'il en avait prédit l'heure, Luc, 
c. 17, y 31 ; le lieu, Matth., c. 24, y 



148 



AGN 



28 ; les signes et les causes, Luc, c. 
21, ^ 25. Mais que par ces paroles le 
Sauveur voulait réprimer la curiosité 
indiscrète de ses disciples, en leur fai- 
sant entendre qu'il n'était pas à pro- 
pos qo'il leur révélât ce secret. Sa ré- 
ponse a le même sens que celle d'un 
père qui dit à un enfant trop curieux : 
je n'en sais rien. 

Ainsi l'ont entendu saint Basile, 
saint Augustin, et d'autres Pères de 
l'Eglise. 

En eifet Jésus-Christ dit de lui- 
même, Joan., c. 12, f 49 : a Je ne 
» parle pas de moi-même, je ne dis 
» que ce qui m'a été ordonné par mon 
» Père qui m'a envoyé. » Et, Act., c. 
1, f 7, il répond à une autre question 
que lui faisaient ses apôtres : » Ce 
» n'est point à vous de connaître les 
» temps ni les moments que le Père 
» tient en sa puissance. » Saint Paul 
dit d'ailleurs qu'en Jésus-Christ sont 
caches tous les trésors de la sagesse 
et de la science. Coloss., c. 2, f 3. 

Les agnoètes objectaient encore, 
aussi bien que les ariens, le passage 
de l'évangile selon saint Luc, c. 2, ^ 
52, où il est dit que Jésus croissait en 
sagesse, en âge et en grâce, devant 
Dieu et devantlcs hommes. Les Pères 
répondaient que cela doit s'entendre 
tout au plus des apparences extérieu- 
res, puisque saint Jean dit dans son 
«évangile, c. 1,^14 :Nous avons vu 
» sa gloire, telle qu'elle convient au 
» Fils unique du Père, rempli de grâce 
» et de vérité, par conséquent de 
» science et de sagesse » Pétau, de In- 
carnai. Il, c. 2. 

Par cette contestation et par la plu- 
part des autres disputes, il est évi- 
dent que l'on ne pourrait jamais ter- 
miner aucune question avec les héré- 
tiques, si l'on s'en tenait à l'Ecriture 
toute seule, et qu'il faut nécessaire- 
ment recourir à la tradition, pour en 
prendre le vrai sens. Aussi plusieurs 
protestants sont tombés dans la même 
erreur que les sociniens touchant la 
science de Jésus-Christ. Note deFeuar- 
dent sur saint Irênce, 1 . 2, c. 49. 

Bergier. 

AGNUS DEI, est un nom que l'on 
donne aux pains de cire empreints de 
la ligure d'un agneau portant l'éten- 






AfiN 



149 



S 



AGO 



dard de la crois, et que le pape bé- 
nit solennellement le dimanche 61 al- 
bis, après sa consécration, et ensuite 
de ept ans en sept ans, pour être dis- 
tribués au peuple. 

L'origine de cette cérémonie vient 
d'une coutume ancienne dans l'Eglise 
de Rome. On prenait autrefois, le di- 
manche in albis, le reste du cierge 
pascal béni le jour du samedi saint, et 
on le distribuait au peuple par mor- 
ceaux. Chacun les brûlait dans sa mai- 
son, dans les champs, les vignes, etc., 
comme un préservatifeontre les pres- 
tiges du démon, et contre les tempê- 
tes et les orages. Cela se pratiquait 
ainsi hors de Rome ; mais dans la 
ville, l'archidiacre, au lieu du cierge 
pascal, prenait d'autre cire, sur la- 
quelle il .versait de l'huile, en faisait 
divers morceaux de ligure d'agneaux, 
les bénissait et les distribuait au peu- 
ple. Telle est l'origine des Agnus Dci, 
que les papes ont depuis bénis avec 
plus de cérémonies. Le sacristain les 
prépare longtemps avant la bénédic- 
tion. Le pape, revêtu de ses habits 
pontificaux, les trempe dansl'eau bé- 
nite, et les bénit après qu'on les en 
a retirés. On 1rs met dans une boite 
qu'un sous-diacre apporte au pape 
à la messe, après l'Âgruis Dci, et les 
lui présente en répétant trois fois ces 
paroles: Ce sont ici de jeunes agneaux 
qui vous ont annoncé J'alleluia; voilà 
qu'ils viennent à ta fontaine, pleins de 
charité, alléluia. Ensuite le pape les 
distribue aux cardinaux, é\èques, 
prélats, etc. 

On croit qu'il n'y a que ceux qui sont 
dans les ordres sacrés qui puissent 
les toucher; c'est pourquoi on les cou- 
vre de morceaux d'étoffe proprement 
travaillés, pourlesdonneraux laïques. 
Quelques écrivains en rendent plu- 
sieurs raisons mystiques, et leur at- 
tribuent plusieurs effets. Voyez l'Or- 
dre romain, Amalarius, Valaiïid Stra- 
bon, Sirmond dans ses Notes sur 
Ennodius, Théophile Raynaud, etc. 
| Agnus Dei, partie de la liturgie de 
l'Eglise romaine, ou prière de la 
messe entre le Pater et la communion. 
C'estl'endroitde lamesso où le prêtre, 
se frappant trois fois la poitrine, ré- 
pète autant de fois à voix intelligible : 
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du 



monde, pardonnez-nous. C'est une pro- 
fession de foi de l'universalité de la 
rédemption, qui est tirée de lEvan- 
gile. Joan., c. 1, y 29. 

Isjiïe avait déjà dit dausle même sens, 
c. 33, ^ G : « Nous nous sommes 
» tous égarés comme des brebis..., et 
» Dieu a mis sur lui l'iniquité de nous 
» tous. » Lebrun, Explic. des Céfém., 
tom. 2, pag. 577. Bercier. 

AGOBARD, archevêque de Lyon 
dans le neuvième siècle, est au nom- 
bre des écrivains ecclésiastiques. II 
prouva, contre Félix d'Urgel, que Jé- 
sus-Christ n'est pas seulement Fils de 
Dieu par adoption, mais par nature ; 
il écrivit contre les duels, les épreuves 
superstitieuses (lu feu et de l'eau, l'a- 
bus des biens ecclésiastiques, et contre 
plusieurs erreurs populaires. 11 mou- 
rut en 8i(J. La meilleure édition de 
ses ouvrages est celle de Baluze, faite 
en 1G60, en 2 vol. in-4°. 

Les protestants ont voulu mettre 
cet archevêque au nombre de ceux 
qu'ils nomment les témoins de la vé- 
rité, parce qu'il attaqua les supersti- 
tions de sun siècle : preuve frivole et 
qui ne mérite aucune attention. Bas- 
nage a voulu aussi faire douter de la 
foi d'Agobard touchant l'Eucharistie; 
mais il est constant que cet écrivain a 
professé formellemenl la croyance de 
l'Eglise sur ce point dans plusieurs 
endroits de ses ouvrages. 

Bergier. 

AGONIE, AGONISANT. Ce terme 
vient du grec iyav, combat. Les cen- 
seurs de la religion chrétienne ont 
poussé la prévention jusqu'à faire un 
crime à l'Eglise catholique de lâcha- 
nte qu'elle témoigne aux fidèles prêts 
à sortir de ce monde, et des secours 
spirituels qu'elle s'efforce de leur pro- 
curer : ils ont dit que c'est une cruauté 
de faire envisager à un mourant sa 
fin prochaine, et de mettre déjà sous 
ses veux une partie do l'appareil de 
sa pompe funèbre. Celle réflexion de 
leur part démontre sans doute que 
ce dernier moment est terrible pour 
eux ; mais il ne l'est point pour un 
chrétien qui croit en Dieu, qui espère 
en Jésus-Christ, qui attend avec con- 
fiance une vie éternelle. Les confréries 






■ 

21 

-, 



£1 



.1 



m 



I 







AGO 

des agonisants, les prières que l'on y 
récite, celles que l'on dit auprès d'un 
malade, les derniers sacrements, sont 
une consolation pour lui ; il les de- 
mande, il se tranquillise siir l'inter- 
cession de l'Eglise et sur les vœux de 
ses frères ; il les regarde comme la 
dernière marque d'amitié que l'on 
peut lui donner. Un père qui bénit ses 
enfants rassemblés, prosternés et fon- 
dant en larmes, est certainement un 
grand spectacle. Souvent il a fait ren- 
trer en eux-mêmes des pécheurs qui 
n'y étaient guère disposés; et, si le 
philosophe le plus intrépide avait de 
temps en temps cet objet souslcsyeux, 
ce serait peut-être la meilleure réponse 
à toutes ses objections. 

Agonie de Jésus-Christ. Quelques 
moments avant d'être saisi par les 
Juifs, Jésus-Christ, priant au Jardin 
des Olives, est tombé en faiblesse et, 
à l'agonie, il a conjuré son Père d'é- 
carter de lui le calice des souflYanees ; 
il a sué sang et eau. Celse, dans Ori- 
gène, liv. 2, n. 23 ; les Juifs, dans le 
Munimen fidei, sec. partie, c. 24; les 
incrédules modernes, ont insisté 
à l'envi sur cette circonstance. 
« L'Homme-Dieu, disent-ils, aux ap- 
» proches de la mort, montre une fai- 
» blesse dont un homme courageux 
«rougirait en pareil cas. » 

Nous les prions de considérer: 1» 
que Jésus-Christ avait préditplusd'une 
fois à ses disciples sa passion et sa 
mort ; il venait encore de leur en par- 
ler après la dernière cène. Il nommait 
ses souffances le moment de sa gloire ; 
il avait constamment annoncé sa ré- 
surrection; 2° il ne tenait qu'à lui de 
tromper le dessein de Judas et des 
Juifs ; s'il était allé passer la nuit ail- 
leurs ; s'il s'était êloignéde Jérusalem, 
ses ennemis auraient manqué leur 
proie ; 3° au moment qu'il sait leur 
approche, il se lève, éveille ses disci- 
ples, va au-devant des soldats, se pré- 
sente à eux d'un air intrépide, les 
renverse parterre d'un seul mot, leur 
fait sentir qu'il est le maître de les 
exterminer ou de se livrer entre leurs 
mains. 

Par son agonie, Jésus-Christ voulait 
nous apprendre que la répugnance 
naturelle de. souffrir et de mourir n'est 
pas un crime, lorsqu'elle est jointe à 



150 



AGR 



une parfaite soumission à Dieu. Il 
voulait instruire les martyrs, leur ap- 
prendre qu'il faut attendre la mort et 
non la provoquer. Il finit sa prière par 
ces paroles : MonPêre, que votre volonté 
se fasse et non la mienne. 

Un philosophe moderne est convenu 
qu'il y a un extrême courage à mar- 
cher à la mort en la redoutant. Voyez 
Dissertation sur la sueur de sang, etc. 
Bible d'Avignon, t. 13, p. 408. 

Bergier. 

AGONISTIQUES.nompar lequelDo- 
nat et les donatistes désignaient. les 
prédicateurs qu'ils envoyaient dans 
les villes et dans les campagnes pour 
répandre leur doctrine, et qu'ils re- 
gardaient comme autant de combat- 
tants propres à leur conquérir des 
disciples. On les appelait ailleurs cir- 
cuiteurs, circellions, circoncellions, ca- 
tropites, coropites, et à Rome monteu- 
ses. L'histoire ecclésiastique est pleine 
des violences qu'ils exerçaient contre 
les catholiques. Voy. Circo.nckllions, 
Donatistes, etc. Bergier. 

AGONYCLITES, hérétiques du vin" 
siècle qui avaient pour maxime de ne 
prier jamais à genoux, mais debout. 

Ce mot est compose d'à privatif, 
de y<Svu, genou, et du verbe hmvu, in- 
cliner, plier, courber. Bergier. 

AGREDA (Marie d'), (théol. hist. 
biogr. etbibliogr.) — Cette mystique, 
très-célèbre en Espagne, tira son sur- 
nom d'Agrcda, de la ville où elle fut 
supérieure du couvent de l'Immacu- 
lée-Conception. Elle naquit en 1602, 
et prit l'habit de religieuse avec sa 
mère et sa sœur, en 1619. « Marie, 
dit l'abbé Pierrot auquel nous emprun- 
terons cette notice biographique et 
bibliographique , se lit remarquer 
pendant son noviciat par de grandes 
austérités et par son goût particulier 
pour l'oraison, qu'elle avaitpratiquée 
dès sa plus grande jeunesse. Elle par- 
vint bientôt à un degré de perfection 
inconnu au commun des religieuses, 
Dieupermit qu'elle fut affligée par de 
grandes maladies. Les esprits malins 
lui causaient des craintes horribles ; 
on assure qu'ils lui apparurentsous des 
figures capables d'effrayer les plus 






AfiR 151 

courageux, elqu'iHui liront snbirdes 
tortures qui semblaient Lui <li loquer 
tous les membres. Mais à peine était- 
elle délivrée de ces rudes épreuves, 
qu'elle tombai: dan d i es, -les 

ravissements, daa i isions el d'autres 
merveilles semblables. Elle prétendit 
avoir reçu L'ordre de Dieu d'écrire la 
vie de la sainte Vierge. Son confes- 
seur extraordinaire lui ordonna de 
jeter cet écril au feu, elle obéil aus- 
sitôt; mais son confesseur ordinaire 
lui prescrivit d'écrire de nouveau col 
ouvrage. II parut sous le tilre de : La 
royal 

tûtte-pwsscmce, ni, me de in grâc, dt 
Dieu, hi i et ta km de la 

trés-saiiil,' y; ,];:,■, ,/, niai, 

mai, , . i„ ir 

la sainte Vieras, à la, scevn Marie de 
Usus l aàbesee du Couvent dt Vlmmooir 
Ut-Conception de la i Ule d'Agréda. 

« Cri ouvrage lut mis à l'index à 
Rome en 1710. Kusèbe Amort, célè- 
bre théologien, déclare que, sous le 
pontifical de Benoit XIII, ce décret 
fut rapporté, l.e procès de la canoni- 
sation de Marie âïAgréda fatpoursui- 
vi en Cooj de Hume. Les auteurs ,{<• 
la Bibliothèque sacrée assurent que 
oit XIV déclara que les écrits de 
Marie d'Agréda ne contiennent rien 
de contraire à la foi. Le jugement sur 
sa canonisation a été suspendu. La 
Si rbonne condamna, en 1090, plu- 
sieurs propositions extraites de La 
Mystique Cité. » Le Nom. 

AGRICULTURE. [Théol mut. in- 
dust.j — Y. Au mot industrie, indus- 
trie AGRICOLE. 

AGRIPPA -Castor), (théol. hist. 
bivtj. et bildiog.) — Agrippa vivait 
sons l'empereur Adrien. Il fit de Ba- 
silide une réfutation qu'Eusébe a ré- 
sumée et qui, d'après cet historien, 
•■un istait principalement à dévoiler 
su doctrine secrète. Les Commentaires 
de Basilide sur l'Evangile ea vingt- 
qn ce livres furent aussi mis en lu- 
1 par Agrippa, ainsi que les 
livres prophétique, apocryphes dont 
il se servait. On suppose que l'Evan- 
gile, pour Basilide, n'était pas l'his- 
toire de Jésus, mais une philosophie 
transcendante, dont il y aurait au- 



AIII 



tant d'espèces qu'il y a de cercles de 
mondes différents, mais tout cela est 
incertain. Le Noir. 

AGUIRRE (Joseph Saenzd'), (théol. 
hist. biog. ,1 bibliag.). — Ce Cardi- 
nal, qui était né en 10.10 à Logrono, 
en Espagne, s'était fait bénédictin, 
et était devenu docteur et professeur 
célèbre à Salamanque, en 1008, puis 
abbé de Saint-Yiacent et secrétaire 
de L'Inquisition; il publia beaucoup 
d'écrits savants, théologiques et phi- 
losophiques, et se déclara adversaire 
ardent des quatre propositions du 
clergé gallican en 1083, ce qui lui 
valut le chapeau. 

Ses écrits les plus célébras sont : La 
grand c tUectum de tomlesconeiles d'Es- 
]iuiji„ , i du Nouveau Mande en quatre 
on six vol. iu-folio, selon Las,éditions ; 
etl.i Tin oiogi dt saint Ans, U ,eu Lxoia 
vol. in-folio. Il manque à ce dernier 
ouvrage un volume, que la mort l'em- 
pêcha do terminer. (1001b. 

Le Noir. 

AGVNMENS, hérétiques nommés 
aussi agionites, ou agitmoie, qui paru- 
rent environ l'an de Jésus-Clu i-l f.ui. 
lis m- prenaient point de femmes, et 
prétendaient que Dieu n'était pas au- 
teur du mariage; leur nom \ lent 
d'à privatif et de wjvJi, femme. Cette 
secte parait avoir été un rejeton des 
manichéens. Beruier. 

AIIIAS, prophète du Seigneur, dont 
il est pariô, in Beg., c. il, y 29. 
C'est lui qui, sous le règne do Salo- 
mon, annonça à Jéroboam qu'après 
la mort de ce roi, il régnerai! lui- 
même sur dix des tribus d'I.-raèl ; sa 
prophétie s'aci omplit eu effet sous 
Roboam, lils de Sili-mon, parce que 
cejeuue roi traita avec dureté le peu- 
ple qui lui dam être déchargé 
d'une partie des un 

De Là des ii -aies ont 

nrisoccasiond'assiu'erquecepraphèta 
fut La cause du schisme da ces dix 
tribu ,de tout i rres et de tous 

les maux qui »\ usiùvireat; que ce 

fut lui qui inspira a Jéroboam l'am- 
bition el I • pneol de parvenir à la 
rayante, lis en ont conclu qu'en gé- 
néral i : prophètes étaient des rebel- 














AIII 

les fanatiques, qui soulevaient les su- 
jets contre leur roi, qui soufflaient le 
feu de la discorde, et qui, par leurs 
prétendues prophéties, toujours crues 
par le peuple, furent enfin la cause 
de la ruine de leur nation. 

Ce reproche est grave ; mais a-t-il 
quelque fondement dans l'histoire? 
1° Nos censeurs supposent que la 
prédiction à'Ahias fut faite à Jéro- 
boam après la mort de Salomon ; 
c'est une fausseté, Salomon vivait 
encore : si ce prophète n'était qu'un 
fanatique, comment put-il pré- 
voir que Roboam , monté sur le 
trône, rebuterait le peuple ; que le 
peuple se mutinerait; que dix tribus, 
pi plus ni moins, secoueraient le 
joug et se donneraient un autre roi? 
Jéroboam conçut alors si peu le des- 
sein de parvenir à la royauté, qu'il 
se sauva en Egypte, et qu'il n'en re- 
vint qu'après la mort de Salomon. 

2° Nous ne voyons point qn' Ahias 
ait eu aucune part au soulèvement 
du peuple, ni qu'il y ait contribué 
en rien. La seule cause de cette ré- 
volte fut la réponse dure et mena- 
çante que fit Roboam aux plaintes de 
cette multitude assemblée. Dieu lui- 
même avait révélé à Salomon ce qui 
arriverait après sa mort ; Aidas ne 
fit que confirmer la prédiction. Si 
Salomon n'en profita pas pour don- 
ner de salutaires leçons à son fils, 
il fut coupable ; ce n'est point au 
prophète qu'il faut en attribuer la 
faute, III Re g., cil,* H. 

3° Jéroboam lui-même ne paraît 
être entré pour rien dans la sédition. 
Il est dit que les tribus mécontentes 
s'en retournèrent chacune chez elle ; 
que Roboam ayant envoyé un do ses 
officiers pour les ramener à l'obéis- 
sance, elles le lapidèrent ; que le roi 
lui-même s'enfuit de Sichem à Jéru- 
salem ; qu'ensuite les tribus ayant 
appris que Jéroboam était de retour 
d'Egypte, elles lui envoyèrent des 
députés, le firent venir dans leur 
assemblée, et l'établirent roi d'Israël. 
Ce fut donc de leur propre mouve- 
ment qu'elles le choisirent, et non 
point par l'instigation du prophète. 
Ibid., c. 12, t 16. Si elles avaient eu 
connaissance de sa prédiction, sans 
doute elles auraient commencé nar 



152 



AIL 



mettre Jéroboam à leur tête, avant de 
mettre à mort l'officier de Roboam. 
4° Les prophètes, loin de souffler 
le feu de la discorde à cette occasion 
empêchèrent la guerre et l'effusion 
du sang. Lorsque Roboam eut fait 
prendre les armes aux tribus de Juda 
et de Benjamin, pour forcer les dix 
tribus rebelles àrentrer sous le joug, 
leprophèteSéméïas leur défendit de la 
part de Dieu de combattre contre leurs 
frères ; ils n'allèrent pas plus loin , 
et la guerren'eut pas lieu. III Reg., 
c. 12, ^22. Quelques incrédules ont 
encore trouvé bon de reprocher à ce 
prophète qu'il avait confirmé les 
rebelles dans leur schisme. Mais nous 
les défions de citer un seul prophète 
du Seigneur qui ait excité le peuple à 
se soulever contre son souverain, 
soit dans le royaume d'Israël, soit 
dans celuide Juda. 

5° Nous ne voyons pas que Jéro- 
boam ait reconnu par aucun bien- 
fait le service que lui avait rendu 
le prophète Ahias ; loin de suivre 
ses leçons, il engagea les Israélites 
dans l'idolâtrie. Aussi, lorsqu'il en- 
voya son épouse déguisée pour con- 
sulter Ahias sur la maladie de son 
fils, ce prophète, quoique devenu 
aveugle de vieillesse, la reconnut 
avant même qu'elle eût parlé ; il lui 
annonça sans ménagement la mort 
prochaine de cet enfant, et les châti- 
ments terribles que Dieu exercerait 
sur la race de Jéroboam en punition 
de son idolâtrie. Ibid., c. 14. 

Des prophètes imposteurs et fana- 
tiques auraient cherché sans doute à 
faire leur cour et à ménager les rois ; 
nous voyons au contraire les prophè 
tes juifs toujours prêts à reprocher 
aux rois tous leurs crimes, à leur pré- 
dire des châtiments et à braver la 
mort, pour s'acquitter des ordres 
qu'ils avaient reçus de Dieu. Leur 
attribuer les maux qui sont arrivés, 
c'est vouloir qu'ils aient été la cause 
de la perversité des princes qui n'ont 
jamais voulu profiter de leurs leçons. 
Peut-on citer un seul roi qui se soit 
mal trouvé de les avoir suivies ? 

Bergieb. 

AILLY (Pierre à'),[théol. hist. biog. 
et bibliog. ) Ce cardinal qu'on nomma 



AIL 



153 



AIM 



« l'infatigable marteau des héréti- 
ques >) occupe une place importante 
parmi les théologiens, lesphilosophes 
et lescanonistes du moyen âge. Il ap- 
partenait aux orthodoxes rigoureux, 
sur les questions dogmatiques et sur 
celles d'organisation et de discipline 
au parti de la réforme. M. Héfélé ré- 
sume comme il suit sa biographie : 

« Pierre d'Ailly, ou Petrus ab Al- 
liaco, né en 1350 à Compiégnc sur 
l'Oise, Ut ses études au collège de Na- 
varre, à Paris, devint docteur enSor- 
bonne en 1380 ; quatre ans plus tard, 
supérieur et professeur du collège de 
Navarre, où Gerson et Nicolas de 
Clémangis furent ses élèves. En 1389 
il devint chancelier de l'Université de 
Paris, confesseur et aumônierdu roi; 
cinq ans plus tard, trésorier de la 
Sainte-Chapelle. Pendant le schisme 
il prit parti pour Pierre de Lune 
(Benoit XIII), et parvint à le faire re- 
connaître Pape en France. En 1305 
il obtint l'évéché du Puy; en 1396, 
celui de Cambrai, transmit ses fonc- 
tions de chancelier à Gerson, et se re- 
tira dans son évêché, sans cesser de 
prendre part aux affaires du siècle. 
Il insista notamment sur la nécessite 
d'assembler un concile œcuménique 
pour terminer le triste schisme de 
l'Eglise, et il fut le principal pro- 
moteur du concile de Pise (1400), 
comme il en fut un des membres les 
plus actifs et les plus considérés. Deux 
ans après (141 1) , Jean XXIII lui accor- 
da le chapeau de cardinal et l'envoya 
comme légat en Allemagne (1413). 
Dans les années suivantes, d'Ailly as- 
sista au concile de Constance, s'y 
montra l'ardent adversaire de Huss 
et l'un des principaux défenseurs du 
principe de la supériorité du concile 
œcuménique sur le Pape. 

De Constance il se rendit, comme 
h'g.it, lo M ar ti n y, à Avignon, et il 
y mourut le 8 août 1419, selon d'au- 
tres 1425. Le Nom- 

AIMANTS. (Théol. mixt. scicn.phys.) 
— Il ne manque pas aujourd'hui 
d'esprits qui, adonnés à une science 
spéciale telle que la chimie, l'élcctro- 
chunie, la physique, la médecine, et 
enfermés comme des malheureux es- 
claves dans cette spécialité, bien 



qu'ils se dirent fièrement Iibres-pon* 
seurs, nient .formelleinenl Dieu, ['âme, 
et son immortalité, avec toute là 
morale que Proudhon, leur père, ne 
niait pourtant pas, mais étayait,' an 
contraire, de son mieux sur la cons- 
cience humaine. Les disciples von ttou- 
jours plus loin que les maîtres. C'est 
leur spécialité même qui |c s a jetés 
dans cet abîme, en leur présentant 
des faits mystérieux qui ont aveuglé 
leur intelligence. Parmi ces faits, 
prenons ceux des aimants, puisque 
l'ordre alphabétique nous présente ce 
mot, ceux des électro-aimants, ceux 
de la pile voltalque, tous ces phéno- 
mènes étranges, inexpliqués et peut- 
être inexplicables a jamais, qui ont 
pour cause ce qu'on a appelé les 
fluides magnétiques, électriques, élec- 
tro-magnétiques. 

Ces esprits ont dit, en observant 
ces phénomènes : . Pourquoi donc 
ce que nous appelons notre âme ne 
serait-elle pas un simple résultat de 
notre organisme, comme ces attrac- 
tions et ces répulsions magnétiques, 
par exemple, qui résultent de l'orga- 
nisation d'un appareil composé d'ai- 
mants et de bobines, d'éléments gal- 
vaniques, formant une pile ou une 
batterie, etc.? Qui nous dit que nous 
ne sommes pas une sorte de pile vol- 
taïque organisée par la nature, de 
laquelle jaillit la pensée, le sentiment, 
l'amour et la haine, l'attraction ou 
la répulsion morales, d'une manière 
toute pfiysique, toute fatale au fond, 
avec la simple apparence de la li- 
berté? L'organisme se détraque, l'au- 
tomate se disloque, la vie s'échappe, 
et tout disparait. C'est la mort de 
l'être, il a joué son rôle, un autre le 
jouera de même; plus dévie, plus 
rien. Les pôles centralisateurs de 
l'aimant organique ont disparu; avec 
eux l'unité centrale ; avec eux tous 
les effets de la tension électrique; 
avec eux la personnalité: et la person- 
nalité, où serait-elle main tenant qu'elle 
n'a plus son lieu, son organisme, son 
corps ? » 

Nous n'avons pas affaibli l'objec- 
tion ; et nous avons d'autant plus 
pitié du chimiste ou du physicien qui 
raisonne ainsi, que nous concevons 
qu'ayant concentré toutes ses capaci- 









I 



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■' ! I 

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AIM 

tés sur l'observation d'un aimant, 
d'une pile de Volta, ou d'un électro- 
aimant, il ne puisse en détacher sa 
pensée et croie sincèrement à la con- 
clusion négative qu'il tire de sa com- 
paraison. C'est pourquoi nous allons 
lui parler de sang rassis. 

Si vous n'étiez pas un spécialiste, 
lui dirai-je pour commencer, un élec- 
tro-chimiste, par exemple, vous n'ob- 
jecteriez pas plutùt le phénomène 
d'un aimant ou d'un appareil galva- 
nisateur quelconque, que tout autre 
phénomène de la nature. Il n'en 
est pas un seul qui ne puisse servir 
de point de départ à votre assimila- 
tion. Le foyer lumineux de la bougie 
qui vous éclaire, l'émission sonore 
d'une trompette, l'écho d'un bruit 
quelconque, la germination d'une 
graine, la cristallisation d'un grain 
de sel, toute combustion, toute pro- 
duction de chaleur, toute fermenta- 
tion, toute végétation, et bien plus 
encore toute animalité, toute vitalité, 
toute génération, vous conduiraient 
au mêmeraisonnement. Tousces faits, 
tous ces mystères l'ont éveillé, ce rai- 
sonnement, bien longtemps avant 
vous, dans les esprits qui ont réflé- 
chi; et cela ne les a pas empêchés 
de conclure, sur leur moi lui-même, 
à l'existence en eux d'une personna- 
lité libre, intelligente et immortelle, 
ainsi qu'à une cause universelle libre, 
intelligente aussi, et éternelle, parce 
que sans cette éternité tous les faits 
de la nature, à commencer pas' celui 
de leur être conscient, ne seraient 
que des productions de ce qui n'est 
pas, hypothèse absurde. 

Si vous n'aviez pour objets de vos 
réflexions que les choses extérieures, 
que les apparences par lesquelles ces 
choses vous sont connues, je conce- 
vrais jusqu'à un certain point votre 
argumentation; je dis jusqu'à un 
certain point, — car ces choses se 
présentent à vous sous deux catégo- 
ries très-distinctes , aussi distinctes 
entre elles que le jour et la nuit. Les 
unes, et parmi celles-là figurent tous 
les phénomènes au nombre desquels 
vous avez choisi votre exemple, s'of- 
frent à vos observations sous les 
indices de la fatalité, du nécessaire, 
de la loi iixe, aveugle en eUe-nieme., 



134 



AIM 



produisant mathématiquement ses 
elïets ; ce sont tous les phénomènes 
de la nature physique. Les autres se 
présentent sous les apparences de h 
pensée, de l'intelligent et du libre à 
des degrés divers ; ce sont les faits 
humains, individuels et sociaux, les 
faits dont vous avez un type en vous- , 
même et dont les agents sont qua- i 
liiiès par vous de vos semblables. Un 
certain nombre tiennent un mUieu 
douteux entre les uns et les autres ; 
ce sont ceux des animaux dont les 
apparences vous laissent soupçonner 
des commencements de pensée, de 
sentiment et de liberté morale, perdus 
en quelque sorte dans le fatal de lois 
inéluctables ; en sorte que vous ne 
savez comment qualifier ceux-là, à, 
laquelle des deux catégories les rap- 
porter : n'en parlons pas. 

Or, voilà déjà que la simple obser- 
vation des choses étrangères à votre 
être vous conduit à une probabilité, 
fondée sur l'apparence, dont la dé- 
duction la plus naturelle serait celle 
qu'a tirée le genre humain à l'exis- 
tence de deux ordres, l'ordre physique 
et l'ordre métaphysique, l'un lîétéro- 
nomique, l'autre autonomique, l'un 
qui subit fatalement les lois qu'il n'a 
pas faites, l'autre qui se fait à lui- 
même, dans une certaine mesure, 
— c'est de cette mesure seulement que 
je veux parler — ses propres lois , 
ou au moins suit ou ne suit pas, par- 
ce qu'il le veut "Du ne le veut pas, les 
lois qu'il trouve dans sa nature. 

Voilà déjà une probabilité guis- 
saute, écrasante même, fondée sur la 
simple observation de ce qui parait 
au dehors de vous. 

Arrêtons-nous encore sur cet ordre 
externe, et étudions-le plus profondé- 
ment, plus scientifiquement aussi. 

Vous y remarquez les élémeuis pon- 
dérables et les éléments impondéra- 
bles. Vous appelez les premiers les 
corps, et ils sont simples ou composés, 
et les composés sont inorganiques ou 
organiques ; les inorganiques sont cé- 
lestes ou terrestres ; les célestes sont 
les astres ; les terrestres sont les mi- 
néraux dont vous faites ce que vous 
appelez un règne, le règne minéral; 
le? organiçiues sont les végétaux et les 
: i 



AIM 

autres règnes, le règne végéta] et le 
règne animal. Mais ces trois règnes 
terrestres, aussi bien que les orbes cé- 
lestes, sont, tims, dos corps, dont vous 
étudiez les lois ; el tous ees corps sont 
animés parlesfluidescfueyousditesim- 
■pondi râbles et que je serais bien tenir 
de dire immatériels; ear enfin n'est-ce 
pas le poids qui est la qualité la plus 
universelle e1 Lapluscaraotéi isquedela 
matière ? L'attraction, en effet, est bien 
sa loi la plusgénérale, etc'esl elle qui 
fait que les corps sont plus ou moins 
lourds, plus ou moins Légers, la lé- 
gèreté et la pesanteur n'éi mt que des 
relations des poids el des niasses nu 
des attractions. Mais, quoi qu'il en soit, 
les fluides sont les âmes de tous i. s 
corps, puisqu'ils en sont 1rs forées 
impalpables, impondérables el invisi- 
bles; la lumière elle-même ne devient 
visible qu'en s'incorporant; vous n'a- 
vez jamais vu lï'ili r. mais vous avez 
vu lf ieu qui brille, le loyer lumineux. 
i i que vous appelez les Quides, voila 
donc les forces, voilà dune les âmes. 
Or, 1rs corps se désaggrégent, se 
dissolvent, se désorganisent; et ! 

meurenl pas. Eteignez votre 
flambeau;!! y alàune mort, quelles 

? c'est la mort d'un foyer lumi- 
neux, d'un corps; mais la lumière, 
la forée-Lumière est-elle morte? non, 
est allée rejoindre l'éther, elle n'a 
fait, par l'extinction du foyer dans 
lequel elle s'était incarnée pour uu 
instant, que devenir Libre dans sos 
[visibilité; elle n'est pas morte, elle 
vit, et vit plus glorieuse, débarrassée 
de ses liens. C'est une âme inimor- 
telle. 

Faites dissoudre ce grain de sel par 
le feu ou par un liquide; qui est 
mort? le grain de sel. .Mai- la force 
cristallisatrice, l'âme, est-elle morte ? 
non, elle est allée ailleurs cristalliser 
encore, ou bien elle a repris sa li- 
berté dans la nature. Elle est immor- 
telle. 

Etouffez cet incendie. L'incendie est 
mort; le bûcher est éteint; mais la 
force calorifique , l'âme , est-elle 
éteinte ? Non, c'est le fluide-chaleur 
qui ne connaît ni ternie ni frontières 
à son règne, et qui a repris sa liberté 
pour exercer ailleurs sa puissance, et 
dévorer toujours. 



155 



AIM 



Laissons tous ces exemples, pre- 
nons le vôtre, et pressons la compa- 
raison même que vous en avez tirée, 
monsieur le chimiste. 

(Tel, lit un atiiniit quelconque, un 
électro-aimant, par exemple, ou ear 
core une pile de Volta avec ses deux 
tètes, ses deux pôles. La pile on 
Ynimant, voilà le corps visible; la 
force électro-magnétique, que vous 
nommez, par une hypothèse ingé- 
nieuse, mais hypothèse pure, le Qi 

atif à un des pôle • , positif à 
l'autre pôle, en était' l'âme; coupez 
le lil d'union pôles, tout 

s'arrête; le corps est paralysé, il ne. 
fonctionne plus; l'âme esl elle moi -.' 
Non, elle ne fait que dormir, puis- 
que, si vous rétablissez l'union, la 
voilà qui renail brillante et jeune. 
Brisez voire aimant; séparez les uns 

des autres les éléments de la inle; 
faites-leur ce qu'on l'ait aux m u 

broyez-lea dan- un mortier; faites-les 
fondre dans une chaudière : rédni 
les en poudre; I i d Ires; 

tout e-i il mort '. Le corps, i :'<■, 

a cassé d'agir; il a perdu sa vie ma- 
gnétique nu e ilvamqu i; plu à'i r- 
me; L'organism mort. 

l'âme'.'., oh : l'âme n' 
morte. I.a force électri 
va m linlenaut animer les atôm is I ■ 

■eue, île 1er. de zill' . 

d'oxygène, d'hydro note, et 

le reste, et elle \.i faire sortir de U ai 
combinaison, si Les circonstances le 

mettent, une végétation n: c !û - 
copique de mucédin '■ ■' S, une ptqm- 
lalioii fou nui liante d'animalcules; elle 
va éi'lore, elle va fieurir, elle va con- 
cevoir, elle va devenir la vie. 
Qu'avez-VOUS fail '.'vous lui avez rendu 
la liberlé, vous l'avez dégagée de ses 
entraves; et elle s'applaudit, en son 
état glorieux, de la dissolution que 
vous avez l'ait subir à ses anciens 
membres. Détruisez, tuez encore; 
vous n'aurez jamais tué ni détruit que 
le corps; l'âme vous échappe; elle 
trouve sa résurrection dans la mort, 
et si, de la vie magnétique, elle s'élè- 
ve, par cette mort de son organisme, 
à une vie végétative, elle n'aura fait 
que se réveiller dans la gloire ; et si 
do relie vie végétative, elle s'élève, 
par une nouvelle désorganisation, à 



I 



AIM 



156 



AIN 







la vie animale, elle se sera réveillée 
dans une gloire plus grande., . 

« Comment les morts peuvent-ils 
ressusciter? dit saint Paul avec sa lan- 
gue d'acier ; et en quel corps les 
âmes reviendront-elles ?... Insensé, 
le grain de froment que tu sèmes 
n'est pas le corps qui sera ; et ne faut- 
il pas qu'il meure, celui-là, pour que 
l'autre vive? » 

Mettez maintenant, par une hypo- 
thèse qui n'est pas hors de mise près 
de celle de vos lluides, dans l'âme de 
votre armant ou de votre pile voltaï- 
que , qui fut le premier corps de cette 
âme, ce que les apparences ne permet- 
tent pas d'y mettre, la pen?ée, le 
sentiment, l'amour, la généralisation, 
le raisonnement, la volonté, le sou- 
venir; ne se rappellera-t-elle pas 
alors ses états primitifs en s'applau- 
dissant d'avoir été délivrée de ses 
chaînes, comme celle du martyr, et 
d'être montée dans la gloire? 

Redisons-le : les corps se désaggré- 
gent; les âmes sont immortelles. 

Merci, monsieur le chimiste ; vous 
avez fortbien travaillé pour ma thèse, 
qui est celle de saint Paul. 

Nous n'avons parlé jusqu'ici que 
des apparats extérieurs, dont, en 
bonne logique, vous pourriez douter ; 
vos yeux les voient, vos mains les tou- 
chent, vos instruments les mesurent, 
en ce qui est des corps, et vous les cons- 
tatez parleurs effets, en ce qui est des 
forces, des fluides, des âmes ; mais 
tout cela n'est pas vous, et tout cela 
pourrait n'être que des apparences. 
Maintenant, faites un peu de logique 
et de philosophie ; rentrez en vous- 
même ; pouvez-vous douter de votre 
conscience ? Vous savez bien que 
vous pensez ; vous savez bien que 
vous raisonnez ; vous savez bien que 
vous êtes une force comme celle que 
je supposais tout à l'heure, contraire- 
ment aux apparences, dans ce corps 
magnétique, et qu'elle ne manque 
de rien, celte force-là, pour garder le 
souvenir de son passé; vous savez bien 
aussi que vous avez la liberté morale; 
que ce que vous faites, vous le faites 
souvent parce que vous le voulez. De 
cela vous n'en pouvez douter, parce 
que vous ue pouvez douterde vous-mê- 
me. La voilà donc en ^ ous, et la voilà 



attestée avec la première de toutes 
les certitudes, la certitude du sens 
intime, cotte âme transcendante, su- 
périeure à l'âme attractive des globes 
célestes, supérieure à l'âme magné- 
tique des minéraux, supérieure à 
l'âme végétative des plantes, supé- 
rieure à l'âme vitale des animaux; 
la voilà cette âme qui pense, sent, 
veut, raisonne, généralise, aime, hait, 
admire, choisit, commande, a souve- 
nir; c'est-vous même... et c'est une 
force merveilleuse, puisqu'elle fait 
toutes ces choses !... C'est au moins, 
n'est-ce pas, un fluide comme le fluide 
de vos aimants ; et vous pouvez juger 
de sa puissance par tous ces eli'ets 
que vous ne pourriez nier quand 
même vous nieriez tout, puisqu'ils 
se passent en vous. Et ce serait cette 
âme, la plus sublime des âmes, qui 
aurait seule le triste privilège de 
mourir, quand toutes sont immor- 
telles ! et ce serait cette force, la quin- 
tessence des forces, qui perdrait 
seule ses propriétés par la dissolu- 
tion du corps auquel elle a été in- 
carnée pour quelquesjours ! 

Non, non, monsieur le chimiste, 
cette âme, qui est la vôtre, est im- 
mortelle comme celle de votre aimant, 
et, déplus, immortelle avec sa pen- 
sée, sa personnalité, sa conscience, 
son souvenir. Le Nom. 

AÎNÉ, AINESSE. Il est naturel 
qu'un père conçoive une tendre affec- 
tion pour le premier fruit de son ma- 
riage, pour l'enfant qui lui a fait é- 
prouver les premiers mouvements de 
l'amour paternel. Ce sentiment était 
plus vif dans les premiers âges du 
monde, lorsque chaque famille était 
une petite république isolée. Le cœur 
était moins partagé par la multitude 
des affections sociales ; les enfants 
étaient la force et la richesse de leur 
père. L'ainé était destiné par la na- 
ture à être le chef de famille, si le 
père venait à manquer. C'est ce qui 
rendait le droit à'ainesse si sacré et si 
précieux chez les patriarches. Moïse 
l'avait conservé en entier par ses lois. 
Mais à mesure que les peuplades se 
sont augmentées et civilisées, le pou- 
voir paternel a diminué, et le droit 
d'ainesse a perdu son prix ; nous en 




AIN 157 

sommes venus au point de regarder 
aujourd'hui ce droit comme iuius- 
te M). 

Il faut donc se rapprocher des 
mœurs antiques pour sentir l'énergie 
de plusieurs expressions de l'Ecriture 
sainte. Dieu promet à David qu'il le 
rendra Vaine de tous les rois. Saint 
Paul nomme Jésus-Christ aine de 
toutes lescréatures, parce qu'ilaélé en- 
gendré du Père avant la création ; 
dans l'Apocalypse, il est appelé le pre- 
mier-né d'entre les morts, parce qu'il 
est le premier qui soit ressuscité par 
sa propre vertu. Isaie nomme pre- 
miers-nés des pauvres, ceux qui souf- 
frent le plus ; dans le livre de Job, 
primogenita mors signifie la plus 
cruelle de toutes les morts. 

11 parait par l'histoire sainte que le 
droit d'ainessen été établi dès la créa- 
tion, mais il n'était pas inaliénable; 
Dieu, pour de bonnes raisons, l'a sou- 
vent transporté aux puinés. Ainsi 
Cala, fils aine d'Adam, fut privé de 
ses droits en punition de son crime; 
Si'Ui lui fut substitué. Japhet, iihainé 
de Noé,futmoinsprivilégié queSem; 
isaac fut préféré à Isrnaël son aine, 
mais qui était né d'une étrangère ; Ja- 
cob acheta le droit à' aînesse de son 
frère Esaù, il l'ôta à son propre hls 
ituben, pour le donner àJoseph ; et, 
en bénissant les deux lils de Joseph, 
il accorda la préférence à Ephraim 
sur Manassé. 

Nous voyons parle chap. 21, ^ 12, 
du Deutéronome, que Vaine avait une 
double portion dans l'héritage pater- 
nel ; et après la mort du père, il de- 
venait le chef, par conséquent le prê- 
tre de sa famille. 



AIN 



(!_) Depuis Bergier, la société civile a mis en ap- 
plication dans ses codes ce sentiment qu'elle n'avait 
alors que comme tendance. C'est an moins ce qu'elle 
a fait en France et dans d'autres contrées catholi- 
ques ; car plus d'un pays protestant a protesté, par le 
maintien des anciennes lois, en faveur du droit 
A'aineue. L'abolition de ce droit, en fait d'héri- 
tages, est favorable à la division des fortunes. 
Cette division est-elle un mal social? nous ne le 
croyons pas; noua croyons le contraire, et nous 
applaudissons aux peuples catholiques qui se sont 
montrés plus avancés que les peuples hérétiques et 
infidèles, sous ce rapport, comme sous tant d'autres. 
En ce qui est des usa.es antiques, on ne saurait, ce 
nous semble, les mieux juger que ne le fait Borgier 
en disant que, en pareille matière, il faut se rap- 
procher, pour porter un bon jugement, des mœurs 
dos diverses époques, Lk Nom. 



Les incrédules ont censuré avec 
beaucoup d'aigreur la conduite de Ja- 
cob, qui profita de la lassitude de son 
frère pour acheter de lui le droitd'aj- 
nesse k très-vil prix, et qui trompa son 
père Isaac pour extorquer de lui la 
bénédiction destinée à Vaine. Nous 
examinerons ce trait d'histoire au mot 
Jacob. 

Depuis que Dieu eut fait mourir 
tous les premiers-nés des Egyptiens 
par l'épée de l'ange exterminateur, et 
qu'il eut préservé ceux des Israélites, 
il ordonna que ceux-ci lui fussent 
offerts et consacrés ; cette loi ne re- 
gardait que les mâles; soit des hom- 
mes, soit des animaux. Exod., c. 13. 
Si le premier enfant dune femme 
était une lille, le père n'était obligé à 
rien, ni pour cet enfant ni pour les 
suivants; si un homme avait deux 
femmes, il était obligé d'offrir au 
Seigneur lespremiers-nésde chacune. 
Eu les offrant dans le temple, les pa- 
rents les rachetaient pour la somme 
de cinq sicles. Jésus-Christ fut offert 
et racheté par ses parents comme les 
autres premiers-nés ; mais il était des- 
tiné à être lui-même le prix de la ré- 
demption du monde. 

Les premiers-nés des animaux purs, 
tris que le veau, l'agneau, le chevreau, 
devaient être offerts dans le temple, 
immolés en sacriiiee, et non rachetés ; 
quant à ceux des animaux impurs 
qui ne pouvaient pas servir de vic- 
times, ils étaient ou rachetés ou 

tués. 

Cette loi était un monument irré- 
cusable du miracle opéré en Egypte 
en faveur des Israélites ; elle fut ob- 
servée d'abord par ceux mêmes qui 
avaient été témoins oculaires du pro- 
dige. Auraient-ils voulu se soumettre 
à cette loi onéreuse, s'ils n'avaient pas 
été convaincus par leurs propres yeux 
de la vérité du fait? Il leur fut ordonné 
d'instruire soigneusement leurs en- 
fants du sens et du motif de la céré- 
monie. Exod.,c. 13, y U. Ce témoi- 
gnage, ainsi transmis de génération 
en génération avec l'observance delà 
loi, était une preuve à laquelle l'in- 
crédulité la plus hardie ne pouvait 
rien opposer. Un incrédule quelcon- 
que voudrait-il ainsi attester, par ses 
paroles et par son obéissance, un fait 







Mil 



158 



AKI 






public et très-éclatant de la fausseté 
duquel il serait intimement convain- 
cu? La conduite des Juil's dans tous 
les temps démontre qu'ils n'étaient 
pas plus disposés que les mécréants 
d'aujourd'hui à croire des choses dont 
ils n'auraient pas eu la preuve. 
Bergier. 

AIX ( concile à'). (Théol. hist. conc.) 
— ■ On remarque dans L'histoire de 
l'Église un concile d'Aix qui fut con- 
voqué per l'archevêque Alexandre 
Canigianus en liiSo. Ce concile eut 
lieu dans la métropole; les é\ èques 
suifrugants y assistèrent tous, on y fit 
des règlements de discipline en 'sue 
des iiuir, ralliés du xvi- siècle, et l'on 
y finis ia surtout sur les mœurs. 
Le Nom. 

AKIBA (rahbi), (théol. hist. biogr. 
et bibiiuijr.) — Célèbre rabhin, paien 
d'origine, converti au judaïsme, d'a- 
bord gardien des troupeaux d'un ri- 
che de Jérusalem, puis son gendre ; ce 
ne fut qu'à l'âge do quarante ans qu'il 
se livra àl'étude. « iliutsuriout, dit M. 
Wetzer, le plus grand connaisseur de 
son temps, de la Halacha, c'est-à-dire 
de la loi de Moïse non éerile, en 
même temps qu'il possédait une mul- 
titude d'anciens commentaires (Haya- 
da), de sorte qu'on disait de lui : 
« Ce qui n'a pas été révélé à Moïse l'a 
été à Akiba. » On suivait volontiers 
son avis dans les différends qui s'éle- 
vaient sur l'application de la loi. En 
effet, Rahbi Tarphon, qui fut son suc- 
cesseur dans le rectorat de l'école de 
Lydda, avait coutume de dire : « Qui- 
conque se sépare d'Akiba, c'est comme 
s'il se séparait de sa vie. » On com- 
prend qu'un maître aussi respecté eut 
de nombreux disciples de tous les 
pays, sans admettre pour cela les ren- 
seignements du Talmud, qui donne à 
Akiba 12,000 paires de disciples, 
c'est-à-dire 24,000. D'après S. Irénée 
(1), il doit avoir été le maitred'Aquila, 
prosélyte juif, auteur d'une version 
grecque de l'Ain -.ien Testament remar- 
quai) le par sa scrupuleuse exactitude, 
et quTi composa pour venir en aide 
aux Juifs hellénistes. 

« Au point de vue religieux, le per- 
sonnage d'Akiba est considérable, 



parce qu'il contiibua essentiellement 
à consolider et à conserverie nouveau 
Judaïsme, fondé sur le Talmud ; ce. 
fut lui qui rédigea le premier et coor- 
donna entre elles ce r taines parties de la 
loi traditionnelle quijusqu' alors n'a- 
vaient été conservée-set transmises que 
de vive voix, etee fut d'après ses leçons 
et ses explications que d'autres par- 
ties en furent rédigées parées disci- 
ples, et bientôt apcès réunies, triées 
simplifiées, coordonnées par Rabbi- 
Juda flakkadosch, pour formerpeu à 
peu la Mischna, et sous certains rap- 
ports le Talmud. Ces services d'Akiba 
furent d'autant plus appréciés paj 
les Juifs que , selon le Talmud , 
tous ses disciples moururent d'une 
épidémie, dans la même année et dans 
l'intervalle de Pâques à la Pentecôte, 
en punition de ce qu'ils ^e dépréciaient 
mutuellement; de sorte que la con- 
servation de la loi traditionnelle 
aurait couru des dangers si Akiba ne 
sefùtrendu au nord de la Palestine, 
n'y eût trouvé quelques nouveaux 
élèves (5-8), auxquels il communiqua 
sa doctrine et par lesquels la loi fut 
désormais conservée et propagée. En 
souvenir de ce triste événement, 
comme de la mort même d'Akiba, le 
Talmud ordonna plus tard que cette 
période de cinquante jours (de Pâques 
à la Pentecôte) serait pour tout Israël 
un temps de deuil, aujourd'hui en- 
core subsistant, durant lequel les Juifs 
ne se font pas la barbe, ne se coupent 
pas les cheveux, ne mettent pasd'ha- 
bits neufs, ne célèbrent ni mariage 
ni réjouissance. On attribue encore à 
Akiba les livres cabalistiques Jézirah 
(sur la sagesse et le nom de Dieu), 
dont il est déjà question dans le Tal- 
mud, Othiut (sur la signification mys- 
tique des lettres hébraïques,) et Me- 
chilta . 

«Autant l'activité religieuse d'Akiba 
eut d'importance pour son peuple en 
général, autant son iniluence politi- 
que devint funeste à ses comtempo- 
rains. En effet son exaltation person- 
nelle et ses faux calculs sur le temps 
de la venue du Messie l'entraînèrent 
dans le parti du démagogue juif Bar- 



(lj Ado. Bores., lii., 3, c. U. 



■ 






ALA 159 

Kochba (tCB'Q », fils de l'Étoile), 
nommé plus lard Bar-Chosba ((ovin 
"n, lils du Mensonge), qui so don- 
nait pour le Messie, et qui excita les 
Juifs, sous l'empereur Adrien, à se- 
couer le joug des Romains, Akiba de- 
vint même l'écuyer de Rar-Kochba et 
aogmentapar la considération person- 
nelle dont il jouissait l'aveuglemeat 
des Juifs. Bar-Kochba ftd d'abord très- 
beuneus contre les armes romaiaesjil 
s'empira non-seulement de Jérusa- 
lem, jnais«ncorede beaucoup d"aHtres 
places lui 1rs delà Palestine, an point 
qu'Adrien dut envoyer contre lui Ju- 
les Sévère, us de sesgéaeraux.-occupé 
en Bretagne. Celui-ci reprit les villes 
et les places les unes après. les autres, 
et enlin, après un affreux carn 
s'empara de la forteresse de Béthar, 
où sétaient réfugiés Bar-Kochba el 
Akiba. Bar-Kochba tut tué pendant 
l'assaut, Akiba fut pria et jeté dans 
un cachot. Là il employait le peu 
d'eau qu'on lui donnait pour boire à 
faire des ablutions, de peur de oaan- 
quer aux prcsi i iptionsde laloi. 11 fut 
réservé à on affreux supplice ; on lui 
enleva lapeaudu corps avec des car- 
des de fer. Il supporta celle torture 
avre e, et comme pi nàant le 

suppliée, arriva l'heure de la prière 
du Schéma, c'est-à-dire : « Écoute, 
Israël, le Seigneur nuire Dieu esl uni- 
que, » il se mit à la réciter et mou- 
rut en prononçant le mot « unique » 
(vers 13S apr. J.-C). Ses coreligion- 
naires furent accablés de traitements 
durs et avilissants. Le Nom. 

ALAIN DES ILES, (Alanus arunsu- 
lus) fthéoL hist biog. et bibhog.) — 

Ce théologien, un des plue grands 
des premiers temps de la scolaslique, 
tenait son surnom de sa ville natale, 
aujourd'hui Lille, en Flandre, alors 
Ryssel, (insulsc. Il naquit en 1114, 
entra dai^ l'ordre de' Liteaux, fntélève 
de S. Bernard, devint recteur de 
l'Université de Paris en tl.'il, puis 
ôvêque d'Auxerre, évéehé qu'il rési- 
gna pour rentrer dans son couvent. Il 
mourut en 1202 ou 1203. Il fut sur- 
nommé le docteur universel, he but 
principal de ses travaux fut la recher- 
che d'une méthode rigoureusement 



ALB 



mathématique de démousiration en 
théologie. L'ouvrage où il expose 
cette méthode est intitulé : De apte 
sancta. urticulis aatholiete fuhi, iib. S. 
Le Noih. 
ALBANAIS, hérétiques qui trou- 
blèrent dans le Mie siècle la paix de 
l'Eglise, et qui parurent principale- 
ment dans l'Albanie, ou dans la par- 
tie orientale de la Géorgie. Ils renou- 
Yeli\:-nt la plupart des erreurs des 
mankhéens el des autres hârétigoée 
qui avaient vécu depuis plus de Irois 
cents ans. Li ur premiè, ■,■ ,, u . 

sislait à établir deux principes: l'un 
bon. pêne de Jésus-Christ, auteur du 
bien et du Nouveau Testament; et 

l'autre mauvais, auteur de l'Ancien 

Testament, qu'ils rejetaient en s'ins- 
envant en taux contre tout ce qu'A- 
braham et Me, .Ils ajou- 
taient que le monde est de toute éter- 
nité; que le Elis de iiien avait ap- 
pelle un corps du ciel; que les sa- 
civineiiis. à la réserve du baptême, 
sont des superstitions inutiles; que 
l'Eglise n'a point le pouvoir d'ex- 

enmmunier, et que l'enfer est un 

conte faitA plaisir. Pmtéoli . Gautier, 
dans sa Citron. Beogieb. 

ALBERTINI (François), (Uuvl. hist. 
i>"«j. et biUiuij.) — Savant Jésuite, 
d'une grande modestie; il fut place 
par la société sur la chaire de philo- 
sophie de Naples, puis sur celle de 
' ! i ! " ' • Philosophe avant tout, 
Alberlini travaillait pour la science 
et non pour L'école. Le but des éludes 
de toute sa vie fut d'établir les har- 
monie:, ie la philosophie et de la 
théologie, et ce fut dans son ouvrage 
intitulé : CeroUariorum theoiogicomm 
exgrincipiitpkilosophicis deduatomm, 
qu'il consigna les résultats de ses élu- 
i ce point de vue. Cet ouvrage 
parut ii Naples en 1006, et à Lyon, 
en 1610-1616. On a encore d'Albertini 
divers travaux, par exemple' : Appu- 
ratm angeMeus; Wractatus plus de 
sancto angelo custode; Panégyriques 
de P. A. Spinelli, de Fr. de Paule, 
etc. Il mourut eu 101 0, à Naples. 
Le Noir. 

ALBERT LE GRAND, {théoi. hist. 
biuijr. et biblioiji:) — Ce grand Domi- 






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nicain du monastère de Cologne, ar- 
chevêque de Ratisbonne pendant deux 
ans, professeur de cours publics 
pendant toute sa vie et auteur de 21 
vol. in-folio, fut peut-être le plus il- 
lustre professeur de tous les temps. 
Rejeton d'une des plus célèbres famil- 
les de l'Allemagne, les seigneurs de 
Bollstadt,il étudia d'abord, à Pavie, la 
philosophie, la médecine, les mathé- 
matiques, puis fut envoyé à Cologne 
pouryfaire des cours. C'est alors qu'il 
conçut un vaste plan, celui de mettre 
en harmonie la théologie chrétienne 
avec toutes les sciences ; de « faire 
contempler, disait-il, Dieu dans l'uni- 
vers ; » et il poursuivit l'exécution de 
son plan durant soixante ans, par sa 
parole et par ses écrits. Il fut, à la 
fois, un théologien, un philosophe et 
un savant. Cbargé d'aller fonder des 
conférences à Fribourg, à Ratisbonne, 
â Ilildesheim, ses missions furent par- 
tout une suite de triomphes. De re- 
tour à Cologne, il attira à ses leçons 
une multitude de jeunes gens de tous 
les pays. L'université de Paris était de- 
venue une desplus célèbres dumonde ; 
on l'appelait « la cité des philoso- 
phes; » Albert y fut envoyé, y prit le 
titre de « magister » et y ouvrit des 
cours; l'aftluence des étudiants fut si 
grande qu'il n'y eut point de local 
assez vaste pour la contenir ; le pro- 
fesseur établit sa chaire en plein air, 
sur la place la plus voisine de son 
couvent ; cette place a conservé 
son nom, c'est aujourd'hui la place 
« Maubert » par contraction de « place 
du maître Albert. » Un jeune moine 
portant la même robe, le suivait et se 
faisait remarquer à ses cours, près 
d'un autre moine, Pèrecordelier, por- 
tant le cordon de saint François ; le 
premier était Thomas d'Aquin, dès 
lors son disciple et son ami ; le se- 
cond était ce Roger Bacon qui devait 
devenir, quatre siècles après sa mort, 
aussi célèbre par son génie que par 
ses malheurs. Beaucoup d'autres 
jeunes gens appelés à une grande re- 
nommée, s'y trouvaient : Vincent 
de Beauvais, Arnaud de Villeneuve, 
Michel Scot, etc. Nommé régent des 
dominicains, Albert retourna à Colo- 
gne, où les étudiants le suivirent. 
Elevé à la diguilé de provincial de son 



ordre, il visita à pied toutes les pio 
vinces de sajuridictiou. Appelé àRomc 
par Alexandre IV, il fit encore dan? 
cette ville, des conférences où seretrou- 
va Thomas d'Aquin. Bientôt il résigna 
sa charge de provincial, et, l'année 
suivante, il fut nommé à l'épiscopal 
de Ratisbonne ; mais les honneurs lui 
pesaient, et, deux années après, ij 
abdiquait et redevenait le simple pro- 
fesseur. En 1274. il fut appelé au con- 
cile de Lyon, où il comptait retrou- 
ver son ami ; mais Thumas mourait 
en chemin, aux environs de Terracine. 
Après le concile, Albert-le-Grand re- 
prit son professorat public à Colo- 
gne. Mais enfin, frappé d'apoplexie 
dans une de ses leçons, il tomba dans 
un état voisin de celui d'enfance, dit 
encore adieu à ses élèves, et mourut à 
l'âge de quatre vingt-troisans. Durant 
les trois dernières années de sa vie, 
il ne quittait plus sa cellule que pour 
aller, chaque jour, visiter sa fosse. 

Il n'est pas une science qui ne soit 
traitée à fond dans les écrits d'Albert- 
le-Grand. Ses grands types furent 
Aristote et Avicenne. « C'est par Al- 
bert surtout, dit M. Héfélé, que la 
philosophie d' Aristote devint prédo- 
minante dans le moyen âge, comme 
c'est par lui aussi que les ouvrages de 
science naturelle du Stagirite se ré- 
pandirent et devinrent d'un commun 
usage, quoiqu'il ne comprit pas le 
grec, et qu'il ne connût Aristote que 
par les traductions latines (1). Ces 
traductions le familiarisèrent avec les 
ouvrages des Arabes et des Rabbins. 
Quant à la théologie, il s'en tint à 
Pierre Lombart dont il commenta 
longuement les sentences. Cependant 
il chercha à construire un système 
théologique, qui lui fut propre sous 
le titre de Summa théologies. Outre de 
nombreux ouvrages de philosophie et 
de théologie, il composa plusieurs 
traités d'histoire naturelle, et il fut 
tellement supérieur à ses contempo- 



(i) A!bert-le-Grand eut cela de commun avec 
saiot Augustin, que son génie devinait Aristote sur 
des morceaux de ce philosophe traduit dans une 
langue étrangère, comme celui d'Augustin, égale- 
lement peu versé dans les lettres grecques, devina 
tout Platon sur des pnssnevs plus ou moins impar- 
faitement traduits dans up latin de la décadence. 
Le No b. 



■ 



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161 



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rains par ses connaissances physiques 
et expérimentales qu'ils le regardèrent 
comme un homme merveilleux et un 
véritable magicien. » 

Tous les grands esprits du moyen 
Age furent surtout des esprits ency- 
clopédistes: les spécialistes sont plu- 
tôt modernes, et il faut reconnaître 
que la vraie philosophie, quand on 
la possède, conduit toujours au pre- 
mier genre qui est le genre des véri- 
tables grands hommes. C'est cette 
qualité qui rendit si puissant et si fé- 
cond legénicdesaintThomasd'Aquin, 
si pénétrant celui de Roger Bacon. 
Leur maître Albert les avait conduits 
dans celte voie. Disons un mot de ses 
travaux scientifiques; ce mot ne sera 
pas hors de propos dans ce diction- 
naire dont une des principales par- 
ties est la théologie mixte. Nous ai- 
mons, d'ailleurs, à relever, quand 
l'occasion s'en présente, devant notre 
siècle orgueilleux, quelquefois à tort, 
les grands hommes du passé. 

M. Pouchet de Rouen a présenté, 
dans une étude spéciale qu'il a faite 
d'Albert le Grand, ce génie du xiu» 
siècle, comme le créateur des sciences 
au moyen âge. M. de Humblot a dit 
que son traité de la nature des lieux, 

fwurrait servir de base à une excel- 
ente description physique de la terre. 
Alberta laissé huit livres dans lesquels 
il traite des forces terrestres et du 
mécanisme des cieux. 11 connaît et 
décrit les aimants, ainsi que la bous- 
sole qu'il croit avoir été connue au 
temps d'Aristote et avoir été en usa- 
ge cuez les phéniciens. Il avait des 
idées justes sur la zone torride dont 
on disait des choses fabuleuses, sur 
les climats, sur les antipodes, sur 
beaucoup de points capitaux concer- 
nant la surface du globe. « Toute la 
zone torride est habitable, dit-il, et 
c'est d'une ignorance populaire de 
croire que ceux dont les pieds sont diri- 
gés vers nous doivent nécessairement 
tomber. Les mêmes climats se répè- 
tent dans l'hémisphère inférieur, de 
l'autre côté de l'équateur. » etc. Son 
chapitre sur les aérolithes est fort cu- 
rieux pour le temps où il écrivait. 
Dansl'explicationqu'il donne deseaux 
thermales, il est à peu près au niveau 
des modernes. Son traité des miué- 
I. 



raux, sous forme de dictionnaire al- 
phabétique, ne renferme que de sim- 
ples descriptions des pierres, des mé- 
taux, des sels et des autres corps qui 
lui sont connus, et il ne s'y aventure 
jamais dans les transformations ten- 
tées par les alchimistes. Son traité 
des animaux, en partie tiré d'Aristote 
est un tableau complet delazoologie 
au xm' siècle. Dans la partie générale 
de ce traité consacrée à l'anatomie, 
il y a des descriptions qui ne lais- 
sent rien à désirer, par exemple 
celle de la colonne vertébrale, celle des 
muscles de la tèle, qu'il appelle les 
membres de cette partie du corps, 
celle du syslème nerveux, sortant du 
cerveau puis delà moelle épinière et 
se distribuant partout, «elle du systè- 
me sanguin, etc. Ses six livres de Idphy. 
sionomie sont du plus haut intérêt; 
la phrénologie et la craniologie mo- 
dernes s'y montrent pour la première 
fois; l'auteur y détermine les facultés 
de l'aine par l'inspection des bosses 
du crâne et des (raits du visage. La- 
vater et Gall ne sont, en lin de compte, 
que les disciples d'Albert le Grand. 
Le 20" livre de son traité des ani- 
maux a pour objet l'organisme dans 
la série animale décroissante, à partir 
de l'homme; l'auteur montre com- 
ment de l'animal le plus parfait les 
organes vont se simplifiant indéfini- 
ment jusqu'au plus imparfait. Dans 
le 22" il ajoute aux études des anciens 
de nouvelles études sur les animaux 
des contrées boréales. Les procédés 
qu'il décrit sur lâchasse à la baleine 
sont à peu près les mêmes que ceux 
qui sont encoreemployés. Il passe en 
revue les animaux domestiques, leurs 
mœurs, leurs utilités, leurs maladies. 
Le 23= livre est une histoire naturelle 
des oiseaux; il s'étend en particulier 
sur la fauconnerie. Le 24" traite des 
animaux aquatiques; le 2j« des rep- 
tiles, parmi lesquels il ne manque 
pas de classer les tortues, particularité 
remarquable, et le 26«, qui est le der- 
nier, parle des insectes, arachnides, 
annélides, etc., petits animaux qu'il 
donne à tort comme étant privés de 
sang. 

Albert le Grand a fait aussi un traita 
des plantes, dans lequel il éveille les 
plus délicates questions sur l'anato- 
il 



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mie et la physiologie végétales. N'était- 
ce pas beaucoup l'aire que de poser 
ces questions devant le progrès scien- 
tifique ? S'il ne les eut posées, les 
modernes les auraient-ils résolues? 

Enfin Albert le Grand a traité de 
tout, excepté de la magie et de la ca- 
bale ; et le peuple a fait de lui le 
prince des magiciens ! 

Qu'on nous pardonne de jeter ici, 
à l'occasion du plus illustre profes- 
seur de tout le moyen âge, un cri 
d'admiration pour ces savants du .xni" 
siècle qui ralliaient à la théologie 
toutes les sciences comme les Augustin 
lui avaient rallié, dans le v e , toutes les 
philosophies platoniciennes. Nous 
nous faisons gloire de marcher, de 
bien loin, sur leurs traces ; mais hélas ! 
dans ce malheureux siècle des spé- 
cialistes, nous voyons avec effroi que 
nous nous trouvons seul, et que nos 
efforts sont vains. Point d'oreilles 
autour de nous quinous comprennent 1 
combien de savants sont des théolo- 
giens? combien de théologiens sont 
des savants? Le Noir. 

ALBIGEOIS, nom général donné 
aux hérétiques qui parurent en France 
dans les xn e et xiu e siècles, et qui fu- 
rent ainsi nommés, parce qu'ils se 
multiplièrent non-seulement dans la 
ville d'Albi, mais encore dans le Bas- 
Languedoc, dont les habitants sont 
nommés par les auteurs de ce temps- 
là Albigenses. 

Le fond de leur doctrine était le 
manichéisme, mais différemment mo- 
difié par les visions des différents 
chefs qui l'avaient prêché en France, 
tels que Pierre de Bruis, Henri son 
disciple, Arnaud de Bresse, etc. : c'est 
ce qui fit nommer ces sectaires pétro- 
brusiens, hmriciens, amaldistes, ou 
arneudisks ; mais ils portèrent encore 
'plusieurs autres noms tirés de leurs 
j mœurs, dont nous parlerons ci-après. 
Nous ne devons donc pas êtres éton- 
nés de ce que les auteurs qui ont 
exposé leurs erreurs, ne les ont pas 
rapportées uniformément; jamais 
aucune secte d'hérétiques ne fut 
constante dans ses opinions ; chaque 
docteur se croit le maître de les en- 
tendre et de les arranger comme il lui 
plaît. Les albigeois étaient un amas 



confus de sectaires, la plupart très- 
ignorants et très-peu en état de ren- 
dre compte de leur croyance ; mais 
tous se réunissaient à condamner l'u- 
sage des sacrements et le culte exté- | 
rieur de l'Eglise catholique, à vouloir 
détruire la hiérarchie et changer la 
discipline établie. C'est à ce titre que 
les protestants leur ont fait l'honneur 
de les regardercomme leurs ancêtres. 

Alanus, moine de Cîtcaux, et Pierre, 
moine Je Vaux-Cernay, qui ont écrit 
contre eux, leur reprochent : 1° d'ad- 
mettre deux principes ou deux créa- 
teurs, l'un bon, et l'autre méchant; 
le premier, créateur des choses invi- 
sibles et spirituelles ; le second, créa- 
teur des corps, auteur de l'Ancien 
Testament et de la loi judaïque, pour 
lesquels ces hérétiques n'avaient au- 
cun respect : voilà le fond de l'ancien 
manichéisme ; 2° de supposer deux 
Christ, l'un méchant, qui avait paru 
sur la terre avec un corps fantastique, 
qui n'était mort et ressuscité qu'en 
apparence; l'autre bon, mais qui 
n'avait pas été vu en ce monde : c'é- 
tait l'erreur de la plupart des gnos- 
tiques ; 3° de nier la résurrection fu- 
ture de la chair, d'enseigner que nos 
âmes sont des démons, qui ont été 
logés dans nos corps en punition des 
crimes qu'ils avaient commis; consé- 
quemment ils niaient le purgatoire et 
l'utilité de la prière pour les morts ; 
ils traitaient môme de folie la croyance 
des catholiques touchant les peines de 
l'enfer. Ces rêveries sont empruntées 
de différentes sectes d'hérétiques ; 4° 
de condamner tous les sacrements 
de l'Eglise, de rejeter le baptême 
comme inutile, d'avoir en horreur 
l'eucharistie, de ne pratiquer ni la 
confession, ni la pénitence, de croire 
le mariage défendu, ou du moins de 
regarder la procréation des enfants 
comme un crime. C'était encore l'opi- 
nion des manichéens. Enfin ces au- î 
teurs rapportent que les albigeois 
détestaient les ministres de l'Eglise, 
ne cessaient de les décrier et de décla- 
mer contre eux ; qu'il n'avaient aucun ■ 
respect pour la croix, pour les ima- 
ges, pour les reliques; qu'ils les 
détruisaient et les brûlaient partout 
où ils étaient les maîtres. 

Ils étaient divisés en deux ordres; 






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■ 



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163 



ALB 



savoir, les parfaits et les croyants. 
Les premiers menaient une vie aus- 
tère en apparence, vivaient dans la 
continence, faisaient profession d'a- 
voir en horreur le jurement et le men- 
songe. Les seconds vivaient comme 
le reste des hommes, et plusieurs 
avaient des mœurs très-déréglées ; ils 
croyaient être sauvés par la foi et par 
l'imposition des mains des parfaits. 
C'étaient l'ancienne discipline des 
manichéens. 

Le concile d'Albi, que quelques-uns 
nomment concile de tombez, tenu l'an 
H76, dans lequel les albigeois furent 
condamnés sous le nom de bonshom- 
mes, et dont les actes sont cités par 
Fleury, Eist. ecclés., 1. 72, n. 61, leur 
attribue les mêmes erreurs d'après 
leur propre confession. Rainerais, 
dans l'histoire qu'il a donnée de ces 
mêmes hérétiques suus le nom de 
cathares, expose leur croyance à peu 
prés de même. Bossuet, Uist des t>a- 
riat., 1. 9, a cité encore d'autres 
auteurs qui continuent toutes ces 
accusations. 

A la vérité, la plupart des protes- 
tants qui auraient voulu persuader 
que les albigeois soutenaient la même 
doctrine qu'eux, nul accusé les écri- 
vain- catholiques d'avoir attribué à ces 
sectaires des erreurs qu'ils n'avaient 
ifijj de les rendre odieux, et de 
justifier la rigueur avec laquelle on 
les a traités. Moshe m, mieux instruit, 
n'a pas osé Caire de même ; il n'a rii n 
dit de leurs dogmes ni de leur con- 
duite, parce qu'il a bien senti qu'il 
n'était pas possible de justifier ni l'un 
ni l'autre. Uist. Ecclés., nu" siècle, 
deuxième partie, c. 5. § 2 et suiv. 

Le nom de bonshommes leur fut 
donné d'abord, parce qu'ils affec- 
taient un extérieur simple, régulieret 
paisible, et ils se donnaient eux-mêmes 
le nom de cathares, qui signifie jurs; 
mais leur conduite leur en lit I ientôt 
donner d'autres ; on les appela jk'/'/vs 
et putarins, c'est-à-dire, rustres et 
grossiers; publicains ou poplicains, 
parce qu'on supposa que les femmes 
étaient communes entre eux; passa- 
gers, parce qu'ils envoyaient des émis- 
saires et desprédicauts de tontes parts 
pour répandre leur doctrine et faire 
des prosélytes. 



Leur condamnation, prononcée an 
concile d'Albi, l'an 1170, fut confir- 
mée dans celui de Latran, l'an 1179, 
et dans d'autres conciles provinciaux; 
mais la protection que leur accorda 
Ilaimond VI, cumtc de Toulouse, leur 
lit mépriser les censures de l'Kglise, 
les rendit plus entreprenants, et em- 
pêcha le fruit des prédications de 
saint Dominique et des autres mis- 
sionnaires que l'on envoya pour les 
instruire et les convertir. Les violen- 
ces qu'ils exercèrent, engagèrent les 
papes à publier une croisade contre 
eux, l'an 1210. Ce ne fut qu'après dix- 
huit ans de guerres et de massacres 
qu'abandonnés par les comtes de 
Toulouse leurs protecteurs, affaiblis 
par les victoires de Simon de Montfort, 
poursuivis dans les tribunaux ecclé- 
siastiques et livrés au bras séculier, 
les albigeois furent entièrement dé- 
truits. Quelques-uns s'échappèrent et 
se joignirent aux vaudois dans les 
vallées du Piémont, de la Provence, 
du Dauphiné et de la Savoie ; c'est 
pour cela que quelques auteurs 
ont quelquefois confondu ces deux 
sectes, mais elles étaient très- diffé- 
rentes dans l'origine: les vaudois 
n'ont jamais été manichéens. Voy. 
Vaudois. 

A la naissance de la prétendue ré- 
forme, les nus et les autres cherchè- 
rent à se joindre aux zuingiiens, et 
ils s'unirent enfin aux calvinistes sous 
le règne de François l fr . tiers de ce 
nouvel appui, ils se permirent des 
violences qui attirèrent sur eux l'exé- 
cution sanglante de ( Sablière et de 
Hérindol ; depuis ce moment ils ont 
disparu, et il n'en reste plus que le 
nom. 

La croisade entreprise contre les 
albigeois, les supplices auxquels on 
les condamna, l'inquisition que l'on 
établit contre eux, ont fourni une am- 
ple matière de déclouai ions aux' 
protestants et aux incrédules leurs 
copistes. Les uns et les autres oril ré- 
pété cent fois ipie cette guerre l'ut 
une scène continuelle de barbarie; 
qu'il y avait de la démence à vouloir 
convertir des hérétiques parle fer et 
par le feu ; que le vrai motif de celte 
guerre fut l'ambition du comte de 
Montfort, qui voulait s'emparer des 



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états du comte de Toulouse, et de la 
fausse politique de nos rois, qui ont 
été bien aises d'en partager les dé- 
pouilles. 

Nous n'avons aucun dessein de justi- 
fier les excès qui ont pu être commis 
de part ou d'autre par des gens armés, 
pendant une guerre de dis-huit ans: 
nous savons assez que dès que l'on a 
tiré l'épêe, l'on se croit tout permis; 
qu'un trait de cruauté commis par 
l'un des deux partis devient un motif 
ou un prétexte de représailles san- 
glantes. C'est ce que l'on a vu dans nos 
guerres civiles du xvi e siècle ; l'on 
n'était sûrement pas plus modéré au 
xiu e . Nous ne prétendons pas soutenir 
non plus qu'il est louable ou permis 
de poursuivre à l'eu et à sang des héré- 
tiques, dont la doctrine n'intéresse en 
rien Tordre et la tranquillité publi- 
que, et dont la conduite est paisible 
d'ailleurs; toute la question estde sa- 
voirsiles albigeois étaient dans ce cas. 
C'est une discussion dans laquelle 
nos adversaires n'ont jamais voulu 
entrer. 

1° Enseigner que le mariage ou la 
procréation des enfants est un crime; 
que tout le culte extérieur de l' Eglise 
catholique est un abus, et qu'il faut 
le détruire ; que tous les pasteurs sont 
des loups ravissants, et qu'il faut les 
exterminer: est-ce une doctrine qui 
puisse être suivie et réduite en pra- 
tique sans que l'ordre et le repos pu- 
blic en souffrent? Les pasteurs de 
l'Eglise peuvent-ils se croire obligés 
en conscience de la tolérer? Le comte 
de Toulouse, quels que fussent ses 
motifs, était-il sage, et avait-il rai- 
son de la protéger? Nous savons bien 
qu'à la réserve du premier article les 
protestants ont été de cet avis; 
mais nous appellerons toujours au tri- 
bunal du bon sens, de leur décision. 
Il estfort singulier que les catholiques 
aient dû tolérer des opinions qui ne 
tendaient à rien moins qu'à les faire 
apostasier et à les faire blasphémer 
contre Jésus-Christ, et que les albi- 
geois aient été dispensés de tolérer la 
doctrine catholique, parce qu'elle ne 
s'accordait pas avec la leur. 

2° Quoi qu'en puissent dire les 
protestants, les albigeois avaient com- 
mencé par des insultes, des voies de 



fait et des violences contre les catho- 
liques et contre le clergé, dès qu'ils 
s'étaient sentis assez forts. L'an l 147, 
plusde soixanteans avantla croisade, 
Pierre le Vénérable, abbé de Cluni, 
écrivait aux évèques d'Embrun, de 
« Die et de Gap : On a vu, par un 
» crime inouï chez les chrétiens, re- 
» baptiser les peuples, profaner les 
» églises, renverser les autels, brû- 
» 1er les croix, fouetter les prêtres, 
» emprisonner les moines, les con- 
» tr